Le 26 septembre 2026, la revue European Radiology a publié une étude comparant DeepHealth Prostate Suite, un logiciel d’IA commercialisé, à la classification PI-RADS établie par les radiologues pour détecter les cancers de la prostate cliniquement significatifs sur IRM. Menée de façon rétrospective sur 787 hommes examinés entre 2014 et 2025 en Allemagne, aux Pays-Bas et aux États-Unis, elle confronte chaque lecture au résultat de la biopsie ou de la chirurgie. Sa nouveauté tient à l’analyse lésion par lésion et à la modélisation du tri des biopsies, notamment pour les lésions équivoques classées PI-RADS 3.
Les lésions PI-RADS 3, principal terrain d’usage
L’échelle PI-RADS classe les lésions de 1 (cancer très improbable) à 5 (cancer très probable). La catégorie 3 regroupe les cas incertains : selon la source, leur interprétation varie fortement selon le lecteur et conduit à des recommandations de biopsie divergentes. Selon l’étude, c’est sur ces lésions que l’IA apporterait le plus. Elle a reclassé à un niveau de risque supérieur 93,1 % des lésions cancéreuses et attribué un risque faible à 24,1 % des lésions bénignes. Une stratégie ciblée sur cette catégorie aurait évité 18,9 % des biopsies tout en conservant une sensibilité de 98,4 %, c’est-à-dire en détectant toujours 98,4 % des cancers significatifs.
Fiable pour identifier le patient, moins pour localiser la lésion
Au niveau du patient, l’IA est jugée non inférieure aux radiologues : elle repère 97,6 % des hommes atteints, contre 92,6 %. Au niveau de la lésion en revanche, sa sensibilité est de 78,8 %, contre 88,8 % pour les radiologues. Or c’est la localisation précise de la lésion qui guide l’aiguille lors de la biopsie. Par ailleurs, au seuil retenu, l’IA classe « à risque » de nombreux patients sans cancer significatif : sa spécificité est de 19,7 %, contre 48,4 % pour un score PI-RADS supérieur ou égal à 4. Les auteurs la positionnent ainsi comme une aide au tri, la cartographie des lésions restant sous la responsabilité du radiologue.
Un outil pour homogénéiser la lecture hors des centres experts
Selon les auteurs, la variabilité de lecture de PI-RADS est plus marquée chez les radiologues généralistes et en cabinet de ville. En pratique, les cliniciens regroupent déjà les cinq catégories en trois, ce que l’IA produit directement. L’étude a porté sur des IRM de cinq constructeurs, un atout pour des parcs d’équipements hétérogènes. Une réserve toutefois : les radiologues de l’étude avaient généralement interprété plus de 1 000 IRM de la prostate. Le bénéfice auprès de lecteurs moins expérimentés reste donc à démontrer.
Une preuve solide, à confirmer en conditions réelles
L’étude présente plusieurs garanties : trois pays, des seuils de l’IA fixés à l’avance sans ajustement, et le respect des standards de publication STARD et CLAIM. Elle reste toutefois rétrospective. L’IA n’a pas été utilisée dans les soins courants et les radiologues n’avaient pas accès à ses résultats. Sur 3 745 lésions décrites par les radiologues, 1 168 ont pu être appariées et analysées avec un résultat histologique complet. Enfin, la principale cohorte (504 patients) provient de 13 centres RadNet, groupe dont DeepHealth serait une filiale. Des évaluations indépendantes permettraient de conforter ces résultats.
DeepHealth, un modèle intégré qui consolide le marché
DeepHealth illustre un modèle dans lequel un opérateur de centres d’imagerie développe, valide sur ses propres données et commercialise ses outils d’IA. Son module Prostate AI aurait obtenu en mai 2026 le marquage CE et l’autorisation 510(k) de l’agence américaine FDA, et la suite serait utilisée dans l’essai britannique de dépistage TRANSFORM. Le groupe aurait également racheté l’américain iCAD et le français Gleamer. Ce modèle pourrait avantager les acteurs disposant de grands volumes de données et fragiliser les éditeurs spécialisés sur un seul organe.
Un enjeu pour un futur dépistage organisé
L’étude porte sur des hommes déjà orientés vers une biopsie, et non sur une population dépistée. Le projet européen PRAISE-U promeut en effet un dépistage fondé sur le risque, associant dosage du PSA et IRM. Si ce modèle se diffusait, le nombre d’IRM à interpréter augmenterait et la disponibilité des radiologues deviendrait un facteur limitant, que l’IA pourrait contribuer à desserrer.
Source : European Radiology, publication scientifique (26 septembre 2026) – fiabilité : publication évaluée par les pairs