IA

  • L’Ordre des pharmaciens place l’IA et l’interopérabilité au cœur de ses propositions pour 2027

    L’Ordre national des pharmaciens a publié, le 27 octobre 2026, 33 propositions en vue de la présidentielle 2027. Plusieurs concernent la transformation numérique du secteur pharmaceutique, notamment l’interopérabilité des logiciels et une IA de prévention placée sous supervision humaine.

    L’interopérabilité, priorité soutenue par la profession

    Selon l’Ordre, les logiciels doivent mieux communiquer avec le Dossier pharmaceutique, le DMP et l’ordonnance numérique, dans la perspective de l’espace européen des données de santé. Lors d’un retour d’hospitalisation, chaque professionnel doit disposer de la même liste de traitements pour éviter erreurs et doublons. Cette proposition figure parmi les quatre plus soutenues lors de la consultation, dont 93 % des répondants étaient pharmaciens.

    Utiliser l’IA pour personnaliser les messages de prévention

    L’Ordre propose de généraliser la délivrance de messages de prévention personnalisés en officine et en laboratoire de biologie médicale grâce à l’IA. Une IA générerait des messages adaptés à l’âge, aux facteurs de risque et aux résultats biologiques du patient, à partir du Dossier pharmaceutique, du DMP et des recommandations des autorités. Le pharmacien délivrerait ensuite ces messages au patient. L’Ordre fait de cette supervision humaine une condition. Le document ne décrit pas de déploiement de ce cas d’usage.

    Enfin, l’Ordre recommande de former les pharmaciens au contrôle des outils d’IA et à l’accompagnement des patients utilisant des IA génératives pour obtenir des informations médicales.

    Ces propositions ont été soumises à une consultation publique du 20 mai au 10 juin 2026, à laquelle 1 149 personnes ont participé.

    Source : Ordre national des pharmaciens, communication du 27 octobre 2026 – fiabilité : déclarative

  • Orange Business Services et COM NETWORK remportent le marché d’IA générative du Resah

    Le GIP Resah a attribué le 19 août 2026, puis conclu le 3 septembre 2026, deux accords-cadres portant sur une plateforme SaaS d’accès à des services d’IA générative multi-modèles, selon un avis d’attribution envoyé au BOAMP le 10 septembre 2026. Orange Business Services remporte le lot 1 (mode « intermédiaire ») et COM NETWORK le lot 2 (mode « grossiste »), chacun pour une valeur maximale de 50 M€. Les marchés couvrent la période du 7 septembre 2026 au 6 septembre 2030.

    Des accords-cadres conclus pour deux ans, reconductibles jusqu’en 2030

    Les deux accords-cadres sont conclus sans montant minimal, avec un plafond financier fixé pour leur durée totale. Leur durée initiale est de deux ans à compter de leur notification. Chaque lot pourra faire l’objet de deux reconductions tacites de douze mois, portant sa durée maximale à 48 mois. Le Resah intervient selon deux modalités prévues par l’article L. 2113-2 du Code de la commande publique : en tant que centrale d’achat intermédiaire pour le premier lot et en tant que centrale d’achat grossiste pour le second.

    Le montant de 100 M€ correspond au maximum que les commandes pourront atteindre en quatre ans, tous acheteurs confondus. La valeur estimée par le Resah est cinq fois plus faible : 20 M€. Comme aucun minimum n’est prévu, rien n’oblige les établissements à commander.

    Pour départager les candidats, le Resah a retenu des critères de prix et de qualité

    Pour le lot attribué à Orange Business Services, l’évaluation porte sur la solution logicielle, les services associés, le caractère innovant de la solution et la prise en compte des considérations sociales et environnementales dans l’exécution des prestations.

    Pour le lot attribué à COM NETWORK, les critères mentionnés concernent le prix, la qualité de la solution logicielle, les services associés ainsi que les considérations sociales et environnementales. Le caractère innovant de la solution ne figure pas comme critère distinct dans la description de ce second lot.

    Des premiers usages surtout administratifs

    Les retours d’expérience disponibles concernent le support plutôt que le soin. Selon Orange, sa plateforme Live Intelligence est déployée auprès d’environ 15 000 professionnels du GHT Rouen Cœur de Seine, au CHU de Rouen, certaines étapes de préparation de dossiers de subventions seraient passées de trois semaines à deux jours.

    Source : GIP Resah, avis d’attribution de marché (10 septembre 2026) – fiabilité : officielle

  • Tandem Health lance Sovereign Health pour héberger son assistant médical IA chez Scaleway

    Tandem Health a lancé, le 19 octobre 2026, Sovereign Health, une offre conçue avec Scaleway, le fournisseur de cloud et d’IA du groupe iliad.

    Elle permet aux soignants de faire fonctionner l’assistant médical de Tandem sur un cloud de propriété européenne : les données des patients y sont stockées et les comptes rendus y sont générés par des modèles d’IA à poids ouverts que l’éditeur héberge et exploite lui-même.

    Tandem présente l’offre comme la première étape d’un engagement plus large, adossé à une levée de 100 millions de dollars en série B. Annoncée le 14 septembre 2026, cette levée serait le premier investissement du fonds dans l’IA en santé.

    Les modèles à poids ouverts sont des modèles dont les paramètres sont publiés : un éditeur peut donc les installer sur l’infrastructure de son choix au lieu de passer par le service d’un tiers. Selon Tandem, utilisés avec son système, ils obtiendraient des résultats comparables à ceux des modèles de pointe.

    Toujours selon l’entreprise, ses trois produits restent marqués CE comme dispositifs médicaux de classe IIa au titre du règlement européen relatif aux dispositifs médicaux, et les intégrations avec plus de 130 logiciels de dossier patient informatisé sont conservées.

    Le choix du partenaire fait écho à une décision publique. Scaleway a été retenu le 23 avril 2026 pour héberger le Health Data Hub, l’entrepôt national des données de santé destiné à la recherche, avec une migration attendue entre fin 2026 et début 2027.

    Scaleway est certifié hébergeur de données de santé (HDS) depuis juillet 2024, mais sa qualification SecNumCloud, délivrée par l’ANSSI et qui atteste notamment de cette protection, est en cours et n’a pas encore été accordée.

    Source : Tandem Health, communiqué du 19 octobre 2026 – fiabilité : déclarative

  • Cancer de la prostate : une IA éviterait 18,9 % des biopsies sur les lésions PI-RADS 3

    Le 26 septembre 2026, la revue European Radiology a publié une étude comparant DeepHealth Prostate Suite, un logiciel d’IA commercialisé, à la classification PI-RADS établie par les radiologues pour détecter les cancers de la prostate cliniquement significatifs sur IRM. Menée de façon rétrospective sur 787 hommes examinés entre 2014 et 2025 en Allemagne, aux Pays-Bas et aux États-Unis, elle confronte chaque lecture au résultat de la biopsie ou de la chirurgie. Sa nouveauté tient à l’analyse lésion par lésion et à la modélisation du tri des biopsies, notamment pour les lésions équivoques classées PI-RADS 3.

    Les lésions PI-RADS 3, principal terrain d’usage

    L’échelle PI-RADS classe les lésions de 1 (cancer très improbable) à 5 (cancer très probable). La catégorie 3 regroupe les cas incertains : selon la source, leur interprétation varie fortement selon le lecteur et conduit à des recommandations de biopsie divergentes. Selon l’étude, c’est sur ces lésions que l’IA apporterait le plus. Elle a reclassé à un niveau de risque supérieur 93,1 % des lésions cancéreuses et attribué un risque faible à 24,1 % des lésions bénignes. Une stratégie ciblée sur cette catégorie aurait évité 18,9 % des biopsies tout en conservant une sensibilité de 98,4 %, c’est-à-dire en détectant toujours 98,4 % des cancers significatifs.

    Fiable pour identifier le patient, moins pour localiser la lésion

    Au niveau du patient, l’IA est jugée non inférieure aux radiologues : elle repère 97,6 % des hommes atteints, contre 92,6 %. Au niveau de la lésion en revanche, sa sensibilité est de 78,8 %, contre 88,8 % pour les radiologues. Or c’est la localisation précise de la lésion qui guide l’aiguille lors de la biopsie. Par ailleurs, au seuil retenu, l’IA classe « à risque » de nombreux patients sans cancer significatif : sa spécificité est de 19,7 %, contre 48,4 % pour un score PI-RADS supérieur ou égal à 4. Les auteurs la positionnent ainsi comme une aide au tri, la cartographie des lésions restant sous la responsabilité du radiologue.

    Un outil pour homogénéiser la lecture hors des centres experts

    Selon les auteurs, la variabilité de lecture de PI-RADS est plus marquée chez les radiologues généralistes et en cabinet de ville. En pratique, les cliniciens regroupent déjà les cinq catégories en trois, ce que l’IA produit directement. L’étude a porté sur des IRM de cinq constructeurs, un atout pour des parcs d’équipements hétérogènes. Une réserve toutefois : les radiologues de l’étude avaient généralement interprété plus de 1 000 IRM de la prostate. Le bénéfice auprès de lecteurs moins expérimentés reste donc à démontrer.

    Une preuve solide, à confirmer en conditions réelles

    L’étude présente plusieurs garanties : trois pays, des seuils de l’IA fixés à l’avance sans ajustement, et le respect des standards de publication STARD et CLAIM. Elle reste toutefois rétrospective. L’IA n’a pas été utilisée dans les soins courants et les radiologues n’avaient pas accès à ses résultats. Sur 3 745 lésions décrites par les radiologues, 1 168 ont pu être appariées et analysées avec un résultat histologique complet. Enfin, la principale cohorte (504 patients) provient de 13 centres RadNet, groupe dont DeepHealth serait une filiale. Des évaluations indépendantes permettraient de conforter ces résultats.

    DeepHealth, un modèle intégré qui consolide le marché

    DeepHealth illustre un modèle dans lequel un opérateur de centres d’imagerie développe, valide sur ses propres données et commercialise ses outils d’IA. Son module Prostate AI aurait obtenu en mai 2026 le marquage CE et l’autorisation 510(k) de l’agence américaine FDA, et la suite serait utilisée dans l’essai britannique de dépistage TRANSFORM. Le groupe aurait également racheté l’américain iCAD et le français Gleamer. Ce modèle pourrait avantager les acteurs disposant de grands volumes de données et fragiliser les éditeurs spécialisés sur un seul organe.

    Un enjeu pour un futur dépistage organisé

    L’étude porte sur des hommes déjà orientés vers une biopsie, et non sur une population dépistée. Le projet européen PRAISE-U promeut en effet un dépistage fondé sur le risque, associant dosage du PSA et IRM. Si ce modèle se diffusait, le nombre d’IRM à interpréter augmenterait et la disponibilité des radiologues deviendrait un facteur limitant, que l’IA pourrait contribuer à desserrer.

    Source : European Radiology, publication scientifique (26 septembre 2026) – fiabilité : publication évaluée par les pairs

  • UK : Flo Health affine des modèles ouverts et double le score de sécurité de son IA

    Dans un billet publié le 12 octobre par Databricks et cosigné par des ingénieurs de Flo Health, l’application de suivi du cycle explique avoir remplacé un modèle généraliste par des modèles ouverts affinés en interne. Sur son propre banc d’essai, le score de sécurité médicale passe de 34 % à environ 61 % et celui d’utilité de 42 % à 76 % ; la part des réponses satisfaisant les deux critères passe de 16 % à 47 %.

    Flo a d’abord défini ce qu’est une réponse sûre : par exemple, une réponse sur un symptôme doit couvrir à la fois les causes bénignes et les causes graves pertinentes. Ces critères ont été confiés à 26 « juges » automatiques, des modèles chargés de noter les réponses, dont 12 juges de sécurité médicale éliminatoires ; des cliniciens les ont calibrés et ont tranché en aveugle les désaccords. Plus de 15 000 questions ont été générées artificiellement, sans recourir aux messages des utilisatrices, selon l’entreprise.

    Le modèle de départ n’est pas nommé, les juges n’ont pas fait l’objet d’une évaluation indépendante publiée et aucun résultat n’est donné en conditions réelles. Flo estime réduire d’un ordre de grandeur ses coûts d’inférence par rapport aux API des modèles de pointe. Définir et mesurer la sécurité avant d’entraîner est la bonne méthode, mais plus de la moitié des réponses ne satisfont pas encore les deux critères, et sur une grille que l’éditeur a lui-même conçue.

    Source : Databricks, communication du 12/10/2026 – fiabilité : déclarative

  • Recherche pharmaceutique : AstraZeneca s’allie à Insitro pour découvrir des médicaments par l’IA

    Recherche pharmaceutique : AstraZeneca s’allie à Insitro pour découvrir des médicaments par l’IA

    L’identification d’une cible thérapeutique pertinente constitue une étape déterminante de la recherche pharmaceutique. Elle consiste à déterminer un mécanisme biologique sur lequel agir pour prévenir ou traiter une maladie. Or, pour des pathologies complexes, les mécanismes en jeu peuvent varier sensiblement d’un patient à l’autre, ce qui complique la mise au point de traitements adaptés.

    Remonter aux mécanismes biologiques des maladies

    Pour répondre à cet enjeu, Insitro mobilisera sa plateforme d’IA Virtual Human. Celle-ci combine des données humaines et cellulaires à des méthodes d’analyse algorithmique afin de mieux caractériser les mécanismes à l’origine des maladies. L’objectif est d’identifier des pistes thérapeutiques et de faire progresser certaines cibles sélectionnées par AstraZeneca jusqu’au stade de candidat médicament pour le développement.

    La collaboration porte sur la Mash, une maladie hépatique associée à des troubles métaboliques, ainsi que sur les cardiomyopathies, qui affectent le muscle cardiaque. Dans les deux cas, les partenaires cherchent à mieux comprendre les mécanismes biologiques sous-jacents pour orienter la conception de futurs traitements.

    Un partage des rôles entre IA et développement pharmaceutique

    L’accord repose sur des compétences complémentaires. Insitro intervient principalement dans la phase de découverte et de caractérisation des cibles, tandis qu’AstraZeneca prendra en charge le développement clinique, les démarches réglementaires et la commercialisation des éventuels médicaments.

    Le laboratoire britannique disposera de droits exclusifs à l’échelle mondiale sur les programmes sélectionnés dans le cadre de cette collaboration. L’IA intervient donc ici en amont de la chaîne de développement, sans se substituer aux étapes ultérieures d’évaluation clinique et réglementaire.

    Jusqu’à 1,5 milliard de dollars de financement, sous conditions

    Sur le plan financier, insitro recevra 40 millions de dollars de paiement initial, auxquels pourraient s’ajouter jusqu’à 1,46 milliard de dollars de paiements liés à des étapes de découverte, de développement et de commercialisation. Des redevances sur les ventes futures sont également prévues.

    Ce montant maximal reste conditionnel : il ne correspond pas à un financement garanti. Aucun médicament issu de cette collaboration n’est annoncé à ce stade. L’enjeu sera de démontrer que les analyses produites par l’IA permettent d’identifier des cibles suffisamment pertinentes pour aboutir à des traitements évalués chez l’humain.

    Source : AstraZeneca, 15 octobre 2026 – fiabilité : officielle

  • États-Unis : une IA conversationnelle réduirait de 80 % les fausses alertes de crise d’épilepsie

    Une équipe de l’université de Pennsylvanie a publié le 13 octobre 2026 dans Nature Medicine une plateforme qui relie l’électroencéphalogramme (EEG) de patients épileptiques à un agent conversationnel fondé sur un grand modèle de langage, accessible depuis une application pour téléphone. Testé chez 13 adultes hospitalisés en unité de surveillance de l’épilepsie, le système les informe de leurs crises détectées et de leur sommeil, et recueille leurs réponses. La nouveauté tient à ce dialogue dans les deux sens : les retours des patients servent à réentraîner le détecteur de crises.

    L’étude montre qu’un dispositif médical peut dialoguer avec le patient et apprendre de ses réponses, à condition d’être encadré par une gouvernance. Pour les établissements comme pour les industriels, les garde-fous mis en place à l’université de Pennsylvanie constituent un modèle réutilisable, sans confondre cette preuve de concept avec un produit prêt à déployer.

    Une gouvernance dédiée, préalable au contact avec les patients

    Selon l’article, l’usage de l’IA a été validé par un comité de gouvernance créé pour le projet et depuis institutionnalisé par Penn Medicine. Ce comité a imposé trois règles :

    • Réaliser tous les calculs dans une infrastructure conforme à la loi américaine sur la protection des données de santé (HIPAA).
    • Interdire contractuellement au fournisseur du modèle d’entraîner ou de conserver les données.
    • Relire chaque jour l’ensemble des échanges.

    Les retours des patients suffisent à réduire les fausses alertes (-80 %)

    Le détecteur était réentraîné toutes les trois heures à partir des réponses des patients. Dans une simulation reproduisant un usage réel, les fausses alertes ont baissé de 80,9 % avec les annotations saisies dans l’application par six patients, sans perte de sensibilité. L’enjeu est économique : l’étiquetage des données par des experts, coûteux, freine l’amélioration des algorithmes. Une relecture par des cliniciens limitée à dix segments de 90 secondes par jour a porté la baisse à 82,6 %.

    Un modèle de langage léger, cantonné à l’information

    Les auteurs ont retenu GPT-4o-mini, d’OpenAI, pour son coût et sa rapidité, en limitant son rôle à la transmission d’informations et à la consultation de données, sans jugement clinique. Chaque chiffre transmis au patient provient d’une requête enregistrée, donc vérifiable. Selon les auteurs, le temps de réponse médian était de 1,95 seconde en conversation et de 8,69 secondes pour une question sur les données. L’architecture permet de remplacer le modèle.

    1 307 messages échangés entre les patients et l’IA

    Sur 1 307 messages échangés, 31,1 % ont été initiés par les patients, qui ont répondu à 67,2 % des alertes de crise. Cinq patients sur treize ont demandé à conserver l’outil après leur sortie. Les auteurs relèvent toutefois un risque de dépendance excessive et une répartition de la responsabilité clinique qui reste à établir lorsque des décisions s’appuient sur l’IA.

    Un modèle extensible à d’autres dispositifs

    Les auteurs préparent un essai appliquant la plateforme au réglage de la stimulation cérébrale profonde dans la maladie de Parkinson, et citent les dispositifs cardiaques et les pompes à insuline. Quatre des cinq composants logiciels sont publiés sous licence libre GPL v3 ; le cinquième dépend du kit de développement propriétaire de Natus. Trois auteurs sont inventeurs d’un brevet provisoire déposé par l’université.

    Une preuve de concept aux limites assumées

    L’étude porte sur 13 patients d’un seul centre, suivis 4,87 jours en médiane, dans une unité où les traitements sont volontairement réduits. Les alertes brutes ne détectaient que 13,6 % des crises, et il resterait 2 à 4 fausses alertes par jour après réentraînement. Le modèle réentraîné n’a pas été utilisé auprès des patients. Les auteurs annoncent une étude en ambulatoire.

    Ce que cela change

    • Pour les établissements : le cadre de Penn offre une liste de contrôle pour structurer un comité IA et négocier, avec les fournisseurs de modèles, des clauses de non-entraînement et de non-conservation des données.
    • Pour les industriels du dispositif médical : la capacité à transmettre les données en temps réel devient un critère différenciant ; le brevet et la licence GPL v3 sont à analyser avant toute réutilisation.
    • Pour les HealthTech : l’annotation par le patient, complétée d’une revue experte ciblée, ouvre une voie pour améliorer un algorithme en vie réelle à moindre coût.
    • Pour les équipes soignantes : il faudra définir, avant tout déploiement, qui traite les signalements des patients et dans quels délais.

    Source : Nature Medicine, étude (13 octobre 2026) – fiabilité : publication évaluée par les pairs.

  • DistressBench : Scale AI évalue l’aide apportée par les IA aux personnes en crise suicidaire

    Le 9 octobre 2026, Scale AI a publié DistressBench, un banc d’essai qui évalue la manière dont les modèles d’IA soutiennent un utilisateur exprimant des pensées suicidaires ou d’automutilation. Il repose sur 718 conversations en anglais rédigées par des cliniciens ou des conseillers de crise, notées sur 6 901 critères pondérés répartis en sept dimensions. Nouveauté : la moitié du corpus, soit 359 conversations, est publique, et l’évaluation ne se limite plus à vérifier si le modèle refuse de répondre.

    Ce que mesure le banc d’essai

    Selon ses auteurs, la plupart des évaluations de sécurité existantes notent ces conversations sur un seul point : le modèle a-t-il refusé de répondre ? Or un refus ne dit pas si la personne a été aidée. Un agent qui esquive systématiquement le sujet peut donc obtenir un bon score tout en laissant l’utilisateur seul. DistressBench associe au contraire à chaque conversation une grille de critères rédigée par des cliniciens. Cette grille couvre sept dimensions du soutien en situation de crise, dont la désescalade et l’orientation vers une aide humaine. Le corpus couvre 23 sous-catégories de suicide et d’automutilation. Il comprend 299 conversations à un seul échange et 419 à plusieurs échanges, ce qui se rapproche davantage d’un usage réel, où la détresse s’exprime souvent progressivement.

    Classement des modèles d’IA selon leur score DistressBench
    Classement des modèles d’IA évalués par DistressBench. Source : Scale AI (Scale Labs).

    Ce que montrent les résultats

    Sur 25 modèles de pointe, le meilleur remplit 88,4 % des critères pondérés et le modèle médian 71,4 %, contre 98,7 % pour les réponses de référence des cliniciens. Les modèles évitent bien les contenus nocifs (94,5 % en médiane), mais le modèle médian n’atteint que 46,0 % en désescalade. Surtout, dans 35,3 % des conversations où un modèle a pleinement reconnu la crise, il n’a pas orienté l’utilisateur vers une aide humaine. Enfin, le modèle médian ne satisfait tous les critères que dans environ 2 % des conversations : un agent déployé sans test présenterait donc, très probablement, au moins une lacune.

    Ces chiffres montrent que la question pertinente n’est plus « l’outil refuse-t-il les sujets sensibles ? », mais « que fait-il après avoir compris la situation ? ». Le corpus public permet de poser cette question de façon reproductible, avant la mise en service, et de comparer plusieurs fournisseurs sur la même base.

    Source : Scale AI (Scale Labs), DistressBench (9 octobre 2026) – fiabilité : déclarative.

  • IA conversationnelle en soins primaires : Google publie une étude de faisabilité dans The Lancet

    Des chercheurs de Google et du Beth Israel Deaconess Medical Center (BIDMC, Boston) ont publié le 8 octobre 2026 dans The Lancet une étude de faisabilité prospective sur AMIE, un agent conversationnel de recherche à visée diagnostique. D’avril à novembre 2025, 114 patients ont été inclus ; 98 ont échangé avec AMIE dans les cinq jours précédant une consultation de soins primaires non programmée, puis vu leur médecin. Nouveauté : l’outil a été évalué en conditions réelles de soins.

    Pourquoi cela compte : l’étude décrit un cadre pour tester un agent conversationnel face à des patients, avec supervision médicale en direct et critères d’arrêt fixés à l’avance.

    Une supervision médicale en direct, sans arrêt de sécurité, testée sur 98 patients

    Selon les auteurs, des médecins superviseurs ont suivi toutes les conversations et étaient formés à intervenir selon des critères de sécurité définis à l’avance. Aucun arrêt n’a été nécessaire. Les superviseurs ont toutefois relevé une hallucination, une information inventée par le système, et ajouté des informations cliniques dans cinq échanges.

    Une synthèse jugée utile dans 33 cas sur 44

    AMIE ne remplace pas la consultation : la transcription et la synthèse de l’échange sont transmises au médecin avant la visite. Les médecins ont répondu au questionnaire dans 60 cas sur 98, dont 44 où ils avaient lu la transcription au préalable. Dans ces 44 cas, ils ont jugé l’outil utile pour préparer la visite 33 fois et estimé qu’il avait pu modifier leur pratique 25 fois. Les 75 % mis en avant par Google portent donc sur 44 cas, soit moins de la moitié des patients.

    Des patients plus favorables à l’IA après l’échange

    L’attitude des patients envers l’IA s’est améliorée après l’échange avec AMIE et est restée plus favorable après la visite chez leur médecin. Les notes sont toutefois contrastées : les évaluateurs cliniques ont jugé les conversations favorablement dans 87 à 100 % des cas (17 critères), les patients dans 48 à 96 % des cas (16 critères). Certains aspects de l’échange satisfont donc moins les patients, ce qui plaide pour une mesure critère par critère plutôt que pour un score global.

    Google s’appuie sur une étude prospective publiée

    Google présente ce travail comme sa première publication dans la revue principale du Lancet, et précise que des essais cliniques plus larges restent nécessaires. En passant par une étude prospective évaluée par les pairs, l’entreprise relève le niveau de preuve attendu des acteurs qui préparent un assistant destiné aux patients. En France, Doctolib a annoncé un laboratoire d’IA clinique doté de 20 millions d’euros en 2026, pour aider notamment le patient à préparer sa consultation.

    Sources : Google, communication (8 octobre 2026) – fiabilité : déclarative. The Lancet (8 octobre 2026) – fiabilité : publication évaluée par les pairs. https://doi.org/10.1016/S0140-6736(26)01535-7

  • États-Unis : l’Utah autorise une IA autonome à délivrer des premières prescriptions contre l’acné

    L’Office of Artificial Intelligence Policy (OAIP), bureau de la politique de l’IA du département du Commerce de l’Utah, a signé le 21 septembre 2026 un accord d’allègement réglementaire avec Nolla Health, éditeur de l’application Nolla Derm. L’IA peut émettre des premières prescriptions de traitements topiques contre l’acné légère à modérée pour des adultes résidant dans l’Utah et les transmettre à un pharmacien de l’État. Le service a ouvert le 5 octobre, à 4,99 dollars par mois.

    C’est la première fois qu’un régulateur américain autorise une IA à initier une prescription. Le pilote Doctronic lancé en janvier 2026 dans le même État se limitait au renouvellement d’ordonnances déjà établies par un médecin.

    Trois paliers de contrôle médical

    Le protocole fixe des seuils minimaux, pas des plafonds. Le premier palier dure au moins quatre semaines et concerne au moins 100 patients : deux médecins agréés dans l’Utah approuvent chaque prescription avant son envoi. Au deuxième palier, d’au moins huit semaines et 500 patients cumulés, l’IA prescrit directement ; tous les dossiers sont revus au moins chaque semaine. Le troisième palier exige au moins 750 patients cumulés, avec revue mensuelle d’au moins 10 % des cas et de tous les cas d’escalade ou d’effet indésirable.

    Chaque passage exige une concordance d’au moins 95 % entre l’IA et les médecins, aucun événement indésirable grave et un accord écrit de l’État. L’IA choisit parmi des protocoles pré-approuvés, sans texte libre ; les patients présentant une acné sévère, les femmes enceintes et les personnes immunodéprimées sont orientés vers un médecin. L’accord vaut douze mois.

    Une supervision encadrée par le régulateur médical

    L’accord s’appuie sur le programme « AI Learning Laboratory » créé par une loi de l’Utah de 2024, qui permet au régulateur de suspendre certaines règles d’exercice professionnel pour un test encadré. Selon le Los Angeles Times, le directeur de l’OAIP, Zachary Boyd, parle d’une « exception étroite » à l’obligation d’être prescripteur agréé, assortie d’une assurance responsabilité couvrant les prescriptions d’IA. Le Medical Licensing Board de l’Utah, qui avait demandé en mai la suspension du pilote Doctronic faute d’avoir été consulté, a obtenu qu’un médecin tiers désigné par lui supervise les relectures.

    Source : Office of Artificial Intelligence Policy de l’Utah, Regulatory Mitigation Agreement Nolla Health (21-22 septembre 2026) · fiabilité : officielle ; annonce Nolla Health (5 octobre 2026) · fiabilité : déclarative