Déployer la e-santé en territoire à large échelle, en zone médicale dense tout comme dans des déserts médicaux. Tel est l’objectif du projet « Territoire de santé de demain » porté par la ville et l’Eurométropole de Strasbourg, décrypté à l’occasion du forum de l’IoT, qui s’est tenu le 24 octobre 2019 sur le thème « la vie connectée : le temps des changements ».
La région Grand Est affiche des indicateurs de santé en deçà de la moyenne nationale et des disparités d’accès aux soins en région. Pour améliorer les indicateurs de santé, la ville et l’Eurométropole de Strasbourg ont créé un consortium composé des plus grands acteurs de l’innovation, du soin et du numérique afin de proposer un schéma de soins qui réponde aux problématiques actuelles, sur les territoires urbains et ruraux.
Le projet est l’un des 2 seuls lauréat « santé », sur 24 dossiers retenus, financés dans le cadre de l’appel à projets (AAP) « Territoires d’innovation », dont les résultats ont été annoncé en septembre par le premier Ministre Édouard Philippe.
Health & Tech Intelligence détaille le programme strasbourgeois sur la base des propos tenus au cours du forum de l’IoT par Gaston Steiner, directeur délégué e-santé de l’Institut hospitalo-universitaire de Strasbourg, Rémy Bañuls, directeur du développement économique et de l’attractivité de la Ville et l’Eurométropole de Strasbourg (plateforme régionale d’innovation e-santé mutualisée entre les 33 communes de Strasbourg) et Bérengère Ray, directrice business développement santé à Docaposte.
AAP « Territoires d’innovation » : contexte
L’appel à projets « Territoires d’innovation » vise à identifier, sélectionner et accompagner des projets qui incarnent une stratégie ambitieuse de transformation des territoires, associant les acteurs publics et privés, les populations et usagers, et les forces académiques et de recherche.
« Territoire de santé de demain » : une enveloppe de 115 millions d’euros
L’objectif est notamment d’accélérer l’intégration de l’innovation au niveau local. Sur les 24 lauréats, seuls 2 dossiers concernent la santé, dont « Territoire de santé de demain », porté par l’Eurométropole de Strasbourg.
Les besoins financiers de ce projet sont évalués à 115 millions d’euros, dont 10 millions issus de subventions de l’État et 25 millions de prises de participation.
Du local au national
« Nous sommes un territoire d’excellence mais les services du premier Ministre attendaient aussi que nous montrions notre capacité à transformer en profondeur, » explique Rémy Bañul. L’Eurométropole s’est alliée avec deux territoires ruraux pour partager leurs problématiques spécifiques, différentes de celles de la ville en termes de vieillissement plus marquée et d’isolement. Dans cette dynamique, la gouvernance large avec de nombreux partenaires est un point fort, précise Gaston Steiner.
L’ambition est aussi nationale « grâce a l’investissement d’industriels comme La Poste pour faire de la dentelle territoire par territoire et avoir des solutions déployables à grande échelle », ajoute Rémy Bañul.
2 premiers projets ont démarré
Après deux ans de travail intense, des premiers projets ont démarré, dont un suivi post-chirurgie bariatrique, avec évaluation à 6 mois de l’acceptabilité du patient, de la cohérence des données et de la valeur ajoutée pour le médecin. Une trentaine de patients est intégrée dans ce programme. Un deuxième projet dans le deuxième domaine ciblé qu’est l’autonomie est en cours pour détecter les risques de dénutrition en Ehpad par des objets connectés. 200 patients sont inclus dans ce programme.
Les ambitions de Docaposte
Selon Rémy Bañuls, l’un des axes de vigilance est d’être transposable dans d’autres territoires en évitant la juxtaposition de solutions, ce qui implique une réflexion forte sur le modèle économique. « Territoire de santé de demain » a démarré sur une échelle territoriale significative d’1 million d’habitants, avant de réfléchir à le réplique avec des partenaires impliqués comme Docaposte. « Nous nous sommes naturellement engagés auprès de l’Eurométropole car La Poste a choisi de faire de la santé un axe de développement stratégique, basé sur ses valeurs de confiance et de sécurité, et son maillage territorial », explique Bérengère Ray. La Poste va ainsi déployer ses moyens d’investissement pour trouver un bon modèle qui permette un déploiement à l’échelle industrielle.
« Nous participons à la construction d’une plateforme d’accélération d’innovation [en apportant] notre savoir-faire sur les sujets de sécurité, de RGPD, d’interopérabilité, d’investissement », complète Bérengère Ray. Enfin, La Poste ambitionne d’apporter son contrat de confiance et de proximité pour privilégier l’humain. « Le télésuivi du diabète, par exemple, doit être accompagné dans les territoires pour gérer les questions de fractures sociales, territoriales et numériques au plus près de l’écosystème en place », indique la directrice business développement santé de Docaposte.
Une intégration au territoire
Une clé du succès est l’intégration à l’écosystème du territoire. Strasbourg, par exemple, est une ville pionnière sur le sport-santé sur ordonnance pour les personnes atteintes de certaines pathologies chroniques. « Nous avons agi de la même manière avec des sociétés savantes, des associations et des startups qui proposent des services humains et numériques », précise Gaston Steiner.
Toute cette chaîne d’acteurs du numérique, de l’humain et du médico-social vont apporter les solutions pour le service au domicile du patient. « Nous n’apportons pas une solution réfléchie au nationale pour l’imposer dans le domicile mais nous regardons les problématiques locales et travaillons avec les acteurs, » ajoute Bérangère Ray.
Des enjeux règlementaires et de responsabilité
Le projet strasbourgeois intègre les outils nationaux tels que le dossier médical partagé (DMP). Les plus grands enjeux ne sont pas techniques mais organisationnels et réglementaires avec, par exemple, la question de la délégation de tâches aux infirmières dans le cade du télésuivi. Cela passe aujourd’hui par des dérogations données par les agences régionales de santé (ARS). « Demain, il faudra aller plus loin pour que, à chaque moment, le bon professionnel intervienne au bon moment, avec des process nouveaux à définir », indique Rémy Bañuls.
Dans ce nouveau schéma, pour Docaposte, beaucoup de tâches simples, des interventions de niveau 1 et complémentaires, peuvent être faites par un agent de La Poste, comme vérifier que le matériel est branché.