« La médecine pratiquée aujourd’hui ne sera pas capable de limiter l’impact de la maladie sur la population humaine … Dans ce siècle, les sociétés qui pourront innover seront les gagnantes », tel est le sens de l’allocution d’Elias Zerhouni, Président « monde », Recherche et Développement de Sanofi, qui s’est exprimé en tant que grand témoin sur « la santé du futur » à l’occasion de la 2ème édition de PharmaCité à laquelle a assisté HTI le 13 décembre 2016.
Pour lui, deux mots synthétisent les défis essentiels auxquels les scientifiques doivent faire face : complexité et précision.
Il explique que la précision médicale repose sur quatre piliers, prédiction, personnalisation de la médecine, préemption de la maladie et participation du malade et qu’il existe une opportunité de faire converger science et intelligence artificielle pour inventer des solutions innovantes, dont la seule limite est mentale et non technologique.
Les défis essentiels auxquels les scientifiques doivent faire face : complexité et précision
Pour Elias Zerhouni, les avancées contre la maladie se heurtent à la complexité biologique qui s’avère plus grande que celle imaginée il y a 30 ans : « Le cerveau est impénétrable dans sa complexité. Notre pourcentage de connaissances aujourd’hui vis-à-vis de cette complexité est de 10%. »
Il explique que les secrets fondamentaux des maladies humaines n’ont pas été pénétrés (mécanismes du diabète, d’Alzheimer et de la SEP), mais que la complexité des sciences de la vie est source d’opportunités : « Dans ce siècle, les sociétés qui pourront innover seront les gagnantes avec leurs solutions intelligentes qui permettront de vivre sainement. Le système des ministères est un système de maladies. »
Les quatre piliers de la précision médicale
1) La prédiction
C’est pour Elias Zerhouni « La capacité à prédire dans cette complexité ce qui va toucher le malade avant que sa pathologie soit chronique ». Il prend l’exemple du diabète et d’Alzheimer : « Ce sont des pathologies qui se développent pendant 20 ans, or lorsque le système est détruit, la thérapie est difficile pour revenir en bonne santé ».
2) La personnalisation de la médecine
3) La préemption de la maladie
Elias Zerhouni indique que c’est « la capacité de comprendre la maladie dans son essence : grâce aux biomarqueurs on pourrait savoir quel malade va souffrir de quelle maladie ».
4) La participation du malade
Elias Zerhouni explique qu’un certain paradigme appartient au passé : celui du malade qui attend d’être malade pour voir son médecin. Il précise qu’une transformation s’est opérée : désormais « le malade participe à sa santé car il n’est pas malade mais risque de l’être ».
L’énorme progrès grâce à la convergence des sciences
La convergence des sciences physiques et biologiques est à l’origine d’un progrès énorme : l’imagerie avec logiciels et informatique par exemple. La convergence est même organisationnelle : ces sciences impactent la capacité de séquençage du génome, essentielle à la compréhension du code génétique par exemple.
Elias Zerhouni pense que des efforts multidisciplinaires sont nécessaires à la compréhension de la complexité biologique et qu’une coopération avec les malades est essentielle.
« L’opportunité existe de converger avec la science et l’IA pour trouver des solutions innovantes »
Selon Elias Zerhouni, « la limite est mentale et non technologique : il y a des millions de malades sans traitement car ces patients n’ont pas le GPS de leur maladie. On peut leur en fournir le guidage virtuel et pratique ».
Pour lui, la notion d’intégration des technologies est essentielle au progrès de la science et de la médecine, mais nécessite des réseaux de coopération complexes.
Eliminer les blocages
Il souhaite un réseau d’innovation globale, une ouverture entre et vers les innovateurs (académiques, gouvernementaux et industriels), ainsi qu’un cadre de coopération pour plus de rapidité afin de réduire les coûts financiers et la maladie elle-même, c’est-à-dire, la perte de capacité dont les patients souffrent.
Il estime qu’il y a des opportunités extraordinaires en France : « La France présente le meilleur potentiel de progrès dans les sciences de la vie car il y a une convergence scientifique extraordinaire ».
La France a un système unifié dont il confie rêver pour les Etats-Unis. « En France on peut monter une filière des sciences de la vie et de biotechnologies dominante, avec un cadre légal politique et social permettant la rupture des silos pour réunir ces synergies. Il faut éliminer les blocages connus ».