L’association LET (Les entreprises de la télémédecine) invite à co-contruire avec la Cnam et le gouvernement le futur de la téléconsultation. Selon François Lescure (président de MédecinDirect) et le Dr. Alexandre Maisonneuve (directeur médical de Qare), co-fondateurs de l’association, il existe un décalage entre les textes de loi (avenant n°6) et la pratique sur le terrain, également avec les pratiques à l’étranger.
Dans le cadre d’une matinale organisée fin septembre 2019 par Techtomed sur le bilan de la téléconsultation, 1 an après son entrée dans le droit commun, François Lescure et le Dr. Alexandre Maisonneuve ont présenté un état des lieux du marché, en témoignant de leur expérience en tant qu’industriels et en partageant leur opinion sur l’évolution de la pratique.
Le Dr. Alexandre Maisonneuve décrit notamment l’avenant n°1, « assez restrictif » selon lui, comme une version n°1 du déploiement de la téléconsulation. Il perçoit par ailleurs des associations possibles entre les groupements de pharmacies et les sociétés de téléconsultation par le biais de l’avenant n°15.
Environ 60 000 téléconsultations ont été remboursées par l’Assurance maladie entre septembre 2018 et septembre 2019 ; on dénombre par ailleurs environ 500 000 actes non remboursés parmi les 450 millions d’actes annuels, rappellent les 2 fondateurs de LET, précisant qu’il existe actuellement une vingtaine d’acteurs sur ce marché, avec des modèles économiques différents : BtoBtoC (une mutuelle fait l’intermédiaire entre le médecin et le patient tel que MédecinDirect) ; BtoC (sans intermédiaire, comme Qare ou Livi).
Un moyen de désengorger les urgences et de réaliser des économiques
Selon le Dr Alexandre Maisonneuve (Qare), les médecins se disent prêts pour la téléconsultation : ils y consacrent actuellement une consultation sur 4 (25 %) ; dans le futur, ils devraient y consacrer 1 consultation sur 2 (50 %), estime-t-il.
François Lescure (MédecinDirect) souligne de son côté que 15 à 20 % des patients seraient allés aux urgences s’ils n’avaient pas téléconsulté. Au vu du coût d’une consultation (en moyenne 190 € au total), des économies substantielles sont déjà réalisées pour le système de santé afin notamment de désengorger les urgences, avance-t-il.
La difficulté de faire changer les mentalités
Le Dr Alexandre Maisonneuve revient sur le cadre initial de la téléconsultation mis en place par la Cnam et les syndicats de médecins. Au début, l’acte avait pour but de desservir les zones sous-denses pour les personnes âgées de plus de 75 ans. Le directeur médical de Qare soulève un décalage avec la réalité puisque cette cible « est peu digitalisée », souligne-t-il.
Initialement, il y a également eu des craintes d’explosion des téléconsultations sur le nombre d’actes à rembourser, d’une forme d’uberisation de l’acte, avec l’arrivée potentielle d’acteurs étrangers et, enfin, de voir cette pratique remplacer la médecine classique. Le Dr Alexandre Maisonneuve souligne la difficulté de faire changer les mentalités ; les syndicats sont encore aujourd’hui très réticents à ce type d’évolution.
L’avenant n°6 : une « version 1 » de la téléconsultation car assez restrictif
Actuellement, l’avenant n°6 prévoit, pour que la consultation soit remboursée, que le médecin doit avoir vu le patient dans les 12 derniers mois, ce qui induit une notion de connaissance préalable du dossier médical de la personne. Cette situation est rare et parfois la téléconsultation se fait dans des déserts médicaux, où les patients n’ont plus de médecin traitant.
L’avenant n°6 interdit actuellement l’usage du téléphone et du chat. L’usage est donc restrictif. Le Dr Alexandre Maisonneuve évoque cet avenant comme « une version n°1 » de la téléconsultation.
Vers des associations entre les groupements de pharmacie et les sociétés de téléconsultation ?
Par ailleurs, l’avenant n°15 va permettre aux pharmaciens de réaliser des téléconsultations, un acte très attendu par les patients et la profession. Le directeur médical de Qare entrevoit dans ce cadre des associations entre les groupements de pharmacie et les sociétés de téléconsultation.
« Les régions expriment un besoin de territorialité »
François Lescure ajoute que « les régions expriment un besoin de territorialité », notamment avec la création de CPTS.
Le Dr Alexandre Maisonneuve complète en indiquant que ces structures faciliteront l’information et la mise en réseau. Les CPTS vont organiser la téléconsultation grâce à la mise en commun des disponibilités et des agendas entre professionnels de santé pour un meilleur accès aux soins. Nicolas Revel, directeur général de la Cnam, se dit favorable à ce déploiement.