« On note une progression des usages sur le terrain » mais l’avancement de la télémédecine reste « limité par les modes de financement et par le caractère expérimental » fait valoir le président de la Société française de télémédecine, Thierry Moulin, dans un entretien accordé à Health & Tech Intelligence. Thierry Moulin y fait le point sur l’avancée de la télémédecine en ce début d’année 2017 et les projets de la SFT pour 2017. Il estime notamment que si les initiatives se structurent au niveau régional, il reste à pérenniser les projets pilotes déjà en place et qu’il faut désormais « passer à la vitesse supérieure » afin de généraliser l’usage de la télémédecine.
Quel regard portez-vous sur l’avancement de la télémédecine en France en 2016 ?
On peut voir le verre à moitié vide ou à moitié plein. Du côté positif, on note une progression des usages sur le terrain, comme nous avons pu le constater lors de notre congrès de décembre 2016. Il est maintenant acquis que les technologies permettent de faire évoluer les organisations qui elles-mêmes requièrent l’apport du numérique. La télémédecine vient en support aux nouvelles organisations.
Cela étant, l’avancement de la télémédecine est limité par les modes de financement et par le caractère expérimental.
Il faut maintenant communiquer sur l’avancée des connaissances en matière de télémédecine et sur ce qu’elle apporte en termes de formalisation des processus et de traçabilité de l’information.
Êtes-vous satisfait du décret sur la télémédecine de 2010 ?
Le décret pourrait être assoupli quand un acte est validé scientifiquement et qu’il rentre dans le cadre de bonnes pratiques édictées par les sociétés savantes.
Il doit être toiletté et progresser sur la notion de téléconseil médical : il faut faire une distinction entre le conseil prodigué à distance dans le cadre du parcours de soins d’une pathologie chronique et le téléconseil médical avant d’aller consulter aux urgences, où le praticien manque d’informations car il n’a pas accès au dossier du patient. Le téléconseil médical est clairement différent d’une téléconsultation
Quel est votre avis sur les cahiers des charges pour la télésurveillance ?
Les libéraux ont des réticences liées au temps à consacrer à la télésurveillance et à son financement. Ils ont raison, il faut pouvoir avancer plus vite aussi pour répondre à l’objectif de qualité et d’équité
De son côté, une part de la réticence de l’Assurance maladie repose sur l’idée du risque de dérapage avec les médecins qui pourraient se servir de la télémédecine comme d’un « bandit manchot ». Ce risque est faible du fait de la tracabilité permettant un contrôle.
Pourquoi appeler à une approche plus académique de la télémédecine ?
Il faut former les professionnels à la révolution du numérique. C’est pourquoi nous avons mis en place un Diplôme Inter Universitaire reposant sur 7 universités. Il faut également faire entrer la formation au numérique dans la formation initiale. L’excellence académique est aussi requise pour la recherche, notamment pour co-construire l’innovation
Quand l’usage de la télémédecine sera répandu, la SFT aura peut-être moins d’utilité. La télémédecine ne sera jamais une discipline : elle est transversale, et mobilise aussi bien les sciences humaines en raison de son impact sur les organisations que les aspects techniques. L’évaluation de la télémédecine doit analyser les modifications organisationnelles et s’intéresser aux choix des patients : à service médical égal, on peut constater une amélioration.
Comment appréhendez-vous l’année 2017 ?
Le terrain bouge. Les choses se structurent au niveau régional. Beaucoup de projets pilotes sont passés en routine : il faut maintenant les pérenniser.
C’est pourquoi nous estimons qu’il faut passer à la vitesse supérieure en 2017. Nous allons développer des préconisations sur les objets connectés, sur les modèles organisationnels, des nouvelles façons de penser l’évaluation, etc. Nous souhaitons aussi conserver notre libre-arbitre par rapport aux autorités de santé pour être force de propositions, et travaillons avec une vingtaine de sociétés savantes ainsi qu’avec les Ordres pour innover dans les nouvelles organisations et favoriser la pluri et l’inter-disciplinarité pour un service rendu aux usagers.