« L’objectif est de développer des projets de recherche à Singapour en lien avec ce que les équipes réalisent en France pour établir une relation gagnant-gagnant entre les deux régions dans le domaine scientifique. L’idée c’est de rapprocher les peuples, les pratiques, les méthodes pour découvrir de nouvelles choses. » (Mounir Mokhtari)
Mounir Mokhtari, directeur de l’IPAL-CNRS (Image & Pervasive Access Lab), et Fabien Clavier, chef de projet, reviennent pour H&TI sur les principales solutions développées par le laboratoire franco-singapourien au sein duquel ils évoluent : City4Age et Pulse, deux programmes financés par l’Union Européenne en phase de déploiement axés sur la prévention à travers l’intégration de nouvelles technologies.
L’IPAL-CNRS : un laboratoire d’excellence basé sur une collaboration entre chercheurs français et singapouriens
Les recherches effectuées à l’IPAL se concentrent sur la compréhension des images médicales, la gestion du bien-être et l’assistance à domicile. Fabien Clavier, quel est votre rôle en tant que chef de projets ?
Fabien Clavier (FC) : Je suis urbaniste de formation. Je travaille à l’IPAL sur le domaine des smart cities et sur la manière dont l’e-santé peut s’ouvrir sur la ville et se connecter à tous les acteurs urbains au niveau de la mobilité, de la qualité de vie, de l’environnement, etc.
Pourquoi avoir choisi de vous implanter à Singapour et non dans une autre ville asiatique ?
Mounir Mokhtari (MM) : Le choix de Singapour comme pays d’implantation est né d’un constat : le CNRS et les académies françaises ont identifié la cité-État comme étant un écosystème prometteur au vu de la politique qui y est menée dans le domaine scientifique.
Nous avons été parmi les premières équipes académiques au niveau international à développer des projets à Singapour. Nous étions présents à une période où il n’y avait encore personne. C’est après, quelques années plus tard, que les Américains, les Britanniques, les Allemands et d’autres institutions internationales sont arrivées ici.
FC : Le laboratoire va fêter ses 20 ans en 2018. C’est une présence assez importante !
Le but de l’IPAL est de créer un lien entre la France et Singapour, de créer des projets pour Singapour mais également pour l’Europe ?
MM : C’est ça. L’objectif est de créer un lien entre les deux pays, de développer des projets de recherche à Singapour en lien avec ce que les équipes réalisent en France pour établir une relation gagnant-gagnant entre les deux régions dans le domaine scientifique. L’idée c’est de rapprocher les peuples, les pratiques, les méthodes pour faciliter les découvertes.
Nous sommes un peu plus d’une trentaine au sein du labo. La moitié sont des chercheurs venus de France et l’autre moitié des chercheurs de Singapour.
City4Age : assurer l’autonomie des personnes âgées via l’utilisation d’objets connectés
Le programme City4Age (Elderly-friendly city services for active and healthy ageing) a pour but de maintenir l’autonomie des personnes âgées à domicile et dans la ville par l’intégration de nouvelles technologies. Un projet visiblement centré davantage sur le lien social que sur l’amélioration de l’état de santé…
FC : C’est un peu les deux. À l’IPAL, nous n’avons pas une approche « santé » à proprement parlé mais plutôt lifestyle (mode de vie). Nous n’allons pas déployer des dispositifs médicaux ou invasifs, cette partie est gérée par les professionnels de santé. Nous sommes plus du côté de la prévention, de la qualité de vie, des activités du quotidien, de la socialisation…
MM : Notre but n’est pas de guérir une maladie – les hôpitaux savent très bien faire ça – mais de la prévenir.
Vous avez notamment développé une application incitant les personnes âgées vivant dans des appartements HDB à sortir en leur envoyant une notification quand, par exemple, leurs amis sont en train de déjeuner au food court (aire de restauration à bas prix, un modèle très répandu en Asie). Pouvez-vous décrire plus en détails ce dispositif ?
MM : Nous avons effectivement déployé des capteurs sur le lieu de vie. Le principe, c’est de détecter des activités de la vie quotidienne (préparer son repas, manger, boire, dormir, effectuer une activité physique ou des gestes d’hygiène…).
Nous avons testé le dispositif dans des conditions réelles, dans des appartements, dans des maisons de soins infirmiers aussi. Il y a tout un aspect ciblé sur l’accompagnement : comment motiver les personnes à sortir, à faire de l’exercice, à se socialiser ?
Fabien a réalisé un travail de fond avec les seniors activity centers (centres d’activités pour personnes âgées) avec l’opérateur Touch Community Services : ces centres sont devenus des partenaires principaux du programme. Ils ont une approche humaine d’aide aux personnes à travers des activités physiques, des ateliers de loisirs. L’idée était de réfléchir à une manière d’aider ces gens-là à faire encore mieux à travers l’intégration de technologies.
FC : Nous travaillons beaucoup avec le HDB dans le cadre de City4Age. Il faut savoir que les logements HDB sont organisés en quartier, dans lequel on trouve vraiment tout : il y a les appartements et tout un tas de services accessibles au rez-de-chaussée, dont le senior activity center mais aussi le food court, le bureau de poste, le petit supermarché, etc. À Singapour, les personnes âgées ont donc tendance à vivre dans leur quartier de HDB.
Nous travaillons à cette échelle en intégrant tous ces lieux de vie et d’intérêts dans notre étude pour essayer de comprendre ce que fait la personne, quelle est sa routine, quel est son quotidien, pour ensuite identifier un éventuel changement de comportement. Par exemple, si la personne observée se rend tous les jours au community center (centre communautaire) et qu’un jour elle n’y va pas, on se penche sur son cas car c’est peut-être le signe d’un problème ou le début d’un symptôme qui peut être sérieux.
Votre cible est-elle la personne âgée en général ou celle atteinte de maladies ou de troubles liées au vieillissement ?
MM : Nous observons les personnes âgées dépendantes mais aussi les personnes fragiles, qui sont autonomes et pas forcément dépendantes.
FC : Il peut s’agir de personnes seules, isolées, mais qui ne sont pas forcément atteintes d’une maladie. Nous nous intéressons aussi aux personnes touchées par une perte de lien social et aux personnes âgées actives aux comportements sains.
Quels sont vos objectifs avec Touch ?
FC : Nous avons réalisé des tests sur une vingtaine de personnes dans des community centers. Il s’agissait d’un premier déploiement. Nous avons l’ambition de développer l’outil plus largement et de toucher une centaine de foyers. Je précise que nous incluons les familles dans le processus et non uniquement la personne âgée. Le programme concerne aussi ses enfants, ses aidants, les membres du senior activity center et les services sociaux qui gravitent autour de la personne. Quand nous recrutons un individu, nous en recrutons quatre au final, voire plus. C’est pour cette raison que le développement d’une solution prend du temps. À Singapour c’est plus simple parce que cet état d’esprit communautaire est très intégré.
Nous avons donc l’ambition avec le HDB de toucher une centaine de personnes, soit sur un site, soit sur plusieurs sites – nous sommes encore en train d’en discuter. L’idée c’est de croître d’un point de vue quantitatif afin d’avoir plus de données à analyser pour les comparer plus facilement. Étudier vingt personnes nous a permis de réaliser la preuve de concept. Comme le système fonctionne bien, nous avons maintenant besoin d’aller plus loin pour le stabiliser et ensuite travailler avec des partenaires dans l’optique de le déployer à plus grande échelle.
Vous avez effectué d’autres applications concrètes du programme City4Age, dont des tests au sein de l’hôpital singapourien Khoo Teck Puat axés sur la gestion du sommeil. Avez-vous déjà des premiers retours sur cette expérience ?
MM : Aujourd’hui, il y a des dispositifs médicaux qui sont utilisés pour analyser le sommeil. La personne étudiée doit passer une nuit à l’hôpital : on place sur son corps un certain nombre de capteurs pour mesurer son rythme cardiaque et sa respiration, on l’équipe d’un oxymètre… Et elle doit ensuite s’endormir. C’est une fenêtre d’observation sur une nuit.
Notre système est, lui, non invasif. On le positionne sous le matelas et on obtient presque les mêmes paramètres. Nous sommes en train de procéder à une validation clinique de cet appareil en milieu hospitalier. Notre ambition est de déployer l’outil à domicile. Au lieu d’observer une personne sur une ou deux nuits, nous analysons ses données sur plusieurs mois. Nous effectuons ainsi une analyse du sommeil beaucoup plus approfondie, même si les informations collectées ne sont pas aussi précises que celles générées par les capteurs placés sur le corps. La technique sera néanmoins plus naturelle. C’est ça l’innovation !
Dans le cadre de la phase de validation du système, nous utilisons les deux modèles. Dès qu’un patient témoin est victime d’apnée du sommeil par exemple, un trouble assez courant, les deux dispositifs sont mis en place – celui utilisé par les professionnels de santé et le nôtre – puis nous comparons les données pour savoir si nous parvenons plus ou moins aux mêmes conclusions.
Le projet a été lancé il y a quelques mois. Une dizaine de personnes testent le système. Nous n’avons pas encore publié les résultats mais c’est assez prometteur.
Avez-vous d’autres projets tests en cours ?
MM : Oui, nous avons déployé en Basse-Normandie un autre projet test dans un Éhpad et dans trois habitations individuelles – aujourd’hui, nous sommes montés à neuf.
L’objectif, là encore, était de comprendre quels étaient les activités quotidiennes des individus afin de savoir où nous pouvions intervenir. Nous nous concentrons par exemple sur les somnambules, les individus qui ont un sommeil de mauvaise qualité ou qui sautent des repas. Après analyse de ce type de comportements, nous avons démontré que notre technologie était utile.
En clair, nous notifions aux aidants naturels et professionnels une situation [jugée anormale ou à risque], ce qui permet d’améliorer la qualité de vie des aidants et des aidés. Les effets positifs de notre outil ont été prouvés et la région souhaite désormais développer l’outil sur davantage d’habitations pour toucher l’ensemble de la Basse-Normandie.
Et, à terme, peut-être envisager un déploiement à échelle nationale ?
MM : C’est notre ambition. Notre rôle, c’est d’établir des preuves de concepts. Notre équipe prouve qu’un concept fonctionne, fournit des données scientifiques détaillant le projet, le teste sur le terrain pour le valider puis les acteurs du secteur mesurent l’apport de cette solution au problème en question.
Après, c’est aux industriels de développer le produit à grande échelle, ce n’est plus de notre ressort.
City4Age : un projet européen étendu à Singapour
Ce concept est l’un des projets inclus dans le cadre de City4Age, un programme pris en charge par la Commission européenne. Pouvez-vous nous en dire plus sur les ambitions de l’Union européenne à ce propos ?
MM : Le principe de City4Age est d’observer la personne à domicile et de savoir ce qu’elle fait lorsqu’elle quitte le logement. À travers ce programme, la commission européenne cherche à comprendre comme il serait possible de détecter un risque en cas de changement de comportement. L’idée est de détecter le risque avant que le médecin diagnostique une maladie.
Vous travaillez non pas en Europe mais à Singapour. L’objectif est-il d’étendre City4Age à l’Asie ?
FC : Le programme se base sur un fond scientifique. Il y a plusieurs sites pilotes pour tester différentes parties de la solution City4Age dans différents contextes. Nous avons six sites pilotes : cinq en Europe et un à Singapour. C’est intéressant d’être présents à Singapour parce que la cité-État est assez en avance sur l’intégration des nouvelles technologies au sein de l’environnement urbain, des administrations et des services publics. Pour l’Europe, c’est un benchmark qui est très attractif. Cette implantation permet de visualiser comment une solution européenne peut être développée en Asie, et pourquoi pas ailleurs. Elle offre aussi un benchmark commercial intéressant au niveau de la mise sur le marché d’un produit.
Dans l’autre sens, c’est aussi un grand atout pour Singapour d’avoir un regard sur l’Europe en ce qui concerne la gestion du vieillissement de la population, de la transition démographique, le développement de nouveaux services et de nouveaux produits car ils ont aujourd’hui une vision essentiellement asiatique du marché avec des liens établis par exemple avec le Japon, la Corée du Sud et un peu Taïwan. Ils aimeraient aussi regarder dans d’autres directions.
L’Union européenne est une zone où il se passe beaucoup de choses au niveau de la recherche : le gouvernement singapourien est demandeur d’un partage d’expériences, par des échanges sur les solutions et les services produits en UE pour savoir comment ils sont réceptionnés là-bas, comment ils pourraient être adaptés à Singapour et vice versa.
MM : Singapour est déjà identifié comme étant en avance dans les secteurs liés aux nouvelles technologies et au principe de « ville intelligente ». Il y a énormément de concepts qui sont expérimentés à Singapour et il y a aussi cette facilité de faire caractéristique de la cité-État : contrairement à d’autres pays, nous disposons ici d’un écosystème très actif et avons beaucoup plus facilement accès aux données des patients, à une infrastructure de qualité, à des partenaires universitaires… C’est très facile de réaliser des validations scientifiques grandeur nature.
Dans d’autres pays, comme la France, le système est plus procédurier, il est plus difficile d’accéder aux données, etc. Tout le processus de recherche est très compliqué.
Partage des données de santé : « L’adhésion individuelle se fait plus facilement [à Singapour] qu’en France » (Fabien Clavier)
Avez-vous l’impression qu’à Singapour, et plus généralement en Asie, les patients ont moins de réticence qu’en Europe à partager leurs données de santé ?
FC : Je pense qu’il y a une confiance plus forte des Singapouriens envers ce type de démarches scientifiques basées sur la data, qui sont en général portées par des agences du gouvernement. L’adhésion individuelle se fait plus facilement qu’en France, où il est plus délicat de recruter des patients parce qu’il faut vraiment les convaincre de l’intérêt et du sérieux du projet or, nous n’avons pas forcément de caution derrière au départ.
MM : Les données sont aussi très protégées à Singapour mais elles sont plus facilement accessibles. En France, l’accès est plus limité lorsqu’il s’agit d’informations de santé.
Il faut savoir aussi que la réglementation française et européenne est très complexe au niveau de l’inclusion des patients dans les expérimentations scientifiques, alors qu’ici, ils sont très ouverts sur les questions d’innovations donc le cadre réglementaire est plus souple. Voilà ce qui justifie en partie notre présence à Singapour.
FC : Singapour est une smart nation. Tous ces programmes d’ouverture aux nouvelles technologies nous aident beaucoup.
Pulse : un projet health tech visant à mieux lutter contre le diabète
Travaillez-vous sur d’autres projets en dehors de City4Age ?
FC : Notre deuxième grand projet européen, c’est Pulse (horizon 2020). Ici, nous travaillons à l’échelle de la communauté via l’analyse de big data. Nous nous focalisons sur le diabète de type 2 et les personnes asthmatiques.
Notre travail consiste à regarder à l’échelle de la ville comment nous pouvons agréger toutes les données, tous les paramètres environnementaux (qualité de l’air, mobilité urbaine, PSI à Singapour…) afin d’analyser l’impact que ces facteurs peuvent avoir sur des communautés spécifiques, ici donc des personnes diabétiques, asthmatiques ou des personnes saines mais à risque, à même de développer ce genre de maladies chroniques.
À travers cette étude de données, l’objectif est de faire de la prévention en établissant des modèles de risques. On serait ainsi capable d’identifier le parcours d’une personne diabétique, de son stade pré-diabétique à l’installation de la maladie puis aux complications, pour ainsi mieux comprendre l’impact des facteurs environnements sur cette évolution. L’idée est la même pour les personnes asthmatiques.
Le projet se base sur des fondements similaires à ceux de City4Age. Il y a cinq sites pilotes : en Europe, aux États-Unis et à Singapour. Chaque site se concentre sur une maladie chronique. À Singapour, nous nous intéressons plutôt au diabète, notamment parce qu’il y a un gros effort réalisé par le gouvernement en ce moment pour lutter contre cette maladie.
Nous cherchons à comprendre comment les personnes diabétiques vivent à Singapour, quelles sont les difficultés qu’elles rencontrent et comment il est possible d’analyser la trajectoire de ces personnes dans le but de faire de la prévention et leur permettre de rester actives au sein de la ville. C’est le même principe que le dispositif créé pour les personnes âgées mais le programme est ici mis en œuvre à une plus large échelle.
Pour ce projet en particulier, travaillez-vous de près avec le gouvernement ?
MM : Oui, l’IPAL travaille d’ailleurs constamment en collaboration avec le gouvernement. Le HDB, l’URA, le MOH, etc. sont nos partenaires naturels, comme les hôpitaux et d’autres organismes gouvernementaux.
Singapour démontre une nouvelle fois à travers ce projet qu’il fait partie des leaders mondiaux en matière de lutte contre le diabète.
MM : Les leaders mondiaux dans le secteur de la santé ont identifié le problème du diabète bien avant, c’est le cas de la France par exemple, mais la nuance c’est qu’à Singapour, quand ils identifient un problème, ils lancent sans attendre un programme fort, ils mettent les moyens et ça va très vite. Tout l’écosystème académique, industriel et autre se met en ordre de marche pour résoudre le problème. Et après ils passent à autre chose.
C’est ce qui fait la différence avec d’autres pays, y compris en Asie, dont certains sont ralentis dans leur progression dans le domaine de la santé par une bureaucratie plus importante, où la moindre action est difficile à réaliser et où les moyens ne sont pas forcément disponibles…
C’est pourquoi le fait d’avoir un site pilote à Singapour est fortement apprécié par la Commission européenne. En apprenant ce qui s’y fait, comment les choses fonctionnent ici, les responsables se disent qu’il y a des choses à apprendre et à récupérer pour développer des innovations en Europe.
« Il y a aussi une différence structurelle entre Singapour et la France qui influence beaucoup la manière dont l’e-santé se développe » (Fabien Clavier)
Quelles sont les différences majeures que vous identifiez entre Singapour et la France dans le secteur de la health tech ?
MM : La différence majeure c’est essentiellement qu’en France, nous sommes très bons dans la prise en charge de la maladie. Quand la maladie est identifiée, le système d’assurance maladie fonctionne bien. À Singapour, l’État est en train d’investir sur la prévention : comment améliorer le milieu urbain et l’environnement familial pour empêcher le développement de la maladie ? Cela ne se fait pas en France. La prévention n’est pas prise en charge par la Sécurité sociale.
Ici, c’est tout le pays qui se réorganise pour faciliter la prévention et réduire par conséquent les coûts de santé. C’est une différence majeure mais c’est le seul choix possible aujourd’hui. La Commission européenne l’a bien compris.
En France, comme le système est plus ou moins décentralisé avec les ARS et comme les budgets vont en diminuant, les ARS ne vont jamais suivre si on leur demande de financer en plus la prévention parce que cela induit un coût supplémentaire. Pour évoluer à ce niveau, les acteurs du secteur en France voudront qu’on leur présente une équation leur prouvant que le fait d’investir dans la prévention réduira de façon drastique les coûts de la maladie. Et ça, ce n’est pas évident à démontrer parce qu’il faut se projeter sur le long terme. Par exemple, si vous effectuez des tests sur une personne âgée de 50 ans, il faudra attendre qu’elle ait 75 ans pour connaître l’impact de l’acte préventif.
FC : Il y a aussi une différence structurelle entre Singapour et la France qui influence beaucoup la manière dont l’e-santé se développe : à Singapour, il y a vraiment une tradition du care à l’anglo-saxonne. Vous avez le système médical, l’infrastructure médicale mais aussi beaucoup d’infrastructures médico-sociales, comme les senior activity centers et les community centers. Il y a ici une approche très communautaire de la santé (qu’on a un peu moins en France).
Cette structuration du secteur fait une différence dans le développement de l’e-santé au sein du pays parce qu’elle crée plusieurs relais que l’on peut activer dans le cadre du développement de solutions préventives.
Le HDB est assez actif sur ce sujet. À l’occasion de sa première campagne de déploiement technologique qu’il a mené à Jurong East (Ouest de Singapour), il a intégré les familles des patients dans le processus. Le projet était très communautaire et c’est ce qui fait le succès de ce type de programmes à Singapour : tout de suite, les familles et les aidants sont inclus dans le parcours de prévention et de soins. Il y a un vrai écosystème, c’est une grande force pour le pays.