Le constat partagé par les représentants du gouvernement, des accélérateurs ou les entrepreneurs est le même — en mai 2017, la création de la filière silver économie n’a pas eu l’effet instigateur de développement que l’on espérait. L’économie reste trop régulée. En cause – le modèle administratif et le rôle des collectivités territoriales. Un constat fait par Guy Vaugeois, le responsable du Pôle Développement des services à la personne à la Direction Générale des Entreprises (DGE).
Quant aux services à la personne de manière générale, il faut dépasser l’organisation en silos des services et penser à une organisation plus fluide et ouverte de différents types de service (sanitaires, solutions technologiques, numériques, etc.). La filière est trop cloisonnée.
Le dernier café économique de Bercy fait le point sur la filière créée en 2013.
Les chiffres caractérisant la filière manquent. Les chiffres démographiques n’ont pas changé, ils confirment le vieillissement de la population: 46% de la population française aura plus de 50 ans en 2025.
En revanche, ce qui est encourageant pour le développement de la filière, c’est l’évaluation par le CREDOC de la part des dépenses des foyers à destination des seniors : 55% des dépenses.
Il faut bien identifier les besoins des seniors dans la constitution de l’offre, car aujourd’hui 85% des seniors sont actifs et leurs besoins diffèrent des 7% qui sont fragilisés ou des seniors dépendants.
En 2017, la silver économie et les services à la personne n’ont pas encore trouvé leur développement économique.
Un développement inégal des segments
L’accompagnement technologique de personnes âgées dépendantes est le domaine qui se développe le plus contrairement aux autres volets de la silver économie visant notamment les seniors actifs, comme les loisirs, les activités sportives et culturelles, la nutrition, etc. Actuellement, l’accent est mis sur les outils et les services de gestion de l’autonomie.
La prévention n’a pas réussi à se faire une place suffisante dans les offres, alors que les entrepreneurs devraient se concentrer là-dessus pour diversifier et élargir leur cible.
L’aspect humain de la silver économie qui n’est pas toujours inclus dans les services proposés est le maintien et le développement du lien social, alors qu’il s’agit d’une dimension importante pour les seniors, d’autant plus s’ils sont dépendants ou fragilisés.
Rôle des collectivités territoriales dans le maintien à domicile
Actuellement, ce sont les conseils départementaux qui émettent des autorisations administratives aux prestataires des services à la personne. Un modèle qui ne répond plus à la réalité économique.
Sans pour autant sortir du système de l’habilitation, car nous sommes en face d’un public qui peut être fragilisé ou dépendant, il est préférable d’évoluer vers un système de certification où les prestataires et fournisseurs de service se verraient évalués sur la base d’un cahier des charges. Telle est la proposition de Guy Vaugeois, responsable du Pôle Développement des services à la personne à la DGE. Aujourd’hui, nous sommes dans une logique d’autorisation administrative qui est limitative, alors qu’une évaluation qualitative serait gage de garanties nécessaires et donnerait beaucoup plus de liberté d’action.
Pour permettre le développement de la filière silver économie, il est indispensable de réduire le millefeuille administratif face à la dépendance. Les intervenants et les structures impliquées dans le processus du maintien à domicile se superposent à l’infini.
L’exercice du libre-arbitre lors de la sélection des services comme levier de développement
Le rôle de coordination des services à la personne confié aux départements doit se démocratiser afin de laisser le choix aux bénéficiaires des services et encourager l’innovation. Le marché des prestataires se voit cantonné à un département précis. Il est a fortiori limité géographiquement, mais à la fois conditionné par la capacité financière du département en question.
S’enfermer dans des formules de prestations fixes est préjudiciable aussi bien pour les acteurs de l’innovation que pour les seniors qui doivent pouvoir exercer le libre-arbitre lors du choix de service afin que celui-ci réponde le mieux à leur besoins et à leurs souhaits.
Les défis des entrepreneurs
Le pouvoir économique de la population cible est le premier défi, car il faut créer des produits et des solutions pour répondre aux besoins d’une population au pouvoir d’achat décroissant. De plus, il s’agit d’une population dont le patrimoine ne permet pas de mobiliser des liquidités. La question à se poser est comment redonner du pouvoir d’achat aux seniors tout en respectant leur patrimoine et leurs aidants.
Dans un monde de plus en plus collaboratif, les entrepreneurs doivent aussi unir leurs forces et agir solidairement pour convaincre plus facilement les investisseurs, les financeurs, mais aussi les institutionnels.
Le directeur générale de Silver Valley, Benjamin Zimmer préconise l’établissement de ponts entre tous les intervenants et évaluation des projets par les utilisateurs finaux pour en entériner la viabilité et la pérennité.
Il encourage les créateurs d’entreprise en leur recommandant de ne pas s’attendre à un appui institutionnel, car face à l’innovation ces acteurs sont désarmés.
L’innovation sociale au service du bien-vieillir
L’innovation sociale doit proposer des réponses aux besoins sociaux pas couverts actuellement dans l’objectif de bien-vieillir. Celle-ci implique des projets dont l’objectif principal n’est pas la création de bénéfices, mais qui soient porteurs d’un intérêt social et qui proposent des solutions à des problématiques sociales bien identifiées. Les acteurs de l’innovation sociale sont aussi bien les citoyens que les institutions publiques, les industriels et les chercheurs.
Afin de réaliser ces projets, les acteurs différents doivent s’appuyer sur les territoires dans le cadre de projets au modèle économique hybride, sans quoi ils ne sont pas viables.