Des environnements virtuels pour le traitement des troubles anxieux, telle est la solution proposée par la start-up C2Care, que Farah Merakchi a présentée lors d’un entretien à Health and Tech Intelligence en mai 2017.
Quelle est l’innovation portée par votre start-up ?
Notre société s’appelle C2Care, littéralement « voir pour soigner », nous créons des environnements virtuels pour le traitement des troubles anxieux : phobies, addictions, troubles du comportement alimentaire, programme de relaxation. Les environnements virtuels sont réalisés en partenariat avec un comité scientifique composé de psychiatres et psychologues qui nous rédigent des protocoles.
A partir de ces derniers notre équipe technique développe soit en 3D soit en réel, des environnements qui reproduisent les situations dans lesquelles les patients souffrant de phobies vont présenter un certain stress et une certaine anxiété. Le but est d’exposer le patient face à l’objet de son trouble afin qu’il puisse travailler avec son thérapeute sur son anxiété et pouvoir pallier ce trouble. La finalité est de réussir à traiter sa phobie.
Votre solution est-elle en phase de test ou bien est-elle déjà utilisée ?
Elle est déjà utilisée et commercialisée depuis un an sous forme de pack comprenant tous les environnements (constitué des 4 parties évoquées précédemment).
Ce n’est commercialisé qu’auprès des professionnels de santé : psychologues, psychiatres et psychothérapeutes, pour la simple et bonne raison qu’il s’avère dangereux de le fournir au grand public. En effet son utilisation peut susciter des crises de panique et une anxiété assez forte. Notre société est basée sur les thérapies par exposition in vivo. Cela consiste à exposer le patient face à l’objet de son trouble en vie réelle. En revanche dans un contexte de phobie de l’avion il est compliqué de se déplacer avec le patient pour qu’il puisse prendre l’avion, d’où l’idée de réaliser ces environnements en virtuel, grâce au casque de réalité virtuelle.
La solution est donc utilisée dans un cadre hospitalier ou en médecine de ville chez le psychiatre ?
Les deux cas sont possibles. Nous travaillons avec des hospitaliers pour tout ce qui concerne les protocoles.Certains hôpitaux sont déjà équipés, notre comité scientifique est situé à l’hôpital de la conception à Marseille. Nous avons également équipé certaines cliniques, ainsi que de nombreux libéraux.
L’objectif était de démocratiser cette technique auprès des libéraux afin qu’ils puissent utiliser cette solution avec leurs patients au sein de leur cabinet.
Les patients n’utilisent donc jamais le casque seuls ?
Tout à fait, ils sont toujours encadrés par un professionnel dans le principe de la thérapie. Les séances sont généralement réalisées une fois par semaine, avec avant de débuter avec le casque un échange avec le thérapeute afin que ce dernier puisse organiser sa thérapie et ensuite cette dernière peut débuter avec l’immersion. L’accompagnement du thérapeute est essentiel pour la mise en place des thérapies par exposition à la réalité virtuelle.
Quel est votre business model ?
En termes de commercialisation nous fonctionnons par abonnement. Nous sommes sur une technologie qui est en constante évolution, c’est pourquoi nous développons en interne de nombreux environnements. Pour que les praticiens aient accès à toutes les nouveautés d’environnements développés nous réalisons régulièrement des mises à jour une à deux fois par mois avec l’ajout de nouveaux environnements : les abonnements peuvent donc être mensuels, semestriels ou annuels. Nous proposons deux types d’abonnements : soit un abonnement comprenant uniquement le software c’est-à-dire avec le logiciel qui contient les environnements ; soit un abonnement avec le matériel : le smartphone et le casque de réalité virtuelle afin que le praticien ait accès à l’outil complet qui soit dédié à la pratique de la thérapie par exposition à la réalité virtuelle.
Quel est le prix des ces abonnements ?
Cela représente une centaine d’euros par mois.
Votre solution a t-elle vocation à être remboursée ?
Si elle est pratiquée par un psychiatre, cette solution est remboursée par la sécurité sociale.
Êtes-vous seuls sur le marché français à proposer cette solution ?
Tout à fait, pour le traitement des troubles anxieux, de la santé mentale nous sommes les seuls.
Et en Europe ?
Nous avons des concurrents notamment en Espagne.
Comment avez-vous été financés ? Avez-vous été incubés ?
Nous avons participé à plusieurs accélérateurs et incubateurs au niveau de la région toulonnaise (Toulon Var Technologies Innovation – et réseau entreprendre du Var). Nous avons remporté plusieurs concours, cela nous a permis de développer notre société et parallèlement nous avons bénéficié de l’investissement d’un investisseur privé.
Avez-vous réalisé des partenariats avec des industriels ?
Non, au niveau technique tout est réalisé en interne, un partenariat a uniquement été établi avec le comité scientifique.
Quelles sont vos perspectives à court et moyen terme ?
A court terme nous allons entrer sur le marché allemand et espagnol d’ici un ou deux mois maximum. A long terme nous visons un marché mondial.
Cette solution est-elle considérée comme un dispositif médical ?
C’est un dispositif médical de classe I.
Quels sont les retours des patients et praticiens : y a-t-il des obstacles, des réticences ou généralement le casque est adopté facilement ?
Globalement le casque est adopté. Certains patients préfèrent des environnements tournés en réel, ce que nous réalisons également, plutôt que de la 3D. Dans l’ensemble les patients sont partants pour essayer cette nouvelle alternative, surtout ceux qui ont tenté plusieurs choses n’ayant pas fonctionné.
Avez-vous identifié des freins à votre développement ?
Nous avons enchaîné les accélérateurs et les incubateurs, la société a été créée en 2015, le produit a été lancé en mai 2016, tout est allé très vite.