Assurer un suivi des patients via un télésuivi des dispositifs médicaux connectés telle est l’ambition d’Implicity, société spécialisée dans le télésuivi des pacemakers.
Les enjeux d’une telle innovation et plus largement la nécessité de recourir à la télémédecine et au télésuivi pour le patient et les professionnels de santé ont été développés par Louis Pinot, directeur produit chez Implicity, au cours d’un entretien accordé à Health & Tech Intelligence.
Quelle innovation porte votre start-up ? En quoi est-elle unique ?
La télémédecine et en particulier le télésuivi par le biais de dispositifs médicaux connectés constituent une petite révolution dans le champ du parcours de soins.
Dans le domaine d’Implicity, à savoir la télésurveillance des pacemakers, de nombreuses études montrent des bénéfices importants à suivre à distance un patient par opposition à un suivi traditionnel uniquement en face à face. Le taux de mortalité des patients à un an est notamment divisé par deux, progrès considérable lorsque l’on sait l’enjeu qui réside derrière.
Le télésuivi des pacemakers permet aussi à la Sécurité Sociale de réaliser des économies importantes : les patients sont pris en charge dès les premiers signes de dégradation de leur état, pouvant ainsi éviter des hospitalisations onéreuses.
Nous sommes face à une des rares innovations médicales qui conjuguent amélioration de la qualité des soins et réduction des coûts. Malgré ces progrès et l’appui de nombreux professionnels du métier, le télésuivi ne couvre que 10% des porteurs de pacemakers. C’est pour répondre à cette anomalie à la fois économique et médicale qu’Implicity est née.
Pourquoi si peu de patients sont-ils télésurveillés ?
Les médecins ne disposent pas des outils nécessaires. Télémédecine et télésurveillance représentent un changement radical dans l’organisation et la manière d’opérer les soins au sein d’un hôpital. Les outils actuels de télésuivi sont sous-performants et ne permettent pas aux professionnels de s’adapter pleinement à ce nouveau mode de soin.
Implicity pallie ce manque avec les trois volets de sa solution :
- une plateforme unique : actuellement, le seul moyen de suivre à distance les pacemakers est de consulter les cinq plateformes des principaux fabricants qui se partagent le marché (Medtronic, LivaNova, Boston Scientific, Abbott et Biotronik). Nous réunissons toutes ces données sans considération de marque ou de modèle, au sein d’une plateforme unique où médecins et infirmières peuvent suivre tous leurs patients.
- Une plateforme métier : le deuxième volet consiste à mettre en œuvre des fonctionnalités qui facilitent le travail des personnes en charge des soins. Il s’agit par exemple de pouvoir partager les données avec d’autres professionnels de santé en charge du malade, comme le cardiologue en ville des patients ou les médecins coordinateurs d’Ephad. Il s’agirait aussi de pouvoir communiquer directement avec le patient au moyen d’une application mobile/SMS, ou de générer automatiquement des comptes-rendus de téléconsultation à transmettre aux correspondants.
- Une plateforme intelligente : l’explosion du nombre d’alertes constitue un autre problème pour la télésurveillance, lorsque seulement 10% requièrent effectivement une prise en charge du patient. En conséquence, les professionnels de santé doivent passer beaucoup trop de temps à analyser et filtrer les alertes afin d’identifier celles qui sont pertinentes.
Nous avons donc développé une intelligence artificielle qui, en combinant les données remontant du dispositif et un certain nombre d’éléments du dossier médical, identifie automatiquement les alertes importantes afin de les prendre en charge rapidement.
Comment uniformiser les données des 5 plateformes distinctes si elles proviennent de dispositifs différents ?
Il a fallu harmoniser les données remontant de chaque marque et modèle pour les rendre interopérables afin de les exploiter. Nous y sommes parvenus au prix d’un véritable travail de fourmi de plusieurs mois, mais cela nous permet aujourd’hui de présenter de façon uniforme ces données sur notre plateforme et d’améliorer les performances de nos algorithmes d’intelligence artificielle.
Qu’entendez-vous par « ontologie » ?
Il s’agit d’une branche spécifique dans le domaine de l’intelligence artificielle, qui nous permet de modéliser les connaissances médicales sous une forme utilisable par la machine, afin qu’elle puisse raisonner « comme un médecin ».
Comment fonctionne votre dispositif ? Un boîtier permet d’établir le lien avec le pacemaker ?
Actuellement, les fabricants de pacemaker fournissent aux patients un boîtier, qu’ils posent généralement sur leur table de chevet, qui interroge la prothèse du patient chaque nuit puis renvoie les données vers le serveur du fabricant. Nous intervenons en aval de cette étape, en récupérant les données à partir des serveurs des fabricants.
Votre solution peut-elle être déclinée à d’autres pathologies ?
Absolument. En réalité, nous répondons au problème fondamental lié à l’émergence de dispositifs médicaux connectés : la télésurveillance de ces dispositifs constitue un changement de paradigme complet dans la manière de soigner les maladies chroniques et de faire de la prévention. Il faut donc aider les médecins et leurs équipes à s’adapter à ce changement. Notre technologie s’adapterait donc très bien à d’autres pathologies et d’autres types de dispositifs médicaux connectés.
Comment avez-vous été financés ? Avez-vous été incubés ?
Nous avons la chance d’être incubés au sein d’Agoranov, particulièrement présent dans le domaine médical. Cela nous permet d’échanger beaucoup avec d’autres startups et de s’aider mutuellement. Sur le plan du financement, nous avons gagné des subventions, et nous préparons actuellement une levée de fonds.
Quelles sont vos perspectives à court, moyen et long terme ?
A court terme, nous voulons devenir la première plateforme de télésurveillance de pacemakers et de défibrillateurs en France. A moyen terme, courant 2018, nous visons de lancer notre développement à l’étranger et de nous diversifier dans un autre vertical qui restera sûrement dans le domaine cardiovasculaire.
A long terme, notre ambition est de devenir le hub de tous les dispositifs médicaux connectés: une plateforme multi-devices, multi-pathologies, regroupant patients et médecins afin de suivre de façon préventive et personnalisée toutes les maladies chroniques grâce à l’intelligence artificielle.