Les antidépresseurs sont recommandés en première intention pour les dépressions modérées à sévères, mais leur efficacité dépend d’une prise minimale. Les effets indésirables précoces favorisent les arrêts prématurés, ce qui complique l’évaluation et l’ajustement des traitements. En pratique, prédire la molécule la plus adaptée à un patient demeure difficile.
Dans ce contexte, le projet PETRUSHKA a développé un outil en ligne d’aide à la décision qui combine méthodes statistiques et apprentissage automatique.
Il intègre des variables cliniques et sociodémographiques (âge, sexe, origine, tabagisme, sévérité, antécédents, comorbidités, anxiété, histoire de maltraitance) ainsi que les préférences du patient.
L’interface propose au patient de sélectionner cinq effets indésirables à éviter, avec une estimation personnalisée des risques (par exemple 9 % à 26 % pour les céphalées, 8 % à 42 % pour la bouche sèche). Trois options thérapeutiques anonymisées sont ensuite présentées avec leurs profils de tolérance, le nom de la molécule n’étant révélé qu’après le choix.
Un essai multicentrique randomisé
17 % d’abandons avec IA contre 27 % en prise en charge standard
L’évaluation a été conduite auprès de 520 adultes présentant un trouble dépressif caractérisé, dans 47 centres au Brésil, au Canada et au Royaume-Uni. Les participants ont été randomisés entre une prescription assistée par l’outil et une prise en charge habituelle.
L’analyse finale a porté sur 493 patients. Le critère principal (arrêt du traitement à deux semaines, quelle qu’en soit la cause) est atteint avec 17 % d’abandons dans le groupe assisté, contre 27 % dans le groupe contrôle, soit une réduction relative de 38 %.
Les arrêts prématurés (liés notamment aux effets indésirables) concernent 9 % des patients dans le groupe IA, contre 16 % en soins usuels, correspondant à une réduction du risque de 41 %.
Amélioration des résultats cliniques à six mois
Au suivi à six mois, les scores cliniques sont en faveur de la stratégie personnalisée :
Score de dépression PHQ-9 : 7,1 points avec l’outil contre 9,2 en prise en charge standard.
Score d’anxiété GAD-7 : 4,6 points contre 5,8.
Globalement, le risque d’arrêt à huit semaines est réduit d’environ 40 % avec PETRUSHKA.
Selon les auteurs, il s’agit du premier système d’aide à la décision partagée fondé sur des données probantes pour personnaliser le traitement antidépresseur. L’approche articule données cliniques et préférences patient dans un cadre opérationnel.
Deux limites sont toutefois soulignées :
L’absence de double aveugle.
Et une proportion importante de données manquantes, qui restreignent la portée des conclusions.
Ces résultats suggèrent qu’un outillage combinant IA et préférences patient peut modifier à la fois l’observance et les résultats cliniques en psychiatrie.
Avec 1,4 milliard d’habitants, l’Inde fait face à une couverture inégale des soins primaires et à une pénurie de spécialistes, particulièrement en zones rurales. Cette contrainte structurelle limite l’accès au diagnostic précoce, complique le suivi des maladies chroniques et fragilise la continuité des soins.
Dans ce contexte, la télémédecine s’impose comme un levier organisationnel clé. La plateforme e-Sanjeevani repose sur un consortium associant :
La National Health Authority (NHA) via l’Ayushman Bharat Digital Mission (ABDM), pour l’interopérabilité.
Les centres Ayushman Arogya Mandirs, maillage de proximité.
L’intégration des identifiants ABHA (Ayushman Bharat Health Account) et de dossiers médicaux partagés permet d’optimiser la pertinence clinique. Des modules d’IA, fondés sur des systèmes d’aide à la décision (CDSS), structurent le triage et les prescriptions.
449 millions d’actes, dont 12 millions assistés par IA
Depuis 2019, e-Sanjeevani s’impose comme le plus vaste programme mondial de télémédecine primaire :
449 millions de téléconsultations.
220 000 professionnels mobilisés.
12 millions de cas appuyés par IA.
Dans la lutte contre la tuberculose :
−27 % d’issues défavorables.
+12 à 16 % de détection de cas.
Vers une médecine populationnelle augmentée
Ce modèle illustre une transformation systémique :
Accès élargi aux soins en zones sous-dotées.
Standardisation et sécurisation des parcours.
Transition vers une médecine de précision à grande échelle.
L’extension des capacités d’IA et l’exploitation des données de santé positionnent l’Inde comme un acteur structurant de la santé numérique mondiale.
73% des Français déclarent avoir renoncé à au moins un soin sur les cinq dernières années, signe d’un accès aux soins qui se dégrade et d’un risque pour la continuité des parcours. L’Observatoire de l’accès aux soins de la Fédération hospitalière de France (FHF), présenté le 17 mars 2026, confirme une aggravation des délais, des inégalités territoriales et des reports vers les urgences.
73% ont déjà renoncé à au moins un acte de soin en cinq ans, contre 68% en 2025 et 63% en 2024.
59% des renoncements sont liés aux délais, 40% au budget, 38% à la distance.
Délai moyen : 12 jours pour un généraliste, 4 mois et 2 semaines pour un dermatologue, 3 mois et 2 jours pour un cardiologue.
49% des Français se sont déjà rendus aux urgences pour une situation ne relevant pas d’une urgence médicale.
90% expriment de la colère face au manque de moyens de l’hôpital public, 89% craignent une catastrophe sans investissement, 85% dénoncent les inégalités d’accès.
Il s’agit de la troisième édition de l’Observatoire FHF x Ipsos bva, ce qui permet une lecture dynamique entre 2019, 2024, 2025 et 2026.
Cette continuité renforce la portée stratégique du signal : il ne s’agit plus d’une tension conjoncturelle mais d’une tendance installée de dégradation de l’accès aux soins. Pour les décideurs, le sujet bascule d’un problème d’offre locale à un enjeu de pilotage national, de priorisation budgétaire et de régulation des parcours.
Inégalités, sous-financement, et colère, le diagnostic des Français
Le premier enseignement est politique. 90% des répondants se disent en colère face au manque de moyens alloués à l’hôpital public et aux conditions de travail des soignants, 89% estiment que sans investissement rapide le système court à la catastrophe, et 85% se disent révoltés par les inégalités territoriales.
Le second enseignement est institutionnel. Cette combinaison de colère, d’inquiétude et de perception d’injustice fragilise la confiance dans la capacité du système à garantir un accès équitable, donc la légitimité de l’action publique sanitaire. Dans le même temps, 95% des Français se disent reconnaissants envers les professionnels de santé, ce qui dissocie clairement la critique du système de la confiance accordée aux soignants.
Zaynab Riet, déléguée générale de la FHF, résume ce point de bascule : « Les Français attendent légitimement un sursaut politique : il y a urgence à agir pour la santé ! ».
Quand consulter devient trop long
Délais multipliés par 3
Les délais deviennent un déterminant du renoncement. Le délai moyen déclaré atteint 12 jours pour un médecin généraliste, contre 4 jours en 2019, soit un délai multiplié par trois ; il atteint 4 mois et 2 semaines pour un dermatologue, contre 2 mois et 2 jours en 2019, et 3 mois et 2 jours pour un cardiologue, contre 1 mois et 3 semaines en 2019.
Le sujet n’est donc plus limité aux spécialités à faible densité. Quand l’accès au généraliste se dégrade à ce niveau, c’est toute la chaîne d’orientation qui se désorganise : retard diagnostic, reports d’examens, désintermédiation via les plateformes, et montée de recherches d’information non encadrées sur les réseaux sociaux ou les moteurs consumer health. C’est dans cet espace que la désinformation médicale gagne en efficacité, car elle répond plus vite qu’un rendez-vous.
@FHF : BAROMÈTRE DE L’ACCÈS AUX SOINS
Les trois facteurs qui éloignent du soin sont les délais, les coûts, la distance
Le renoncement atteint 73% en 2026, contre 68% en 2025. Les motifs montrent une superposition de vulnérabilités : 59% des renoncements sont liés aux délais, 40% au budget et 38% à l’éloignement géographique.
Cette triple contrainte a une implication directe pour l’alliance thérapeutique. Quand le soin devient tardif, coûteux ou lointain, la promesse de prise en charge perd en crédibilité, ce qui augmente l’exposition à des récits simplificateurs : automédication, diagnostics approximatifs, offres commerciales peu transparentes, contenus viraux qui promettent des solutions rapides. La demande de transparence sur les délais, les tarifs, les alternatives territoriales et la qualité des sources devient donc un levier de santé publique, pas seulement un sujet d’expérience usager.
Près d’un Français sur deux va aux urgences sans nécessité médicale
Près d’un Français sur deux, soit 49%, déclare s’être déjà rendu aux urgences pour une situation qui ne relevait pas d’une urgence médicale. Le rapport précise que ces recours s’expliquent par la méconnaissance des alternatives, l’impossibilité d’obtenir un rendez-vous dans un délai acceptable, la recherche d’examens rapides, ou encore l’impossibilité d’avancer les frais.
Sur le plan territorial, l’Île-de-France se distingue par les meilleurs délais relatifs, même si l’accès y reste dégradé pour certaines spécialités, avec plus de 8 semaines pour un cardiologue ou un dermatologue. Cela confirme qu’une région mieux dotée n’échappe pas à la tension structurelle ; elle la contient seulement mieux que d’autres.
Cet appel à projet (AAP) lancé par l’Agence du numérique en santé(ANS) prend la forme d’une preuve de concept (POC) et vise à tester des parcours adaptés aux réalités du terrain et à l’hétérogénéité des établissements avant un déploiement à plus grande échelle. En récompensant et en accompagnant les projets, cet appel à projets entend améliorer la résilience des systèmes d’information, réduire l’exposition aux menaces et développer les compétences cyber du secteur.
Trois parcours, dotés de financements forfaitaires et dégressifs selon le nombre d’entités géographiques, seront attribués aux lauréats :
Parcours 1 (maturité peu avancée, avec absence de ressources dédiées) : avec un financement unitaire de 9 400 € par entité, avec une subvention maximale de 63 920 € par groupement.
Parcours 2 (maturité peu avancée, avec les ressources en partie dédiées) : avec un financement unitaire de 17 000 € par entité, avec une subvention maximale de 115 600 € par groupement.
Parcours 3 (maturité moyennement avancée) : avec un financement unitaire de 17 000 € par entité, avec une subvention maximale de 115 600 € par groupement.
Ces financements prendront la forme d’une subvention versée à la fin du projet en une fois. Ils permettront aux établissements de mettre en œuvre un socle minimal et essentiel de mesures techniques, organisationnelles et de sensibilisation adaptées à leurs enjeux.
Processus de candidature et calendrier
Ouverture des dépôts : 11 mai 2026.
Date limite de dépôt des candidatures : 4 juin 2026 à 16h00 (heure de Paris).
Sélection des dossiers : Un jury désignera jusqu’à 21 lauréats.
Durée du projet (POC) : 8 mois à compter de la signature de la convention de financement.
Les candidatures doivent être déposées via la plateforme officielle Convergence.
Critères d’éligibilité :
Les candidats doivent remplir les conditions cumulatives suivantes :
Être un établissement ou service relevant de l’article L.312-1 du Code de l’action sociale et des familles (CASF).
Disposer d’un dossier usager informatisé (DUI) référencé Ségur.
Réaliser un cyberdiagnostic préalable via l’outil OPSSIMS.
Faire valider ce diagnostic avec le Centre régional de ressources cybersécurité (CRRC) pour être orienté vers le bon parcours.
Formaliser un engagement écrit de la part de la direction de la structure porteuse.
Toute structure strictement sanitaire est exclue de cet appel à projets.
Critères de sélection :
Les dossiers seront évalués sur les bases suivantes :
Répartition équilibrée entre les régions et représentativité de la diversité des établissements.
Capacité du porteur de projet à s’inscrire dans une logique d’échange et de coordination avec la région.
Adéquation stratégique et pertinence du projet au regard de la cohérence avec le parcours choisi.
Capacité de réalisation et gouvernance du projet.
Soutenabilité financière du budget prévisionnel.
Documents à soumettre :
Les candidats doivent fournir les éléments suivants sur la plateforme :
ALettre d’intention signée par la direction attestant du soutien au projet.
Liste des ESSMS inclus dans la candidature avec les justificatifs d’équipement en DUI Ségur.
Résultat du cyberdiagnostic réalisé.
Éléments attestant d’un échange avec la région (ARS/CRRC).
Déclaration sur l’honneur relative aux aides “de minimis” perçues au cours des trois dernières années.
Pour plus d’informations concernant cet APP, vous pouvez consulter directement son cahier des charges.
Il s’agit de la thérapie digitale Joe, développée par la société Ludocare, dans la prise en charge de l’asthme persistant chez l’enfant.
Cet avis est une première en France pour une thérapie numérique, avec la reconnaissance d’un apport clinique par rapport à la prise en charge habituelle.
La décision finale de remboursement reste suspendue à une validation du ministère chargé de la Santé et à la fixation du prix.
Un dispositif centré sur l’observance et l’autonomie de l’enfant
Joe associe un robot équipé d’un écran et une application mobile destinée aux parents. Le dispositif accompagne l’enfant dans la gestion quotidienne de son traitement de fond via des rappels, des contenus pédagogiques et des interactions ludiques. Les parents peuvent suivre en temps réel l’observance du traitement.
Dans l’asthme pédiatrique, qui concerne entre 14 et 16 % des enfants en France, la prise en charge repose en partie sur l’éducation thérapeutique. Elle vise à prévenir les exacerbations et à limiter les hospitalisations. L’adhésion au traitement constitue un enjeu qui mobilise les professionnels de santé.
Des données cliniques désormais jugées suffisantes
Une première évaluation menée en 2025 dans le cadre du dispositif de prise en charge anticipée (PECAN) avait abouti à un avis défavorable, en l’absence de données permettant de conclure au caractère innovant du dispositif.
Les nouvelles données transmises ont conduit la CNEDiMTS à revoir sa position. L’analyse montre que l’ajout de la thérapie digitale au traitement standard est supérieur au traitement standard seul chez les enfants âgés de 7 à 11 ans, traités depuis au moins trois mois et non éligibles aux biothérapies.
Les résultats mettent en évidence une réduction des exacerbations dans cette tranche d’âge. En revanche, aucune supériorité n’a été démontrée chez les enfants de 4 à 7 ans.
Sur la base de ces éléments, la CNEDiMTS a attribué à Joe un service attendu suffisant et une amélioration du service attendu mineure (niveau IV).
L’indication retenue concerne exclusivement les enfants de 7 à 11 ans.
La HAS conditionne toutefois cette inscription à la réalisation d’une étude en vie réelle sur 12 mois. Celle-ci devra documenter l’efficacité à long terme du dispositif, notamment sur :
Le nombre moyen d’exacerbations.
La réduction des traitements de fond.
L’observance thérapeutique.
Le cas de Joe montre qu’un refus initial dans le cadre du PECAN n’exclut pas un accès ultérieur au remboursement en droit commun, sous réserve de production de données cliniques robustes.
L’interdiction du second renouvellement en télémédecine repose sur le fait qu’un “délai significatif” s’est écoulé depuis la prescription initiale. Dans ce contexte, le recours à un examen clinique en présentiel est considéré comme proportionné.
Un durcissement du cadre de prescription
L’article 12 bis A modifie l’article L. 6316-1 du code de la santé publique en introduisant deux restrictions relatives aux prescriptions réalisées dans le cadre de la télémédecine.
D’une part, il est désormais prévu que le second renouvellement d’un arrêt de travail ne puisse être délivré lors d’un acte de télémédecine. Cette mesure introduit une limite supplémentaire après un premier renouvellement, en imposant, au-delà, une évaluation médicale en présentiel.
D’autre part, les services de communication au public en ligne se voient interdire toute fourniture de prescriptions (qu’il s’agisse d’arrêts de travail, de produits de santé, de prestations ou d’actes) sans qu’un échange oral synchrone préalable ait eu lieu entre le professionnel de santé et le patient. Cet échange devra se dérouler soit par vidéotransmission, soit par téléphone.
Cette évolution intervient dans un contexte de forte progression des dépenses liées aux arrêts de travail. Celles-ci ont atteint 16,6 milliards d’euros en 2024, soit une hausse de 60 % par rapport à 2010. Depuis cette date, les indemnités journalières augmentent en moyenne de 3,8 % par an.
Cette trajectoire est jugée insuffisamment corrélée à des facteurs structurels tels que la croissance démographique ou l’évolution des salaires. Ce qui soulève des interrogations quant à la soutenabilité financière du système.
Maintien de la téléconsultation courte (3 jours) pour pallier les déserts médicaux
Le dispositif conserve une logique d’équilibre en tenant compte des contraintes d’accès aux soins, comme dans les zones avec une offre médicale insuffisante.
Le droit actuel autorise déjà la prescription d’arrêts de travail en téléconsultation pour une durée limitée à trois jours, sauf impossibilité d’accès à une consultation présentielle. L’idée est de ne pas pénaliser les assurés qui résident dans ces territoires.
Compatible avec le cloud et les infrastructures HPC (High Performance Computing, ou calcul haute performance reposant sur des clusters de serveurs capables de traiter des volumes massifs de données en parallèle), l’outil favorise l’interopérabilité et la scalabilité des analyses.
Performances validées
Une étude comparative multicentrique, conduite sur plusieurs mois, a évalué le pipeline : validation via le Genome in a Bottle Consortium, analyse de 10 génomes tumoraux appariés et comparaison à des pipelines existants. Publiés dans Cell Reports Methods, les résultats indiquent :
Une réduction des faux positifs jusqu’à 30 %.
Une précision de détection supérieure à 99 %.
Ce pipeline pourrait accélérer la médecine de précision via l’extension aux analyses transcriptomiques et protéomiques, et son déploiement en réseaux multi-institutionnels.
En oncologie, la décision de prescrire une chimiothérapie repose sur un équilibre délicat : traiter suffisamment pour éviter une rechute, sans exposer inutilement les patients à des effets secondaires lourds. Dans le cancer du sein, ce dilemme est particulièrement structurant, avec le recours croissant à des tests génomiques pour affiner la décision thérapeutique.
Des tests génomiques pas toujours accessibles
Ces tests permettent d’estimer le risque de récidive et le bénéfice attendu du traitement. Ils se sont progressivement imposés mais ils restent coûteux, nécessitent des délais d’analyse et ne sont pas accessibles dans tous les établissements ni dans tous les systèmes de santé. Certaines patientes reçoivent ainsi une chimiothérapie dont le bénéfice est incertain, tandis que d’autres n’y ont pas accès alors qu’elles pourraient en tirer profit.
Dans ce contexte, l’idée d’exploiter des données déjà disponibles — en l’occurrence les lames histologiques standard — ouvre une nouvelle piste. Aujourd’hui, ces lames sont déjà utilisées en routine pour analyser les tumeurs au microscope. L’enjeu serait désormais d’en tirer davantage d’informations pour orienter la décision thérapeutique.
Une IA pour décrypter les lames histologiques
Des chercheurs, notamment du National Cancer Institute, ont donc conçu une intelligence artificielle capable d’analyser des lames histologiques standards. Concrètement, le modèle s’appuie sur l’analyse de l’aspect des cellules et de l’organisation des tissus afin d’identifier des signaux associés au pronostic et à la réponse au traitement. Les performances du modèle ont été évaluées en confrontant ses prédictions aux données cliniques réelles. Les chercheurs ont également comparé ses résultats aux méthodes actuellement utilisées en pratique, qui combinent critères cliniques et tests génomiques, afin de vérifier si l’IA permettait de mieux distinguer les patientes à haut ou faible risque.
L’enjeu : identifier les patientes initialement considérées à haut risque pour lesquelles la chimiothérapie n’apporte pas de bénéfice mesurable — et qui pourraient donc être reclassées.
Les résultats de cette étude ont été publiés le 11 mars 2026 dans la revue The Lancet Oncology
Résultats : près d’1 patiente sur 3 à haut risque reclassées grâce à l’IA
31 % des patientes initialement classées à haut risque sont reclassées à faible risque.
Dans ce groupe reclassé, aucun bénéfice significatif de la chimiothérapie n’est observé.
Le modèle distingue les patientes à haut et faible risque dans environ 9 cas sur 10.
Ces résultats ouvrent une piste : s’appuyer sur des données déjà produites en routine pour orienter la décision thérapeutique. « Notre modèle montre qu’il est possible d’extraire des informations pronostiques et prédictives directement à partir de lames histologiques standard », soulignent les auteurs. Autrement dit, une partie de la décision pourrait être prise dès l’analyse anatomopathologique, sans attendre des examens complémentaires.
Vers une amélioration de la médecine de précision
L’impact est aussi organisationnel. En utilisant des examens déjà réalisés, cette approche pourrait réduire le recours à des tests génomiques, et donc raccourcir le temps entre diagnostic et décision en réunion de concertation pluridisciplinaire, et homogénéiser les pratiques entre établissements. « Cette approche pourrait améliorer l’accès à la médecine de précision, en particulier dans les contextes où les tests génomiques ne sont pas disponibles », indiquent-ils.
Reste la question de l’intégration dans les pratiques. Le déploiement suppose une numérisation des lames et une intégration dans les outils d’anatomopathologie, mais aussi une appropriation par les équipes médicales, qui devront articuler ces résultats avec les autres critères cliniques. « Des études prospectives supplémentaires sont nécessaires pour valider l’utilisation clinique de ce modèle », précisent les chercheurs.
* Deep learning on histopathological images to predict breast cancer recurrence risk and chemotherapy benefit: a multicentre, model development and validation study Gil Shamai, PhDa sgils@technion.ac.il ∙ Shachar Cohen, BSca ∙ Yoav Binenbaum, MD PhDd,e ∙ Edmond Sabo, MDf,g ∙ Alexandra Cretu, MDf ∙ Chen Mayer, MDh ∙ et al.
Article 1 – Le numérique en santé s’installe dans le top 3 des licornes européennes
Derrière le nombre de licornes européennes crées, la réalité est brutale : près de la moitié de ces start-ups du continent ont déjà perdu leur éclat, victimes de dévaluations massives ou d’un exode vers les États-Unis. Sur les 200 pépites historiques, il n’en reste aujourd’hui que 114 réellement actives sur le sol européen, un constat qui n’épargne pas la France dont le vivier réel est tombé à 23 entreprises.
Pourtant, au milieu de cet effondrement qui frappe la crypto et le quick-commerce, le secteur de la santé numérique affiche une résilience insolente. Avec un taux d’échec de 0 % parmi ses fleurons, la healthtech s’impose désormais comme le troisième pilier stratégique du continent.
Article 2 – 2016-2026, la décennie où les licornes françaises du numérique en santé ont appris à galoper
Il y a dix ans à peine, chercher une licorne de la santé numérique en France relevait de l’impossible. En 2016, le secteur était jugé trop lent, trop régulé et surtout trop peu rentable pour les investisseurs. Nos champions actuels n’étaient alors que des promesses incertaines : Alan venait de naître, tandis que Doctolib tentait encore de convaincre les médecins d’abandonner l’agenda papier. Entre un verrouillage réglementaire strict et l’absence de fonds capables de soutenir des modèles aussi gourmands en capital, le plafond de verre semblait infranchissable.
Aujourd’hui, la France a pris le leadership européen du domaine, illustrant un basculement historique : la santé n’est plus un frein à l’innovation, mais le moteur de la souveraineté technologique du pays.
Article 3 – Qui finance les licornes de la santé ?
Derrière les valorisations vertigineuses des licornes de la santé se cache une mécanique financière aussi sélective qu’implacable. L’analyse des tables de capitalisation révèle un écosystème où l’État français, via Bpifrance, joue les chefs d’orchestre et les boucliers stratégiques. Présent au capital de la quasi-totalité des champions, le bras armé de l’État assure une souveraineté technologique face aux appétits étrangers, tout en offrant la caution institutionnelle indispensable au marché de la santé.
Loin d’être un aboutissement, le statut de licorne marque le début d’une course effrénée au capital : de Doctolib à Alan, ces géants continuent de lever des centaines de millions d’euros pour conquérir l’international et écraser toute concurrence, créant un fossé grandissant avec le reste de l’écosystème.
Derrière le prestige du statut de “licorne”, la réalité des chiffres révèle un combat de longue haleine : celui de la rentabilité. Si Doctolib et Alan ont enfin brisé la malédiction du déficit en 2025 et 2026, leur victoire est le fruit de plus d’une décennie de pertes abyssales et de levées de fonds records. Ce passage au vert démontre que dans le numérique en santé, le succès n’est pas une question d’agilité, mais de résilience financière absolue face à des cycles de développement exceptionnellement longs.
Article 5 – Valorisation : Doctolib et Alan en haut du classement des licornes européennes
Sur les 12 licornes de la santé numérique recensées en Europe, la France ne se contente pas d’avoir le plus grand nombre de représentants : elle s’empare des sommets. Si la bague connectée finlandaise Ōura domine le classement avec son statut de “décacorne” (avec sa valorisation de 11 Mds $), le podium est complété par un doublé tricolore historique. Doctolib (6,4 Mds $) et Alan (5,5 Mds $) surclassent la concurrence continentale, portées par leur rentabilité et leur domination sur les marchés des logiciels B2B et de l’assurance.
Derrière ce trio de tête, le reste du peloton européen bataille dans la zone du milliard de dollars.
Article 6 – Ces pépites françaises qui frappent à la porte du milliard
Si le sommet de l’écosystème européen du numérique en santé semble bien installé, la base de la french tech est en pleine ébullition. Derrière le quatuor de tête, une nouvelle garde de start-ups s’attaque aux défis les plus complexes de la médecine de demain : infrastructure hospitalière, oncologie, charge mentale des médecins ou encore découverte quantique de médicaments.
Leur ambition est claire : développer des technologies si indispensables qu’elles briseront à leur tour le plafond de verre du milliard de dollars de valorisation. Et pour y parvenir, ces pépites n’attendent pas et lèvent déjà des capitaux massifs, se structurant financièrement comme des géants.
Article 7 – France VS USA : comment les différences de marché impactent la création de licornes en santé numérique
Avec 94 licornes recensées dans la santé numérique contre seulement 4 dans l’Hexagone, les États-Unis imposent une hégémonie quantitative et financière écrasante, cumulant plus de 324 milliards de dollars de valorisation contre 14 milliards pour le clan tricolore.
Mais si la France sait créer quelques mastodontes, comme Alan et Doctolib, le modèle américain reste une véritable usine à industrialiser le succès, propulsant des leaders comme Devoted Health ou Neuralink dans des sphères financières inatteignables pour l’Europe. Cette asymétrie brutale ne s’explique pas par un déficit de talent des ingénieurs français, mais par l’ADN même des systèmes de soins. Face à un marché américain privatisé, hyper-concurrentiel et guidé par un besoin d’optimisation immédiat, le modèle français, bien que protecteur et centré sur l’accès aux soins, se heurte à la lenteur des cycles d’achats publics et à des budgets lourdement encadrés.
Licornes européennes du numérique en santé : le paradoxe d’un secteur invaincu en Europe, à l’épreuve de la rentabilité, et du rouleau compresseur américain – @H&TI
Des entreprises qui lèvent déjà plusieurs dizaines de millions d’euros
Si le club des licornes européennes semble figé au sommet, la base de la pyramide française est en pleine ébullition. La nouvelle garde de la branche santé de la french tech s’attaque aux défis les plus complexes : la découverte de médicaments, la charge mentale des médecins, l’oncologie ou encore l’infrastructure hospitalière.
Pour financer ces ambitions mondiales, il faut des capitaux massifs. Et le marché répond présent : ces quatre entreprises ne sont pas encore officiellement des licornes, mais elles “lèvent comme des grands”, enchaînant des séries B ou C de plusieurs dizaines de millions d’euros. Voici le portrait-robot de la prochaine élite française.
Une technologie indispensable pour les hôpitaux (Lifen) :
Lifen tente tant bien que mal de résoudre le plus grand cauchemar des hôpitaux : l’interopérabilité. Leur infrastructure permet aux logiciels médicaux, aux praticiens et aux patients de communiquer et d’échanger des données de santé de manière sécurisée et fluide.
En bouclant plusieurs levées de fonds, dont une série C de 50 millions d’euros, Lifen s’est donné les moyens de ses ambitions. Ce trésor de guerre lui permet de se déployer dans des centaines d’établissements de santé. En devenant le “tuyau” numérique indispensable par lequel passe toute l’innovation médicale en Europe, l’entreprise a construit un modèle ultra-défendable dont la valorisation n’a plus de plafond de verre.
Aqemia et son accord avec Sanofi à 140 millions :
Aqemia utilise des algorithmes inspirés de la physique quantique couplés à l’IA pour inventer de nouveaux médicaments en quelques mois, là où l’industrie traditionnelle mettait des années.
Avec plusieurs tours de table qui lui ont permis de dépasser les 100 millions d’euros levés, la start-up a prouvé sa crédibilité, mais c’est surtout son modèle économique qui l’approche du milliard. Elle génère déjà son propre cash grâce à des contrats de recherche colossaux avec les “big pharma” (dont un accord record avec Sanofi pouvant atteindre 140 millions de dollars). Le statut de licorne pourrait être atteindre plus rapidement que prévu : il suffira qu’une de leurs molécules entre en phase d’essai clinique avancé pour faire exploser la valorisation.
Resilience pourrait rapidement avoir sa corne grâce au remboursement de la télésurveillance :
Fondée par Gustave Roussy, Resilience est une plateforme de télésurveillance médicale dédiée aux patients atteints de cancer. L’application permet de suivre les effets secondaires des traitements à distance, évitant les hospitalisations d’urgence.
Portée par l’urgence de sa mission, l’entreprise a déjà levé plus de 70 millions d’euros depuis sa création. Les investisseurs parient sur un modèle hybride redoutable : un impact humain bouleversant couplé à des revenus récurrents solides (B2B2C). Avec le remboursement de la télésurveillance désormais inscrit dans le droit français et un déploiement massif dans les centres de lutte contre le cancer, Resilience a sécurisé sa trajectoire vers la valorisation à dix chiffres.
Déjà 120 millions levés par Nabla :
Nabla a créé un “copilote” d’IA générative capable d’écouter une consultation médicale (avec l’accord du patient) et de rédiger instantanément le compte-rendu et l’ordonnance dans le dossier médical.
Pour conquérir le gigantesque marché américain et viser le milliard, il faut des munitions. Avec sa dernière levée de fonds de 65 millions d’euros (portant son total à plus de 120 millions), avec le soutien d’investisseurs de la Silicon Valley, comme Cathay Innovation. Avec plus de 100 établissements équipés aux USA, sa croissance explosive justifie déjà son futur statut.