Articles

  • MSA

    Mutualité sociale agricole

  • Parcc

    Paris centre de recherche cardiovasculaire

  • NYU

    Université de New York

  • INR

    International Normalised Ratio

  • Maintien domicile/seniors : les Français en faveur d’un financement spécifique des nouvelles technos

    Pour les deux tiers des Français et les trois-quarts des médecins, la santé connectée est une opportunité pour l’aide au maintien à domicile des personnes âgés : les Français (79 %), aidants (85%) et professionnels de santé (83 %), sont favorables à un financement spécifique des nouvelles technologies visant à aider au maintien à domicile des personnes âgées ou dépendantes. Il s’agit de l’une des informations clés du Baromètre Santé 360 « La prise en charge du vieillissement en France »*, réalisé par Odoxa avec le concours scientifique de la Chaire santé de Sciences Po pour le compte de Nehs et de la Fehap. Les résultats de cette enquête ont été présentés le 18 novembre 2019.

    2 technologies en particulier sont jugées utiles par les aidants interrogés pour accompagner les personnes âgées dépendantes : les alertes automatiques en cas de problème de santé et la télésurveillance médicale.

    De manière générale, il ressort de ce sondage que la prise en charge du grand âge et de la dépendance constitue un malaise partout en Europe : 75 % des Européens se sentent concernés à titre personnel par la prise en charge du grand âge et de la dépendance mais les deux-tiers des Européens comme des Français se disent mécontents de la prise en charge de cette question dans leur pays. Près de 9 Français sur 10 jugent ainsi les politiques publiques inadaptées aux défis du secteur.

    Autres enseignements principaux de baromètre :

    • les Ehpad sont globalement mal perçus par les sondés (68 % de mauvaise image) en France mais les personnels de santé/soignants s’occupant de personnes âgées « jouissent d’une très bonne image », observent les auteurs de l’enquête, que ce soit en établissements (60 %) ou lorsqu’ils interviennent à domicile (79 %) : ce constat est inversé dans la plupart des autres pays européens, l’image des établissements y étant un peu moins mauvaise et celle des personnels y travaillant nettement moins bonne ;
    • le coût des Ehpad est largement sous-estimé par les personnes interrogées et les sondés ont peu de connaissance sur les dispositifs d’aides existants pour prise en charge de la perte d’autonomie ;
    • en cas de perte d’autonomie, les Français souhaitent majoritairement rester à leur domicile ;
    • le financement des actions en faveur du grand âge et de la perte d’autonomie doit relever de la solidarité nationale pour une majorité de Français ;
    • les aidants représentent plus de 7,5 millions de Français mais les professionnels de santé sous-estiment largement leur nombre : par ailleurs, 83 % des aidants ne bénéficient d’aucun dédommagement ni rémunération au titre de leur activité d’aidants ;
    • 79 % des Français sont favorables aux pratiques avancées.

    Les nouvelles technologies comme moyen d’améliorer la santé des personnes âgées et leur accès au soin

    • Pour 6 Français sur 10 les nouvelles technologies sont un moyen d’améliorer la santé des personnes âgées et leur accès au soin.

    Aidants et professionnels de santé favorable à un financement spécifique des nouvelles technologies

    Pour les deux tiers des Français et les trois-quarts des médecins, la santé connectée en particulier est une opportunité pour l’aide au maintien à domicile des personnes âgés. Les Français (79 %), aidants (85%) et professionnels de santé (83 %), sont favorables à ce que soit prévu un financement spécifique des nouvelles technologies visant à aider au maintien à domicile des personnes âgées ou dépendantes.

    2 technologies en particulier sont jugées utiles par les aidants pour accompagner les personnes âgées dépendantes : les alertes automatiques en cas de problème de santé et la télésurveillance médicale.

    La prise en charge du grand âge et de la dépendance, une problématique dans tous les pays européens  

    •  75 % des Européens sondés se sentent concernés à titre personnel par la prise en charge du grand âge et de la dépendance ;
    • cependant, cette préoccupation, jugée majeure par 9 Français sur 10 et autant de soignants (médecins et infirmières), est largement insatisfaite : les deux-tiers des Européens comme des Français se disent mécontents de la prise en charge de cette question dans leur pays.

    Grand âge et perte d’autonomie : les politiques publiques jugées inadaptées

    • Près de 9 Français sur 10 jugent les politiques publiques inadaptées aux défis du grand âge et de la perte d’autonomie.
    • Plus de 8 Français sur 10 se disent inquiets des difficultés budgétaires de nombreux départements liées au financement de l’APA et pensent qu’elles vont accentuer la fracture territoriale.
    • 7 aidants sur 10 s’estiment mal aidés par les pouvoirs publics.

    Le financement des actions doit relever de la solidarité nationale, estiment les Français

    Le financement des actions en faveur du grand âge et de la perte d’autonomie doit relever de la solidarité nationale pour une majorité de Français.

    Les trois quarts des Français approuvent la création d’un « 5ème risque » dédié au financement public de la prise en charge de la perte d’autonomie et du grand âge. Cependant, plus de 8 Français sur 10 se disent inquiets des difficultés budgétaires de nombreux départements liées au financement de l’APA et pensent qu’elles vont accentuer la fracture territoriale.

    Ehpad : une mauvaise image générale mais un personnel bien perçu (France)

    • Les Ehpad sont plutôt mal perçus : 68 % de mauvaise image.
    • Cependant, les personnels de santé/soignants s’occupant de personnes âgées « jouissent d’une très bonne image », notent les auteurs de l’enquête, que ce soit en établissements (60 %) ou lorsqu’ils interviennent à domicile (79 %).

    Un constat inversé à échelle européenne

    Cette forte dichotomie entre perception du personnel et perception de l’établissement est très française, observent les auteurs du baromètre : dans la plupart des autres pays européens, l’image des établissements est un peu moins mauvaise qu’en France (+6 points) et, inversement, celle des personnels y travaillant est nettement moins bonne (- 11 points).

    En cas de perte d’autonomie, les Français veulent rester à leur domicile

    La notion de « chez soi » est à préserver, notent les auteurs de l’enquête, en évitant le nombre trop important d’intervenants extérieurs. Il ressort que la solution privilégiée par les Français en cas de perte de capacités physiques consisterait à adapter son domicile pour y rester.

    En revanche, cette demande de rester à domicile ne serait plus majoritaire en cas de troubles cognitifs : dans ce cas, plutôt que de rester à domicile (29 %), les Français préféreraient intégrer un établissement spécialisé. Les aidants, eux, sont plus partagés à ce sujet (39 % vs 39 %). Le seul élément de rupture est la survenue de troubles cognitifs.

    Le coût des Ehpad largement sous-estimé par les patients

    À noter que les personnes interrogées sous-estiment largement le coût des Ehpad (écart de 1 à 3 entre ce qu’ils seraient prêts à payer et le coût réel moyen de ceux-ci).

    Le prix constitue aussi un important facteur explicatif incitant les Français et les Européens à préférer rester chez eux. Ainsi, la somme moyenne mensuelle que les Français seraient prêts à consentir pour aller en Ehpad est 3 fois inférieure (648 €) au tarif médian actuel (plus de 1 900 €). D’ailleurs les Français ont rarement prévu les moyens pour faire face à ces difficultés : seulement 29 % ont prévu une épargne spécifique et 10 % ont souscrit à une assurance dépendance. Même les aidants, plus concernés, ne sont guère plus prévoyants (36 % et 22 %).

    À noter par ailleurs que 7 Français sur 10 – et plus d’1 aidant sur 2 – n’a pas connaissance des dispositifs existants concernant la prise en charge de la perte d’autonomie.

    Les acteurs de la dépendance : le nombre d’aidants sous-estimé, les médecins généralistes plébiscités

    Les aidants représentent plus de 7,5 millions de Français mais les professionnels de santé sous-estiment toujours largement le nombre d’aidants familiaux. Les médecins notamment sont 3 à 4 fois en dessous de la réalité (moins de 2 millions contre 7,8 en réalité).

    7 aidants sur 10 s’estiment mal aidés par les pouvoirs publics

    Par ailleurs, 83 % des aidants ne bénéficient d’aucun dédommagement ni rémunération au titre de leur activité d’aidants.

    À l’inverse, les soignants en général et les médecins généralistes en particulier jouissent d’une certaine reconnaissance. Le fait que le « médecin traitant » soit au cœur du système de santé français est en effet perçu comme une force par les trois quarts des citoyens français sondés, que ce soit pour les patients (âgés ou non) et l’ensemble du système de soins.

    Les Français approuvent les pratiques avancées

    Leur confiance dans le médecin généraliste n’empêche pas les Français d’approuver largement les pratiques avancées : 79 % y sont favorables. D’ailleurs, ils sont « pour » l’accentuation de la pratique avancée des infirmier(e)s, des pharmaciens et des autres professions paramédicales.

    83 % pensent que développer les pratiques avancées sera utile pour aider au soin et au maintien à domicile des personnes âgées et dépendantes.

    Méthodologie

  • Big data : Palantir (US) investit 75M$ (68M€) pour créer une entreprise avec l’assureur Sompo (Japon)

    Palantir, entreprise américaine experte en big data, investit 75 millions de dollars US (environ 67,8 M€) pour la création d’une coentreprise avec l’assureur japonais Sompo afin d’élargir sa base de clients : l’activité de cette nouvelle société sera en priorité centrée sur le secteur de la santé et la cybersécurité. Cet accord entre les 2 sociétés a été annoncé le 18 novembre 2019 à Tokyo par Peter Thiel, co-fondateur et P.-D.G. de Palantir, indique les agences de presse Reuters et Bloomberg.

    La nouvelle entreprise sera détenue à parts égales par les 2 partenaires. Sa cible sera aussi bien les acteurs du secteur public que les entreprise privées.

    Palantir possède actuellement des bureaux dans 13 pays, avec un développement principalement centré sur le territoire américain, l’Australie et l’Europe. Elle est présente pour l’instant en Asie uniquement à Singapour. En France, le groupe emploie une cinquantaine de personnes. Il prévoit de recruter dans les mois à venir pour passer à 300 employés d’ici la fin 2020.

    À noter que Palantir peine à développer sa base de clients, en raison notamment de son implication dans le monde du renseignement, la CIA étant notamment présente à son capital.

    « Notre investissement au Japon reflète notre conviction que l’alliance de l’expertise industrielle [de Sompo] avec le bon logiciel sera le principal moteur de la sur-performance économique », commente Alexander Karp, cofondateur et dirigeant de Palantir (communiqué).

    Palantir peine à élargie sa base de clients

    La valeur de Palantir était estimée à plus de 20 milliards de dollars (18 Mds €) en 2015 mais le groupe éprouve des difficulté à dégager un bénéfice depuis sa création en 2004.

    Il a commencé par développer des logiciels pionniers dans le domaine du traitement et de l’analyse de données, en signant des contrats avec de grandes entreprises comme Airbus et Sanofi en France mais aussi BP, Merck, Ferrari ou encore Fiat-Chrysler. Il a cependant du mal à élargir sa base de clients.

    Des critiques liées à son implication dans le secteur du renseignement

    En cause, les critiques dont la société fait l’objet en particulier par rapport aux logiciels qu’elle développe pour le secteur du renseignement, notamment la CIA, présente à son capital. Pour améliorer son image, Palantir a décidé cette année de miser sur la transparence. En France, par exemple, elle a présenté son partenariat de 4 ans avec Airbus pour optimiser le processus de production.

    L’objectif, à terme, serait de se concentrer de nouveau sur son introduction en Bourse, un projet annoncé par la presse en 2018. Le groupe dément cependant toute discussion à ce propos (source : Les Échos).

  • Interopérabilité : FHIR a provoqué « un grand changement » depuis 2 ans au sein du NHS (étude)

    L’interopérabilité a été placée en tête des priorités par les responsables informatiques du NHS en 2019 pour la deuxième année consécutive, et 78 % d’entre eux l’ont identifiée comme leur principale préoccupation. C’est ce que révèle le site britannique Digitalhealth.net sur la base de son étude annuelle NHS IT Leadership Survey, publiée en juillet 2019.

    « Le prochain défi en matière d’interopérabilité n’est pas tant la capacité de partager des données, que la capacité à mieux comprendre les données partagées, estime Richard Kavanagh, ex-responsable de l’interopérabilité au sein de NHS Digital. Nous avons bien avancé sur la mise en place de l’infrastructure mais chacun doit maintenant faire un effort de compréhension des données des autres afin d’en tirer le même sens et de travailler de façon intégrée malgré les différences des organisations, et suivre ensemble le patient dans son cheminement dans le système de santé. » 

    Niklas Svenzén, expert en matière d’interopérabilité à Sectra, évoque pour sa part un « grand changement » depuis 2 ans avec la diffusion du standard FHIR, alors qu’auparavant « peu de choses avaient changé depuis 15 ans ». Avec FHIR, précise-t-il, « vous n’avez pas besoin de tout extraire et de tout remplacer, vous pouvez simplement augmenter le nombre d’interfaces ». « Vous n’avez plus à ouvrir le dossier patient électronique », précise-t-il, car les données qu’il contient sont « intégrés directement dans votre visionneuse », ce qui limite le temps consacré à « passer d’une application à l’autre ». Il s’agit pour lui d’« un progrès important du point de vue de l’utilisateur final », ajoutant que pour lui la force de FHIR est d’être porté par les praticiens, d’où sa pénétration rapide du secteur.

    « Nous avons fait des progrès significatifs, mais il reste encore du chemin à faire, conclut Paul Sanders, directeur des systèmes cliniques à Civica. L’interopérabilité facilitera grandement l’orientation de la santé : elle réduira le volume de données saisies, libérera du temps médical et améliorera les résultats pour les patients. »

  • HDW19 : Recherche, IA et santé – focus sur les 3IA Pr[AI]rie à Paris, Côte-d’Azur et MIAI Grenoble

    Un jumeau numérique pour anticiper le diagnostic ; analyse des données et médecine de précision ; intelligence artificielle (IA) et recherche translationnelle. Tels sont les thématiques centrales des projets respectivement portés par les instituts interdisciplinaires d’intelligence artificielle (3IA) Pr[AI]rie (Paris), Côte-d’Azur et MIAI Grenoble, présentés dans le cadre du colloque « Données de santé et intelligence collective », organisé le 18 novembre 2019 par le ministère des Solidarités et de la Santé en ouverture de la Health Data Week, une semaine d’événements centrés sur les données de santé.

    Health & Tech Intelligence revient en détail sur les 3 instituts, chacun portant un projet spécifique axé sur la recherche et l’IA appliquées au domaine de la santé :
    3IA Pr[AI]rie (Paris) : un jumeau numérique pour anticiper le diagnostic ;
    3IA Côte d’Azur (oncologie) : utiliser les données pour améliorer la santé grâce à la médecine de précision ;
    3IA MIAI Grenoble : la recherche translationnelle au cœur du projet.

    Pour rappel, les 3IA ont été lancés en avril 2019 par le ministère de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, dans le cadre de la stratégie nationale de recherche en IA présentée en 2018.

    3IA Pr[AI]rie (Paris) : un jumeau numérique pour anticiper le diagnostic

    • Présenté par Stéphanie Allassonière, Chaire 3IA PRAIRIE Paris, professeure de mathématiques à l’université Paris Descartes, professeure associée à l’École polytechnique.

    L’Institut Pr[AI]rie : informations clés

    • 5 partenaires académiques : CNRS, Inria Paris (coordinateur), Institut Pasteur, université Paris Sciences & Lettres (PSL) et université de Paris ;
    • 17 industriels mécènes de la recherche et aussi des start-ups ;
    • engagements de collaboration bilatérales avec des laboratoires internationaux (NUS, NYU, etc.) : échange d’étudiants et de chercheurs ;
    • soutien de l’AP-HP, de l’Inserm et d’instituts comme Imagine, l’ICM et Parcc ;
    • lien avec le Health Data Hub.

    La santé dans l’institut 

    • thématiques diverses :

    Focus sur le programme de jumeau numérique

    3IA Côte d’Azur (oncologie) : utiliser les données pour améliorer la santé grâce à la médecine de précision

    • Présenté par Olivier Humbert, Chaire 3IA Côte-d’Azur – MCU-PH médecine nucléaire et biophysique, université de Côte d’Azur.

    3IA Côte d’Azur : 4 axes scientifiques

    • 1. L’IA fondamentale ;
    • 2. la médecine numérique ;
    • 3. la biologie computationnelle et l’IA bio-inspirée ;
    • 4. les territoires intelligents et sécurisés.

    67 entreprises sont partenaires de l’institut. Il y a une forte thématique « santé » dans le cadre de l’axe 2 et 3 (médecin numérique).

    La médecine de précision en oncologie :

    Exemple avec le cancer du sein :

    Projet 1 : cancer broncho-pulmonaire traité par immunothérapie

    Projet 2 : cancer du sein traité par chimiothérapie néoadjuvante

    3IA MIAI Grenoble : la recherche translationnelle au cœur du projet

    • Présenté par Alexandre Moreau-Gaudry, Chaire 3IA MIAI Grenoble, PU-PH biostatistique, informatique médicale et technologies de communication, université de Grenoble Alpes.

    3IA MIAI : 1 axe « santé »

    Un focus sur la deep care : une volonté de faire de la recherche translationnelle

    Une vision « intégrée » de la santé

    Des données en vie réelle pour améliorer l’engagement des patients dans leur santé

    • Exemples de projets :
    • Focus sur le projet sur les données des bases de la MSA :

  • Rapport Medicus AI : les biologistes médicaux doivent s’impliquer dans la biologie délocalisée

    La biologie délocalisée, mode d’exercice de la biologie médicale à l’extérieur du laboratoire, se développe rapidement en France malgré une réglementation insuffisante. Ses dispositifs de prélèvements connectés échappent aux organismes d’accréditation comme aux biologistes médicaux qui, depuis les laboratoires d’analyses médicales, devraient en prendre le contrôle selon un rapport rédigé par Medicus AI.

    Ce document, publié en octobre 2019 et intitulé Le biologiste Augmenté, analyse les raisons pour lesquelles les biologistes médicaux devraient s’emparer de cette biologie délocalisée d’après les témoignages de nombreux experts de la spécialité et des nouvelles technologies, tels que François Blanchecotte, Philippe Cart-Lamy, Sylvie Cormont, Sylvain Gabuthy, Jean-Philippe Galhaud, Bruno Gauthier, David Gruson, Eric Laine, Yvon Merlière, Serge Payeur et Eric Sevin.
    Il aborde l’émergence de ce nouveau mode d’exercice, contexte marqué par la fusion des laboratoires, l’émergence de la médecine 4P, une perte de contact avec les patients et la nécessité d’une réaffirmation de la place centrale des biologistes médicaux dans le parcours de soins.
    Les auteurs du rapport proposent également plusieurs exemples de nouvelles technologies pleinement adoptées par les biologistes médicaux ayant posé les bases d’une biologie augmentée voire délocalisée, et mettent en avant les problèmes posés par la biologie délocalisée.

    Afin d’ouvrir les réflexions proposées par ce rapport, Health & Tech Intelligence revient par ailleurs sur une expérimentation de biologie délocalisée constituant un modèle contrôlé par des biologistes médicaux : Di@pason.

    Contexte : fusion des laboratoires et médecine 4P

    La biologie médicale évolue dans un contexte marqué en particulier par la fusion des laboratoires d’analyses médicales et l’émergence de la médecine 4P (préventive, prédictive, personnalisée et participative).

    Fusion des laboratoires 

    En première partie de son rapport, Medicus AI relève d’abord une évolution du nombre et de la taille des laboratoires d’analyses médicales : ceux-ci sont de moins en moins nombreux mais de plus en plus importants. Cette tendance est en particulier liée à la fusion des laboratoires, fusion motivée par le nombre croissant d’examens à réaliser quotidiennement au moyen de nouveaux automates de plus en plus variés, complexes et coûteux ainsi que par la financiarisation de ce type de structures.

    Selon les biologistes médicaux interrogés dans le cadre de ce rapport, ces fusions pourraient se poursuivre et faire de la biologie médicale une discipline de plus en plus « technique », « industrielle » et soumise « à des échéances financières capitalistiques ». Cette issue qu’aucun ne souhaite pourrait conduire au recrutement de plus en plus de sous-traitants non issus de professions de santé en particulier pour la réalisation des tâches administratives et techniques liées à l’exercice de la biologie médicale (administration, maintenance, contrôle qualité, etc.). Le risque d’une telle évolution serait alors de faire du biologiste médical un spécialiste  prestataire de service mis à disposition des médecins non biologistes et privé du contact avec les patients. L’utilisation des nouvelles technologies par les biologistes médicaux devrait alors non éloigner la patientèle mais au contraire faciliter le contact des patients comme des autres spécialités médicales et pharmaceutiques avec ces biologistes médicaux, réaffirmant la place centrale de ces derniers dans les parcours de soins.

    L’un des interviewés, président d’un syndicat de biologistes libéraux, François Blanchecotte, évoque par ailleurs, dans la continuité des fusions, la possibilité d’une transformation des laboratoires d’analyses médicales en « pôles diagnostics [réunissant autour des biologistes] anatomo-pathologistes et radiologues ». Si de tels pôles centraliseraient en un même point de nombreux spécialistes, déformant un maillage territorial déjà peu dense et hétérogène, ils renforceraient cependant, d’après François Blanchecotte, « la fonction centrale [des biologistes médicaux] auprès des médecins [prescripteurs] ».

    La fusion des laboratoires d’analyses médicales pose donc au moins 2 questions :

    • celle de l’égalité d’accès à la biologie médicale sur le territoire – égalité perturbée par la concentration de laboratoires de taille importante dans les grandes villes que des solutions numériques et la télémédecine pourraient permettre de compenser en partie ;
    • celle de l’affirmation de l’importance du biologiste médical dans le parcours de soins – position centrale affaiblie par la technicisation de la spécialité mais que des contacts renouvelés avec d’autres professions de santé ou l’utilisation de solutions permettant de libérer plus de temps médical au bénéfice des patients permettraient de réaffirmer.

    Décennie de l’innovation et de la médecine 4P 

    • Innovations techniques

    D’après les experts du domaine de la biologie médicale interrogés, la discipline sera transformée en profondeur au cours de la prochaine décennie par des innovations technologiques telles que de nouvelles plateformes mobiles permettant notamment d’optimiser le suivi des patients, des intelligences artificielles et logiciels d’aide à la prise de décision médicale de plus en plus performants, etc.

    Pour ce faire, la spécialité devra cependant dépasser les difficultés liées au stockage et au traitement des données générées de plus en plus massivement lors examens biologiques. En effet, la révolution de la data se trouve en biologie médicale « freinée par une mauvaise gestion des données des patients » ainsi que par un équilibre encore précaire entre l’exploitation et la protection de celles-ci. Cette mauvaise gestion des données est d’abord liée à une formation encore insuffisante dans le domaine : aux yeux des interviewés, « la connaissance de l’écosystème des datas pourrait constituer un enjeu majeur pour l’avenir de la profession, et à ce titre faire partie du programme d’enseignement et de la formation continue à l’innovation ».

    Le développement de ces technologies amène au moins deux préoccupations. D’abord, le recours à des technologies de l’information pourrait, au lieu de rapprocher biologistes et patients, détériorer la relation patient-professionnel de la santé. Puis, la multiplication des technologies à destination des patients et visant pourtant à faciliter la gestion de leur dossier médical, leurs rendez-vous médicaux, etc. pourrait au contraire être perçue comme une difficulté par certains malades comprenant déjà mal un écosystème de santé complexe.

    • Innovations organisationnelles

    « Les systèmes de santé sont de façon globale impactés par l’émergence des maladies chroniques comme première cause de mortalité et de coûts. Or, ces maladies ont en commun de se développer en partie sur des comportements à risques », rappellent les auteurs du rapport.

    Cette émergence des maladies chroniques, en santé publique, a pour conséquences :

    • la nécessité de mettre en place plus de programmes de dépistage et d’actions de prévention des risques ;
    • le besoin de rendre les individus acteurs de leur santé afin que les programmes et actions précédents parviennent à modifier durablement les comportements ;
    • la complexification de parcours de soins de plus en plus longs et pluridisciplinaires ;
    • finalement, l’émergence d’une médecine des 4 P : prédictive, préventive, personnalisée, participative.

    Dans ce contexte et en accord avec la loi HPST, David Gruson note que le biologiste médical « doit pouvoir redéployer [son rayon d’action] à l’échelle des territoires afin d’accompagner au mieux [les patients] dans [leur] parcours de soin » et de devenir un acteur de cette médecine des 4 P. Pour réaliser cette évolution, le biologiste médical peut alors s’appuyer sur le numérique qui :

    • permet d’analyser au mieux de nombreuses données permettant de réaliser la composante « prédictive » de la médecine des 4 P ;
    • propose, par le recours aux nouvelles technologies de l’information, de diffuser très largement des informations de santé au sein d’une population de plus en plus connectée et ainsi d’optimiser certaines stratégies de prévention tant primaire que secondaire ;
    • peut soutenir la tendance à la personnalisation de la médecine en recourant à différents capteurs connectés et à des applications mobiles de santé permettant de connaître plus précisément chaque patient et ainsi d’adapter finement sa prise en charge ainsi que les informations à délivrer ;
    • tend à rendre les individus de plus en plus acteurs de leur santé par des dispositifs connectés (applications mobiles, serious games, etc.) permettant à la fois de prendre le contrôle de sa prise en charge et d’intégrer activement – et non de recevoir passivement – diverses informations de santé.

    Philippe Cart-Lamy et Eric Sevin ajoutent que pour promouvoir ces potentiels nouveaux rôles du biologiste médical, des investissements pourraient dans le futur émaner des assurances et des mutuelles.

    Des solutions pour rapprocher les patients du laboratoire et libérer du temps médical pour le biologiste

    Dans ce contexte marqué par la fusion des laboratoires d’analyses médicales et l’apparition d’innovations tant techniques qu’organisationnelles, de nouvelles solutions de e-santé ont été conçues et continuent d’être développées dans le domaine de la biologie médicale.

    Objectifs de ces solutions

    Les dispositifs de biologie connectée visent en particulier à :

    • rapprocher les patients du laboratoire ;
    • restaurer des liens avec d’autres professionnels de santé, c’est-à-dire développer la complémentarité interdisciplinaire en particulier entre biologistes médicaux, prescripteurs et infirmiers ;
    • libérer du temps médical pour le biologiste, permettant au spécialiste de dépasser des contraintes structurelles et de concentrer ses efforts sur l’interprétation et l’explication des informations : les biologistes recherchent donc des solutions caractérisées par une simplicité d’usage et une certaine « cohérence des données » ;
    • proposer des aides à l’analyse et au diagnostic ;
    • évaluer les risques et augmenter le niveau de sécurité des décisions médicales.

    Exemple de solutions

    Les solutions numériques développées en biologie médicale « vont de simples applications qui reproduisent les services existants à des fonctions plus complexes enrichissant les parcours de santé que ce soit dans le domaine de la gestion de la maladie ou de la prévention », indique le rapport. «  Dans ce dernier domaine, la préservation et l’exploitation du capital-santé exige un contrôle continu et gardé en mémoire (“quantified self“) », précise par ailleurs David Gruson.

    Plus concrètement, un premier exemple d’application du numérique à la biologie médicale est le compte rendu augmenté. Ce compte-rendu augmenté, espèce d’équivalent de la prescription électronique en biologie médicale, vise à rendre les résultats plus accessibles, plus transparents et clairs à la fois pour le patient et le prescripteur de l’examen (adjonction possible de conseils vers une première action à réaliser).

    Le dossier médical partagé (DMP) peut par ailleurs être utilisé par les biologistes médicaux afin de proposer aux patients de visualiser plus facilement leur historique biologique. L’utilisation du DMP par les biologistes médicaux permet également de faciliter l’information des médecins prescripteurs et des pharmaciens d’officine puisque ceux-ci peuvent également avoir accès, via le DMP et après recueil du consentement du patient, à l’historique biologique du patient.

    De nombreuses solutions permettant une analyse rapides des prélèvements à distance du laboratoire sont également développées, permettant à la télémédecine d’émerger également en biologie médicale et de créer la biologie délocalisée.

    Émergence de la télémédecine en biologie médicale : l’avènement de la biologie délocalisée

    François Blanchecotte présente la biologie délocalisée comme une « biologie hors-les-murs » tout juste naissante et encore peu contrôlée : les actes de biologie réalisés à distance ne sont pour la plupart ni accrédités par des organismes reconnus ni contrôlés par des biologistes médicaux. Bruno Gauthier affirme pourtant que ces actes relèvent de la biologie médicale, et qu’ainsi « le biologiste doit [se rendre] responsable de cette nouvelle façon de faire » afin de garantir la qualité des résultats rendus. A cette fin, des expérimentations telles que le projet Di@pason sont mises en place.

    Flou juridique

    Les débuts de la biologie délocalisée ont lieu « dans une déréglementation totale », affirment plusieurs interviewés.

    « Le domaine de la biologie délocalisée est relativement flou. La législation, le mode de fonctionnement, les différents acteurs, les différents responsables, ce qui est réalisable ou non par le patient, etc. : tant que toutes ces questions ne sont pas [résolues], la biologie délocalisée n’aura pas d’avenir fiable, et ça serait une énorme opportunité ratée pour la France », déclare Sylvain Gabuthy, directeur de développement pour Les Biologistes Indépendants.

    En fait, le développement de la biologie délocalisée semble « irréversible ». Elle pourrait, dans le futur, permettre de répondre aux problèmes liés à la désertification médicale et la mobilité de populations vieillissantes. Il ne s’agit pas d’interdire des pratiques mais, afin de répondre correctement à un engouement pour la télémédecine, de s’engager dans ce nouveau mode d’exercice afin de le contrôler.

    Exemple du projet Di@pason

    Le projet Di@pason est une expérimentation qui vise à intégrer la biologie délocalisée dans les parcours de soins des patients chroniquement sous traitements anti-vitamine K (AVK) pour la mesure régulière de la valeur de leur INR (rapport normalisé international).

    • Objectif du projet

    L’expérimentation Di@pason vise d’abord à moderniser le parcours de soins des patients sous AVK en ville. Il s’agit plus précisément de recourir à la biologie délocalisée et à diverses solutions numériques (logiciels d’aide à la prescription d’examens complémentaires, logiciels d’aide à l’analyse de l’interprétation des prélèvements, logiciels d’aide au traitement des prélèvements, transmission électronique sécurisée de protocoles de prélèvements, etc.) afin :

    • de renforcer la coordination des professionnels de santé ;
    • d’assurer un maillage territorial le plus dense et homogène possible, et de ce fait une plus grande égalité d’accès aux soins ;
    • d’augmenter le niveau de qualité et de sécurité des prises en charge ;
    • de diminuer la durée du parcours de soins (de plus de 6 heures actuellement à environ 15 minutes).
    • Principes de mise en œuvre du projet

    Concrètement, selon les principes de la télémédecine ce projet propose de ne plus réaliser les prélèvements au laboratoire mais au domicile du patient. Avec l’aide d’un infirmier équipé d’un dispositif portable connecté (type LapPad INR d’AVALUN) permettant de prélever une goutte de sang capillaire et de communiquer de façon continue avec un laboratoire d’analyses médicales (par l’intermédiaire d’applications métier telles que PAS de SIL-LAB INNOVATION), un résultat de mesure d’INR peut être rendu rapidement au patient.

    Afin de rendre cet exemple d’application de la biologie délocalisée plus efficient, le programme Di@pason prévoir par ailleurs d’inciter les médecins prescripteurs de la mesure d’INR à fournir à l’infirmier en amont du prélèvement un protocole permettant d’adapter immédiatement, en cas d’urgence et sous la supervision du biologiste ou du prescripteur, la posologie du traitement AVK.

    • Modèle économique

    La prise en charge de ce nouveau type de parcours est prévue sous la forme d’un « forfait rattaché au patient permettant d’inclure […] l’ensemble des actes biologiques et infirmiers réalisés ».

    • Déploiement de Di@pason

    Ce projet a fait l’objet de premières expérimentations de petite échelle impliquant des biologistes médicaux, des médecins et des infirmiers de la région Auvergne Rhône-Alpes : en 2017, ces phases précoces d’expérimentation ont en particulier été cofinancées, via le projet TSN CORINNE, par l’ARS Auvergne-Rhône-Alpes, l’ARS Grand-Est, E-Meuse Santé et  le Conseil départemental de la Meuse.

    Di@pason a par la suite été autorisé pour 18 mois à compter de l’inclusion du premier patient par un arrêté paru le 4 octobre 2019 au journal officiel dans le cadre de la loi de financement de la sécurité sociale. Ce projet s’inscrit par ailleurs dans les axes de la Stratégie nationale de Santé 20118-2022 visant une prise en charge modernisée et plus accessible des patients souffrant en particulier de maladies chroniques sur l’ensemble du territoire.

    Cette expérimentation pourrait dans le futur servir de modèle à la réorganisation des parcours de soins des patients souffrant de maladies chroniques nécessitant la mesure régulière de constantes biologiques.

  • Transformation de l’État : le CNNUm propose de réunifier Dinum et DITP au sein d’un ministère dédié

    « Créer un ministère de la Transformation de l’État et du Numérique. » C’est ce que propose le Conseil national du numérique (CNNum) dans sa note datée du 14 novembre 2019 intitulée « Transformation de l’État : dépasser la norme par la pensée design ». Selon le document, cette décision marquerait « une volonté politique solide » avec « des moyens à la hauteur [des] ambitions ».

    Jugeant que « trop souvent », la transformation numérique « est synonyme de dématérialisation des services existants » plutôt que d’« amélioration de ces derniers par les nouvelles technologies », le CNNum y voit l’occasion de « repenser les missions de l’État » par « une vision renouvelée, centrée sur l’expérience utilisateur et portée par une gouvernance forte ». Le Conseil propose également un « rapprochement » de la Dinum (ex Dinsic) et de la DITP, toutes deux issues de la scission en 2017 du Secrétariat général de la modernisation de l’action publique (SGMAP). Le CNNum affirme dans son document que cette scission a « réduit la capacité de réformer en profondeur le mode de fonctionnement et les missions de services publics » et abouti à « créer un mécontentement chronique à l’égard d’une dématérialisation qui se contente de transposer les processus préexistants ». Le nouveau ministère proposé par la note aurait vocation à intégrer les deux entités réunifiées.  

    Le Conseil demande aussi un « renforcement » des moyens « financiers et humains » affectés par la France à la transformation publique, jugés « limités en comparaison avec d’autres pays européens ». Il cite le Government Digital Service britannique, qui comptait 850 employés en 2019, contre 144 équivalents temps plein (ETP) pour la Dinsic à fin 2017. 

    Le CNNUm demande par ailleurs la création au sein de l’Observatoire de la qualité des démarches en ligne d’un comité stratégique intégrant « administrations, usagers et spécialistes du design », et l’intégration dans le processus de développement, d’arbitrage et de déploiement des politiques publiques des « notions d’expérience utilisateur et de design ».