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  • 95 % de précision, 3 000 lames analysées par jour : l’IA DeepSeek transforme l’hôpital chinois

    5 minutes de consultation en moyenne, les hôpitaux sous pression face au vieillissement

    Avec 1,408 milliard d’habitants en 2024 et une population vieillissante — près d’un tiers aura plus de 60 ans d’ici 2035 — la Chine doit faire face à une saturation de ses hôpitaux tertiaires, qui concentrent plus de 50 % des soins spécialisés. Le système est confronté à trois limites majeures :

    • Temps moyen de consultation inférieur à 5 minutes.
    • Taux de réhospitalisation dépassant 20 %.
    • Pénurie de spécialistes dans les disciplines critiques.

    l’IA DeepSeek optimise les soins avec 95,2 % de précision sur les nodules pulmonaires

    Pour répondre à ces défis, les autorités chinoises ont engagé le déploiement du système DeepSeek, développé par Jining Guokong Medical. Cette intelligence artificielle médicale optimise les soins à plusieurs niveaux. Ces outils permettent d’améliorer le tri des patients, de libérer du temps clinique et de réduire les erreurs diagnostiques :

    2 500 hôpitaux équipés d’ici fin 2025 avec le système d’IA DeepSeek

    Déployée initialement à Shanghai, cette technologie est désormais étendue à l’ensemble des hôpitaux tertiaires du pays, dans le cadre d’un programme national soutenu par un financement tripartite (État, établissements de santé, partenaires industriels). Le système fonctionne en réseau fermé, assurant une cybersécurité médicale renforcée et la souveraineté des données patients.

    • Objectif : équiper plus de 2 500 hôpitaux d’ici fin 2025.
    • Réduction de 30 % des besoins informatiques grâce à l’optimisation algorithmique du modèle.

    Un modèle qui inspire au-delà des frontières

    L’adoption de DeepSeek illustre le rôle moteur de la Chine en matière de e-santé. Son approche suscite un intérêt croissant en Asie du Sud-Est, où plusieurs pays envisagent une adaptation locale de la technologie.

     

  • Création de SoFIA-Santé : une société savante pour une IA éthique en santé francophone

    SoFIA-Santé veut créer des ponts entre IA médicale, sciences humaines et éthique

    La création de SoFIA-Santé a été officiellement annoncée le 18 juin 2025 à Dijon. Présidée par le Pr Patrick Callier, la nouvelle société rassemble une équipe pluridisciplinaire composée de professionnels de santé, chercheurs, juristes, experts en éthique, philosophes et patients, issus de plusieurs pays francophones.

    Alors que l’IA transforme les pratiques médicales, SoFIA-Santé entend accompagner cette évolution en s’appuyant sur une démarche scientifique, éthique et éco-responsable. La société affiche plusieurs objectifs.

    • Promouvoir une IA respectueuse des droits fondamentaux des patients.
    • Accompagner les professionnels de santé dans l’adoption de ces technologies.
    • Soutenir la recherche et l’innovation dans les applications médicales de l’IA.
    • Créer des passerelles entre médecine, technologie et sciences humaines.
    • Sensibiliser patients et citoyens aux enjeux de l’IA en santé.
    • Participer à l’élaboration de cadres réglementaires protecteurs.
    • Encourager des pratiques d’IA durables et sobres sur le plan environnemental.

    Structurée autour de cinq comités thématiques

    Pour porter ses actions, SoFIA-Santé s’appuie sur cinq comités :

    • Éthique & Réglementaire
    • Recherche, Innovation & Data
    • Formation & Sensibilisation
    • Relations Internationales, Partenariats & Communication
    • Usages & Impacts Socio-Environnementaux de l’IA en Santé

    Une gouvernance collégiale

    Outre le Pr Patrick Callier à la présidence, l’équipe dirigeante rassemble Barbara Mathian (Secrétaire générale et Trésorière), Jean-Louis Fraysse et Dany Girard (Vice-présidents), ainsi que de nombreux membres du conseil d’administration dont Maria-Alice Bertolim, Fabrice Denis, Maxime Elbaz, David Gruson, Bénédicte Lelievre, Jimmy Siméon, Cécile Théard-Jallu ou Lionel Reichardt.

     

  • Industrie pharmaceutique : 64 % des dirigeants prévoient de limiter leurs investissements en France

    523 jours d’attente pour un nouveau médicament 

    Le Leem (Les Entreprises du Médicament) et PwC présentent un tableau contrasté de l’industrie pharmaceutique française dans le Baromètre 360°. Si le secteur mobilise 110 000 collaborateurs et dispose d’une base solide en recherche et innovation, les entreprises du médicament prévoient de freiner leurs investissements, dénonçant des incohérences politiques et économiques.

    La France reste le deuxième marché pharmaceutique européen mais perd en attractivité pour les laboratoires : seuls 60 % des médicaments ayant obtenu une AMM européenne sont disponibles sur le territoire. L’accès aux nouveaux traitements y reste particulièrement lent :

    • 523 jours sont nécessaires contre 50 jours en Allemagne.
    • Le Baromètre signale également une hausse de 7 % des arrêts de commercialisation, souvent liée à des déséquilibres économiques persistants.
    • La production locale est aussi en recul : seuls 9 % des nouveaux médicaments commercialisés en Europe sont fabriqués en France.
    • Sur le plan fiscal, 60 % du résultat d’exploitation des entreprises est prélevé par l’État, dont 88 % par des taxes spécifiques au secteur.
    • Conséquence directe : 64 % des dirigeants déclarent ne pas envisager d’investir en France dans les trois prochaines années.

    Le Leem dénonce un modèle inadapté aux innovations thérapeutiques

    Le Leem appelle à des mesures correctives urgentes pour relancer l’attractivité nationale. Le premier axe vise à simplifier l’accès aux traitements : harmonisation européenne des évaluations via la procédure HTA, accélération de l’accès aux vaccins, et révision du système de fixation des prix intégrant le bénéfice médico-économique des médicaments.

    Attirer les essais cliniques passe par des délais réglementaires divisés par 3

    Le deuxième axe cible l’innovation. Le Leem propose un fast track européen ramenant les délais d’autorisation des essais cliniques à 31 jours, des mesures pour retenir les essais en France, et un renforcement de la collaboration avec l’ANSM sur la revalorisation de molécules peu onéreuses pour des maladies graves.

    La fixation des prix comme frein central à l’innovation

    Enfin, pour renforcer la souveraineté industrielle, le Leem prône une politique européenne de fixation des prix harmonisée, des mesures de viabilité pour soutenir la production locale, des incitations fiscales pour les sites industriels, et l’intégration des investissements environnementaux dans la valorisation des prix. Le Leem demande qu’une loi de programmation en santé, dotée d’un pilotage interministériel stable, traduise ces orientations en engagements concrets pour le système de santé et la compétitivité nationale.

    Baromètre 360° sur l’attractivité de la France pour l’industrie pharmaceutique – PwC pour le Leem, 2025

  • HIMSS 2025 : La complémentarité de l’orchestration et de l’automatisation (UpHill)

    Les systèmes de santé contemporains font face à d’importants défis de coordination et d’accès aux soins, entrainant des délais d’attente significatifs et des obstacles pour la qualité des soins. Face à ces enjeux, la transformation numérique, couplée à l’orchestration et à l’automatisation des parcours, apparaît comme une solution pour fluidifier l’organisation des soins en plaçant le patient au centre. C’est l’objet de la présentation de Simon Lucas et Mariana Bandeira respectivement Chief Commercial Officer et Territory Manager chez UpHill, une plateforme qui augmente la capacité des hôpitaux à répondre à la demande en automatisant les protocoles cliniques.

    Les défis de la coordination et de l’accès aux soins de santé

    Dans de nombreux pays, les patients subissent des délais d’attente très importants pour des soins pourtant essentiels comme l’illustrent les exemples du Canada et du Royaume-Uni. « Dans des pays comme le Canada, les gens attendent longtemps pour leurs soins d’oncologie, ce qui peut avoir des impacts de santé importants et déterminer si vous serez là pour voir grandir vos petits-enfants ». Cette situation n’est pas unique et concerne aussi d’autres contextes, où des millions de personnes se retrouvent sans prise en charge adéquate.

    Les professionnels de santé sont confrontés à des environnements de travail qui ne leur permettent pas toujours de fournir la qualité de soins souhaitée. « La réalité pour trop de patients est qu’ils reçoivent des soins statiques. Et la réalité pour trop de cliniciens est qu’ils travaillent dans un environnement où ils ne peuvent pas délivrer les soins qu’ils souhaitent». Ces constats soulignent la nécessité de repenser l’organisation des soins, et les solutions numériques sont des candidates incontournables pour jouer un rôle dans cette transformation.

    Orchestration et automatisation : des leviers complémentaires pour la qualité

    Pour améliorer la qualité des soins, il est indispensable de combiner orchestration et automatisation. L’orchestration consiste à structurer le parcours patient autour des meilleures pratiques cliniques, en assurant la collaboration entre tous les acteurs du système de santé. L’automatisation permet de déléguer certaines tâches à des outils numériques, libérant ainsi du temps pour les professionnels et améliorant la réactivité des équipes. « Orchestration et automatisation doivent aller de pair. L’une sans l’autre, et vous n’en tirez pas la valeur, les deux réunies permettent de débloquer la capacité à délivrer cette qualité de soins ».

    Par exemple, l’envoi automatisé de questionnaires avant une consultation spécialisée permet de collecter des informations essentielles et d’optimiser le temps passé avec le patient. Cette double approche vise à éviter les soins redondants, à limiter les hospitalisations évitables et à garantir que chaque patient bénéficie du niveau de ressources adapté à ses besoins. L’automatisation ne remplace pas l’humain, mais elle soutient les équipes soignantes en assurant un suivi plus proactif et personnalisé. L’intégration de règles basées sur les preuves permet de générer des alertes ou des recommandations adaptées à la situation de chaque patient, tout en assurant la traçabilité des actions réalisées et des résultats obtenus.

    Parcours cliniques standardisés et adaptation locale

    La standardisation des parcours cliniques est un levier pour améliorer la qualité et la sécurité des soins. Un parcours clinique formalise les étapes clés de la prise en charge d’une pathologie, en s’appuyant sur les recommandations de bonnes pratiques. « Le modèle garantit que nous sommes capables de traduire une connaissance clinique dans les circonstances spécifiques d’un patient en actions basées sur les critères de ces patients pour faire progresser le plan de soins ». Cependant, pour être efficace, ce parcours doit être adapté au contexte local, en tenant compte des ressources disponibles, des spécificités organisationnelles et des préférences des patients.

    Les recommandations nationales ou internationales fournissent un cadre de référence, mais il est essentiel de les décliner en protocoles opérationnels adaptés à chaque établissement ou territoire. Cette adaptation nécessite l’implication des équipes pluridisciplinaires pour garantir l’adhésion et la mise en œuvre effective des parcours. Les outils numériques facilitent cette démarche en permettant de modéliser, de tester et d’ajuster les parcours en temps réel, en fonction des retours d’expérience. L’objectif est de rendre les parcours plus concrets, plus actionnables et plus faciles à intégrer dans le quotidien des professionnels de santé, tout en renforçant la continuité des soins et en réduisant les inégalités d’accès à des soins de qualité.

    Le parcours patient au cœur de la transformation numérique

    Placer le patient au centre du parcours de soins est essentiel pour réussir la transformation numérique de la santé. Le parcours patient ne se limite pas à la gestion d’une pathologie, mais englobe l’ensemble des interactions du patient avec le système de santé, quel que soit le lieu, le moment ou l’acteur impliqué. « Le parcours clinique inclut tous les types possibles dans une condition spécifique, tandis que le parcours patient est une branche spécifique dans ce parcours clinique et il est unique parce qu’il contient des données patient ».

     Ce parcours doit être pensé de façon globale, en intégrant tous les niveaux de prise en charge et en favorisant la coordination entre les différents intervenants. Les outils numériques, comme les dossiers médicaux électroniques ou les plateformes de télésurveillance, permettent de suivre le patient tout au long de son parcours, d’assurer la sécurité et la confidentialité des données, et d’améliorer la communication entre professionnels. Ces solutions facilitent également la personnalisation des soins, en tenant compte des spécificités individuelles de chaque patient, de ses préférences et de son environnement. L’objectif est de rendre le parcours patient plus fluide, plus transparent et plus rassurant, tout en renforçant l’autonomie et la responsabilisation des patients dans la gestion de leur santé.

    L’impact de la santé numérique sur l’expérience et la performance

    L’intégration des technologies numériques dans le parcours de soins à un impact direct sur l’expérience patient et la performance des établissements de santé. Les patients bénéficient d’un meilleur accès à l’information, d’un suivi plus régulier et d’une meilleure la coordination entre les différents professionnels impliqués dans leur prise en charge. « Il y a des exemples matures d’automatisation de l’orchestration des soins. Il existe une technologie robuste, donc nous avons déjà plus de 100 parcours cliniques automatisés basés sur des preuves et prêts à être adaptés localement ».

    Les outils de télésurveillance, par exemple, permettent un accompagnement à distance des patients atteints de pathologies chroniques, en collectant et en analysant automatiquement les données de santé. Cette approche favorise la prévention des complications, la réduction des hospitalisations évitables et l’amélioration de la qualité de vie des patients. Pour les établissements, la digitalisation des parcours permet de rationaliser les processus, de réduire les coûts et d’améliorer la gestion des ressources. Elle facilite également le décloisonnement des services, la mutualisation des compétences et la mise en conformité réglementaire. Au final, la transformation numérique contribue à créer un écosystème de santé plus intégré, plus résilient et plus performant, où la donnée est au service de l’humain et où chaque acteur peut tirer le meilleur parti des technologies disponibles.

     

  • Près d’un Français sur cinq touché : l’obésité, un enjeu de santé publique à réinventer par le numérique et l’IA

    📌Près d’un Français sur 5 touchés et un coût socio-économique record de 12,7 milliards d’euros : les chiffres de l’obésité en France

    L’obésité touche aujourd’hui 18,1 % des adultes français, soit plus de 9,5 millions de personnes, et génère chaque année 68 000 décès liés à l’excès de poids, dont 33 200 morts d’origine cardio-neurovasculaire1. Le coût socio-économique de l’obésité s’élève à 12,7 milliards d’euros en 2024, une somme qui pourrait atteindre 15,4 milliards d’ici 2030 si aucune mesure supplémentaire n’est prise1. Les politiques publiques peinent à cibler efficacement les populations les plus exposées, notamment les personnes en situation de précarité, et à réguler l’offre alimentaire. Face à cette progression continue, le gouvernement prépare un plan global de lutte contre l’obésité pour septembre 2025, incluant l’élargissement de la prescription de médicaments antiobésité et le renforcement de la prévention1. Les experts insistent sur la nécessité d’une action coordonnée et d’un suivi renforcé des populations à risque.

    👉 H&TI pose le contexte chiffré de l’obésité en France ici.

    📌Obésité en France : où en est la numérisation recommandée par le rapport Laville ?

    Deux ans après le rapport Laville, la France peine à concrétiser ses ambitions numériques dans la lutte contre l’obésité, qui touche 17 % des adultes. Sur 40 recommandations, 8 visaient à faire du numérique un levier stratégique, mais les avancées restent limitées : le carnet de santé numérique centralisant les données de croissance de l’enfant ne sera pleinement déployé qu’à la fin 2026, et la saisie des données reste non obligatoire. Les parcours de soins coordonnés manquent d’une plateforme nationale interopérable, tandis que les initiatives locales se multiplient mais sans harmonisation. L’ouverture des données pour la recherche progresse, mais reste réservée à quelques équipes et manque de cadrage national, laissant inexploité le potentiel du numérique en santé

    👉 H&TI fais le bilan rétrospectif du rapport Laville ici.

    📌Obésité : l’intelligence artificielle prédit le risque avec une précision jusqu’à 98 %

    L’intelligence artificielle, via des modèles de machine learning et deep learning, révolutionne la prédiction et la gestion de l’obésité, une maladie qui pourrait concerner 1,2 milliard de personnes dans le monde en 2030 selon l’OMS, contre 600 millions en 2014. Les algorithmes les plus performants, tels que le gradient boosting, XGBoost et la forêt aléatoire, atteignent une précision allant jusqu’à 98 % dans certains contextes, permettant d’identifier précocement les enfants et adultes à risque à partir de données cliniques, génétiques et environnementales. L’IA facilite aussi la personnalisation des interventions nutritionnelles, le suivi continu par capteurs connectés, et l’optimisation des traitements médicamenteux ou chirurgicaux, comme la prédiction de la perte de poids après chirurgie bariatrique. Cependant, l’intégration de ces outils reste confrontée à des défis majeurs : la qualité et la diversité des données, le manque d’infrastructure technique dans certains milieux, et des enjeux éthiques liés à la protection des données personnelles. Les recommandations insistent sur la standardisation des protocoles, la formation des professionnels et la collaboration interdisciplinaire pour exploiter pleinement le potentiel de l’IA dans la lutte contre l’obésité

    👉 H&TI passe en revue la littérature scientifique sur l’obésité et la santé numérique ici.

    📌🎤Lutte contre l’obésité : le numérique au secours du manque de données

    L’obésité, reconnue comme une maladie multifactorielle liée à l’interaction complexe de facteurs organiques, métaboliques et inflammatoires, bénéficie aujourd’hui des progrès technologiques. Selon Anne-Sophie Joly, présidente du Collectif national des associations d’obèses (CNAO), il manque encore des données précises sur la santé de la population pour orienter efficacement les stratégies publiques. L’intégration de l’intelligence artificielle, de la télésurveillance et des jumeaux numériques permet désormais un suivi personnalisé, une détection précoce des complications et une adaptation fine des traitements. Ces innovations facilitent l’autonomie des patients, renforcent le lien avec les professionnels de santé et optimisent la prévention et la prise en charge, tout en offrant une vision dynamique de l’évolution de la maladie grâce à l’analyse croisée de multiples données. Ainsi, la santé numérique devient un pilier incontournable pour améliorer la qualité de vie des personnes atteintes d’obésité

    📌🗺️Obésité : 13 solutions numériques et deux algorithmes d’IA pour une prise en charge innovante et personnalisée

    Treize solutions numériques, réparties en cinq grandes familles, transforment la prise en charge de l’obésité : thérapies digitales, cliniques en ligne, objets connectés, algorithmes de diagnostic et d’aide à la décision médicale. Parmi elles, les thérapies digitales comme Zanadio (7,75 % de perte de poids en 12 mois) et Oviva (5 à 7 % de perte de poids, taux de rétention > 80 %) ont démontré leur efficacité clinique, tandis que les plateformes Charles et Annette offrent un suivi pluridisciplinaire à distance. Deux algorithmes d’intelligence artificielle se distinguent : l’IHU ICAN permet un diagnostic précis de l’obésité sarcopénique à partir de la composition corporelle, réduisant le sous-diagnostic, et le projet SOPHIA prédit les risques et les réponses aux traitements chirurgicaux grâce à l’analyse de données internationales. Ces innovations favorisent une prise en charge plus précoce, personnalisée et centrée sur le patient, tout en intégrant objets connectés et télésanté pour une meilleure gestion de la maladie

    👉 H&TI dresse le panorama des solutions numérique pour l’obésité ici.

    📌🗺️Obésité : 8 cas d’usage de l’IA pour une prise en charge personnalisée et innovante, touchant 17 % des adultes français

    L’intelligence artificielle révolutionne la prise en charge de l’obésité, une maladie qui concerne aujourd’hui près d’un adulte sur cinq en France, soit environ 17 % de la population. Huit cas d’usage de l’IA ont été identifiés, couvrant la prévention, le diagnostic, le suivi à distance et la personnalisation des traitements, avec des solutions innovantes telles que des plateformes de prédiction de trajectoire de perte de poids sur cinq ans ou des chatbots d’accompagnement. Dans les établissements de santé, l’IA améliore la chirurgie bariatrique et l’analyse de la composition corporelle, tandis que des outils comme XGBoost et SHAP permettent d’identifier les facteurs de risque individuels et d’adapter les interventions. Les solutions numériques telles qu’Oviva, Gro Health, LIFENESS.io et Zanadio proposent des recommandations personnalisées et un suivi motivationnel, renforçant l’efficacité des parcours de soins. Cette approche globale, intégrant IA et digital, vise à transformer durablement la lutte contre l’obésité.

    👉 H&TI fait l’inventaire des cas d’usage pour l’intelligence artificielle ici.

    📌🗺️la HAS plaide pour une structuration nationale du parcours patient face à la fragmentation et à la sous-utilisation du numérique

    Le parcours de soins des patients obèses en France reste marqué par de nombreuses ruptures et inégalités d’accès, avec un dépistage et une évaluation multidimensionnelle encore trop peu systématiques, notamment chez les populations précaires. Si la chirurgie bariatrique bénéficie d’une organisation robuste, les étapes de préparation, d’éducation thérapeutique et de suivi post-opératoire demeurent insuffisamment structurées et dépendent souvent d’initiatives locales. Les outils numériques, comme les plateformes e-ETP, la télésurveillance ou les applications de coaching, existent mais sont sous-utilisés, faute de formation des professionnels et de coordination entre ville et hôpital. La Haute Autorité de Santé (HAS) recommande désormais un repérage systématique, une évaluation pluridisciplinaire, un accès facilité à l’éducation thérapeutique et la mise en place de référents de parcours et d’outils numériques partagés pour garantir un accompagnement équitable et durable. Ces mesures visent à transformer le parcours de soins, tout en tenant compte des situations de vulnérabilité et en valorisant la prévention et les alternatives à la chirurgie.

    👉 H&TI détail les apports des solutions numériques à chaque étape du parcours patient ici.

    Visuel de synthèse : santé numérique et obésité
  • Obésité en France : 68 000 décès chaque année et des populations vulnérables encore peu ciblées par la prévention

    • 18,1% des adultes français touchés par l’obésité en France (plus de 9,5 millions de personnes).
    • 33 200 décès cardio-neurovasculaires attribués à l’obésité en 2024.
    • 12,7 milliards d’euros : coût socio-économique de l’obésité en France en 2024 (Asterès).
    • La stratégie française contre l’obésité bute sur un déficit de pilotage politique et un manque de données.
    • Les populations les plus exposées restent insuffisamment ciblées par les dispositifs de prévention et de prise en charge.
    • Le gouvernement prépare un plan global contre l’obésité pour septembre 2025.

    2025 : The Lancet redéfinit l’obésité en 2 stades

    L’OMS reconnaît l’obésité comme une maladie chronique caractérisée par une accumulation anormale ou excessive de tissu adipeux, susceptible de nuire à la santé. Chez l’adulte, le diagnostic repose essentiellement sur l’indice de masse corporelle (IMC), calculé en divisant le poids par le carré de la taille (kg/m²) :

    • IMC ≥ 25 : surpoids
    • IMC ≥ 30 : obésité

    Pour les enfants et adolescents, l’obésité est définie en fonction des seuils dérivés des courbes de croissance de l’OMS, adaptés selon l’âge et le sexe. D’autres outils cliniques, comme le tour de taille, ou la bio-impédance permettent d’apprécier la répartition et la quantité de graisse corporelle. En 2025, la Commission de The Lancet sur l’obésité propose de distinguer deux stades cliniques qui élargissent et intègrent des dimensions métaboliques, structurelles et fonctionnelles :

    • Obésité pré-clinique : surcharge graisseuse sans dégradation d’organe.
    • Obésité clinique : surcharge associée à des dysfonctions organiques (métaboliques, cardiaques, hépatiques ou articulaires).

    La reconnaissance de l’obésité comme maladie chronique est largement admise depuis plusieurs années, et intégrée dans les stratégies nationales internationales de santé.

    68 000 décès par an en France attribués à l’excès de poids 

    L’obésité est une pathologie multifactorielle liée à des environnements obésogènes, des facteurs génétiques, psychosociaux ou médicaux. Les déterminants structurels incluent l’accès limité à une alimentation saine, l’inactivité physique due à un cadre urbain inadéquat, et l’absence de politiques réglementaires efficaces. Par ailleurs, les systèmes de santé peinent à détecter précocement les signes de surpoids et de stockage excessif de graisses. Les données épidémiologiques confirment le rôle de l’obésité dans la survenue de certains cancers, de maladies cardiovasculaires, de diabète, et de troubles psychologiques, avec un impact mesurable en termes de morbidité, de mortalité et de qualité de vie.

    • Cancers : environ 5,3 % des cas de cancers en France sont attribuables à un excès de poids (≈ 18 600 cas), dont 3 400 cancers du côlon, 2 600 cancers du rein, 4 500 du sein et 2 500 de l’endomètre.
    • Morbidité et mortalité : des estimations antérieures font état de 68 000 décès par an liés à l’excès de poids.
    • Maladies cardiovasculaires et métaboliques : l’obésité multiplie les risques de diabète de type 2, d’hypertension, d’apnée du sommeil, d’insuffisance cardiaque et de stéatose hépatique. Chez les obésités sévères (IMC ≥ 40), le diabète de type 2 est 12 fois plus fréquent et les apnées du sommeil 22 fois.
    • Troubles psychologiques : l’obésité est associée à la dépression, à une moindre estime de soi, à la stigmatisation sociale, à des troubles alimentaires et à un sentiment d’isolement.
    • Espérance de vie et santé cognitive : un IMC élevé est lié à une baisse de l’espérance de vie et à une accélération du vieillissement cérébral. D’autre part, le risque cardiovasculaire et métabolique persiste à l’âge adulte pour les enfants obèses.

    Depuis 30 ans, l’obésité a plus que doublé en France

    En France, la prévalence de l’obésité continue de progresser, atteignant approximativement 15 % chez les adultes âgés de 20 à 69 ans, selon les données de l’enquête EHIS exploitées par la DREES. À cela s’ajoutent 31 % de personnes en surpoids, soit près de la moitié de cette tranche d’âge concernée par un excès pondéral. Depuis les années 1990, la tendance est à la hausse constante, avec un doublement des cas d’obésité en deux décennies. Les personnes les plus touchées sont celles en situation de précarité économique, peu diplômées, ou âgées. L’activité physique régulière et un niveau d’études élevé apparaissent comme des facteurs de protection.

    À l’échelle européenne, la France se situe dans la moyenne basse des pays de l’Union européenne à 27, loin derrière les pays d’Europe de l’Est où les taux d’obésité sont les plus élevés. Toutefois, la dynamique observée en France est comparable à celle du reste de l’Europe, avec une généralisation du phénomène à l’ensemble des catégories sociales. La DREES souligne que près d’un Européen sur deux est en surpoids ou obèse, et que la France n’échappe pas à cette évolution, en particulier parmi les jeunes et les populations défavorisées.

    Surpoids et obésité : facteurs de risque et politiques de prévention en France et dans le monde Les dossiers de la DREES N° 118 Paru le 17/07/2024

    12,7 milliards d’€ : le coût de l’obésité en France en 2024 (Asterès)

    Une étude réalisée par Asterès estime à 12,7 milliards d’euros le coût socio-économique de l’obésité en France pour l’année 2024. Ce montant regroupe les dépenses médicales et les pertes de production économique induites par les absences et décès. L’obésité, qui touche 18,1% des adultes français (soit plus de 9,5 millions de personnes), serait responsable – durant l’année 2024 – de 7,2 millions de cas de maladies et de 68 000 décès.

    Les complications associées à l’obésité concernent principalement :

    • Les maladies cardio-neurovasculaires (2 millions de cas).
    • Les affections ostéoarticulaires et musculaires (2 millions).
    • Maladies métaboliques (2 millions), les maladies respiratoires (900 000).
    • Les cancers (180 000).
    • Et d’autres pathologies (330 000).

    L’analyse d’Asterès précise que les maladies cardio-neurovasculaires devraient être à l’origine de 33 200 décès en 2024, le diabète de 25 800 décès, les cancers de 8 900 décès et l’asthme d’une centaine. Sur les 12,7 milliards d’euros estimés, l’Assurance maladie supporterait 80% du coût (10,2 Mds€), soit près de 5% de l’ensemble de ses dépenses remboursées. Le reste serait pris en charge par les organismes complémentaires (OCAM, 1,5 Md€) et les entreprises (1 Md€).

    Pour l’Assurance maladie, les trois principales sources de dépenses sont le diabète (38%), les maladies cardio-neurovasculaires (27%) et les cancers (13%). Côté OCAM, l’hypertension (21%), la lombalgie (18%) et le syndrome d’apnées du sommeil (14%) dominent les coûts. Les entreprises doivent surtout faire face aux pertes de production dues aux arrêts de travail (60% du coût pour elles) et aux décès prématurés (40%), les complications les plus coûteuses étant le diabète (25%), les lombalgies (15%) et les cancers (11%).

    Entre 2020 et 2024, le coût de l’obésité a augmenté de 2 milliards d’euros, soit une progression annuelle moyenne de 4,5%, sous l’effet combiné de la hausse du nombre de patients et de l’enchérissement des soins. Asterès anticipe un ralentissement à 3,2% par an d’ici 2030, avec un coût prévisionnel de 15,4 milliards d’euros si aucune mesure supplémentaire n’est mise en œuvre.

    Santé publique France appelle à renforcer la prévention 

    Dans une étude publiée le 10 septembre 2024, Santé publique France dresse un bilan préoccupant de l’évolution du surpoids et de l’obésité chez les adultes français entre 1996 et 2017. D’après cette analyse fondée sur les déclarations de poids et de taille de plus de 124 000 adultes, l’obésité a presque doublé en deux décennies. L’agence sanitaire observe que la prévalence de l’obésité chez les hommes est passée de 7 % en 1996 à plus de 14 % en 2016, avant de redescendre à 13 % en 2017. Le surpoids masculin a augmenté de 40 % à 48 % entre 1996 et 2008, puis s’est stabilisé autour de 48-50 %. Chez les femmes, la progression est continue : le surpoids est passé de moins de 25 % en 1996 à 39 % en 2017. L’obésité féminine est passée de moins de 6 % à 14 % sur la même période. Santé publique France insiste sur les conséquences sanitaires du surpoids et de l’obésité, identifiés comme facteurs de risque pour les maladies cardiovasculaires, le diabète et certains cancers. Face à cette situation, l’agence appelle à une intensification des politiques de prévention. Elle souligne la nécessité d’un suivi précis et régulier de l’évolution de la corpulence des adultes afin d’ajuster les mesures de santé publique.

    Lutte contre l’obésité : pub, sucre, étiquettes… 3 outils validés 

    La France évalue sa stratégie anti-obésité : une dynamique engagée mais encore à perfectionner

    L’obésité progresse toujours

    Malgré une politique structurée depuis 25 ans, les résultats français en matière de lutte contre l’obésité appellent à mieux cibler les populations les plus exposées et à renforcer la régulation de l’offre alimentaire. Depuis la fin des années 1990, la politique française de lutte contre l’obésité s’est construite par étapes, à l’initiative de coalitions d’experts en nutrition, de hauts fonctionnaires et de chercheurs, souvent organisés autour d’un programme d’action visant à instituer une “médecine de l’obésité”. Cette mobilisation repose sur trois piliers : un cadrage biomédical de l’obésité, une approche nutritionnelle fondée sur les preuves, et une action renforçant le rôle régulateur de l’État.

    Ciblage des populations à risque : un axe à renforcer

    L’étude compare les actions françaises aux politiques menées dans 30 pays européens à l’aide des frameworks du World Cancer Research Fund (NOURISHING et MOVING). Elle souligne que les stratégies européennes restent en moyenne “passables”, avec un score de 38,6/100 pour la lutte contre la surconsommation calorique et de 41,7/100 pour la sous-dépense énergétique. Les pays d’Europe de l’Ouest montrent des résultats plus encourageants, notamment sur la promotion de l’activité physique. La France figure parmi les pays dynamiques, mais le rapport identifie encore des lacunes, notamment en ce qui concerne l’adaptation des politiques aux déterminants sociaux (sexe, âge, classe sociale) et la régulation de l’offre alimentaire.

    Article 51 : des expérimentations prometteuses

    Dernier axe du rapport : les dispositifs expérimentaux mis en œuvre via l’article 51 de la LFSS 2018. Ces projets permettent de tester localement de nouveaux parcours de soins pour l’obésité, en dehors du droit commun mais dans une optique de généralisation. L’évaluation centralisée par la CNAM et le CSIS reste contraignante, mais ces initiatives offrent un levier pour orienter les politiques de santé publique en tenant compte des spécificités territoriales. Malgré des avancées et une structuration cohérente, la politique française gagnerait à mieux intégrer les normes sociales des groupes ciblés et à poursuivre l’effort d’articulation entre prévention comportementale et transformation de l’environnement alimentaire. Le rapport souligne l’intérêt d’approches multi-acteurs, contextualisées, et mieux alignées sur les réalités sociales des populations concernées.

    Par ailleurs, l’INSERM souligne que l’évaluation des programmes de prévention reste prématurée, leur mise en œuvre étant parfois encore récente.

    Le gouvernement prépare un plan global contre l’obésité pour septembre 2025

    Annoncé par le ministre délégué à la santé Yannick Neuder, le gouvernement français prévoit de lancer en septembre 2025 un « plan obésité » visant une prise en charge globale sur les volets éducatif, sanitaire, sportif et médicamenteux. Parmi les mesures envisagées figure l’élargissement de la prescription des médicaments antiobésité comme le Wegovy — non remboursé à ce jour — aux médecins généralistes. Ce traitement, produit à Chartres par Novo Nordisk, coûte actuellement entre 6 et 9 euros par jour pour les patients français.

    Si aucune mesure renforcée n’est engagée, l’obésité continuera de peser sur la mortalité précoce, le système de santé et l’économie, avec une progression soutenue des coûts et des complications à l’horizon 2030.

  • Obésité et parcours patient : la HAS recommande une prise en charge pluridisciplinaire et continue

    Un dépistage insuffisant

    Le parcours des patients atteints d’obésité est loin d’être linéaire. Derrière la logique en apparence structurée (dépistage, diagnostic, soins, chirurgie, réhabilitation), se cachent de nombreuses ruptures, inégalités d’accès et usages numériques inaboutis.

    Le dépistage de l’obésité (IMC, tour de taille, etc.) reste insuffisant. Comme le souligne la Haute Autorité de santé (HAS), ces mesures sont peu systématiques, et leur réalisation est encore moins fréquente dans certaines régions ou auprès des populations en situation de précarité, ce qui contribue à des pertes de chances. L’évaluation multidimensionnelle – somatique, psychologique, nutritionnelle, sociale – pourtant recommandée, est encore peu généralisée. Malgré les appels à une approche pluridisciplinaire, elle se heurte à un manque de structuration et de coordination entre professionnels de ville et hôpital. Le manque d’outils numériques partagés pour faciliter cette coordination reste un frein identifié. Du côté des solutions, des questionnaires numériques, la téléconsultation ou l’intégration dans le DMP existent, mais leur usage reste ponctuel. Le manque de formation des professionnels à ces outils limite leur diffusion en soins courants.

    Projet de soins personnalisé et préparation : des outils numériques sous-utilisés

    Après l’évaluation, la mise en place d’un projet de soins personnalisé est une étape clé, mais souvent insuffisamment structurée. En l’absence de coordination formelle ou de référents de parcours, le suivi repose sur des initiatives locales. L’éducation thérapeutique du patient (ETP), élément central de l’autonomisation, est peu développée en soins primaires et reste souvent concentrée dans les centres spécialisés. Des outils existent pourtant : plateformes e-ETP, vidéos pédagogiques, DTx (Digital Therapeutics), et applications de coaching santé (ex. Maela, Baribuddy). Ils permettent de structurer la préparation pré-chirurgicale et de renforcer l’adhésion au parcours. Mais leur déploiement reste très limité, notamment en dehors du cadre hospitalier.

    Pendant la chirurgie : une organisation plus solide

    L’étape chirurgicale apparaît comme la plus structurée du parcours. L’hospitalisation s’appuie sur des outils bien intégrés : plateformes de préadmission (Hoppen, Easily), logiciels de bloc opératoire, moniteurs connectés, et DPI (dossiers patients informatisés). Des dispositifs comme Maela assurent une transmission numérique des données dès l’intervention. Toutefois, cette phase reste souvent isolée du reste du parcours. La continuité avec l’amont (préparation) et l’aval (suivi post-opératoire) n’est pas toujours assurée.

    Réhabilitation et suivi post-opératoire : une couverture partielle

    Le suivi post-opératoire, indispensable pour assurer les bénéfices de la chirurgie, repose sur un éventail d’outils numériques : télésurveillance (Maela Follow), scoring automatique, messagerie patient-soignant, journal de bord, objets connectés, DTx comportementales, plateformes de coaching. Mais ces dispositifs sont inégalement accessibles. Les patients vivant loin des centres spécialisés ou en dehors de filières hospitalières peuvent être perdus de vue après l’intervention. L’accès à un suivi nutritionnel, psychologique ou biologique, notamment à long terme, est encore trop variable selon les territoires.

    En parallèle, la fracture numérique demeure un enjeu. L’usage croissant des outils connectés risque d’exclure certaines populations (personnes âgées, précaires, vivant en zones blanches), alors même que ces groupes sont particulièrement concernés par l’obésité sévère.

    Coordination et structuration : des expérimentations encore limitées

    Plusieurs expérimentations récentes, comme celles menées dans le cadre de l’Article 51 (ex. Baria-Up, GPSO), montrent que des plateformes de coordination numérique peuvent améliorer la fluidité du parcours. Mais elles restent ponctuelles, et leur généralisation se heurte à l’absence de référents de parcours ou de médiateurs de santé dans de nombreuses régions.

    Ce que recommande la HAS pour transformer le parcours obésité

    Face aux nombreux dysfonctionnements identifiés tout au long du parcours de soins, la Haute Autorité de Santé (HAS) trace une feuille de route claire. Publiée en 2024, sa nouvelle recommandation nationale de bonnes pratiques vise à structurer un parcours cohérent, équitable et durable.

    Repérage précoce et systématique, en soins de ville

    Tout professionnel de santé (médecin généraliste, gynécologue, infirmier, pharmacien, etc.) doit pouvoir dépister systématiquement un surpoids ou une obésité, quel que soit le motif de consultation. La HAS rappelle que ce repérage doit reposer sur des mesures régulières de l’IMC et du tour de taille, avec traçabilité dans “Mon espace santé”. Elle recommande aussi d’intégrer ce dépistage dans les bilans de prévention proposés aux âges clés (25, 45 et 65 ans), y compris dans les milieux scolaires, médico-sociaux ou en santé au travail.

    Évaluation multidimensionnelle et concertée

    Une évaluation complète de la situation est essentielle, incluant le vécu psychologique, les habitudes alimentaires, l’activité physique, le sommeil, la sphère sociale et professionnelle. Elle doit être pluriprofessionnelle (avec médecin, diététicien, psychologue, etc.) et aboutir à un projet de soins personnalisé. La HAS incite à formaliser cette concertation pour mieux orienter, éviter les ruptures, et graduer la complexité des situations (simple, complexe, très complexe).

    Accès structuré à l’éducation thérapeutique (ETP)

    L’ETP doit être systématiquement proposée dès que possible, avant toute option chirurgicale. Elle vise à renforcer l’autonomie des patients sur les leviers comportementaux (alimentation, activité physique, sommeil, etc.). La HAS recommande qu’elle soit accessible localement, et si besoin complétée par des outils numériques : e‑ETP, dispositifs connectés, programmes validés type DTx.

    Accompagnement des situations de vulnérabilité

    Le parcours doit prendre en compte les dimensions sociales, psychologiques, culturelles, en évitant tout risque de stigmatisation. La HAS propose des outils pour évaluer précocement les troubles alimentaires, les troubles psychiatriques associés, et les situations de précarité. Elle recommande le recours à des médiateurs de santé, psychologues, ou travailleurs sociaux quand nécessaire.

    Renforcement de la coordination ville – hôpital

    Pour éviter les discontinuités, la HAS encourage la mise en place de référents de parcours, d’équipes de proximité coordonnées, et d’outils numériques partagés (dossier médical numérique, plateformes collaboratives). Elle valorise les expérimentations en cours (type Article 51, CPTS) pour organiser une vraie filière de soins bariatriques et non-bariatriques à l’échelle des territoires.

    Valorisation de la prévention et des alternatives à la chirurgie

    Enfin, la HAS rappelle que la chirurgie n’est qu’un levier. Le parcours doit être gradué, et la préparation pré-opératoire longue et encadrée. L’enjeu est d’éviter une “solution unique” trop facilement mobilisée, au détriment d’une prise en charge durable centrée sur les changements de mode de vie.

     

    @ Health & Tech Intelligence

     

  • 13 solutions dont deux algorithmes d’IA pour la prise en charge de l’obésité

    Si à première vue l’obésité n’est pas la pathologie la plus propice à la digitalisation de sa prise en charge, il existe cependant des solutions numériques dédiée à cette maladie et ceci de plusieurs manières. H&TI a recensé 5 grandes familles de solutions numériques pour l’obésité : les thérapies digitales, les cliniques en lignes, les objets connectés, les algorithmes de diagnostic et les algorithmes d’aide à la décision médicale

    Les thérapies digitales dédiées à l’obésité et personnalisées

    Ils existent des thérapies digitales spécifiquement dédiées à la problématique de l’obésité, elles combinent des conseils de nutritions personnalisés, des exercices physiques adaptés et des exercices psychiques thérapeutiques. Parmi celle ayant fait démonstration de leur efficacité, il y a notamment Zanadio, prescriptible par un généraliste et avec une efficacité cliniquement démontrée de 7,75% de perte de poids après 12 mois, et Oviva qui génère une perte de poids moyenne de 5 à 7% avec un taux de rétention supérieur à 80%.

    Les plateformes dédiées au suivi par des professionnels

    Les cliniques digitales transforment la prise en charge médicale en proposant un parcours de soins entièrement numérisé et accessible à distance, exploitant les technologies de l’information pour délivrer des services de santé sans présence physique. Dans le domaine de l’obésité, des plateformes comme Annette et Charles.co offrent une approche pluridisciplinaire combinant téléconsultations avec des médecins spécialistes, accès aux traitements innovants, et suivi quotidien par des professionnels de santé via des applications dédiées. Ces solutions numériques permettent une flexibilité accrue pour les patients  un suivi régulier et personnalisé tout en réduisant les contraintes logistiques comme les déplacements et les temps d’attente.

    Les objets connectés

    Les objets connectés, comme FreeStyle Libre d’Abbott, Dexcom ou les dispositifs d’Epicore Biosystems, sont des appareils équipés de capteurs qui mesurent et transmettent en temps réel des données physiologiques (par exemple la glycémie, l’activité physique ou la composition corporelle) à une application mobile ou à un service web. Grâce à la connectivité (WiFi, Bluetooth, etc.), ces informations sont analysées, partagées avec le patient et, si besoin, avec les professionnels de santé, ce qui permet un suivi personnalisé, une meilleure compréhension des habitudes et une réactivité accrue en cas de besoin. Ces solutions sont surtout utilisées dans le cadre du traitement du diabète cependant certaines de leur caractéristique comme le suivi de la glycémie peuvent également aider à la prise en charge de l’obésité.

    L’algorithme d’IHU Ican

    L’IHU ICAN a développé une solution de diagnostique innovante pour l’obésité sarcopénique, une forme complexe d’obésité associant perte de masse et de fonction musculaires à un excès de graisse corporelle, ce qui accroît le risque de complications cardiométaboliques. Le diagnostic repose sur l’analyse fine de la composition corporelle, notamment par absorptiométrie à rayons X (DXA), et sur l’exploitation de ces données par l’intelligence artificielle. Grâce à des algorithmes d’apprentissage automatique, l’équipe a pu identifier des phénotypes spécifiques, distinguant les individus à risque selon leur sexe et leur profil corporel, dans une large cohorte de patients. Cette méthode permet de mieux repérer les patients atteints d’obésité sarcopénique, réduisant ainsi le sous-diagnostic et facilitant une prise en charge plus précoce et personnalisée

    La solution SOPHIA pour l’aide à la décision chirurgicale

    La solution SOPHIA est un projet européen innovant qui vise à transformer la prise en charge de l’obésité en permettant de mieux prédire les risques de complications et les réponses aux traitements pour chaque patient. Grâce à l’intelligence artificielle et à l’analyse de données issues de cohortes internationales, SOPHIA développe des outils d’aide à la décision qui aident les cliniciens à choisir la meilleure option thérapeutique, comme la chirurgie bariatrique ou d’autres interventions personnalisées. Le projet repose sur une base de données fédérée, sécurisée et harmonisée, qui intègre des informations provenant de milliers de patients afin d’identifier des biomarqueurs et des sous-types d’obésité. En facilitant la prédiction de la perte de poids à long terme et en rendant la prise en charge plus centrée sur le patient, SOPHIA contribue à optimiser la gestion clinique de l’obésité et à réduire l’incertitude pour les personnes concernée.

    Cartographie des solutions de santé numérique pour la prise en charge de l’obésité @HTI
  • Obésité : 8 cas d’usage identifiés pour transformer la prise en charge de l’obésité

    L’obésité touche aujourd’hui près d’un adulte sur cinq en France, soit environ 17 % de la population, et sa prévalence continue d’augmenter dans le monde, devenant un défi majeur de santé publique. L’intelligence artificielle (IA), déjà présente dans de nombreux domaines médicaux, ouvre de nouvelles perspectives dans la prévention, le diagnostic, le suivi et la personnalisation des soins.

    Cas d’usage dans les établissements de santé :

    Deux cas d’usage sur les huit identifiés concernent directement les établissements de santé. Ils se situent principalement dans les axes de l’innovation médicale dans la chirurgie et l’imagerie.

    Au sein de l’innovation médicale, deux cas d’usage explorent les perspectives de l’IA pour transformer la médecine de l’obésité à un niveau plus structurel. L’IA pourrait estimer l’évolution de la composition corporelle à partir de la mesure précises de ce dernier à partie de l’analyse d’imagerie médicale (IRM, TDM, DEXA). FollowSurg et Pieces Connect sont 2 solutions conçue visent à suivre le patient après chirurgie bariatrique en analysant en temps réel les de données physiologiques et comportementales en temps réel pour fournir les recommandations pour ajuster les soins.

    Cas d’usage IA centrées patients et aidants :

    C’est dans le champ des outils orientés vers les patients que l’IA se révèle aujourd’hui la plus dynamique. Six cas d’usage ont été identifiés dans cette catégorie, couvrant la prévention, l’accompagnement, le diagnostic et la personnalisation des traitements.

    • IA au service de prévention et information :

    L’IA aujourd’hui contribue à la télésurveillance des patients, à l’identification des variables clés influençant l’obésité, ainsi qu’à la détection des risques d’addiction alimentaire.

    Après avoir répondu à un questionnaire comportant des centaines de questions, les réponses du patient sont analysées par l’IA pour identifier un risque d’addiction alimentaire. Cette approche utilise des algorithmes capables de croiser des centaines de réponses et d’attribuer un score de risque, aboutissant à une classification du patient selon sa vulnérabilité comportementale.

    Un autre cas d’usage d’IA pour la prévention mais cette fois pour les facteurs les plus influentes dans la prise de poids. Le recours à un algorithme XGBoost et SHAP permet aux professionnels de santé de comprendre quelles habitudes ou conditions de vie influencent leurs prisent de poids, et facilitant ainsi des interventions personnalisées.

    • SUIVI – Améliorer la prise en charge sur le long terme :

    Le suivi des patients après chirurgie n’est pas réservé aux hôpitaux, notamment après une chirurgie bariatrique, est un des points critiques de la lutte contre l’obésité. Grâce à des plateformes numériques intégrant l’IA, un suivi à distance est désormais possible pour prédire la perte de poids à long terme. L’université de Lille a développé la plateforme SOPHIA WEIGHT TRAJECTORY PREDICTOR, un outil intelligent permettant de modéliser la trajectoire de perte de poids sur cinq ans après la chirurgie. Les médecins peuvent proposer une prise en charge personnalisée en fonction des caractéristiques de chaque patient, et ajuster les attentes en matière de perte de poids en fonction des prédictions du modèle.

    Un autre cas d’usage propose un outil d’accompagnement sous forme de chatbot. Basé sur un assistant numérique intelligent, il offre des conseils adaptés et un suivi personnalisé tout au long du parcours du patient.

    • Diagnostic et traitement :

    Dans l’axe du diagnostic, un cas d’usage particulièrement avancé concerne la détection de l’obésité sarcopénique.  Cette forme d’obésité est caractérisée par une perte musculaire associée à une surcharge pondérale. L’algorithmes d’IA analyse ici les données issues des examens de composition corporelle (DXA) pour identifier les patients à risque.

    Dans le dernier axe de traitement, l’IA intervient également dans l’accompagnement thérapeutique, avec un objectif clair : faciliter la prise en charge de l’obésité.

    Certaines solutions numériques Oviva, Gro Health, LIFENESS.io, Zanadio exploitent des algorithmes pour proposer aux patients des recommandations personnalisées, un coaching motivationnel et des rappels adaptés à leur rythme de vie.

    Cartographies cas d’usages IA & obésité
  • Numérique & obésité : que reste-t-il des ambitions du rapport Laville ?

    8 recommandations sur 40 concernant le numérique

    En avril 2023, le rapport du professeur Martine Laville sur la lutte contre l’obésité en France jetait un pavé dans la mare. Ce document, commandé dans un contexte de fin de feuille de route nationale et de stagnation des politiques publiques, proposait 40 recommandations pour enrayer une pathologie chronique touchant 17 % des adultes français. Parmi ces recommandations, huit, dont certaines sont passées inaperçues, misaient sur le numérique en santé comme levier majeur pour mieux prévenir, suivre et traiter l’obésité. Deux ans plus tard, où en est-on vraiment ?

    Un virage amorcé pour la numérisation des données anthropométriques

    Le rapport Laville appelait à numériser systématiquement les données de poids et taille recueillies lors des examens de santé périodiques chez l’enfant, dans les centres de protection maternelle et infantile (PMI) ou via la médecine scolaire (recommandations 5, 6 et 9). Objectif : disposer d’une vision épidémiologique fine et actualisée.

    Deux ans plus tard, cette ambition connaît des avancées, mais reste loin d’être réalisée. Le projet de carnet de santé numérique de l’enfant, intégré à “Mon Espace Santé”, constitue l’axe central de cette transformation. Officiellement inscrit dans les priorités du ministère, ce carnet permettra de centraliser toutes les données de santé de l’enfant, y compris les mesures de croissance, et de les rendre accessibles aux professionnels comme aux familles. Sa mise en œuvre est annoncée pour fin 2026, avec un déploiement progressif déjà amorcé dans certains territoires pilotes.

    Toujours aucune obligation formelle de saisie par les professionnels :

    Parallèlement, les réformes du calendrier de suivi pédiatrique vont dans le bon sens : un 21e examen obligatoire a été ajouté à 6 ans, et l’ensemble des visites médicales intègrent désormais le repérage systématique du surpoids ou de l’obésité. Les certificats de santé transmis à la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) sont censés alimenter un système de suivi statistique. Toutefois, le taux de remontée reste très insuffisant, un problème connu de longue date, et aucune mesure réglementaire contraignante n’impose encore la saisie des données de poids et taille dans les outils numériques des professionnels de santé.

    En pratique, les données anthropométriques peuvent être enregistrées dans “Mon Espace Santé, mais cela repose entièrement sur la volonté des médecins ou des parents. Les outils sont là, les référentiels aussi, mais l’absence d’obligation et de circuit automatique nuit à la complétude et à l’exploitation de ces données à l’échelle nationale.

    Enfin, du côté des collectivités, certaines initiatives locales émergent : des départements expérimentent des systèmes de recueil informatisé dans les PMI ou les établissements scolaires, en lien avec les réseaux de prévention et de la prise en charge de l’obésité pédiatrique (RéPPOP) et les centres spécialisés de l’obésité (CSO). Mais ces expériences restent isolées, non harmonisées, et peu interopérables. Le rapport Laville proposait la création d’un système national structuré et anonymisé de suivi de l’obésité infantile. Pour l’instant, la France en est encore au stade des fondations.

    Des parcours coordonnés… mais encore trop peu numérisés

    La recommandation 18 du rapport portait une ambition claire : structurer des parcours de soins coordonnés, financés au forfait, intégrant les différents professionnels de santé impliqués dans la prise en charge de l’obésité, médecins, diététiciens, psychologues, éducateurs en activité physique adaptée (APA), etc… Ce modèle devait s’appuyer sur une coordination numérique fluide, permettant un suivi structuré, partagé et de proximité. Une approche fondée à la fois sur l’interdisciplinarité médicale et sur les outils du numérique en santé pour rompre avec la fragmentation habituelle des parcours.

    Depuis, le modèle de parcours a progressé, mais la brique numérique reste fragile, inégale, et non généralisée. Sur le versant pédiatrique, le programme “Mission : retrouve ton cap” (MRTC), aujourd’hui généralisé à l’échelle nationale, a permis de tester quelques interfaces numériques locales (outils de suivi de bilans, portails d’inscription, téléconsultation). Toutefois, aucune plateforme nationale de coordination n’a été imposée ou développée à ce jour. L’échange d’information entre les professionnels reste souvent manuel (par e-mail sécurisé ou téléphone), sans DMP enrichi, ni interopérabilité avec Mon espace santé.

    Du côté des adultes, les expérimentations Article 51 comme GPS’Obésité ont démontré la faisabilité de parcours coordonnés sur 12 à 24 mois. Ces dispositifs ont mobilisé des solutions numériques spécifiques (comme Terr-eSanté), utilisées pour le partage de comptes rendus, la planification de séances, et l’évaluation des indicateurs. Mais ces outils sont issus de choix régionaux ou locaux, et ne communiquent pas entre eux, ni avec les référentiels nationaux. On observe ainsi une dispersion technologique, sans socle interopérable ni pilotage centralisé.

    Un manque d’interopérabilité constaté :

    En 2024, les ARS ont reçu instruction de déployer ces parcours à plus grande échelle. Le financement des forfaits coordination prévoit bien la prise en charge d’outils numériques – mais sans cadre de référence national. Résultat : chaque porteur de projet est livré à lui-même pour choisir ou développer une solution, sans garantie de compatibilité avec les systèmes en place (DMP, MSSanté, INS…). Le risque de fragmentation numérique est donc élevé, y compris au sein d’une même région. Certaines CPTS, à l’instar de celles de Bourgogne-Franche-Comté ou d’Occitanie, ont néanmoins initié des expérimentations connectées avec les outils régionaux (Pulsy Pro, ORU PACA…), et parfois même intégré un accès patient via des portails sécurisés. Mais ces initiatives restent isolées, dépendantes de la maturité numérique des acteurs locaux, et sans mutualisation nationale.

    En somme, la coordination numérique reste le talon d’Achille de la structuration des parcours. Sans référentiel unique, sans obligation d’usage, sans solution interopérable intégrée à Mon espace santé, les parcours coordonnés d’obésité risquent d’échouer à franchir le cap de l’efficience. Le rapport Laville avait identifié le besoin d’un écosystème numérique commun : il n’existe toujours pas à ce jour.

    Plusieurs initiatives qui digitalisent l’éducation thérapeutique du patient

    Le rapport Laville appelait aussi à développer des solutions digitales d’éducation thérapeutique du patient (ETP) (recommandation 19). Si aucune plateforme publique nationale n’a vu le jour, plusieurs initiatives portées par des réseaux ou des associations ont émergé. La plus notable est “FabrikTaSanté”, une plateforme en ligne d’ateliers d’ETP née en Centre-Val de Loire, aujourd’hui utilisée au niveau national. En parallèle, certains CSO et CPTS proposent des ateliers à distance pour le suivi post-chirurgie ou la gestion du poids. Reste à structurer et valider scientifiquement ces contenus, et à étendre leur accessibilité.

    Une formation des professionnels qui se digitalise aussi

    Concernant les recommandations 27 et 29 sur la formation en ligne des professionnels et patients experts, le terrain a pris les devants. La plateforme Banco, créée fin 2022 pour les professionnels de l’obésité pédiatrique, propose un webzine, des podcasts et du e-learning. D’autres plateformes émergent pour l’obésité adulte, mais l’écosystème reste morcelé. Des formations DPC en ligne existent, tout comme des webinaires portés par les CSO. Une harmonisation des contenus et une validation par les autorités sanitaires seraient bienvenues pour garantir une montée en compétences cohérente.

    Un objectif encore lointain d’ouverture aux données pour la recherche

    Parmi les leviers numériques identifiés par le rapport Laville pour renforcer la lutte contre l’obésité, la recommandation 33 insistait sur un enjeu souvent négligé : l’ouverture contrôlée mais effective des données issues des grandes cohortes de recherche. L’objectif était clair : permettre à la communauté scientifique d’exploiter pleinement ces données massives pour mieux comprendre les trajectoires de surpoids, identifier des facteurs de risques combinés, affiner les modèles prédictifs… et, in fine, soutenir des politiques publiques ciblées. Ce type d’ambition repose intrinsèquement sur une infrastructure numérique robuste, interopérable et sécurisée, capable d’agréger, d’anonymiser, de tracer et de partager des données sensibles dans un cadre légal strict.

    Sur ce point, les avancées sont réelles mais encore très partielles. Certaines bases de données de référence comme Constances (Inserm & la Caisse nationale de l’assurance maladie) ou NutriNet-Santé (Inserm & Sorbonne Paris Nord) ont ouvert – ou commencent à ouvrir – des sous-ensembles de données via des portails dédiés ou des procédures d’accès sur projet. De même, la centralisation progressive de ces bases dans le Health data hub (HDH) constitue une étape majeure vers une mutualisation sécurisée. La plateforme du HDH, pierre angulaire du numérique en santé en France, a pour mission de fournir aux chercheurs un accès facilité à des données de santé pseudonymisées à grande échelle, tout en garantissant la conformité RGPD et la souveraineté des traitements.

    Un accès en réalité limité :

    Mais dans les faits, l’accès aux données reste limité à quelques équipes structurées, habituées aux procédures complexes d’agrément, d’instruction éthique et de montage de projets. Les cohortes sont souvent hébergées sur des silos techniques, avec des formats hétérogènes, des standards différents et des modalités d’accès peu harmonisées. Le rapport Laville appelait explicitement à une mise en cohérence des formats, à une gouvernance partagée, et à la création d’un portail d’accès national unifié, ce qui n’est toujours pas en place à l’échelle opérationnelle.

    Autrement dit, la vision d’un espace numérique de recherche sur l’obésité, reposant sur des données ouvertes, bien décrites, harmonisées, sécurisées et facilement exploitables, n’a pas encore vu le jour. Il manque un cadrage stratégique spécifique à cette pathologie, un guichet unique pour accéder aux données des cohortes pertinentes, et des ressources pour accompagner les chercheurs (notamment ceux issus des CSO, CHU ou associations de patients) dans la structuration de leurs projets.

    Sans cette colonne vertébrale numérique, les données pourtant déjà disponibles resteront inexploitables à grande échelle. Le potentiel du numérique en santé, ici, ne dépend pas d’une technologie à inventer, mais d’une volonté politique et organisationnelle à coordonner ce qui existe déjà.