Dix mois après le lancement de « deuxiemeavis.fr », sa directrice, Pauline d’Orgeval, dresse pour H&TI un premier bilan de cette plateforme de consultation à distance.
Un an après le feu vert donné par la CNIL et au bout de 10 mois de fonctionnement de votre plateforme de téléconsultation « deuxiemeavis.fr », estimez-vous avoir atteint vos objectifs ?
Notre service est utile! Au bout de 10 mois, nous constatons un usage encore limité mais nous recevons des témoignages de patients qui sont poignants. Nous participons à la réduction des inégalités d’accès à l’expertise qui entraînent une vraie perte de chances pour les patients. L’évaluation qu’ils font de notre service montre un taux de recommandation de 100%.
Comment est née l’idée de cette plateforme ?
A l’origine, une histoire personnelle : j’avais besoin d’un deuxième avis en vue de l’opération de scoliose de notre fils qui a un handicap et pour lequel toute consultation physique était très compliquée: j’ai alors imaginé qu’une étude de son dossier médical plutôt qu’une énième consultation physique pouvait grandement nous faciliter la vie. Et le praticien avec lequel j’ai été en relation m’a répondu : « Je ne prendrai jamais en charge votre fils sans le voir, mais je peux très sérieusement vous donner un avis sur la base de son dossier médical».
Et puis nous nous sommes rendus compte qu’un avis médical à distance, cela se fait déjà ! C’est une pratique très courante des patients, mais aussi des médecins entre eux.
Elle méritait toutefois d’être mieux organisée à l’heure du numérique.
Quel a été le montant de l’investissement pour démarrer « deuxièmeavis » ?
250 000 euros, une somme qui a été réunie par des emprunts personnels et des aides de la BPI et de l’incubateur Paris Biotech Santé. Nous avons complété ce financement en juin 2016 avec une levée de fonds d’1M€ auprès d’un fonds à impact social.
Quelle technologie avez-vous mise en œuvre ?
Une technologie au départ assez simple, celle d’une plateforme de mise en relation. Mais le travail a été plus complexe en raison de la nécessité de sécuriser l’ensemble des données et de télécharger des examens médicaux très lourds comme les IRM ou les scanners. Nous avons fait appel sur ce point à une équipe spécialisée.
La sécurité de votre plateforme est-elle garantie ?
Avec l’autorisation de la CNIL et le respect du cahier des charges de l’ASIP Santé, nous pouvons affirmer que notre plateforme est très sûre, tant du point de vue de la collecte des données que de leur exploitation et de leur stockage. Nous travaillons avec un hébergeur de données de santé agréé, comme l’exige la loi. Les données sont donc stockées en France et ne sont aucunement communiquées à des tiers.
« Deuxièmeavis », c’est combien de personnes ?
Nous sommes une équipe de 7 personnes. Auxquelles s’ajoutent bien sûr les 88 médecins qui sont aujourd’hui nos partenaires.
Avez-vous rencontré des difficultés pour faire adhérer des praticiens à l’idée de cette médecine « à distance » ?
Le recrutement des professionnels de santé, nous pensions que ce serait le plus gros chantier. En réalité, nous avons même été contactés spontanément par certains des plus grands spécialistes. En fait ils sont déjà hyper sollicités par leurs confrères ou par certains patients mais n’ont pas à leur disposition les dossiers médicaux complets et les résultats d’examens pour apporter la bonne réponse. C’est donc une pratique là-encore courante mais qui méritait d’être structurée et quantifiée. Et le fait qu’ils puissent être rémunérés pour cette activité est un plus.
En fait, de nombreux médecins sont déjà convaincus et perçoivent bien l’utilité de ce service en voyant arriver dans leurs consultations des patients à bout de souffle !
Vous travaillez avec des médecins de ville ou des hospitaliers ?
Les médecins qui nous accompagnent exercent pour 50% à l’hôpital et pour 50% en ville. Et on retrouve cette même répartition 50/50 quant à leur localisation, Paris ou province.
Comment, sur quels critères, les avez-vous sélectionnés ?
Nous avons posé des critères très précis pour les médecins avec lesquels nous travaillons : ils doivent être d’un certain niveau académique, avoir une activité clinique et de recherche dédiée à la pathologie et exercer dans un établissement reconnu. Par ailleurs, leur dossier doit être validé par notre conseil scientifique qui est une véritable réassurance pour les médecins avec lesquels nous travaillons.
Combien sont-ils rémunérés ?
La rémunération des médecins est de 120€ en moyenne par dossier, ce qui correspond à la moyenne du coût d’une consultation privée à l’hôpital.
Qui consulte « deuxièmeavis » ?
Au bout de 10 mois, sur un échantillon qui est encore trop juste pour être significatif, nous pouvons quand même dégager des enseignements clairs: la cancérologie représente 40% des consultations, l’orthopédie 37%, surtout sur la pertinence d’une intervention chirurgicale. La cardiologie, la neurologie (aujourd’hui, nous ne proposons des avis que sur l’épilepsie mais la demande est très forte pour d’autres pathologies), et la fertilité sont les autres domaines sur lesquels les patients nous consultent fréquemment.
Le prix du « deuxièmeavis », 295€, n’est-il pas un obstacle pour beaucoup ?
Nous organisons la prise en charge du deuxième avis sur notre plateforme par un tiers, complémentaires santé ou branches professionnelles. En conséquence, les patients n’ont pas à payer et n’ont pas à avancer de frais.
Notre service concerne des gens de toutes catégories sociales, notamment en dehors des catégories les plus aisées.
Cela concerne donc bien des personnes qui n’auraient pas eu accès à ce niveau d’expertise et dans les délais que notre service permet.
Les patients qui font appel à notre service se répartissent pour 20% à l’étranger et 80% en France. Sur ces 80%, nous comptons 77% de patients qui résident en province, et pas dans les grandes agglomérations. Nous recensons également plus de 50% de patients exerçant comme ouvriers, employés ou dans les professions intermédiaires, 35% de retraités et seulement 19% de CSP+.
Comment fonctionne votre plateforme ?
C’est très simple, il faut aller sur le site, ouvrir un compte et indiquer sa maladie. Pour chaque maladie nous proposons une liste de médecins qui peuvent répondre avec des informations les concernant, comme leurs lieux de consultation, les délais d’attente pour un rendez-vous physique, etc…
Pour ceux qui souhaitent un deuxième avis sur notre site, un questionnaire personnalisé doit être rempli qui recueille les questions qu’ils se posent, l’histoire de leur maladie, leurs antécédents médicaux et chirurgicaux, l’autorisation pour un contact du médecin qui rendra le deuxième avis avec leur médecin traitant et leur préférence éventuelle pour un traitement. Pour permettre l’accessibilité de notre service au plus grand nombre, ce questionnaire peut aussi être renseigné par téléphone. Les examens médicaux demandés pour leur maladie doivent être téléchargés ou envoyés par courrier pour que l’on s’en occupe
Ensuite, les patients font le choix du médecin parmi ceux proposés, sinon nous leur affectons le 1er praticien disponible et expert dans leur maladie.
Lorsque le dossier a été affecté, le médecin a 7 jours pour répondre sous forme de compte rendu écrit. Ce compte rendu écrit, c’est une vraie force, un outil de dialogue entre le patient et son médecin. D’ailleurs beaucoup de patients disent : « On a l’impression d’être écoutés, d’une relation humanisée ».
Quels sont les rapports entre les praticiens avec lesquels vous travaillez et les médecins traitants de vos patients ?
Il faut savoir qu’une grande majorité des patients ont fait la démarche sur notre site en informant leur médecin traitant.
La recherche du deuxième avis est aujourd’hui déjà très fréquente en cas de maladie grave et est souvent proposée par les médecins eux-mêmes !
Quels sont les développements à venir que vous imaginez à partir de la plateforme « deuxièmeavis » ?
Nous réfléchissons à de nouveaux services, toujours dans le cas de maladies graves ou complexes car nous avons acquis une réelle expertise dans ce domaine avec deuxièmeavis.fr.
Notamment nous travaillons à l’adaptation de notre service pour des structures médico-sociales car nous avons des demandes de leur part pour aider leurs professionnels de santé à accéder à l’expertise médicale sans systématiquement déplacer les patients résidents.
Nous sommes convaincus que la télémédecine est une vraie solution pour les patients âgés ou en situation de handicap.