Les pratiques d’évaluation sont hétérogènes en Europe.
Trois pays remboursent aujourd’hui les DMD : Belgique, Allemagne, France.
EvalEUDMD propose une classification et une matrice de preuves communes.
Seuls les dispositifs marqués CE sont concernés.
La matrice de preuves couvre 13 domaines d’évaluation.
Intégration prévue dans les projets européens EDiHTA et ASSESS DHT.
Alors que seulement trois pays européens remboursent aujourd’hui les dispositifs médicaux numériques (DMD), un cadre méthodologique commun, associant une classification standardisée et une matrice de preuves, vient d’être proposé pour uniformiser leur évaluation. Ce travail, porté par la taskforce européenne EvalEUDMD, associe 20 représentants nationaux, des experts de l’accès au marché et des développeurs privés et académiques.
Le cadre méthodologique publié comporte deux volets principaux :
Une grille de classification européenne des DMD, tenant compte de leur finalité, de leur niveau de risque et de leur mode d’utilisation.
Une matrice de preuves, précisant les types et niveaux de preuves attendus concernant la sécurité, les performances techniques et l’efficacité clinique de chaque catégorie de dispositif.
Un troisième outil, encore en développement, portera sur les critères d’évaluation socio-économiques pour faciliter l’intégration des DMD dans les systèmes nationaux.
DMD : performance, sécurité, interopérabilité… la matrice européenne clarifie les exigences d’évaluation
Face à des évaluations encore variables des dispositifs médicaux numériques (DMD) entre les États membres de l’Union européenne (UE), le groupe de travail EvalEUDMD a élaboré un outil commun : le CEUGrid-DMD. Ce cadre vise à classifier les DMD de manière homogène et à structurer les exigences en matière d’évidences cliniques et organisationnelles. Le CEUGrid-DMD définit cinq grandes catégories de DMD : Informer, diagnostiquer, gérer, surveiller, traiter.
Ces catégories tiennent compte de la fonction principale du dispositif, du bénéficiaire ciblé (patient ou professionnel de santé) et du contexte d’utilisation (autonome ou intégré à un parcours de soins). Les critères de sélection restreignent la grille aux dispositifs marqués CE, à finalité médicale et reposant sur une technologie numérique.
La grille s’accompagne d’une “Evidence Matrix“. Elle formalise les domaines à documenter lors des évaluations : performance, sécurité, efficacité, interopérabilité, protection des données, aspects économiques, organisationnels, sociaux et éthiques. Elle intègre aussi des critères spécifiques aux DMD intégrant des algorithmes d’intelligence artificielle.
Boers M, Rochereau A, Stuwe L, San Miguel L, Klucken J, Mezei F, et al. Classification grid and evidence matrix for evaluating digital medical devices under the European Union landscape. NPJ Digit Med. 2025;8(304). Available from: https://www.nature.com/articles/s41746-025-01697-w
Belgique, France, Allemagne : les premiers à rembourser les dispositifs médicaux numériques
Le sondage réalisé auprès de 32 organismes d’évaluation des technologies de santé (HTA) dans 18 pays européens montre que seuls la Belgique, l’Allemagne et la France remboursent aujourd’hui certains DMD. Les exigences en matière d’évidence clinique varient : si l’acceptation des données issues d’autres pays européens est majoritaire, plusieurs agences préfèrent des données nationales ou exigent des essais contrôlés randomisés. La grille et la matrice ont été intégrées aux projets européens EDiHTA et ASSESS DHT, qui visent à structurer l’évaluation des technologies de santé numériques. Leur utilisation pourrait faciliter la mutualisation des évaluations au titre de la nouvelle règlementation HTA européenne (HTAR), applicable depuis janvier 2025.
En facilitant la convergence des méthodes d’évaluation, le CEUGrid-DMD et l’Evidence Matrix offrent aux développeurs de DMD une meilleure visibilité sur les attentes des évaluateurs. L’objectif est de faciliter les procédures de remboursement et de favoriser une intégration homogène des innovations numériques au sein des systèmes de santé européens.
Boers M, Rochereau A, Stuwe L, San Miguel L, Klucken J, Mezei F, et al. Classification grid and evidence matrix for evaluating digital medical devices under the European Union landscape. NPJ Digit Med. 2025;8(304). Available from: https://www.nature.com/articles/s41746-025-01697-w
Selon la dernière étude publiée par EY, le capital-risque en France enregistre un repli sur les six premiers mois de 2025. Au total, 314 start-up ont levé 2,8 milliards d’euros, en baisse de 35 % en valeur et de 24 % en volume par rapport à la même période en 2024. Un niveau inédit depuis 2019. La baisse touche désormais tous les segments, y compris les tours de table inférieurs à 10 millions d’euros, qui restaient jusqu’à présent épargnés par le ralentissement.
Top 5 des plus grosses opérations (Nabla en 5ème position)
Le classement des levées de fonds met en tête Knave et Alice&Bob avec 100 millions d’euros chacun, suivis par Pennylane (75 M€), Wandercraft (66 M€) et Nabla (61 M€).
IA générative : moteur des 891 M€ levés en France
Le secteur des logiciels domine toujours, avec 891 millions d’euros levés. Si cette performance reste fragile avec une baisse de 39 % des montants investis, le volume des opérations est en hausse (+57 %), représentant 38 % du total tous secteurs confondus. Cette dynamique s’explique par la multiplication des projets liés à l’intelligence artificielle générative et agentique. Les Greentech occupent la deuxième place avec 515 millions d’euros levés (-54 % en valeur, volume stable). Les Fintech ferment le podium avec 487 millions d’euros, en hausse de 53 % en valeur malgré une baisse de 23 % en volume.
L’Île-de-France concentre les investissements (74%), la France dépassée en Europe, le UK en tête
Dans un contexte de raréfaction des financements, l’Île-de-France concentre désormais 74 % des montants levés. L’Occitanie (7 %) et l’Auvergne-Rhône-Alpes (4,8 %) complètent le trio de tête. Sur le plan européen, la France recule. Avec 2,8 milliards d’euros levés, elle perd sa place de leader au profit de l’Allemagne, qui enregistre 3,6 milliards d’euros malgré une légère baisse de 2 %. Le dynamisme du Growth Equity allemand (+17 % en valeur) explique en partie cet écart, alors que les opérations supérieures à 100 millions d’euros chutent de 87 % en France. Le Royaume-Uni reste largement en tête avec 7,4 milliards d’euros levés, malgré un recul de 12 % en valeur et de 36 % en volume.
Dans un climat économique incertain, la contraction du capital-risque en France pourrait se prolonger. Certains secteurs comme les logiciels ou les technologies basées sur l’IA conservent un pouvoir d’attraction qui pourrait favoriser un rebond.
22 solutions numériques concentrées sur la santé maternelle et infantile.
36 milliards FCFA mobilisés pour le déploiement du numérique en santé d’ici 2025.
Plus de 50 projets non interopérables recensés dans le pays.
Interconnexion des structures sanitaires et généralisation du dossier patient prévues.
La Banque africaine évoque fragmentation, absence de coordination et cadre juridique incomplet.
Formation et montée en compétences du personnel de santé comme priorité nationale.
36 milliards FCFA pour déployer télémédecine et CMU numérique d’ici 2025
Le Sénégal s’est doté en 2018 d’un Plan Stratégique Santé Digitale (PSSD) qui vise à intégrer les technologies de l’information et de la communication dans l’organisation et la délivrance des soins. Cette stratégie, pilotée par le ministère de la Santé et de l’Action sociale (MSAS), s’inscrit dans le cadre du Plan Sénégal Numérique 2025 et du Plan Sénégal Émergent. Doté d’un budget estimé à 36 milliards FCFA, le PSSD vise quatre objectifs prioritaires :
Déployer télémédecine et de la m-santé (mobile).
Numériser la couverture maladie universelle (CMU).
Renforcer les compétences des professionnels.
Améliorer la gouvernance sanitaire grâce aux données.
50 initiatives non interopérables : Le Sénégal vise l’interconnexion des structures et la généralisation du dossier patient
Le PSSD prévoit l’interconnexion de toutes les structures sanitaires au réseau fibre national, la généralisation des dossiers patients informatisés et le recours au cloud pour la sécurisation des données médicales. Ce déploiement doit s’appuyer sur les opérateurs télécoms et l’Agence de l’Informatique de l’État (ADIE). La question du coût des services numériques, toujours élevé, reste un obstacle à l’universalisation de l’accès aux soins par le numérique.
Le Sénégal a identifié le manque de coordination et l’absence de normes communes comme freins : plus de 50 initiatives e-santé non interopérables sont recensées dans le pays. Le PSSD propose la création d’un Comité de pilotage interministériel présidé alternativement par les ministères de la Santé et de l’Économie numérique, et la mise en place d’un Comité technique mixte experts santé/numérique. La Cellule de la Carte sanitaire et sociale, de la santé digitale et de l’observatoire de la santé (CSSDOS) assure la coordination opérationnelle.
Encadrement des données de santé et montée en compétences : deux chantiers du PSSD
Le cadre juridique sénégalais sur la protection des données personnelles, déjà existant, doit être renforcé pour couvrir spécifiquement les actes médicaux à distance, la gestion des dossiers patients et l’usage des dispositifs médicaux connectés. Un groupe thématique, adossé à la CSSDOS, est chargé de cette évaluation et de l’élaboration des textes nécessaires.
La pénurie de professionnels de santé particulièrement en milieu rural représente un frein. Le PSSD prévoit un plan de développement des compétences TIC pour les professionnels, l’intégration d’experts en gestion des données et en infrastructures numériques dans les établissements de santé, ainsi que la formation continue via l’e-learning. L’objectif est aussi de favoriser l’adhésion des personnels à l’évolution numérique des pratiques.
Les députés formés en vue d’une loi-cadre sur la santé numérique et la télémédecine
Du 22 au 24 avril, un atelier parlementaire soutenu par ENDA Santé et l’Agence Sen-CSU a réuni les députés pour préparer l’adoption d’une loi-cadre encadrant la santé numérique. Inspiré de la proposition internationale Transform Health, le texte vise à réglementer gouvernance des données, télémédecine et protection des données médicales. Portée par la coalition Transform Health Sénégal, cette initiative s’inscrivait dans le Plan stratégique santé digitale du pays, prévoyant d’intégrer les technologies numériques aux pratiques médicales, de normaliser les outils et de réduire les inégalités d’accès aux soins. Le Dr Papa Djibril Ndoye (ENDA Santé) avait rappelé la nécessité d’un cadre juridique, conforme aux standards internationaux. L’atelier visait à outiller les parlementaires pour structurer un développement numérique sécurisé et accessible à tous.
Le Sénégal priorise télésanté, m-santé et digitalisation de la CMU
Le Sénégal vise la cartographie et l’évaluation des initiatives existantes pour assurer leur intégration dans une stratégie unifiée. La priorité est donnée à la télésanté, au mobile santé (m-santé), à la digitalisation de la CMU et au développement de plateformes partagées pour le suivi des patients, la gestion administrative et la collecte des données sanitaires. L’éclatement des projets, les carences en infrastructures, le coût élevé des services numériques et le manque de ressources humaines spécialisées compromettent une mise en œuvre rapide et homogène. La réussite du PSSD dépendra de la capacité des acteurs institutionnels et privés à coordonner leurs efforts.
Des expérimentations encourageantes
Si le Sénégal parie sur le numérique pour élargir l’accès aux soins, une étude de la Banque africaine de développement souligne que seules des réformes systémiques permettront une réelle avancée vers la couverture santé universelle (CSU).
Face à des systèmes de santé sous-financés et inégalement accessibles, le numérique suscite des attentes en Afrique. Au Sénégal, les initiatives de santé mobile, télémédecine ou dématérialisation des paiements se multiplient, à l’image de la plateforme SUNUCMU ou du programme Cellal e Kisal dans le sud du pays. La santé mobile permet de contourner certaines limites d’infrastructures, de pallier la pénurie de personnels et d’améliorer la remontée des données. Toutefois, ces projets restent souvent à l’échelle pilote et peinent à être étendus à l’échelle nationale. L’indice CSU moyen en Afrique reste faible (48/100), bien en deçà de la moyenne mondiale (66/100). Le Sénégal, malgré une dynamique portée par son Plan Sénégal Émergent (PSE), reste confronté aux mêmes enjeux : dépenses de santé limitées (10 % du budget public), inégalités d’accès aux infrastructures et disparités territoriales. La croissance rapide du taux de couverture 3G (79 % en 2019 en Afrique subsaharienne) et l’explosion de la téléphonie mobile ouvrent des perspectives favorables.
22 solutions de santé numérique identifiées mais peu intégrées au système national, selon Dimagi
Dans son rapport intitulé ; Analyse du paysage numérique des technologies de la santé au Sénégal, Dimagi (entreprise sociale américaine spécialisée dans le développement de solutions technologiques pour la santé publique et le développement international) recense 22 solutions dans le domaine de la santé numérique au Sénégal, principalement concentrées ;
Sur la santé maternelle.
Infantile.
Reproductive.
Et les maladies chroniques.
Ces solutions, soutenues majoritairement par des ONG et des partenaires de développement, ont démontré une efficacité ponctuelle en améliorant le suivi médical et l’accès aux soins, notamment dans les zones rurales. Cependant leur mise en œuvre en silos, sans harmonisation ni cadre réglementaire, limite leur interopérabilité et leur intégration au système national de santé.
L’analyse met en évidence une offre insuffisante d’outils numériques dédiés à la gestion des maladies chroniques, tropicales négligées et à la nutrition. L’absence de registre national pour ces pathologies, notamment pour les maladies tropicales négligées, entrave la collecte et l’analyse des données nécessaires à l’élaboration de stratégies sanitaires.Le déploiement de solutions de télémédecine reste limité. Les applications recensées concernent principalement la formation des professionnels via des plateformes e-learning, alors que l’offre clinique reste embryonnaire.
Recommandations : mutualisation et extension des solutions
Le rapport recommande l’adaptation et la montée en charge de deux solutions locales :
E-Kessal Cellal (ONG AMREF), qui couvre le dossier patient, diagnostic, télémédecine et formation.
Saving Live at Birth (Aar Leen) (ONG Africare), qui facilite le suivi des grossesses grâce à une plateforme mobile multilingue.
À l’international, plusieurs solutions sont identifiées :
Approche intégrée du E-Diagnostic (IEDA), développée avec le ministère de la Santé pour appuyer la prise en charge des maladies infantiles.
Data Santé Mali, facilitant le partage de dossiers patients au sein des centres de santé.
TT Tracker, application mobile pour le suivi des patients opérés du trachome.
Anemiapp, outil de gestion de la drépanocytose en République démocratique du Congo, adaptable aux maladies chroniques sénégalaises.
DPUP : simplifier les parcours, sécuriser les données, personnaliser les soins
Porté par Eyone Medical et le Ministère de la Santé, le Dossier Patient Unique Partagé (DPUP) vise à centraliser les données médicales des patients sénégalais pour améliorer la coordination des soins. Accessible aux professionnels de santé, ce dossier numérique regroupe prescriptions, antécédents et analyses afin de simplifier les parcours, renforcer la sécurité des informations et personnaliser les prises en charge. Mais la centralisation des données doit permettre une meilleure planification des politiques de santé publique.
Le projet mise sur la protection des données, avec un contrôle strict des accès, et entend rationaliser la gestion des ressources en remplaçant les dossiers papier. Intégré au Plan Stratégique Santé Digitale, il s’inscrit dans la stratégie nationale de modernisation du secteur, avec l’objectif affiché d’accélérer la couverture santé universelle
La Banque africaine pointe l’absence de coordination, un manque d’interopérabilité et de cadre juridique
Plusieurs freins persistent : absence de coordination entre initiatives, plateformes non interopérables, coûts élevés des services numériques, manque de connectivité en zone rurale, faible alphabétisation numérique et lacunes dans la formation des professionnels de santé. Le cadre réglementaire, notamment pour la protection des données médicales, reste en chantier malgré un projet de loi de 2019.
Selon la Banque africaine de développement, le Sénégal doit avant tout structurer une stratégie numérique transversale, intégrant les différents ministères concernés et les opérateurs technologiques. L’amélioration de la coordination, du suivi-évaluation des projets et la mobilisation de financements pérennes sont jugées prioritaires. La formation initiale et continue des personnels de santé, l’inclusion des langues locales dans les outils numériques et le renforcement du cadre juridique figurent aussi parmi les recommandations essentielles.
@ Health & Tech Intelligence@ Health & Tech Intelligence
La digitalisation des systèmes de santé africains progresse, mais reste très inégale selon les pays.
Le taux de digitalisation sanitaire du continent est estimé à 17,75 %.
Le développement du numérique en santé repose moins sur le niveau économique que sur la volonté politique et la gouvernance.
Le mobile (taux de pénétration de 80 %, voire 90 % selon les pays) constitue un levier.
Le phénomène de leapfrogging permet à l’Afrique de contourner les infrastructures physiques.
Le Rwanda, le Maroc et l’Afrique du Sud sont identifiés comme les pays les plus avancés par IQVIA.
Des trajectoires nationales contrastées : IQVIA appelle à renforcer les politiques nationales
La transition numérique des systèmes de santé en Afrique progresse (le taux de digitalisation sanitaire en Afrique est estimé à 17,75%), mais reste inégale et confrontée à des obstacles (interopérabilité, manque d’équipements et de personnels, manque de formation). C’est ce que met en lumière le rapport « Digital Health Systems in Africa » publié par IQVIA. Le document propose une analyse comparative de la maturité numérique des pays africains et propose des pistes pour renforcer le développement de la santé digitale sur le continent.
Avec une population appelée à représenter 26% de la population mondiale d’ici 2050, une jeunesse majoritairement connectée (le taux de pénétration du mobile atteint 80% sur le continent, dépassant même 90% dans certains pays). Cela facilite l’accès aux solutions de santé mobile, notamment dans les zones rurales. La pression exercée par les maladies non transmissibles (MNT) s’ajoute à la persistance des maladies infectieuses et aux effets du changement climatique, imposant aux pays africains d’adapter et de renforcer leur système de santé.
Leapfrogging : l’Afrique contourne les infrastructures physiques pour moderniser sa santé
Le numérique offre au continent une opportunité de « leapfrogging » (saute-mouton), en contournant les étapes traditionnelles de développement des infrastructures physiques pour investir directement dans des solutions digitales, et contourner les freins : pénurie de personnel, dispersion géographique des populations, sous-investissement chronique.
Selon IQVIA, en Afrique, le lien de causalité entre niveau de richesse et maturité numérique est relatif. La réussite dépend surtout de la volonté politique et de la capacité des gouvernements à coordonner les ressources. Le continent se partage entre quelques pays en phase de montée en échelle régionale.
Rwanda, Maroc, Afrique du Sud : les champions africains de la santé numérique
Le rapport IQVIA établit un score de maturité numérique en santé pour chaque pays, en s’appuyant sur quatorze critères allant des politiques publiques aux infrastructures, en passant par l’usage des données et les compétences des acteurs. Ce classement révèle des disparités :
Le Rwanda, l’Afrique du Sud et le Maroc figurent parmi les pays les plus avancés.
La majorité des pays d’Afrique subsaharienne restent à un stade dit « en développement » ou « sous-développé », comme le Sénégal, le Niger ou le Burkina Faso.
Aucune corrélation n’est observée entre le PIB par habitant et la maturité numérique : la réussite repose principalement sur la volonté politique, la coordination nationale et les partenariats structurés.
L’exemple du Rwanda est cité comme référence : politique nationale cohérente, investissement dans la connectivité 4G/5G, EHR national, systèmes d’identification numérique des patients et implication des agents communautaires dans la collecte de données.
@ Extrait du rapport ; Digital Health Systems in Africa (IQVIA)
Rwanda : un système structuré autour du RHIE et des agents communautaires, mais un modèle encore dépendant des partenaires internationaux
Le Rwanda, qui compte 14 millions d’habitants, dispose d’une stratégie e-santé nationale, soutenue par le gouvernenement. Cette dynamique se traduit notamment par le déploiement du Rwanda Health Information Exchange (RHIE), un système de dossier patient unifié déployé dès 2012. Les infrastructures télécoms nationales, avec une couverture 4G de 99 % atteinte dès 2021, soutiennent également cette politique publique. Sur le terrain, 45 000 agents communautaires de santé équipés de smartphones assurent le suivi des patients en zones rurales. Le Rwanda s’appuie enfin sur des partenariats internationaux, comme ceux noués avec Gavi, USAID ou le Global Fund, pour renforcer ses capacités techniques et financières.
Afrique du Sud : un modèle de santé numérique privé porté par Discovery Health et DHIS2, mais freiné par l’absence de coordination publique et de DPE national
En Afrique du Sud, le développement de la santé numérique repose avant tout sur un secteur privé dynamique. Des acteurs comme Discovery Health assurent une part importante des services de télémédecine et des innovations ciblées. Côté infrastructures, le pays a déployé la plateforme DHIS2, intégrant progressivement la gestion des ressources humaines de santé. Mais IQVIA relève une difficulté : la faiblesse de l’intégration avec le secteur public. Les systèmes électroniques restent centrés sur des maladies spécifiques (VIH/sida, tuberculose) et le pays peine à mettre en place un dossier patient national unifié.
Au Maroc, le développement repose sur le SIH et le télésuivi des patients
Le Maroc figure également parmi les pays les plus avancés. Les infrastructures numériques progressent, notamment en zones rurales, et l’État pilote le développement de systèmes d’information hospitaliers (SIH) et de dispositifs de télésuivi des patients. La priorité marocaine porte sur l’amélioration de l’interopérabilité et sur la réduction des disparités régionales. Le pays exploite son réseau de soins primaires pour déployer progressivement des solutions mobiles de santé. Toutefois, l’absence d’une stratégie nationale unifiée autour du dossier patient électronique reste une limite identifiée par IQVIA, qui souligne la nécessité d’un cadre plus clair pour favoriser les collaborations public-privé.
Fragmentation des projets et manque d’EHR limitent les progrès en Afrique
Le rapport IQVIA identifie cinq défis pour la digitalisation du secteur :
Disparité public/privé : Les innovations sont souvent portées par le secteur privé, mieux financé et plus agile. Le secteur public peine à suivre, faute de moyens et de coordination.
Dossiers patients électroniques (EHR) sous-développés : Peu de pays disposent d’un système EHR national fonctionnel. Les solutions existantes sont souvent sectorielles (HIV, tuberculose) et peu interopérables. Le manque d’infrastructures informatiques et de compétences limite le déploiement à grande échelle.
Mobile Health (mHealth) hétérogène : Les initiatives mobiles sont nombreuses mais dispersées. Bien qu’elles permettent de surmonter les déficits d’infrastructures physiques, leur développement reste inégal selon les pays et les usages.
Problèmes de passage à l’échelle (« pilotitis ») : Nombreux projets pilotes peinent à se transformer en solutions nationales. Les initiatives, souvent portées par des bailleurs externes, manquent de financement pérenne et d’intégration institutionnelle.
Systèmes peu adaptés aux futures priorités sanitaires : Les systèmes numériques existants restent centrés sur la gestion des maladies infectieuses, alors que les MNT deviennent la première cause de morbidité. Il manque une stratégie anticipant cette évolution.
DHIS2, OpenMRS, Bahmni : des solutions open source à généraliser
Pour IQVIA, le développement d’un socle numérique commun passe par l’adoption de solutions open source interopérables, comme DHIS2 (District Health Information System 2), OpenMRS (Open Medical Records System) ou Bahmni. Ces solutions, déjà déployées dans plusieurs pays, permettent de créer des dossiers patients unifiés, de faciliter la surveillance épidémiologique et d’alimenter les systèmes nationaux d’information sanitaire.
L’intégration de ces outils suppose une politique publique en matière de gouvernance des données, de protection de la vie privée et d’interopérabilité des systèmes. Elle nécessite aussi une mobilisation des ressources humaines, à travers la formation des professionnels de santé et des agents administratifs au recueil et à la gestion des données.
Le rapport insiste sur la nécessité de développer des partenariats public-privé structurés. Ces collaborations permettent de mobiliser des financements privés tout en garantissant la supervision et l’orientation stratégique par les autorités publiques. Le modèle des infrastructures de télécommunication, où le privé investit sous contrôle réglementaire public, pourrait inspirer les futurs projets numériques en santé.
@ Extrait du rapport ; Digital Health Systems in Africa (IQVIA)
Mutualiser les infrastructures et le développement des EHR pour surveiller les maladies chroniques
Face à la dispersion des initiatives, IQVIA préconise aussi la mise en place de standards régionaux, qui faciliteraient l’interopérabilité des systèmes nationaux et accéléreraient la diffusion des innovations. Le développement d’une infrastructure mHealth open source, intégrée aux systèmes nationaux, est identifié comme un chantier. Cette approche mutualisée permettrait de réduire les coûts et d’éviter la duplication des projets.
Alors que les maladies cardiovasculaires, le diabète et les cancers prennent le relais des maladies infectieuses dans la charge globale de morbidité, IQVIA alerte sur l’inadéquation des systèmes numériques africains face à cette transition épidémiologique. Le développement d’une information sanitaire fiable et centralisée, via les EHR et les systèmes de surveillance, est jugé indispensable pour planifier et adapter les politiques publiques de prévention et de prise en charge des MNT. Cela implique également une meilleure intégration des dispositifs de télémédecine, pour renforcer l’accès aux soins spécialisés dans les zones reculées.
Des projets numériques éphémères faute d’intégration dans les politiques nationales
L’analyse d’IQVIA souligne que les obstacles à la digitalisation ne relèvent pas tant du financement que de la gouvernance. Le financement des systèmes numériques doit reposer sur une planification à long terme, associant investissements initiaux et prévisions de maintenance, pour éviter la multiplication des projets éphémères. L’institutionnalisation des projets – via leur intégration dans les stratégies nationales – est préconisée. L’Afrique a l’opportunité d’accélérer la modernisation de ses systèmes de santé grâce aux technologies numériques. Le développement du mobile et une jeunesse connectée offrent un terrain favorable. Pour transformer l’essai, les pays doivent miser sur des infrastructures partagées, la formation, un cadre juridique et des partenariats équilibrés.
L’IA allemande certifiée pour assister les médecins dans leurs recommandations thérapeutiques
La start-up allemande Prof. Valmed, installée en Hesse, annonce la certification de son application médicale fondée sur l’intelligence artificielle. Cette reconnaissance constitue une première sur le territoire européen pour un dispositif médical assisté par IA. Destinée à assister les médecins via des recommandations thérapeutiques fondées sur les preuves, l’application pourrait transformer les pratiques dans les cabinets et établissements de santé.
L’outil est issu de l’AI Quality & Testing Hub, centre fondé par le Land de Hesse et l’association professionnelle allemande de l’électrotechnique (VDE). Prof. Valmed repose sur un grand modèle linguistique conçu pour analyser et synthétiser des données médicales validées. Objectif : fiabiliser les diagnostics et les plans de traitement.
Des recommandations basées sur PubMed
Pour alimenter ses analyses, Prof. Valmed intègre une base scientifique composée des publications indexées sur PubMed. Cette intégration permet à l’application de proposer des recommandations thérapeutiques actualisées, appuyées par les dernières références cliniques internationales. Le modèle peut également traduire les résultats et fournir les sources associées.
Selon la VDE, Prof. Valmed offre un soutien aux professionnels dans les décisions diagnostiques et thérapeutiques en apportant des recommandations « sûres et précises ». L’application est conçue pour structurer les informations médicales dans les situations complexes et faciliter l’élaboration de traitements personnalisés. Déjà déployée dans plusieurs spécialités du CHU de Fribourg, elle accompagne les médecins dans le diagnostic multimodal et la gestion des parcours de soins.
Un pacte intergénérationnel pour un modèle social durable
Le Mouvement des Entreprises de France (Medef) alerte sur la dégradation des comptes sociaux et lance un appel à une transformation du système de santé*. Constatant que la branche maladie porte l’essentiel du déficit, l’organisation patronale a constitué une task force dédiée. Son rapport propose des mesures “immédiates et structurelles”, élaborées et en concertation avec les fédérations professionnelles du secteur. Objectif affiché : bâtir un nouveau pacte intergénérationnel conciliant viabilité financière et amélioration du service rendu.
Données, IA, téléconsultation : les priorités technologiques du Medef pour la santé
Miser sur le numérique et l’innovation : Le Medef invite à faire du numérique et de l’innovation des leviers pour renforcer l’efficience du système et en améliorer la transparence. Il plaide pour un déploiement accéléré des outils digitaux (données de santé, intelligence artificielle, téléconsultation).
Instaurer des indicateurs de qualité et une culture de la performance : Le rapport préconise la mise en place d’indicateurs de qualité partagés pour piloter la transformation du système. Pour le Medef, une gestion orientée vers la performance est essentielle, conditionnant les évolutions organisationnelles et budgétaires futures.
Limiter les actes inutiles et décloisonner les soins
Encadrer la consommation médicale et responsabiliser les acteurs : Pour limiter les dépenses, le Medef recommande une maîtrise renforcée des consommations de soins et de biens médicaux. Il insiste sur la responsabilisation de l’ensemble des parties prenantes — professionnels de santé comme usagers — en intégrant la pertinence des actes et en luttant contre les pratiques inflationnistes.
Décloisonner le système de soins et repenser le rôle de l’hôpital : Le décloisonnement des parcours est présenté comme une priorité, avec un renforcement de la coopération entre les acteurs de terrain. Le Medef préconise de repositionner l’hôpital sur ses missions centrales et de favoriser une meilleure articulation avec la ville et le secteur médico-social.
Renforcer la prévention et clarifier la gouvernance
Faire de la prévention un axe stratégique Insistant sur le retard de la France en matière de prévention, le rapport appelle à agir simultanément sur les comportements individuels et les facteurs déterminants de santé. Le Medef considère cette approche comme une condition pour infléchir durablement les courbes de dépenses.
Clarifier la gouvernance et planifier à moyen terme Enfin, l’organisation patronale demande une clarification des responsabilités entre acteurs institutionnels et un pilotage pluriannuel du système. Une vision à moyen terme permettrait, selon le Medef, d’anticiper les besoins et d’organiser l’action publique de manière plus cohérente et prévisible.
Le Medef annonce ouvrir une réflexion distincte sur le financement du système de santé. Ce sujet, qualifié de “central”, fera l’objet de propositions spécifiques dans un second temps.
l’IA générative au service de la rédaction médicale dans 43 hôpitaux américains
Des chercheurs américains du Duke University Health System ont mesuré le taux d’adoption des outils d’IA générative dans 43 systèmes de santé américains, tous membres du Scottsdale Institute. Si les systèmes de rédaction médicale assistée par IA se sont généralisés, les autres cas d’usage de l’IA présentent des niveaux d’adoption et de réussite nettement plus variables, comme le montrent les résultats* publiés le 1er juillet dans le Journal of the American Medical Informatics Association.
Aide au diagnostic, au dépistage, à la lecture de l’imagerie… les usages de l’IA font l’objet de très nombreuses publications scientifiques. Mais dans la grande majorité des cas, il s’agit d’essais restreints, dans quelques établissements ou sur des populations spécifiques. Le chemin vers une adoption généralisée et un véritable impact sociétal est donc long, et rien n’est garanti.
Coûts, pénurie : l’IA peine à s’imposer dans les pratiques hospitalières
Pourtant, à l’heure où les systèmes de santé de nombreux pays sont confrontés à de graves défis en matière de qualité, de coût et de pénurie de main-d’œuvre auxquels l’intelligence artificielle est souvent appelée à la rescousse. Et de plus en plus d’études définissent les contours de son champ d’application. Cependant, son utilisation effective dans les soins de santé reste mal connue. Une équipe de chercheurs américains du Duke University Health System a donc cherché à évaluer l’adoption de l’IA, à identifier les principaux freins rencontrés par les établissements de santé, et à mettre en lumière les premiers exemples de réussite.
Concrètement, ils ont mené une enquête transversale à l’automne 2024 auprès de 67 membres du Scottsdale Institute, un réseau de systèmes de santé à but non lucratif aux États-Unis. Quarante-trois d’entre eux ont répondu (taux de réponse : 64%). Les participants ont fourni des données sur le statut de déploiement et le succès perçu de 37 cas d’usage de l’IA répartis en 10 catégories.
Les résultats de cette étude ont été publiés le 1er juillet 2025 dans le Journal of the American Medical Informatics Association (Jamia).
Résultats : L’IA adoptée avant tout pour alléger la charge de travail des soignants
100% des établissements déclarent avoir adopté l’IA pour sa fonctionnalité « Ambient Notes », la rédaction automatisée de comptes-rendus. 53% la jugent très efficace.
90% des établissements ont déployé l’IA à des fins d’analyse d’imagerie médicale mais 19% estiment en tirer un haut bénéfice.
La stratification du risque clinique est adoptée par plusieurs centres, mais seulement 38% déclarent des résultats très satisfaisants.
23% seulement des établissements jugent que les outils d’IA sont efficaces pour la gestion financière.
Pour 72% des participants, la réduction de la charge pesant sur les soignants fait figure de motivation principale pour adopter l’IA.
77% jugent que la maturité insuffisante des outils d’IA est le frein n°1 à leur adoption, suivie par les préoccupations financières (47%) et les incertitudes réglementaires (40%).
Ces résultats mettent clairement en évidence une adoption massive de l’IA pour automatiser la création de comptes rendus médicaux. Selon les auteurs de l’étude, « l’IA générative appliquée à la rédaction médicale semble avoir franchi rapidement le “fossé” de l’innovation : elle est passée des premiers utilisateurs enthousiastes à une adoption plus large par la majorité pragmatique. Cette adoption rapide pourrait s’expliquer en partie par l’épuisement professionnel des soignants après la pandémie de COVID19.
Des outils jugés « immatures »
En dehors des Ambient Notes, l’adoption de l’IA reste inégale. Si l’immaturité des outils est le principal obstacle, « l’échec relatif de ces outils peut aussi s’expliquer par la surcharge cognitive des soignants, trop sollicités ou “désensibilisés” aux alertes pour réagir efficacement », avancent les chercheurs.
Pour favoriser une adoption plus importante mais en toute sécurité des outils d’IA, les auteurs soulignent qu’il est nécessaire de :
Réaliser des évaluations continues avant, pendant et après chaque déploiement.
Partager les retours d’expérience entre établissements, car les contextes d’usage varient.
Créer des plateformes techniques communes pour faciliter l’intégration des outils d’IA dans les pratiques médicales.
Diffuser largement les bonnes pratiques (déploiement, évaluation, support) tout en protégeant la confidentialité.
Inciter les professionnels à publier les résultats concrets, même en dehors des canaux académiques traditionnels.
A ce stade, les chercheurs estiment en effet que « les évaluations actuelles sont souvent insuffisantes, biaisées ou trop lentes. »
*Adoption of artificial intelligence in healthcare: survey of health system priorities, successes, and challenges.
Poon EG, Lemak CH, Rojas JC, Guptill J, Classen D.
J Am Med Inform Assoc. 2025 Jul 1;32(7):1093-1100. doi: 10.1093/jamia/ocaf065. PMID: 40323320; PMCID: PMC12202002.
Enovacom retenu pour la 3ᵉ génération de la plateforme ORTIF, 2,6 millions de prises en charge
Le Groupement Régional d’Appui au Développement de la e-Santé (SESAN), GRADeS de la région Île-de-France, a choisi Enovacom pour déployer ORTIF, nouvelle version de sa plateforme régionale de télésanté. Présentée comme le plus important programme régional de télésanté en Europe en nombre de structures et d’actes, ORTIF poursuit le développement d’une solution utilisée par plus de 42 000 professionnels de santé et comptabilisant près de 2,6 millions de prises en charge patient.
Des services étendus pour les professionnels et patients : La plateforme ORTIF prend en charge plusieurs types d’actes : téléconsultation, téléexpertise et téléradiologie. Cette nouvelle version intègre des évolutions techniques et fonctionnelles :
Renouvellement de l’ergonomie pour améliorer l’expérience des soignants.
Interopérabilité renforcée avec les systèmes d’information locaux.
Intégration facilitée pour la facturation des actes.
Nouvelles fonctionnalités du portail Ville-Hôpital.
Modules d’intelligence artificielle (rédaction automatique de comptes rendus, assistance au diagnostic).
Téléconsultation assistée avec transmission des paramètres vitaux via dispositifs médicaux connectés.
Application patient pour la prise de rendez-vous, les consultations vidéo sécurisées et le partage de documents.
Module d’interprétation des EEG.
Sélectionné pour renforcer la télésanté auprès de 42 000 professionnels franciliens
Enovacom, filiale d’Orange Business depuis 2018, fournit des solutions à plus de 1 500 établissements de santé français. L’entreprise mise sur la réplicabilité des plateformes régionales et l’intégration des outils numériques à l’échelle territoriale. Le contrat ORTIF s’inscrit dans sa stratégie de croissance sur le marché de la télésanté. Pour Laurent Frigara, Deputy CEO d’Enovacom, ce renouvellement confirme la capacité de l’entreprise à “proposer des solutions intégrées, interopérables et souveraines”. Christelle Rejou, directrice du programme ORTIF chez SESAN, souligne l’objectif : faire d’ORTIF une plateforme ergonomique et intégrée aux outils quotidiens des professionnels pour renforcer l’accès aux soins sur le territoire francilien.
13 opérations en six mois : le recul des F&A hospitalières se confirme aux USA
Selon le dernier rapport de Kaufman Hall, les fusions-acquisitions hospitalières ont marqué un recul aux États-Unis au premier semestre 2025. Le nombre total de transactions atteint seulement 13, contre 35 sur la même période en 2024. Les revenus générés par ces opérations chutent également : 1,4 milliard de dollars au deuxième trimestre, soit huit fois moins que l’année précédente (10,8 milliards). Sur le deuxième trimestre 2025, huit transactions ont été recensées, principalement des cessions de petits établissements. La taille moyenne des vendeurs s’établit à 175 millions de dollars, contre 984 millions un an plus tôt. Aucun rachat impliquant des structures générant plus d’un milliard de dollars de revenus annuels – les mégafusions – n’a été enregistré.
665 Md$ retirés à Medicaid, 8,7 millions de patients perdent leur couverture
Kaufman Hall pointe le rôle de la nouvelle législation fédérale, le One Big Beautiful Bill Act, qui prévoit 1 000 milliards de dollars de coupes dans la santé, dont 665 milliards rien que pour Medicaid. Cette réforme va réduire la couverture de 8,7 millions de bénéficiaires, précisant le contexte économique mais renforçant la pression financière sur les établissements hospitaliers. Les hôpitaux ruraux, fortement dépendants de Medicaid, se trouvent en première ligne : leurs marges ont reculé de 12,3 % en un an, et près de 100 établissements ont fermé depuis dix ans. Pour faire face, certains se tournent vers le modèle Rural Emergency Hospital (REH), lancé en 2023 par les Centers for Medicare & Medicaid Services (CMS). Ce dispositif permet de fermer les lits d’hospitalisation pour se recentrer sur les soins d’urgence et ambulatoires. À ce jour, 41 hôpitaux ont adopté ce modèle. ECU Health (Caroline du Nord), Jellico Regional Hospital (Tennessee) et Randolph County Hospital (Géorgie) ont récemment annoncé des projets de réouverture sous statut REH.
Vers un regain de partenariats au second semestre 2025 ?
Pour les grands groupes hospitaliers, l’accent est désormais mis sur les soins ambulatoires. Le rapport souligne les investissements croissants dans les centres de chirurgie ambulatoire, comme l’acquisition d’Amsurg par Ascension ou la collaboration de Cleveland Clinic avec Regent Surgical. Un mouvement qui traduit une évolution stratégique vers des services à moindre coût. Kaufman Hall anticipe un regain d’activité F&A sur le second semestre 2025, porté par une double dynamique : la recherche de partenaires par les hôpitaux fragilisés financièrement, et le développement de partenariats ciblés par les acteurs les mieux positionnés. Le paysage hospitalier américain pourrait ainsi continuer sa transformation vers des modèles hybrides associant rationalisation des coûts et maintien de l’accès aux soins.
+20 % d’actes en 2024, une hausse qui relance la réflexion sur son encadrement
Plus de 150 acteurs institutionnels, industriels, professionnels de santé et représentants d’usagers se sont réunis au siège de la Cnam à Montreuil pour le lancement des premières Assises de la télémédecine. Cette concertation s’étendra sur six mois avec sept ateliers régionaux, dans l’objectif d’aboutir en janvier 2026 à une feuille de route pour définir les conditions d’un recours maîtrisé à la télémédecine.
Avec 69 millions de téléconsultations facturées à l’Assurance maladie entre 2020 et 2024 (soit 1,7 milliard d’euros de remboursement), la télémédecine a vu son usage fluctuer :
Marquant un recul entre 2021 et 2023.
Avant de repartir à la hausse en 2024 avec 13,9 millions d’actes,
En progression de 20 % sur un an.
Les téléconsultations restent marginales dans l’activité clinique des généralistes (2 %), mais davantage utilisées en psychiatrie (7 %) et endocrinologie (6 %).
7 ateliers d’ici fin 2025, pour bâtir des recommandations en janvier 2026
Les plateformes de téléconsultation représentaient 40 % des actes réalisés en 2024 contre 6 % en 2021, traduisant un basculement des usages, notamment dans les territoires à faible accessibilité médicale, là où les généralistes libéraux téléconsultent principalement avec des patients vivant dans des zones favorisées.
L’Assurance maladie et la DGOS souhaitent définir les conditions d’un développement complémentaire et coordonné de la télémédecine, en articulation avec l’offre de soins existante. Les ateliers régionaux programmés de septembre à décembre 2025 aborderont notamment les thèmes :
De la téléconsultation assistée.
De la téléexpertise.
De l’accès des publics vulnérables.
Et de l’intégration dans les parcours de soins, jusqu’en Outre-mer.
Les conclusions issues des travaux seront restituées lors d’une journée de clôture en janvier 2026 avant transmission au ministre de la Santé et de l’Accès aux soins, pour poser les bases de recommandations.