Nabil

  • En 2024, les cotisations santé des complémentaires ont bondi de 8,2 %, une hausse inédite depuis 2012 (Drees)

    46,5 Md€ de cotisations en 2024, +8,2 % pour les complémentaires

    La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) a publié son rapport annuel au Parlement sur la situation financière des organismes complémentaires couvrant les risques santé. Le document s’appuie sur les données de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) pour analyser l’évolution des cotisations, des prestations, des charges de gestion, de la rentabilité et de la solvabilité du secteur.

    En 2024, les organismes complémentaires ont collecté 46,5 milliards d’euros de cotisations santé, soit une hausse de 8,2 % par rapport à 2023, après +6,0 % entre 2022 et 2023. Cette progression constitue un niveau inédit depuis 2012, première année de référence pour cette statistique dans le rapport. Les prestations versées ont également augmenté, atteignant 36,8 milliards d’euros (+5,4 % en un an). Cette hausse reste supérieure à celle de la consommation de soins et de biens médicaux (+3,7 %), mais marque un ralentissement par rapport à 2023 (+6,4 %). La part des cotisations reversée aux assurés sous forme de prestations est ainsi passée de 81 % en 2023 à 79 % en 2024.

    Des charges de gestion en hausse, mais mieux maîtrisées

    Redressement du résultat technique

    Les charges de gestion liées à l’activité santé ont atteint 8,8 milliards d’euros en 2024, en hausse de 5,8 %. Leur poids dans les cotisations santé a néanmoins diminué, passant de 19,3 % à 18,8 %, grâce à une progression plus rapide des cotisations. Le résultat technique des organismes en santé — différence entre les produits et les charges — est redevenu positif en 2024, à hauteur de 1,6 % des cotisations hors taxe, après une année 2023 marquée par un solde négatif, une première depuis 2011. Sur l’ensemble de leur activité, les organismes ont dégagé un résultat net moyen équivalent à 3,4 % des cotisations, stable par rapport à l’année précédente. Les niveaux de fonds propres déclarés restent largement supérieurs aux exigences réglementaires, traduisant une situation de solvabilité favorable.

    249 mutuelles encore en activité en 2024, un tiers de moins depuis 2016

    La consolidation du marché observée depuis le début des années 2000 s’est atténuée ces dernières années. Entre 2001 et 2016, le nombre de mutuelles a été divisé par six, et celui des institutions de prévoyance par deux. Depuis 2016, la tendance est au ralentissement : les institutions de prévoyance sont stables, les entreprises d’assurance ont légèrement diminué, tandis que les mutuelles ont encore reculé d’un tiers. En 2024, 373 organismes complémentaires exercent une activité santé : 249 mutuelles, 99 entreprises d’assurance et 25 institutions de prévoyance. Parallèlement, les rapprochements se poursuivent au sein de groupes d’assurance : 51 groupes rassemblent près de la moitié des organismes et concentrent 85 % des cotisations santé collectées.

  • Près d’un Français sur deux utilise le numérique pour sa santé mentale, selon une étude MentalTech-IFOP

    Le Collectif MentalTech publie un premier état des lieux des usages numériques en santé mentale en France. Réalisée avec l’IFOP, l’étude révèle que 48 % des Français ont déjà utilisé un outil numérique dans ce domaine, et 14 % supplémentaires se déclarent prêts à le faire prochainement. Cette adoption reste cependant soumise à certaines conditions.

    • 65 % des répondants souhaitent un accompagnement humain.
    • 86 % redoutent la désinformation ou les atteintes à la vie privée.

    Les solutions les plus plébiscitées sont celles jugées institutionnelles et encadrées, telles que les plateformes de rendez-vous (25 % d’usage) et la téléconsultation (13 %), loin devant les réseaux sociaux ou les intelligences artificielles conversationnelles.

    Une demande portée par les jeunes, les urbains et les CSP+

    Les usages varient selon l’âge et le profil socioprofessionnel. Les moins de 35 ans, les populations urbaines et les catégories aisées figurent parmi les principaux utilisateurs. 36 % des jeunes recourent déjà à des IA conversationnelles, contre 13 % chez les plus âgés. Les objets connectés (21 %) et les applications d’addictions (20 % chez les jeunes) rencontrent un intérêt croissant, notamment dans un contexte de saturation du système de soins dans les grandes villes.

    Prévention, bien-être et développement personnel en tête des usages

    Mais une frontière marquée entre soutien et soin

    L’étude montre que les outils numériques sont surtout mobilisés pour la prévention, l’auto-évaluation, ou encore le développement personnel, plus que pour des usages thérapeutiques ciblés. Seuls 15 % des utilisateurs les emploient pour un problème spécifique comme l’anxiété ou le stress. À l’avenir, 38 % envisagent une utilisation préventive, 34 % pour le sommeil, et 30 % pour un soutien émotionnel ponctuel. En revanche, 81 % des Français refusent l’idée de recourir à un outil numérique en cas de trouble mental sévère, confirmant une frontière claire entre accompagnement et traitement.

    Près de 20 % des Français ont tenté l’IA pour leur santé mentale, souvent comme première étape

    Près d’un Français sur cinq (19 %) a déjà utilisé un assistant virtuel ou chatbot pour des questions de santé mentale, avec 8 % d’utilisateurs réguliers. Les attentes portent sur l’écoute (40 %), le soutien émotionnel (39 %) et les conseils pratiques (37 %). La satisfaction reste modérée : 68 % se disent « plutôt » ou « moyennement » satisfaits, et seulement 14 % « très satisfaits ». Les bénéfices cités sont l’accessibilité, la disponibilité permanente et un effet de désinhibition numérique, souvent perçu comme une première étape avant de consulter un professionnel.

    Un paradoxe entre défiance générale et satisfaction des usagers

    La confiance envers les outils numériques de santé mentale reste relative. Les plateformes de rendez-vous inspirent le plus de confiance (53 %), suivies de la téléconsultation (30 %). En revanche, les IA conversationnelles n’obtiennent que 17 % de confiance, bien qu’elles soient jugées utiles par une majorité de leurs utilisateurs réguliers. Parmi les usagers, 92 % déclarent percevoir un bénéfice : accès à l’information (47 %), accès aux soins (38 %), autonomie (26 %), soutien émotionnel (25 %) et réduction de l’isolement (22 %).

    Les priorités exprimées par les Français pour l’avenir du numérique en santé mentale

    • Un encadrement humain (65 %).
    • La protection des données personnelles (63 %).
    • La validation scientifique des outils (56 %).

    Des écarts apparaissent selon le genre : les femmes privilégient davantage l’accompagnement humain et la rapidité, tandis que les hommes insistent sur la sécurité des données et la validation scientifique. Face à cette adoption en croissance, mais sous conditions, le Collectif MentalTech formule plusieurs recommandations :

    • Accélérer la validation clinique et scientifique des outils.
    • Renforcer la transparence et la protection des données.
    • Impliquer les professionnels de santé dans la conception.
    • Positionner les outils numériques comme compléments, et non remplaçants, de la relation humaine.

    Santé mentale et numérique – Etat des lieux des nouveaux usages des Français (Mental Tech et Ifop)

     

  • Une IA clinique pour automatiser l’identification des patients éligibles aux essais

    L’identification des patients éligibles aux essais cliniques est un frein à la recherche médicale. En cause : des données cliniques fragmentées, des codes diagnostics orientés vers la facturation, et une évaluation manuelle chronophage. Pour répondre à cette problématique, le réseau hospitalier américain Mass General Brigham a annoncé le lancement d’AIwithCare, spin-off dédiée à la valorisation d’une plateforme d’IA générative appliquée à la sélection des patients.

    AIwithCare utilise des modèles de langage de grande taille pour analyser à la fois les données structurées (labos, diagnostics codés) et non structurées (comptes rendus, notes cliniques), afin d’interpréter la situation clinique d’un patient au-delà des seuls codes de facturation. Le moteur d’IA générative a été développé à partir de 2023 dans le cadre de l’Accelerator for Clinical Transformation de l’hôpital, alors que les LLM comme ChatGPT gagnaient en visibilité.

    un taux d’inclusion doublé grâce à l’IA générative

    La solution a été évaluée dans une étude publiée en 2025 dans JAMA, qui montre que le taux d’inclusion des patients dans les essais cliniques grâce à AIwithCare est près de deux fois supérieur à celui obtenu par criblage manuel traditionnel. La plateforme, déjà déployée en routine au sein de Mass General Brigham, est en cours de diffusion auprès d’autres centres hospitaliers, réseaux de recherche, industriels du médicament et du dispositif médical. Elle est également conçue pour évoluer vers d’autres usages, notamment en qualité, sécurité et opérations cliniques, via une lecture plus fine et automatisée des données médicales.

    Une concurrence déjà active sur ce segment

    AIwithCare entre sur un marché où plusieurs acteurs sont déjà positionnés, comme Antidote, Trialspark ou Tempus, tous spécialisés dans l’optimisation de l’inclusion en recherche clinique via l’IA. La plateforme met en avant la capacité à s’étendre à d’autres cas d’usage que le seul recrutement de patients.

  • IA, automatisation : les compétences humaines sous-valorisées mais vitales pour les économies de demain

    Face à la montée de l’intelligence artificielle, les compétences dites humaines – créativité, pensée critique, adaptabilité, intelligence émotionnelle – apparaissent comme les plus précieuses pour accompagner l’innovation, la transformation des organisations et la résilience des économies. Pourtant, selon le World Economic Forum, elles demeurent invisibles dans les processus de recrutement et insuffisamment développées dans les systèmes éducatifs.

    Les compétences humaines sont rares dans les fiches de poste, bien que perçues comme décisives

    D’après l’analyse de près de 2 900 offres d’emploi menée aux États-Unis (Indeed, 2024–2025), seuls 72 % mentionnent au moins une compétence humaine. Ce taux chute à 45 % dans les secteurs du transport et de la logistique. Parmi les plus citées figurent la communication, le leadership et la fiabilité, tandis que la curiosité, la pensée créative ou l’apprentissage continu sont très peu évoquées, bien qu’elles soient projetées parmi les plus stratégiques à l’horizon 2030. Paradoxalement, lorsque ces compétences sont effectivement reconnues par les pairs dans l’entreprise, ce sont la créativité et la résilience qui reçoivent les valeurs monétaires les plus élevées, loin devant les plus fréquemment mentionnées comme le leadership ou la motivation.

    80 % des employeurs estiment que la montée en compétences est critique pour leur stratégie

    Un décalage entre la demande et la préparation des talents

    Les employeurs considèrent que moins d’un salarié sur deux est aujourd’hui prêt à collaborer, résoudre des problèmes complexes ou faire preuve de résilience. Le déficit est particulièrement marqué sur les capacités de curiosité et d’apprentissage tout au long de la vie, jugées insuffisamment développées dans toutes les régions du monde. Du côté des systèmes éducatifs, bien que de nombreuses politiques intègrent désormais ces compétences dans les référentiels nationaux, leur mise en œuvre reste lacunaire. Moins de la moitié des enseignants se sentent formés pour évaluer ou favoriser les compétences socio-émotionnelles chez les élèves, et les élèves issus de milieux défavorisés affichent des niveaux plus faibles de créativité, de tolérance ou de persévérance.

    L’étude souligne également la fragilité des compétences humaines face aux crises. Durant la pandémie, les compétences liées à l’interaction – comme l’enseignement ou la résilience – ont chuté de plus de 5 % par rapport à 2019, et n’avaient toujours pas retrouvé leur niveau d’avant-crise en 2025. La reconstruction est lente : seuls 25 % des apprenants progressent en quelques semaines, tandis que la majorité nécessite plusieurs mois de pratique soutenue pour renforcer ces capacités.

    Des disparités sectorielles et régionales marquées

    Certaines régions, comme l’Afrique subsaharienne ou l’Asie de l’Est, se distinguent par une plus grande confiance dans les compétences humaines. À l’inverse, l’Amérique du Nord affiche les scores les plus bas sur la collaboration et l’apprentissage continu. Les écarts sectoriels sont tout aussi nets : la créativité est centrale dans les services financiers et l’industrie pharmaceutique, tandis que l’attention aux détails prévaut dans la grande distribution ou l’immobilier. D’ici 2030, les plus fortes croissances de la demande concernent la pensée créative et la résilience, notamment en Amérique latine, en Asie du Sud-Est et en Afrique subsaharienne.

    Soft skills : les rendre visibles, mesurables et transférables

    Continuer à qualifier ces compétences de « soft skills » constitue une erreur stratégique. Ne pas les évaluer, les développer et les reconnaître avec autant de rigueur que les compétences techniques revient à piloter la transformation avec des indicateurs partiels.

    Le rapport du WEF propose trois leviers immédiats pour faire compter les compétences humaines :

    • Les évaluer dans des contextes réels, en situation.
    • Les développer par la pratique délibérée, le feedback et la réflexion.
    • Les reconnaître via des preuves transférables (badges, certifications).

    Et si une compétence humaine devenait un KPI ?

    Quel indicateur intégreriez vous à vos processus de recrutement, de formation, d’évaluation et de reconnaissance ? Créativité ? Empathie ? Collaboration ? Curiosité ?

  • Article 51 : les personnes âgées, secteur le plus représenté dans les expérimentations (bilan 2024)

    Une procédure de sélection rigoureuse

    L’article 51 de la loi de financement de la sécurité sociale (LFSS) pour 2018 est destiné à promouvoir des organisations innovantes, afin d’améliorer le parcours des patients et l’efficience du système de santé. Un récent rapport au Parlement présente le bilan des expérimentations au 31 décembre 2024. Le grand nombre de projets déposés sur les plateformes nationale ou régionales – 1264 – a rendu nécessaire de sélectionner les plus porteurs : 44% des projets, soit 557, ont été déclarés recevables et 32 seulement ont été lancés à titre expérimental.

    A l’issue de la phase expérimentale et après l’avis favorable sur l’opportunité de généraliser rendu par le Comité technique de l’innovation en santé (CTIS) et le Conseil stratégique de l’innovation en santé (CSIS), l’expérimentation devient une « innovation ». Le parcours jusqu’à cette reconnaissance dure en moyenne 4 ans. L’innovation entre alors en phase transitoire pour une durée maximum de 18 mois. Cette période permet à l’administration de prendre les dispositions (juridiques, budgétaires, etc.) nécessaires à la généralisation. L’ultime étape est la transposition dans le droit commun.

    Des innovations nombreuses dans le secteur des personnes âgées

    Pour « être au rendez-vous de la transition démographique » 26 expérimentations ont été autorisées, dont 10 sont encore actives. Certaines ont été transposées dans notre système de santé ou ont fait l’objet d’un avis favorable de transposition.

    Pour accompagner le virage domiciliaire des personnes âgées dépendantes

    • Le DRAD (Dispositif Renforcé de Soutien au Domicile), lancé en 2020 avec l’objectif de délivrer à domicile toutes les prestations d’un Ehpad, a été intégré dans les Centres de ressources territoriaux (CRT) créés par la LFSS 2022.
    • Les Équipes locales d’accompagnement sur les aides techniques (EqLAAT) aident au choix et à la prise en main des aides techniques pour les personnes en situation de handicap et les personnes âgées. Après l’expérimentation, la loi « Bien vieillir » du 8 avril 2024 a prévu que chaque département soit doté d’un EqLAAT.
    • Le modèle RSMO santé (réseau de santé Le Mans Ouest) vise à maintenir l’accès aux soins par un suivi médical au long cours et à domicile, partagé entre le médecin traitant et l’infirmier libéral.
    • Le dispositif Vigilance sénior ADMR permet une appréciation de l’état général de la personne à chaque intervention d’une aide à domicile grâce à une échelle visuelle analogique (EVA) sur smartphone. En cas d’alerte le service peut coordonner une réponse en lien avec la famille, les professionnels de santé et les partenaires médico-sociaux.

    Pour améliorer l’accès aux soins buccodentaires des résidents d’EHPAD grâce à des unités mobiles.

    Deux modèles d’unités mobiles sont testés par la fondation Ildys dans le Finistère et le programme de santé bucco-dentaire SBDM, porté par l’union régionale des chirurgiens-dentistes d’Auvergne Rhône-Alpes, dans le Puy de Dôme. Ces deux expérimentations ont fait l’objet d’un avis favorable de transposition dans le droit commun en 2024.

    Pour retarder l’âge d’entrée dans la perte d’autonomie

    La démarche ICOPE (Integrated Care for Older People) « soins intégrés pour les personnes âgées » est un programme de prévention de la perte d’autonomie axé sur le dépistage multidimensionnel du déclin fonctionnel lié à l’âge, élaboré par l’Organisation mondiale de la santé. Icope a été expérimenté pendant 3 ans par treize organisations territoriales différentes sur neuf régions, touchant 28 000 personnes. Le CTIS et le CSIS ont recommandé la prise en compte des enseignements de l’expérimentation ICOPE pour établir le cahier des charges du programme de dépistage précoce et de prévention de la perte d’autonomie des personnes âgées prévu par la loi « Bien Vieillir».

    Trois expérimentations du nouveau rôle du médecin traitant

    Dans la vision de l’Article 51, le médecin traitant travaillera en réseau avec les professionnels de proximité et il bénéficiera d’un accès privilégié aux expertises externes (hôpital et médecins spécialistes). Il pourra coordonner des parcours de soins pour les patients, notamment les plus vulnérables. Trois expérimentations du nouveau rôle du médecin généraliste sont en cours.

    • Le parcours PassCog (Parcours Ambulatoires pour Séniors avec troubles COGnitifs) s’inscrit dans une logique de soutien à la médecine générale pour les patients atteints de troubles cognitifs. Ce parcours ambulatoire est coordonné par le médecin traitant du diagnostic jusqu’à la prise en charge du patient et de l’aidant. Il est totalement financé avec trois forfaits :

    – → Un forfait diagnostic pour confirmer ou exclure une maladie neurocognitive ;

    – → Un forfait de prise en charge proposant des séances de suivi neuropsychologique pour les patients diagnostiqués ;

    – → Un forfait dédié aux aidants (sessions de psychoéducation).

    Cette expérimentation est déployée depuis 2021 en Île-de-France et en Bretagne et plus de 1 100 patients ont été inclus. L’évaluation est en cours.

    • RESALGO : lancé en 2024, RESALGO permet d’expérimenter un parcours de prise en charge coordonnée de la douleur chronique, centrée sur un binôme médecin traitant-infirmier. Le suivi en médecine générale a pour objectif d’autonomiser les patients dans la gestion de leur douleur chronique.
    • EQUIP ADDICT : le dispositif, dont la généralisation devrait intervenir courant 2025, réunit avec le médecin à son cabinet, un psychologue, un travailleur social et un expert en addictologie pour prendre en charge des patients présentant des addictions complexes. Il s’appuie sur les structures sanitaires (CPTS, MSP, CDS…) ou médico-sociales telles que les Centres de Soins, d’Accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA) ou les Centres d’Accueil et d’Accompagnement à la Réduction des risques pour Usagers de Drogues (CAARUD).

    Les autres secteurs concernés par les expérimentations

    • La santé mentale : Plus de deux tiers des expérimentations Article 51 comportent un volet « santé mentale » garant d’une prise en charge globale des patients. Elles ont nourri huit propositions pour une meilleure prise en charge de ces maladies.
    • L’obésité : 24 expérimentations autorisées dont 13 actives et 1 transposée. Ces expérimentations ont permis de renforcer ou seconder le médecin traitant dans la prise en charge des patients en situations d’obésité.
    • L’activité physique adaptée : 42 expérimentations autorisées dont 23 actives. Ces enseignements, ainsi que le guide de « Consultation et prescription médicale d’activité physique à des fins de santé chez l’adulte » de la Haute Autorité de santé permettront de structurer la feuille d’orientation présidant à l’inscription dans le droit commun de la prise en charge de l’activité physique adaptée pour les pathologies chroniques.
    • La santé des enfants protégés : 43 expérimentations autorisées, dont 10 actives et 1 transposée.

    Enfin le rapport analyse les projets qui n’ont pas été retenus ou qui ont été abandonnés et qui constituent 83% des dossiers déposés.

    Le rapport 2025 sur les innovations de l’Article 51 : https://sante.gouv.fr/IMG/pdf/rapport_parlement_art51_2025.pdf?utm_source=substack&utm_medium=email

     

  • Emed de Nexus devient le 2ᵉ DPI référencé dans le cadre du Ségur numérique vague 2

    Emed, deuxième DPI validé pour le Ségur vague 2

    La société Nexus/France annonce que sa solution Emed est désormais le deuxième DPI (dossier patient informatisé) officiellement référencé dans le cadre de la deuxième vague du Ségur du numérique en santé. Ce référencement atteste de la conformité du logiciel aux exigences d’interopérabilité et de sécurité renforcées fixées par le programme piloté par la Délégation ministérielle au numérique en santé (DNS). Ce nouveau référencement intervient dans un contexte de montée en puissance. Les dépôts de preuves par les éditeurs s’accélèrent.

    En novembre, c’était Softway Medical qui ouvrait la voie : son DPI Hopital Manager a été le premier à obtenir le référencement dans le cadre de la vague 2 du Ségur du numérique en santé. Confirmée par l’Agence du Numérique en Santé (ANS) le 20 novembre 2025, cette validation consacre l’investissement de l’éditeur français qui équipe déjà 1 300 établissements et digitalise près de 30 % des parcours hospitaliers en France.

    Le programme Ségur du numérique en santé, dont la deuxième vague se concentre sur les établissements de santé, vise à améliorer l’interopérabilité des systèmes d’information hospitaliers, à renforcer la qualité des échanges de données et à consolider la confiance des utilisateurs, professionnels comme patients. Le référencement des solutions comme Emed s’inscrit dans cette stratégie de transformation du numérique en santé.

    Avec deux DPI désormais référencés, le mouvement amorcé tend vers une généralisation progressive des logiciels conformes, à suivre.

  • Le CNGE dévoile EBiM, un agent d’IA souverain pour la recherche médicale en consultation

    EBiM repose sur la technologie de Mistral AI

    EBiM souhaite faire accélérer l’accès à des informations médicales fiables, actualisées et vérifiables pour soutenir les décisions cliniques des généralistes. L’outil veut aussi permettre aux médecins de s’inscrire activement dans la transformation numérique de leur métier.

    Le Collège National des Généralistes Enseignants (CNGE) a officialisé le lancement d’EBiM (Evidence-Based artificial Intelligence Medicine), un outil d’IA conçu pour répondre aux besoins des médecins généralistes en consultation. Développé en partenariat avec le Collège de la médecine générale et l’entreprise FASFOX, EBiM se positionne comme un assistant conversationnel spécialisé dans la recherche médicale rapide, fondé sur les principes de l’Evidence-Based Medicine. EBiM repose sur les modèles de langage avancés développés par Mistral AI, acteur français de référence. Son développement a été encadré par FASFOX pour l’ingénierie logicielle, et par le CNGE pour l’aspect scientifique. L’outil s’appuie sur une structuration méthodologique: instructions expertes, corpus validé, bibliothèques intégrées, règles de raisonnement précises, protocoles de transparence, et architecture conversationnelle optimisée. Chaque réponse cite ses sources de manière transparente (auteur, date, métadonnées) et donne accès aux documents originaux via des liens cliquables.

    Un corpus validé, évolutif et traçable

    Le corpus scientifique d’EBiM a été sélectionné, intégrant notamment les productions du CNGE. Il est supervisé par un conseil scientifique composé de praticiens et enseignants-chercheurs de médecine générale. Les utilisateurs auront un accès direct aux sources, et leurs retours alimenteront un processus d’amélioration continue. Le modèle sera régulièrement mis à jour pour intégrer les évolutions scientifiques et les besoins identifiés sur le terrain.

    Supervision humaine et garanties scientifiques

    EBiM a été testé par des enseignants en médecine générale selon une procédure structurée :

    • Questions standardisées couvrant plusieurs domaines (diagnostic, thérapeutique, préventif, administratif)
    • Contrôle des biais et validation des sources
    • Comparaisons avec d’autres outils d’IA existants
    • Mécanismes de vérification croisée pour limiter le risque d’hallucination
    • Itérations correctives pour améliorer la pertinence en pratique réelle

    Conseil scientifique :

    • Pr. Rémy Boussageon, Pr. Julie Dupouy, Pr. Stéphanie Sidorkiewicz, Pr. Olivier Saint-Lary, Pr. Catherine Plotton, Pr. Marc Bayen, Dr. Agnès Peltier (CMG)
  • NexSIS : un déploiement ralenti, un surcoût de 40 % et une généralisation prévue d’ici 2028

    Seuls 9 SIS équipés à mi-2025 malgré un lancement en 2018

    La Cour des comptes alerte, dans un rapport publié le 5 décembre 2025, sur les difficultés persistantes du déploiement de NexSIS, le nouveau système national d’aide à la gestion des appels d’urgence (18 et 112) et des interventions des services d’incendie et de secours (SIS). Ce projet vise à pallier l’obsolescence et la fragmentation des systèmes d’information, dénoncées depuis près de 15 ans par plusieurs institutions publiques. Conçu à la suite des attentats de 2015, NexSIS est porté par l’Agence du numérique de la sécurité civile (ANSC), créée en 2018 pour assurer son développement et son déploiement sur l’ensemble du territoire. Pourtant, à mi-2025, seuls neuf SIS en étaient équipés.

    la Cour des comptes pointe 3 ans de retard et une couverture partielle

    Le projet NexSIS accuse un retard de plus de trois ans. Ce décalage, conjugué à des évolutions de périmètre, a conduit à une réévaluation à la hausse de 40 % du coût total du programme, désormais estimé à 300 millions d’euros pour la période 2018-2031. Malgré ces difficultés, certaines avancées sont relevées, comme la mise en service du système Secourir, dédié à l’acheminement des appels d’urgence. Depuis 2023, NexSIS est entré en phase de déploiement. La Cour souligne néanmoins que la généralisation du système d’ici fin 2028 nécessitera une standardisation des méthodes de déploiement et un rythme soutenu sur l’ensemble du territoire.

    Un renforcement de l’ANSC et une coordination avec le SI-SAMU

    La coordination entre NexSIS et le SI-SAMU est identifiée comme une priorité, mais s’avère techniquement complexe. La synchronisation des calendriers de déploiement des deux systèmes est jugée indispensable par la Cour. L’ANSC, qualifiée d’opérateur sous-dimensionné, est confrontée à des limites structurelles dans sa gestion. Un réajustement du nombre d’emplois autorisés est recommandé afin de renforcer ses capacités internes. La Cour pointe aussi la fragilité du modèle économique de l’agence. Elle appelle à une implication renforcée du ministère de l’Intérieur pour concrétiser les économies attendues grâce à NexSIS et sécuriser son avenir au-delà du projet initial.

    Une gouvernance à consolider

    Au-delà du déploiement technique, la réussite de NexSIS repose également sur la gouvernance de l’ANSC. Le rapport insiste sur la nécessité d’améliorer la qualité de gestion de l’agence et d’assurer un pilotage stable, à même de garantir l’interopérabilité et la pérennité du système.

  • Prévention en santé : la HAS propose une boîte à outils et un espace de dialogue pour guider les décisions publiques

    Une boîte à outils pour homogénéiser les pratiques d’évaluation

    Dans une nouvelle analyse prospective, la Haute Autorité de santé (HAS) met l’accent sur la nécessité d’appuyer les décisions en prévention et promotion de la santé (PPS) sur des données probantes. Cette orientation, alignée avec son projet 2025-2030, vise à faciliter l’allocation des ressources publiques, à améliorer l’impact des interventions et à rassurer les décideurs sur les bénéfices attendus. La HAS appelle à une meilleure structuration des évaluations en amont des programmes, pour en estimer l’efficacité, les retombées économiques, la transférabilité ou encore les externalités.

    Pour soutenir cette démarche, la HAS propose la création d’une « boîte à outils » destinée aux acteurs impliqués dans la PPS, tant au niveau local que national, et au-delà du seul champ sanitaire. Elle comporterait un cadre de référence pour harmoniser les connaissances méthodologiques, adaptable à la diversité des interventions, qu’elles soient comportementales, structurelles, locales ou nationales.

    Ce cadre permettrait d’identifier les données probantes jugées nécessaires à la décision, qu’il s’agisse

    • de mesurer l’efficacité,
    • d’estimer les coûts
    • ou de juger de la possibilité de reproduire une intervention dans un autre contexte.

    La boîte à outils inclurait également un guide pratique pour la conduite des évaluations, visant à assurer leur réalisation au bon moment, avec les acteurs appropriés, et en cohérence avec les calendriers budgétaires.

    Un espace de dialogue pour mutualiser les efforts

    Au-delà des outils techniques, la HAS souligne la nécessité de structurer davantage le dialogue entre acteurs. Elle recommande la mise en place d’un espace national d’intermédiation, inspiré du Centre Australien de Partenariat pour la Prévention, qui agit comme interface entre science et politique. Cet espace aurait pour mission de clarifier les objectifs des interventions, d’identifier les besoins en données probantes, d’éviter les doublons et de faciliter l’interprétation partagée des résultats. Il pourrait être déployé à plusieurs échelles (nationale, territoriale) et impliquerait un large éventail d’acteurs : collectivités, secteur éducatif, environnemental, urbanisme, etc., dans une approche de « santé dans toutes les politiques ».

    La prochaine note prospective attendue début 2026 portera sur la robotique sociale.

  • IA et dermato : un modèle de langage multimodal améliore de 22 points la précision diagnostique des cas complexes

    Exposé à un LLM généraliste, un panel de treize experts en dermatologie a corrigé 120 erreurs diagnostiques initiales, avec un gain de confiance autoévaluée significatif, selon une étude menée au CHU de Lille.

    Un LLM testé sur 308 cas complexes du JAMA Dermatology Clinical Challenge

    Alors que les modèles d’IA égalent désormais les spécialistes sur certaines affections cutanées, leur utilité en situation clinique complexe restait incertaine. Une équipe du CHU de Lille a conduit une étude en deux temps pour évaluer l’impact d’un modèle de langage multimodal (LLM) sur le raisonnement diagnostique de dermatologues expérimentés. Contrairement aux systèmes reposant uniquement sur l’image, ces modèles interprètent simultanément textes et images, une approche plus proche du raisonnement médical réel.

    Dans une première phase, quatre LLM généralistes ont été comparés sur l’ensemble des 308 cas du JAMA Dermatology Clinical Challenge, couvrant un éventail de maladies inflammatoires, tumorales, infectieuses, génétiques et pédiatriques. Le modèle le plus performant, nommé GPT-o1, a atteint une précision globale de 80,2 %, avec des scores élevés même sur des pathologies rares, telles que les maladies génétiques (94,1 %) ou pédiatriques (73,1 %).

    Le recours à un LLM fait passer la justesse clinique de 58,6 % à 80,8 %

    La deuxième phase a impliqué treize dermatologues seniors de plusieurs centres hospitaliers (CHU de Lille, Caen, La Réunion, Arras, Valenciennes). Chacun a analysé 50 cas cliniques en deux étapes : d’abord seul, puis après consultation de la proposition générée par le LLM. La précision diagnostique moyenne est passée de 58,6 % à 80,8 % après exposition au modèle (p<0,001). La confiance autoévaluée, mesurée sur une échelle de Likert de 1 à 5, a également augmenté (de 3,2 à 4,05 ; p<0,01). Aucun lien n’a été observé entre l’ancienneté professionnelle et l’amélioration des performances, ce qui suggère un effet transversal du modèle sur la pratique clinique.

    Le recours au LLM a permis de corriger 120 erreurs initiales. Toutefois, il a aussi généré 14 erreurs supplémentaires, soulignant un risque de biais d’automatisation. Ce point a été relevé dans la discussion, avec des recommandations pour limiter ce risque, comme l’intégration de garde-fous (affichage explicite des incertitudes, justification des décisions cliniques en cas de désaccord).

    8 praticiens sur 11 favorables à une intégration en pratique clinique (les chercheurs appellent à plus d’évaluations en conditions ouvertes)

    Les participants ont globalement jugé les explications fournies par le modèle comme pertinentes. Huit praticiens sur onze se sont dits favorables à l’usage de ces outils dans leur pratique quotidienne. Les auteurs rappellent cependant que l’étude a été menée avec des cas à réponses prédéfinies, et que l’évaluation dans des formats ouverts reste nécessaire pour valider l’efficacité en conditions réelles.

    Cette étude, menée par le CHU de Lille en collaboration avec plusieurs centres hospitaliers et instituts de recherche (Inserm, Université de Lille, Institut Pasteur de Lille), démontre qu’un LLM multimodal peut jouer un rôle d’assistant cognitif auprès des spécialistes. Les auteurs appellent à une intégration raisonnée de ces outils, associée à des protocoles de sécurité et à une transparence sur les limites des modèles.

    Petit A, Darrigade A-S, Benkalfate A, Denis E, Gennai S, Hébert V, et al. Amélioration du raisonnement diagnostique en dermatologie par un modèle de langage multimodal. Ann Dermatol Venereol. 2024 Nov;151(6):S104.