12 Mds$ d’investissement dans le secteur
Lors d’une conférence en ligne, ce jour, consacrée à la restitution du position paper du Healthcare Data Institute (HDI), intitulé “Jusqu’où les données peuvent-elles accompagner la transformation de la santé par l’IA ?”, Stéphane Sclison, conseiller principal senior chez Iqvia et membre du conseil d’administration du HDI, indique que 12 milliards de dollars ont été investis en 2023 par le biais de d’accords commerciaux dédiés au développement de l’IA en santé. Soit deux fois plus qu’en 2022.
Ce constat montre que l’IA est devenue une des pierres angulaires du numérique en santé et qu’elle pourrait permettre de transformer les systèmes de soins dans le monde entier. Cependant, il y a encore beaucoup de défis auxquels doit répondre la France, insiste Stéphane Sclison, mais aussi toute l’Europe qui a un projet de partage régionale de la donnée de santé. Parmi ces défis, le modèle économique de l’IA en santé, ainsi que le cadre réglementaire qui ne facilite pas encore assez l’évolution de cette technologie au profit des patients et des soignants.
Dans sa publication, le HDI identifie “plusieurs domaines clés d’application de l’intelligence artificielle, tout au long du parcours de soins du patient et à l’échelle du système de santé”.
Une disparité dans la maturité des solutions selon les cas d’usage
Ingrid Dufour Bonami, qui dirige l’agenda du numérique en santé chez Bayer, explique que “l’intelligence artificielle suscite un intérêt croissant, qui est marqué par de nombreux projets innovants et de progrès technologiques prometteurs”. Ces solutions s’inscrivent dans de nombreux cas d’usage, allant de la prévention à la prise en charge des patients, en passant par leur suivi.
Diagnostic et télésurveillance parmi les cas d’usage les plus matures :
Le nombre de ces produits disponibles en France étant en forte croissance, la conférence du HDI a été l’occasion pour dresser un panorama de la maturité des solutions en fonction de leurs cas d’usage. Ce panorama montre que les solutions dotées d’IA les plus matures sont celles concernant le diagnostic augmenté, la télésurveillance, ainsi que le pilotage et l’organisation des systèmes de santé (approvisionnement, optimisation du temps soignant et organisation des flux).
Les solutions les moins matures, quant à elles, sont celles concernant la médecine de précision, la prévention des cancers, et la gestion des déserts médicaux, qui présentent un niveau de maturité “émergent” à “intermédiaire”.
À noter que, pour aucun des cas d’usage observés, la maturité des solutions n’a atteint un stade “généralisé”.

Des cas d’usages prometteurs dans la prévention et le diagnostic :
La conférence a, par ailleurs, permis à Stéphane Roques, directeur comptes stratégiques chez Medtronic et administrateur du HDI, de faire un zoom sur quelques cas d’usage en France :
- il y a beaucoup de solutions sur la prévention et le dépistage qui permettent de détecter des maladies très en amont, mais pourtant, à part dans quelques cas d’imagerie, peu d’applications en routine clinique ;
- pour le diagnostic augmenté, Stéphane Roques explique que c’est un cas d’usage fortement utilisé grâce à la robustesse des algorithmes permise grâce aux données qui ont été standardisées et partagées pour les communautés médicales et scientifiques depuis plusieurs années (pour ce cas d’usage, l’IA permet un gain immédiat pour le praticien ou pour l’établissement de santé qui dresse le diagnostic.
Des recommandations pour l’Europe, l’adoption de l’IA et de son contrôle
Plus qu’un moyen de faire le point sur la situation de l’IA en santé en France et en Europe, ce rapport a été l’occasion pour le HDI d’émettre 10 recommandations pour les décideurs du secteur. Ces recommandations se concentrent sur 6 points principaux, que sont l’adoption de l’IA, son développement, sa technique, son contrôle, la question éthique et celle de l’Europe.
Les 10 recommandations du HDI :
Ci-dessous, les 10 recommandations émises par le HDI pour permettre à l’IA d’accompagner la transformation de la santé en France et en Europe :
- 1️⃣ prioriser le financement de preuves de concept à grande échelle, notamment des projets d’apprentissage fédéré, au sein de tiers-lieux d’expérimentation dédiés, conditionnant ce soutien à l’interopérabilité et au déploiement rapide de ces programmes, ainsi qu’à une évaluation régulière et rigoureuse des avantages et des risques par un comité incluant patients et financeurs ;
- 2️⃣ élargir les méthodologies de référence et référentiels pour inclure davantage de projets, afin de faciliter l’accès aux données – tous les acteurs de l’écosystème sont encouragés à participer à la consultation de la Commission nationale de l’informatique et des libertés(Cnil) sur la révision de ces méthodologies ;
- 3️⃣ mettre en place un comité éthique et scientifique indépendant et unique pour rationaliser les processus d’évaluation ;
- 4️⃣ introduire des cadres réglementaires dynamiques, alignés avec les autres États membres de l’Union européenne, pour évaluer les systèmes d’IA en santé en vue du remboursement, afin de permettre des réévaluations plus fréquentes pour refléter les améliorations et les changements au fil du temps dans les technologies de traitement et de protection des données ;
- 5️⃣ clarifier le cadre réglementaire concernant la responsabilité médicale en cas d’erreur des systèmes d’IA en santé, et notamment ceux à vocation diagnostique ;
- 6️⃣ établir une convention unique pour gérer l’accès et la valorisation des données de santé, en s’inspirant du modèle déjà utilisé dans le contexte des études cliniques, avec pour objectif d’harmoniser les positions avec les acteurs européens ;
- 7️⃣ définir des normes techniques et des spécifications fonctionnelles lors de la mise en place de projets (tels que les appels d’offres et les entrepôts de données), afin d’assurer la robustesse, l’interopérabilité, la transparence et l’explicabilité de l’IA, contribuant ainsi à renforcer la confiance dans les initiatives nationales ;
- 8️⃣ lancer une campagne nationale d’information à destination du grand public sur l’utilisation de l’IA dans le domaine de la santé pour promouvoir une compréhension réaliste de cette technologie ;
- 9️⃣ intégrer des modules de formation sur l’IA et la data science spécifiques à chaque spécialité médicale dans le cadre de la formation continue, dans lesquels seraient inclus des cas pratiques, des simulations et des études de cas réels pour illustrer l’application de l’IA dans divers contextes cliniques ;
- 🔟 standardiser les informations pour faciliter la compréhension des recommandations de l’IA, ce qui inclut l’accès aux données sous-jacentes, en mettant particulièrement l’accent sur l’explicabilité de l’utilisation de l’IA dans les diagnostics et les traitements, renforçant ainsi la confiance entre les patients, les professionnels de santé et les fournisseurs de solutions.