- Environ 17 millions de personnes sont concernées, dont plus de 6 millions l’ignorent (54,9 % de ces hypertendus sont traités).
- Moins de 25 % des patients hypertendus ont une pression artérielle contrôlée.
- Le coût direct annuel de l’HTA est estimé à plus de 2 milliards d’euros (plus de 55 000 décès/an sont attribuables à l’HTA en France).
- 40 % des patients traités ne communiquent pas leurs résultats à leur médecin (moins de 25 % des patients hypertendus ont une pression artérielle contrôlée).
- Le dépistage repose essentiellement sur des mesures ponctuelles ou l’automesure.
- L’Assurance Maladie prévoit un repérage automatique des patients à risque via les données du SNDS.
- L’IA et les dispositifs médicaux numériques sont mobilisés pour améliorer le dépistage, le suivi, et l’adhésion au traitement.
- Reco : Remplacer les campagnes ponctuelles par une prévention continue et territorialisée.
- Reco : Financer du temps soignant pour accompagner les changements de mode de vie.
- Reco : Équiper tous les patients hypertendus d’un tensiomètre validé et fiable.
17 millions de Français hypertendus, mais moins d’un sur deux est traité
L’hypertension artérielle (HTA) se caractérise par une pression du sang sur la paroi des artères trop élevée, et de façon chronique. Selon les critères définis par la Haute autorité de santé (HAS), l’HTA est confirmée lorsqu’au repos, la pression artérielle est égale ou supérieure à 140/90 mmHg lors de plusieurs mesures réalisées à distance. Elle peut être « essentielle » (dans 90 % des cas) quand aucune cause unique n’est identifiée, ou « secondaire » si elle résulte d’une pathologie rénale, endocrinienne ou respiratoire comme l’apnée du sommeil.
En France, 17 millions d’adultes vivent avec une hypertension artérielle, dont plus de 30% sans le savoir. Environ 6 millions d’entre eux ignorent leur condition. L’HTA représente la première cause de mortalité prématurée en France (devant le tabac) et le deuxième facteur d’années de vie perdues en bonne santé. Chaque année, plus de 1,6 million de Français débutent un traitement antihypertenseur. Pourtant, seuls 25 % des patients ont une pression artérielle contrôlée, et moins d’un patient sur deux est traité.
Une maladie fréquente, silencieuse et mal contrôlée en France
Seuls 54,9 % des hypertendus connus sont sous traitement, et à peine 30 % atteignent les objectifs tensionnels recommandés
L’HTA est souvent asymptomatique. Son dépistage repose sur des mesures systématiques de la tension, en cabinet ou via l’automesure. La prévalence augmente avec l’âge : elle est de 6,3 % chez les 18-34 ans contre 68,3 % chez les 65-74 ans. Le vieillissement démographique, la sédentarité, la consommation excessive, l’obésité, le stress chronique et les inégalités sociales contribuent à son extension. Les femmes, notamment après la ménopause, sont de plus en plus concernées. L’HTA non contrôlée multiplie le risque de complications : infarctus, AVC, insuffisance rénale chronique, démence. Son dépistage et son suivi sont donc essentiels. Pourtant, la part des patients diagnostiqués et traités reste inférieure à la moyenne des pays développés.
Selon les données Esteban, environ 54,9 % des hypertendus connus sont traités, et 30 % ont une pression contrôlée. Plus de 40 % des patients traités ne sont pas observants, et près d’un sur cinq reçoit une monothérapie par bêta-bloquant, médication pourtant moins recommandée en première intention.
Plus de 55 000 décès et 2 milliards d’euros de coûts par an en France
En 2021, L’hypertension artérielle est à l’origine de plus de 55 000 décès en France, et de 400 000 hospitalisations complètes, représentant 6,2 millions de journées d’hospitalisation, dont plus de 3,4 millions liées à la maladie rénale chronique. Elle est également responsable de 1,15 million de cas de cardiopathie ischémique, 1,26 million de cas de maladie rénale chronique, et près de 190 000 cas de démence. Ce fardeau clinique mobilise des ressources importantes, à l’hôpital comme en soins de ville, et se traduit par un coût direct estimé à plus de deux milliards d’euros par an, en médicaments, consultations, examens et hospitalisations. À ces dépenses s’ajoutent des impacts indirects encore sous-évalués : perte d’autonomie, absentéisme, ralentissement de l’activité professionnelle, séquelles à long terme. L’analyse du Système national des données de santé (SNDS) met en évidence une charge disproportionnée chez les hommes de 55 à 74 ans, mais aussi une forte mortalité évitable avant 75 ans. La progression de la prévalence, portée par le vieillissement, la sédentarité et les inégalités sociales, laisse présager une aggravation durable du poids économique et sanitaire de l’HTA, dans un contexte où moins de 25 % des patients hypertendus ont une pression artérielle contrôlée.
59 % seulement des hypertendus disposent d’un tensiomètre personnel
Une prévention primaire réduite à des campagnes ponctuelles sans ancrage territorial
Faute de programme de dépistage systématique à l’échelle nationale, le repérage précoce reste très dépendant de l’initiative individuelle du patient ou du professionnel de santé. Ce mode de détection aléatoire explique en partie le nombre élevé de diagnostics posés tardivement, souvent à l’occasion d’une complication cardiovasculaire, rénale ou neurologique.
La stratégie de traitement de l’hypertension repose sur une double approche :
- D’une part, la modification du mode de vie avec une réduction de la consommation de sel, l’adoption d’une activité physique régulière, une alimentation équilibrée et le sevrage tabagique ;
- D’autre part, la prescription de traitements antihypertenseurs, souvent à vie.
Le recours à l’automesure tensionnelle est recommandé. Pourtant, seuls 59 % des hypertendus disposent d’un tensiomètre personnel, et 40 % des patients traités ne communiquent pas leurs résultats à leur médecin. L’éducation thérapeutique, inscrite dans les recommandations de la Haute Autorité de santé, reste peu déployée dans les parcours de soins courants. En parallèle, l’adhésion aux mesures hygiéno-diététiques est inégale, faute d’un accompagnement structuré. L’éducation thérapeutique, pourtant recommandée par la HAS, est peu mise en œuvre dans la pratique courante, notamment en soins primaires.
Dépistage, automesure, pédagogie : les pistes d’une meilleure prise en charge de l’HTA
Renforcer la prévention de l’HTA dès 40 ans
Le vieillissement de la population, la faible observance thérapeutique, la méconnaissance des risques et les disparités sociales et territoriales constituent des obstacles persistants. En Outre-mer, la prévalence de l’HTA dépassait 30 % en Martinique en 2021, avec une surreprésentation féminine. Ces données confirment la nécessité de renforcer les stratégies ciblées de prévention. Dans son rapport Charges et produits 2026, L’Assurance Maladie mise sur l’exploitation du Système national des données de santé (SNDS) pour automatiser le repérage des assurés à risque d’hypertension artérielle. Grâce à l’analyse croisée des données de remboursement et des profils cliniques, des alertes pourraient être adressées aux médecins traitants pour inciter à la mesure de la tension artérielle en consultation. Parallèlement, l’automesure tensionnelle est promue comme méthode pour affiner le diagnostic, en limitant les biais liés au contexte médical. L’association de cette pratique à des dispositifs de télésurveillance ou à des applications numériques permettrait un suivi plus régulier des patients, notamment en cas de suspicion d’HTA non contrôlée.

Pistes de réflexion :
- Intégrer la mesure de la tension artérielle dans les consultations de prévention tout au long de la vie.
- Cibler en priorité les personnes à risque : plus de 40 ans, antécédents familiaux, comorbidités métaboliques.
- Déployer le dépistage systématique en médecine du travail, en pharmacie, et via des campagnes de proximité.
- Équiper les patients hypertendus d’un tensiomètre validé.
- Former les patients et les professionnels à l’automesure selon les recommandations HAS.
- Organiser le recueil, l’analyse et le retour d’information sur les données mesurées (via messagerie sécurisée, outils numériques).
- Généraliser les programmes d’éducation thérapeutique du patient (ETP) en soins primaires.
- Financer du temps soignant dédié à l’accompagnement des changements de mode de vie.
- Intégrer des outils numériques d’aide à l’observance et au suivi thérapeutique (carnets connectés, alertes, télémonitoring).
- Ne plus se limiter à des campagnes annuelles ponctuelles : inscrire la prévention dans la durée.
- S’appuyer sur les CPTS, les collectivités, les associations et les acteurs de terrain pour des actions localisées et continues.
- Promouvoir l’activité physique, la réduction du sel, le sevrage tabagique et la lutte contre le stress dès le plus jeune âge.
- Mettre en place des outils de retour d’indicateurs aux prescripteurs (taux de contrôle tensionnel, suivi des traitements).
- Prioriser les territoires ultramarins, ruraux et périurbains dans les politiques de prévention.
- Financer des actions de médiation en santé pour améliorer l’accès au dépistage et au suivi.
- Identifier l’HTA comme une priorité de santé publique au même titre que le diabète ou les cancers.
- Mobiliser les données du SNDS pour suivre les indicateurs de dépistage, de traitement et de contrôle tensionnel.
- Intégrer l’HTA dans tous les plans nationaux transversaux (nutrition, vieillissement, maladies cardiovasculaires).
Prise en charge : les outils numériques validés cliniquement gagnent du terrain
Un soutien validé pour la gestion de l’hypertension
Les thérapies numériques et les objets connectés apportent un appui à la prise en charge de l’hypertension, en renforçant l’observance thérapeutique et la régularité du suivi à domicile. En France, l’application Noctua Care cible les patients atteints de pathologies cardiovasculaires, notamment après un syndrome coronarien aigu ou en cas d’HTA traitée. Elle propose un programme digital de 12 semaines renouvelables, articulé autour de modules éducatifs, de rappels de traitement, de conseils d’hygiène de vie et de gestion du stress, en conformité avec les recommandations européennes.
Autre exemple, SuiviHTA, développée par Solutions Santé Digitale, est une application gratuite validée scientifiquement par la Fondation Hypertension. Recommandée par les cardiologues et conforme aux recommandations de l’ESC 2024, elle permet aux patients et aux professionnels de réaliser et d’interpréter l’automesure tensionnelle. Deux formats sont proposés : un autotest ponctuel de dépistage, dès 30 ans (ou dès 20 ans en cas de facteur de risque), et une automesure sur trois jours selon la règle des 2-2-3. L’application génère des rapports PDF, conserve les données et guide l’utilisateur dans l’utilisation correcte du tensiomètre automatique.
Les données issues des objets connectés peuvent être transmises aux professionnels de santé via des applications. Ce flux d’informations alimente la télésurveillance, qui a démontré un bénéfice dans certaines populations spécifiques, comme les patients à HTA sévère ou les femmes enceintes. Néanmoins, l’étude
TASMINH4 n’a pas montré de différence significative entre une surveillance standard et la télésurveillance dans la population générale. Le coût et les exigences réglementaires freinent une généralisation à grande échelle.
Un dépistage incomplet et une observance fragile, l’IA redéfinit les priorités cliniques
Trois défaillances sont identifiées dans la chaîne de soins :
- Un dépistage incomplet,
- Une mesure souvent imprécise (erreur dans 60 % des cas),
- Et une observance thérapeutique insuffisante.
L’IA permet de cibler plus efficacement les populations à risque avant même l’apparition d’une HTA avérée. Des modèles prédictifs intègrent l’âge, les antécédents familiaux et les facteurs de risque pour recommander une surveillance adaptée. D’autres outils spécifiques sont développés, notamment pour la période périnatale. La mesure oscillométrique traditionnelle reste sujette à des biais (effet blouse blanche, mauvaise technique). Une nouvelle génération de dispositifs connectés, reposant sur la photopléthysmographie et l’analyse des ondes de pouls par deep learning, permet une mesure continue, sans pression sur le bras, jusqu’à 800 fois par jour. Ces dispositifs, encore en attente de validation réglementaire, ouvrent la voie à une surveillance plus précise et moins intrusive.
L’adhésion au traitement dépend du temps consacré à l’éducation thérapeutique, un temps contraint par la charge croissante des consultations. Des assistants numériques d’IA, enrichis de corpus scientifiques, ont été conçus pour prolonger le dialogue autour de la maladie. Le patient peut interagir avec ces interfaces sur des sujets liés au traitement, à la gestion des effets indésirables ou à ses résultats d’automesure.
L’IA permet aussi aux professionnels d’obtenir un appui décisionnel, qu’il s’agisse d’adapter un traitement, de poser un diagnostic ou de documenter une situation clinique complexe. L’analyse automatisée de données cliniques et biologiques permet d’anticiper les déséquilibres tensionnels et d’ajuster la stratégie thérapeutique.