- En 2024, la dépense courante de santé en France atteint 333 milliards d’euros, en hausse de +3,6 % par rapport à 2023, soit 11,4 % du PIB.
- Les dépenses de soins et de biens médicaux s’élèvent à 255 milliards d’euros en 2024, avec une progression qui reste modérée dans le contexte européen.
- 42 % des Français ont eu recours à la téléconsultation au moins une fois en 2024, signe d’une démocratisation de cet usage dans le parcours de soins (Baromètre Qare).
- 90 % des Français déclarent avoir déjà utilisé au moins un service numérique en santé (prise de rendez-vous, DMP, messagerie, appli mobile)
- 628 millions d’euros de fraude à l’Assurance maladie ont été détectés et/ou évités en 2024, soit une progression d’environ +35 % par rapport à 2023.
- Le nombre de passages aux urgences est resté très élevé, avec 20,9 millions de passages en 2023, soit un niveau supérieur à l’avant‑crise dans un quart des départements (Drees)
- Environ 2 700 entreprises de Healthtech étaient actives en France en 2024, contre 2 660 en 2023, avec plus de 80 nouvelles sociétés créées dans l’année (Source : Panorama France Biotech 2024).
Bien que la France investisse davantage que la moyenne OCDE en santé (11,5 % du PIB), elle consacre moins à la prévention (2,3 % des dépenses), et peine à répondre à certains besoins en soins non satisfaits.
Etat de santé des Français : des résultats globalement meilleurs que la moyenne OCDE
L’édition 2025 du Panorama de la santé de l’OCDE positionne la France au-dessus de la moyenne sur 6 des 10 indicateurs clés liés à l’état de santé et aux facteurs de risque. L’espérance de vie atteint 83 ans, soit 1,9 an de plus que la moyenne OCDE. Les mortalités évitables (114 pour 100 000) et par traitement (48 pour 100 000) y sont également inférieures à la moyenne. En revanche, certains indicateurs sont moins favorables : le taux de suicide s’élève à 13 pour 100 000 habitants (contre 11 en moyenne OCDE) et près de 10 % des Français estiment être en mauvaise ou très mauvaise santé (contre 8 % dans l’OCDE).
La France affiche une prévalence du tabagisme de 23,1 %, nettement supérieure à la moyenne OCDE de 14,8 %. La consommation d’alcool y est également plus élevée (10,4 litres/hab. vs 8,5). En revanche, la part d’adultes physiquement inactifs (27 %) et l’obésité autodéclarée (14 %) restent inférieures à la moyenne.
Des marges d’amélioration dans l’accès et la qualité des soins
Le pays se distingue par une couverture universelle des soins de base, alors que la moyenne OCDE est de 98 %. Elle dépasse également la moyenne pour la part des dépenses couvertes par le prépaiement obligatoire (84 % contre 75 %). Cependant, 4,1 % des Français déclarent des besoins médicaux non satisfaits, au-dessus de la moyenne OCDE (3,4 %). De plus, seulement 60 % des Français se disent satisfaits de la disponibilité des soins de qualité (contre 64 % en moyenne). En matière de qualité des soins, les résultats sont contrastés : la vaccination DTC des enfants atteint 96 % (au-dessus de la moyenne), mais le dépistage du cancer du sein concerne seulement 47 % des femmes (contre 55 %). La prescription d’antibiotiques reste élevée.
11,5 % du PIB pour la santé, un investissement important, une prévention encore marginale
Avec 7 367 euros par habitant, la France figure parmi les pays les plus dépensiers en santé (OCDE : 5 967 euros ). Cette dépense représente 11,5 % du PIB, soit plus de deux points au-dessus de la moyenne. Malgré cet effort, la part consacrée à la prévention reste modeste (2,3 % des dépenses de santé, contre 3,4 % dans l’OCDE). La France dispose d’un nombre moyen de médecins (3,9 pour 1 000 habitants), mais moins d’infirmiers (8,8 pour 1 000 contre 9,2) et surtout de personnel en soins de longue durée pour les plus de 65 ans (2,8 pour 100 personnes âgées contre 5 dans l’OCDE).
Plus de lits, mais moins de dispositifs d’imagerie
Le pays dispose de 5,4 lits d’hôpital pour 1 000 habitants, au-dessus de la moyenne OCDE (4,2). Toutefois, avec 44 équipements d’IRM, TDM ou TEP par million d’habitants, la France reste en deçà des 51 appareils en moyenne dans les pays de l’OCDE. Autre indicateur en retrait : la part des médicaments génériques dans le marché pharmaceutique est de 42 %, contre 56 % dans l’OCDE.
Un adulte sur cinq dort moins de 6 heures par nuit, un tiers souffre d’insomnie
L’édition 2024 du Baromètre de Santé publique France met en évidence des usages encore éloignés des recommandations de santé, et des disparités marquées selon les profils sociaux et économiques. Un peu plus d’un adulte sur cinq (22 %) déclare avoir dépassé, au cours des 7 derniers jours, les repères de consommation à moindre risque définis par Santé publique France. Le tabagisme quotidien concerne 17 % des adultes. La prévalence varie fortement selon l’âge : elle culmine à 22 % entre 40 et 59 ans, puis diminue chez les plus âgés. Les hommes (20 %) fument davantage que les femmes (15 %). Le temps de sommeil moyen est de 7h32 par 24h (siestes comprises), stable quel que soit le sexe. Cependant, 33 % des personnes se plaignent d’insomnie (difficultés d’endormissement ou réveils nocturnes), et 21,5 % sont considérées comme des « courts dormeurs » (≤ 6 h/nuit). Un peu plus d’un quart des adultes (28 %) déclarent passer plus de 7 heures par jour en position assise, en dehors du sommeil. Les étudiants sont les plus concernés (53,5 %), suivis des cadres (48,5 %).
Ce comportement sédentaire est plus fréquent parmi les personnes diplômées du supérieur (43 %), et celles déclarant une situation financière aisée (39 %), ce qui traduit une sédentarité davantage liée aux modes de vie professionnels et sociaux favorisés. Quatre adultes sur dix déclarent pratiquer régulièrement une activité physique de loisir. Les hommes (42 %) sont légèrement plus actifs que les femmes (39 %), avec un pic chez les 18-29 ans (44 %) et une baisse progressive avec l’âge. L’adhésion globale à la vaccination reste élevée (80 %), en progression par rapport à 2005 (61 %). Toutefois, 37 % des répondants expriment une opposition à certaines vaccinations. La Covid-19 concentre le plus de réticences (25 %), suivie de la grippe (7 %) et des hépatites (2 %). Plus d’un quart (28 %) des personnes interrogées déclarent avoir été exposées à au moins un événement climatique extrême au cours des deux dernières années (canicule, tempête, feu de forêt, inondation, sécheresse). Parmi elles, 37 % rapportent en avoir souffert physiquement (fatigue, maux de tête, vertiges), et 25,5 % psychologiquement. 71 % des personnes anticipent une nouvelle exposition d’ici deux ans, dont la majorité redoute des impacts sur leur santé mentale ou physique.
Santé mentale : 16 % des adultes ont connu un épisode dépressif en 2024, plus de la moitié sans recours aux soins
Selon les résultats du Baromètre 2024 de Santé publique France, 16 % des adultes âgés de 18 à 79 ans ont connu un épisode dépressif caractérisé (EDC) au cours des douze derniers mois. Le phénomène touche particulièrement les jeunes adultes (22 % des 18-29 ans), les femmes (18 % contre 13 % des hommes), les personnes en situation de précarité financière (28 % contre 9 % chez celles à l’aise financièrement), ainsi que les chômeurs (25 %), les inactifs (24 %) et les étudiants (22 %). Malgré cette prévalence, 56 % des personnes concernées n’ont pas consulté de professionnel de santé ou de santé mentale. Les principaux freins identifiés sont le coût des consultations, la crainte de la stigmatisation, ainsi que le manque d’information sur les ressources existantes, comme le révèle également une enquête CoviPrev. Aussi, les données de l’enquête EpiCov, met en évidence une augmentation des pensées suicidaires dans la population entre 2020 et 2022.
Sur la même période, les recours aux spécialistes progressent : 6 % des adultes ont consulté un psychologue (+2 points) et 3 % un psychiatre (+1 point), tandis que les consultations de médecine générale pour motif psychologique reculent (5 %, -2 points). Les psychologues deviennent le principal recours en santé mentale. Au total, 11,4 % de la population ont eu recours à un professionnel de santé pour un motif psychologique entre l’été 2021 et l’automne 2022.
L’étude souligne la persistance et l’amplification d’inégalités face à la santé mentale. Elle alerte sur la concentration de facteurs de risque chez certaines populations, notamment les jeunes femmes, et appelle à renforcer les actions de prévention ciblées et les réponses adaptées dans le système de soins.
Le Health Data Hub renforce son autonomie et accélère l’accès aux données de santé avec plus de 300 extractions
Le Health Data Hub (HDH) a franchi un cap dans la gestion des données de santé. Grâce à un partenariat avec la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM), le HDH est devenu autonome sur les phases de ciblage, d’extraction et d’appariement pour les projets relevant de la convention de cotraitance. Ce mode opératoire a permis la livraison de plus de 300 extractions et une trentaine d’appariements, contre une centaine de projets traités auparavant. Cette autonomie s’appuie sur un développement technique : la mise en œuvre d’un “concentrateur”, système d’information facilitant l’appariement direct via le NIR ou par reconstitution, avec chiffrement systématique des données directement identifiantes. Le projet de recherche SMPP de l’Université Paris-Cité a ainsi pu relier la cohorte Progène à la base principale du SNDS grâce à ce dispositif.
Ce changement a eu un effet sur les délais d’accès : le pilotage des projets est désormais plus fluide, avec une visibilité sur les temps de traitement. Des indicateurs ont été mis en place pour affiner le suivi, selon la typologie des projets. Le concentrateur, accessible via un portail web, permet également aux établissements de santé de gérer des projets multicentriques et de suivre l’avancement des traitements de leurs données. L’usage du concentrateur s’inscrit dans un travail d’industrialisation des processus du HDH, mené avec la CNAM et le ministère de la Santé. L’objectif est de simplifier les démarches administratives et de clarifier les procédures d’accès et de réutilisation. Dans ce cadre, le HDH contribue également à l’analyse d’impact du règlement européen EHDS sur les fonctions des organismes d’accès aux données de santé (HDABs).
Outre la base principale, le HDH poursuit l’enrichissement du catalogue du SNDS, qui comptera 22 bases début 2025. Parmi elles, 12 nouvelles sources ont été validées par la CNIL en février 2025, dont P4DP (entrepôt de médecine de ville), EPICOV, ESME ou BNDMR. Le Hub travaille également à l’intégration des métadonnées selon le standard européen HealthDCAT-AP et au format OMOP-CDM pour améliorer l’interopérabilité à l’échelle européenne.
Capacités hospitalières : 45 500 lits supprimés depuis 2013 mais un repli compensé par l’essor de l’hospitalisation partielle
En 2024, 2 965 entités géographiques disposaient de capacités d’accueil en France, regroupant 367 300 lits en hospitalisation complète et 91 200 places en hospitalisation partielle. Le nombre d’établissements de santé reste stable : 1 330 hôpitaux publics, 655 établissements privés à but non lucratif, et 980 cliniques privées. Les établissements publics concentrent 61 % des lits et 51 % des places. La baisse du nombre d’entités observée depuis 2013 (-5 %) s’explique principalement par les réorganisations dans le secteur public (-6,3 %).
La diminution des lits en 2024 est principalement portée par les hôpitaux publics (-1 100 lits) et les cliniques privées (-1 000), tandis que les établissements privés à but non lucratif en gagnent 100. Cette contraction s’explique par les évolutions organisationnelles et les tensions en personnel. Depuis 2013, 45 500 lits ont été supprimés (-11 %). En parallèle, le nombre de places en hospitalisation partielle continue d’augmenter (+3,1 % en 2024, après +4 % en 2023), tiré notamment par les hôpitaux publics en MCO (+5,6 %) et les cliniques privées en moyen séjour (+8,4 %).
237 200 médecins en activité, un exercice de plus en plus mixte
La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques recense 237 200 médecins en activité au 1er janvier 2025, soit une hausse de 1,6 % par rapport à l’année précédente. Cette progression s’inscrit dans une tendance longue : +9,9 % depuis 2012, en partie grâce à l’augmentation du numerus clausus entre 2000 et 2020 et à la montée en charge des médecins diplômés à l’étranger, désormais 11 % contre 7 % en 2012. Après six années de baisse continue, le nombre de médecins généralistes repart à la hausse : +1 % en un an, avec 100 000 praticiens recensés début 2025. Ce retournement est à mettre en perspective avec les effets de la création de nouvelles spécialités comme la médecine d’urgence ou l’allergologie en 2017, qui avaient contribué à reclasser une partie des généralistes. Les médecins de spécialités hors médecine générale sont désormais 137 200. Les psychiatres forment le premier contingent (16 000), suivis des chirurgiens (14 300), des anesthésistes-réanimateurs (13 500) et des spécialistes médico-techniques (13 200).
Mon espace santé : 17 millions d’activations en trois ans, mais les associations appellent à accélérer
Trois ans après son lancement, Mon espace santé compte 17 millions de comptes activés, soit plus d’un Français sur quatre. L’année marque une accélération : 6,5 millions de nouveaux utilisateurs, 2,5 millions de connexions mensuelles et 5 millions de téléchargements de l’application mobile, dont la moitié des usagers sont actifs d’un mois sur l’autre. Ce dynamisme s’explique par la généralisation du dépôt automatisé des documents médicaux : 300 millions de fichiers ont été intégrés à la plateforme, et 12 millions de personnes en ont consulté au moins un sur l’année. Chacun peut visualiser l’historique des accès, gérer les autorisations et consulter ses documents.
France Assos Santé, qui salue les avancées de l’année écoulée, appelle néanmoins à un renforcement rapide du service. La fédération pointe les freins techniques, mais surtout le manque d’appropriation par les professionnels de santé, dont les usages restent limités par des contraintes organisationnelles.
L’association relaie plusieurs recommandations issues du Comité citoyen de la Délégation ministérielle du numérique en santé, notamment :
- Permettre la délégation d’accès à un aidant de manière encadrée.
- Enrichir les contenus de prévention ciblée.
- Rendre l’espace unifié de gestion des droits sur les données plus lisibles, notamment pour la recherche.
- Clarifier les rubriques dédiées aux directives anticipées et à la désignation d’une personne de confiance.
Santé publique France ouvre Odissé, un portail open data pour accéder à plus de 90 indicateurs de santé
Le 2 décembre 2025, Santé publique France a mis en ligne Odissé, son nouveau portail open data. Il regroupe l’ensemble des indicateurs produits par l’agence à partir de plus de 70 systèmes de surveillance, d’enquêtes, et de son expertise scientifique. Conçu comme un outil de diffusion, Odissé permet d’explorer des données couvrant environ 90 pathologies ou déterminants de santé, en France métropolitaine comme dans les territoires ultramarins. Ces indicateurs concernent des thématiques variées : maladies chroniques ou infectieuses, santé environnementale, santé au travail ou encore comportements à risque (tabac, alcool, etc.). Certains sont accessibles jusqu’au niveau intercommunal (EPCI), permettant des analyses territorialisées fines.
Odissé se veut accessible à une grande diversité d’utilisateurs : professionnels de santé publique, chercheurs, décideurs, collectivités, journalistes ou citoyens. Il remplace Géodes, lancé en 2019, en proposant une ergonomie améliorée, un moteur de recherche enrichi par intelligence artificielle et des outils d’export avancés. Santé publique France accompagne ce lancement de deux tutoriels vidéo pour faciliter la prise en main selon les profils d’usage. L’ouil intègre une API facilitant l’extraction et l’intégration des données dans des projets de recherche ou d’analyse indépendants. L’objectif : encourager la réutilisation massive et structurée de données actualisées, fiables et documentées.