La crise de la démographie médicale en France
La pénurie de professionnels de santé, particulièrement dans les zones médicalement sous-denses, est une problématique structurelle. Selon une étude de l’INSEE (novembre 2024), les médecins généralistes s’installent le plus souvent près de leur lieu de naissance ou d’internat. Cette réalité renforce l’urgence de développer des stratégies innovantes pour inciter les jeunes médecins à s’installer temporairement ou durablement dans ces territoires.
Parmi les mesures évoquées, l’idée de stages en périphérie des centres hospitaliers universitaires (CHU) pour les étudiants en médecine est prometteuse, mais elle se heurte à la nécessité d’un encadrement adapté, souvent absent dans ces zones. Une autre initiative complémentaire, celle du “docteur junior ambulatoire”, repose sur des étudiants en fin d’internat, mais reste limitée par la rareté des maîtres de stage universitaires (MSU) et la faiblesse des structures locales.
Une proposition ambitieuse : l’assistanat territorial
Pour aller plus loin, un collectif propose la mise en place d’un assistanat territorial basé sur le volontariat. Ce dispositif s’adresserait à des médecins ayant terminé leur formation (thèse et diplôme validés) pour une durée d’un à deux ans.
Ce modèle présente plusieurs atouts :
- Autonomie médicale : Ces médecins n’ont pas besoin d’encadrement direct, bien qu’ils restent en lien avec des équipes universitaires pour garantir un suivi et une progression dans leur carrière.
- Renforcement de l’attractivité : Les assistants territoriaux pourraient devenir maîtres de stage à terme, formant ainsi la relève pour les générations suivantes.
- Impact rapide : Avec des promotions d’internes estimées à 10 500 dès 2026, ce dispositif pourrait mobiliser rapidement plusieurs milliers de jeunes médecins dans les territoires en tension.
- Adaptabilité : L’assistanat territorial concernerait toutes les disciplines médicales, répondant ainsi aux besoins globaux en matière d’accès aux soins.
Des incitations pour un contrat “gagnant-gagnant”
Pour rendre ce dispositif attractif, les collectivités territoriales devraient offrir des avantages concrets :
- Soutien matériel et logistique : Facilités de logement, garde d’enfants, aides à l’installation, et guichet unique pour accompagner les démarches administratives.
- Avantages financiers : Les assistants territoriaux bénéficieraient d’une prime d’exercice territorial et de droits comparables à ceux des assistants hospitaliers, renforçant ainsi la motivation des jeunes médecins à participer à ce programme.
- Évolutions de carrière : Les médecins libéraux pourraient accéder au contrat de début d’exercice, tandis que ceux optant pour l’hospitalier verraient leur ancienneté reconnue, avec des primes et des échelons de carrière supérieurs.
Une alternative à la contrainte
Contrairement à des mesures imposant l’installation en zones sous-denses, souvent inefficaces et contournables, cette approche repose sur l’incitation et la formation. Inspirée de dispositifs similaires ayant prouvé leur efficacité à l’international, elle mise sur un engagement volontaire et valorisant pour les jeunes médecins. Enfin, il est important de préserver l’attractivité des carrières hospitalo-universitaires, en alignant les avantages des chefs de clinique-assistants des hôpitaux (CCU-AH) sur ceux des assistants territoriaux. Cette cohérence est indispensable pour garantir la pérennité du système de formation et de recherche médicale.
Une réponse rapide à une crise urgente
L’assistanat territorial pourrait jouer un rôle pour améliorer rapidement l’accès aux soins dans les territoires en difficulté. En construisant un cadre attractif et bien accompagné, il permettrait de pallier la pénurie médicale tout en offrant une expérience formatrice et valorisante aux jeunes professionnels. Cette solution, loin d’être une contrainte, se veut un levier pour un système de santé plus équilibré et accessible.

