Béatrice Falise-Mirat, déléguée générale de Medicen, a accordé une interview à H&T à l’occasion des dix ans du pôle de compétitivité.
Elle revient sur les grandes réussites de Medicen et sur les défis posés aujourd’hui par le changement de tempo de l’innovation en santé.
Medicen fête ses 10 ans : que retenez-vous de cette première décennie d’existence ?
Nous avons rempli notre mission. Medicen compte aujourd’hui 276 adhérents, dont 217 PME. En 10 ans, 284 projets ont été labellisés, pour un montant total de financement d’1 milliard €. Au-delà des chiffres, nous avons su passer de projets simples à des projets structurants, inscrits dans la durée et impliquant de nombreux partenaires.
Je prendrai pour exemple le projet CReMEC/IMODI. Dans un premier temps, de 2006 à 2010, CReMEC a visé à créer une collection de 54 modèles in vivo de cancers colorectaux. Porté par la PME Oncodesign, il a rassemblé 3 groupes pharmaceutiques et 10 équipes académiques.
Le succès de ce projet a permis le développement d’IMODI, qui, autour du même porteur de projet, rassemble désormais 3 partenaires industriels supplémentaires et 12 nouveaux partenaires publics, avec pour objectif de faciliter la sélection de nouveaux traitements contre 9 pathologies cancéreuses. IMODI a reçu un financement de 13,4 millions d’€ dans le cadre de l’appel à projets « Projets de R&D structurants pour la compétitivité ».
Je pourrais également citer les projets HECAM, autour du cancer du foie, FlexMIm, pour l’anatomo-cythopathologie, ou encore DexEos pour l’imagerie ostéo-articulaire.
Comment se caractérise aujourd’hui la filière francilienne de la santé ? Quel avenir pour elle ?
8% des emplois franciliens sont dans la santé. La concentration académique et hospitalière est exceptionnelle, et 50 % de la R&D en sciences du vivant a lieu en Ile-de-France.
Pour autant, la compétition internationale est telle qu’il faut aller vite si nous souhaitons conserver cette excellence.
Nous regrettons que la santé ne soit pas considérée comme un secteur stratégique au même titre que l’aéronautique, le transport ou la défense. Les entreprises de santé vont façonner l’indépendance stratégique et économique du pays.
Quels sont les grands défis du pôle ces prochaines années ?
Nous avons trois défis aujourd’hui :
- continuer à accélérer la dynamique de projets ;
- construire sur les passerelles technologiques et disciplinaires (physique, maths…) ;
- développer de nouveaux champs technologiques dans les industries de santé.
Le numérique est également un enjeu important pour nous. Il faut développer un numérique « hard », c’est-à-dire qu’il ne faut pas oublier la robotique, les capteurs, les marqueurs, etc.
Dans cette perspective, Medicen a déjà connu quelques inflexions récentes :
- un focus sur l’attractivité du territoire, qu’il s’agisse d’accompagnement des PME à l’export (out) ou d’attraction d’entreprises étrangères (in) ;
- une attention particulière sur la formation, car il faut de plus en plus des moutons à 5 pattes ;
- une rationalisation des lieux de développement des entreprises (incubateurs, pépinières…) en Ile-de-France.
Le secteur de la santé est aujourd’hui bouleversé par de grandes innovations de rupture : va-t-on vers un système sans médecins ?
Nous sommes déjà dans la médecine de demain. Comme l’a dit un des intervenants de cette journée, le numérique est l’électricité du siècle dernier : c’est un moyen et non une fin. Il ne remplacera pas les hommes du métier.