« L’organisation générale du système de santé et de soins change peu quand tout évolue », affirme le Dr Béatrice Falise-Mirat, déléguée générale de Medicen.
Dans une tribune pour Health & Tech Intelligence, elle insiste sur la nécessaire évolution du parcours de soins, sur le rôle du patient, sur l’impact des données de santé et sur l’accès de l’innovation au marché.
Les innovations technologiques et la montée en puissance du numérique bouleversent dans tous les domaines les organisations et les métiers. Les sciences du vivant, biotechnologies, technologies médicales, santé numérique sont également impactées : les patients ne sont plus les mêmes, les pathologies ont changé, les traitements évoluent rapidement. La médecine devient personnalisée, la chirurgie non invasive, les séjours hospitaliers raccourcissent, et la prise en charge devrait se faire beaucoup plus souvent au domicile. Mais, paradoxalement, l’organisation générale du système de santé et de soins change peu, quand tout évolue …
« Aujourd’hui les patients sont essentiellement chroniques »
Il y a cent ans, la première cause de mortalité était la grippe, les pathologies infectieuses. Le système de soins était organisé pour guérir le patient malade, et la santé publique traitait d’hygiène. Aujourd’hui, les patients sont essentiellement chroniques. Ils ne guérissent pas et vivre avec leur maladie impacte leur quotidien, leur travail, leur cercle familial. Un diabétique dit devoir penser à sa pathologie toutes les 20mn, quand il ne voit un médecin que 4 ou 5 heures tout cumulé dans l’année – comment peut-on répondre à ses attentes et ses besoins au quotidien ? De plus, ces pathologies chroniques sont souvent liées au comportement des patients : sédentarité, tabac, alcool, nutrition sont les premières causes de morbidité et mortalité. On est malade et on meurt très souvent de son mode de vie. La santé publique ne parle plus essentiellement d’hygiène, mais de prévention, d’information, d’éducation. Hors ces points restent des parents pauvres de notre système de santé.
Ces problématiques sont partagées par pratiquement tous les systèmes de santé, et certains ont mis en place des organisations différentes, innovantes, utilisant les outils numériques et les données pour apporter des réponses différentes aux personnes.
« Le patient est actif et partie prenante »
Parcours de patients, plateforme de coordination, parcours de soins… évoquent une idée commune : le patient est en interaction souple avec un ensemble de professionnels de santé impliqués dans sa prise en charge, ces professionnels partageant les données médicales du patient et les protocoles mis en œuvre. Le patient est actif et partie prenante dans cette organisation, partageant données et informations avec tous ces professionnels. Cette transparence, ce partage permettent d’apporter au patient un suivi souple interactif, adapté à son cas, utilisant par exemple des moyens comme les messageries numériques, les sms, le téléphone, internet…
Dans ces organisations, la notion d’acte médical apparait souvent non adaptée, et se mettent en place des rémunérations différentes comme le forfait ou la capitation.
« Un système rémunéré sur la bonne santé »
Ainsi par exemple, dans une organisation de santé rémunérée par capitation – somme fixe allouée au système par citoyen devant être pris en charge – l’intérêt du système de santé change : l’objectif n’est plus de soigner un malade dans le cadre d’un acte rémunéré, mais de maintenir une personne en bonne santé – moins la personne étant malade, plus le système étant financièrement viable. On passe ainsi d’une organisation rémunérée sur la maladie à un système rémunéré sur la bonne santé.
Dans ce contexte, un certain nombre de points sont à assurer : maintenir la qualité (l’intégrer dans les objectifs), assurer la rémunération des professionnels de santé (qui peuvent être intéressés à la qualité et à la performance du système de soins…), évaluer la satisfaction des personnes. De telles organisations existent, et parfois près de nous, comme dans la région de Valence en Espagne (Alzira), où pour prendre au mieux la bonne santé des personnes, l’éducation à la santé des personnes commence dès l’école.
« Les données sont un levier essentiel de l’innovation »
Un focus doit être fait sur les données : data mining, big data, open data, autant de termes qui traduisent l’importance de ces données dans nos écosystèmes. De fait, les données (de santé, personnelles, ou autres) sont un levier essentiel de l’innovation en santé : pour l’organisation des soins : coordination et partage, mise en commun de savoirs ; pour la mise en place de la prévention : éducation des personnes, suivi et coaching ; pour le pilotage et du système de santé : analyse et évaluation des organisations en place ; pour la recherche : modélisation, l’anticipation… L’Europe et la France mènent des réflexions et s’organisent autour de cette thématique : règlement européen, groupes de travail, loi de sante… Mais s’il est fondamental de se donner les moyens de protéger nos fondamentaux (protection des personnes et de la vie privée), il est important de rester positionnés et actifs dans cette course à l’innovation, ne serait-ce que pour garder la maitrise des futurs traitements proposés aux français et européens.
« Entrer dans la réalité du marché »
De manière plus générale, nous devons progresser sur l’intégration des solutions innovantes dans les organisations de soins : si notre pays encourage et aide très activement l’émergence de l’innovation, les PME se trouvent souvent en grande difficulté pour entrer dans la réalité du marché. Nombreuses sont celles qui partent alors à l’international. Accompagner cette croissance doit entrer dans les préoccupations nationales.
L’image de notre système de santé est forte mais pourrait vite pâlir. Il faut définir une a trajectoire pour évoluer, répondre par de nouvelles organisations, de nouveaux moyens aux attentes des personnes, et faire de la bonne santé pour tous un objectif partagé.