Medtech

  • Étude : 9 applis sur 10 dédiées au suicide ne sont pas conformes aux recommandations (BMC Medicine)

    La plupart des applications mobiles (93 %) pour la prévention du suicide et la gestion de la dépression ne fournissent pas les 6 stratégies de prévention du suicide qui sont couramment recommandées dans les directives cliniques internationales. Les chercheurs de la Nanyang Technological University de Singapour (NTU Singapour) ont même constaté que plusieurs applications téléchargées plus d’un million de fois qui indiquaient des numéros de téléphone d’urgence incorrects ont été trouvés disponibles dans le monde. Les résultats de leur étude* ont été publiés le 19 décembre 2019 dans la revue BMC Medicine.

    Suicide : prévenir le passage à l’acte en développant des applis mobiles

    Plus de 16 millions de tentatives de suicide sont enregistrées chaque année dans le monde. Et 800 000 suicides sont perpétrées. C’est la deuxième cause de mortalité évitable dans le monde. Pour éviter ce passage à l’acte, une aide est nécessaire. Or, 40 % des personnes ayant des pensées ou des comportements suicidaires ne recherchent pas de soins médicaux ou n’y ont pas accès, en particulier dans les pays en développement. Les interventions numériques fournies en ligne ou via des appareils mobiles peuvent augmenter l’accès à l’aide et aux soins de santé mentale. D’autant que les patients se sentent souvent plus à l’aise pour discuter de leurs troubles psychologiques en ligne que lors d’une rencontre en face à face. Bon nombre d’entre eux considèrent internet accessible, abordable et pratique. Encore faut-il que les applications mobiles soient à la hauteur de l’enjeu et utilisent des méthodes fondées sur des preuves.

    Pour le savoir, une équipe de chercheurs singapouriens, australiens, hollandais et britanniques ont mené l’enquête. Ils ont examiné 69 applications à la suite d’une recherche systématique sur l’App Store d’Apple et Google Play : 20 étaient des applications de gestion de la dépression et 46 étaient consacrées à la prévention du suicide. Les chercheurs ont voulu évaluer si ces applications mobiles reprenaient bien l’ensemble des recommandations internationales sur le suicide.

    La qualité des conseils passée au crible

    6 stratégies pour prévenir le suicide, fondées sur des preuves, font partie des recommandations américaine, britannique et de celles de l’OMS :

    • le suivi de l’humeur et des pensées suicidaires ;
    • l’élaboration d’un plan de sécurité ;
    • la recommandation d’activités pour déterminer les pensées suicidaires ;
    • l’information et l’éducation aux les signes de suicidalité ;
    • l’accès aux réseaux de soutien ;
    • et les conseils d’urgence.

    Les résultats de cette étude ont été publiés le 19 décembre 2019 dans la revue BMC Medicine.

    Résultats : 1 appli sur 10 conforme aux recommandations

    • 93 % des applis ne fournissent pas les 6 stratégies de prévention du suicide recommandées ;
    • 94 % des applications testées donnaient des coordonnées en cas d’urgence ;
    • 67 % fournissaient un accès direct à une ligne d’assistance en cas de crise ;
    • 51 % délivraient une éducation liée au suicide ;
    • 12 % des applications de gestion de la dépression étaient des chatbots ;
    • 9 % ont fourni un numéro d’assistance téléphonique de crise erroné.

    Les auteurs de ces travaux estiment que ces résultats démontrent l’échec des magasins d’applications Apple et Google ainsi que de l’industrie des applications de santé en matière d’auto-gouvernance et d’assurance qualité et sécurité. « Les niveaux de gouvernance doivent être stratifiés en fonction des risques et des avantages pour les utilisateurs de l’application, par exemple lorsque des conseils de prévention du suicide sont fournis », soulignent-t-ils.

    Un appel à une plus grande vigilance des développeurs

    En outre, les chercheurs se sont insurgés du fait que « des numéros de téléphone d’assistance téléphonique inexistants ou inexacts ont été fournis par des applications de santé mentale téléchargées plus de 2 millions de fois ». Il est essentiel, selon eux, « que les développeurs d’applications mobiles veillent à ce que les informations contenues dans leurs applications soient mises à jour ».

    En conclusion, ils ont cependant tenu à rappeler que le suicide étant un problème complexe et multiforme, les applications mobiles ne doivent donc pas se substituer aux interventions existantes mais plutôt être conçues comme un complément « au pool de ressources existant ».

  • Voluntis s’allie à Salesforce pour lancer une plateforme de prescription des thérapies digitales

    Voluntis, spécialiste en thérapies digitales (DTx), va collaborer avec Salesforce, groupe expert en gestion de la relation client (CRM), pour lancer Voluntis Practice Solutions (VPS), sa plateforme de services de prescription et de remboursement des DTx. La mise en service de la solution est prévue au deuxième trimestre 2020 avec une première version centrée sur le domaine du diabète, précise l’entreprise dans un communiqué publié le 16 décembre 2019.

    L’objectif de la plateforme est de soutenir les pratiques utilisant les solutions propriétaires de Voluntis aux États-Unis et d’automatiser le support des activités de facturation des professionnels de santé et de gestion du cycle des revenus. La plateforme intégrera les codes CPT (Current Procedural Terminology) récemment établis par les Centers for Medicare & Medicaid Services (CMS) aux États-Unis dans l’objectif « d’encourager l’adoption des technologies numériques pour la gestion des maladies chroniques« , explique la société française.

    Ce partenariat a pour objectif de permettre l’extension future de VPS à des solutions de santé digitales « développées par des tiers, à d’autres zones géographiques et à d’autres schémas de remboursement, y compris les contrats de performance (value-based health care) », ajoute-t-elle.

    L’IA pour mieux anticiper les comportements des utilisateurs

    « Les professionnels de santé ont souvent besoin de soutien pour intégrer les thérapies digitales dans leur organisation au quotidien et facturer les activités de gestion à distance des patients tout au long de leur parcours thérapeutique », contextualise Voluntis.

    Pour répondre à ce besoin, l’entreprise a lancé une offre de services, avec un premier focus sur le domaine du diabète.

    Dans le cadre du partenariat avec Salesforce, Voluntis « automatisera ces tâches administratives » pour que les professionnels de santé puissent adopter plus facilement les thérapies digitales dans leur pratique quotidienne.

    Par le biais de l’intelligence artificielle (IA), la plateforme pourra aider à identifier et à anticiper les comportements des utilisateurs, « en favorisant des interactions (…) personnalisées qui contribueront à l’engagement prolongé des patients, à l’amélioration des résultats des traitements et à une gestion clinique plus efficace », ajoute Voluntis.

  • Étude : essor de la télécontraception et surestimation de la sécurité des nouvelles pratiques

    L’Association des pharmaciens américains (AphA) estime que la télécontraception pourrait permettre de rétablir une certaine égalité d’accès aux médicaments contraceptifs tout en garantissant la sécurité des patientes.

    Cette affirmation de l’AphA, émise dans un communiqué daté du 1er novembre 2019, est en fait fondée sur les résultats d’une étude* publiée en septembre 2019 dans le New England Journal of Medicine. Largement diffusée dans le monde anglo-saxon, cette recherche intitulée « A Study of Telecontraception » (« Une étude de la télécontraception« )* montre par une méthodologie utilisant de fausses patientes :
    • que la télécontraception pourrait faciliter l’accès à la contraception pour toutes ;
    • que certains sites de télécontraception respecteraient mieux les recommandations de prescription que certaines cliniques américaines spécialisées dans les consultations physiques de contraception ;
    • que le service proposé par la plupart des sites internet est plutôt sûr.

    Les auteurs précisent cependant que le service de télécontraception proposé par ces nouveaux acteurs n’est pas parfait. En effet, ces derniers devraient :
    • s’intéresser un peu plus au suivi de l’observance des médicaments prescrits ;
    • mieux contrôler les contre-indications rares aux contraceptifs oraux éventuellement présentées par certaines patientes ;
    • mieux informer les patientes de l’existence d’alternatives aux contraceptifs oraux.

    La télécontraception, pratique visant à faciliter l’accès à des moyens de contraception sur ordonnance par consultation à distance de professionnels de santé, émerge aux États-Unis. De plus en plus de sites internet proposent ce service en ligne, un nombre croissant de patientes tente d’obtenir une pilule contraceptive sans solliciter de consultation physique chez un prescripteur, et plusieurs associations de professionnels partagent publiquement l’engouement des femmes pour cette nouvelle pratique.

    L’enthousiasme pour les premiers résultats de cette étude s’exprime dans le contexte d’intenses débats aux États-Unis concernant la réglementation de l’accès aux contraceptifs hormonaux : de nombreuses patientes et de nombreux gynécologues demandent à ce que les contraceptifs oraux (pilules) et locaux (anneaux vaginaux, etc.) actuellement sur ordonnance obligatoire deviennent disponibles sans prescription (over the counter – OTC).

    En France, alors que la télémédecine émerge notamment en gynécologie, la télécontraception telle qu’elle est pratiquée aux États-Unis ne semble pas suivre un développement aussi rapide.

    La télécontraception évaluée sur 9 plateformes en ligne américaines

    Service évalué

    Les auteurs ont évalué le service de télécontraception rendu par 9 plateformes en ligne américaines (non nommées dans l’étude). Ce service de télécontraception permet aux patientes de recevoir par courrier ou directement dans leur pharmacie une prescription de contraceptifs après connexion à la plateforme et remplissage d’un questionnaire éventuellement suivi d’un échange de messages ou d’un appel vidéo. Les auteurs ne précisent pas pourquoi ces 9 plateformes ont été sélectionnées (n’en existe-t-il que 9 aux États-Unis ? Ces plateformes sont-elles les plus utilisées ? etc.).

    Les auteurs se sont attachés à examiner l’efficacité des questionnaires concernant le dépistage de contre-indications à certains contraceptifs hormonaux et de l’inobservance de traitements quotidiens. Ces questionnaires sont-ils suffisamment robustes pour mettre en évidence les contre-indications présentées par certaines patientes et éviter que ces dernières ne reçoivent une prescription dangereuse pour leur santé ? Permettent-ils de prévoir l’observance des patientes ? Ces questions sont assimilées par les auteurs à celle de la sécurité du service proposé.

    Une méthode fondée sur le recours à des « patients secrets »

    Les auteurs ont recruté 7 patientes fictives. Le profil de chaque patiente était tel que chacune présentait soit des difficultés d’observance de la prise quotidienne d’un médicament, soit un ensemble de contre-indications relatives ou absolues aux contraceptifs oraux (antécédent de thrombose veineuse profonde ; allaitement et moins de 15 jours de post-partum ; migraine avec aura ; adénome hépatocellulaire).

    Entre octobre 2018 et mars 2019, les 7 patientes ont effectué 63 demandes de prescription pour des contraceptifs oraux auprès des 9 plateformes évaluées. Sur ces 63 demandes, 45 correspondaient à des profils comportant des contre-indications médicales aux pilules contraceptives, et 18 correspondaient à des profils de patientes non observantes.

    Des résultats mitigés notamment concernant la sécurité

    • Sécurité

    Deux des 9 plateformes ont contacté les patientes immédiatement après qu’elles aient rempli le questionnaire par appel vidéo. Au total, environ 30 % des connexions ont été suivies d’un échange soit écrit sous forme de messages texte, soit oral pendant un appel téléphonique, soit vidéo pendant un appel vidéo. 3 plateformes n’ont exigé aucune autre interaction patient-plateforme que le questionnaire.

    Sur les 45 visites au cours desquelles les patientes ont présenté des contre-indications médicales aux contraceptifs oraux, 3 ont mené à la prescription d’une pilule contre-indiquée : 93 % des sollicitations ont mené à une prise en charge non dangereuse pour les patientes.

    Aucune des plateformes examinées n’a vérifié l’aptitude des patients à observer quotidiennement le traitement par contraceptifs oraux.

    Concernant l’information des patientes, 2 des 9 plateformes ont rappelé aux patientes l’existence de moyens de contraception autres que la pilule.

    • Efficience

    Les plateformes choisies étaient disponibles dans chaque état des États-Unis.

    Chaque acte de télémédecine contraceptive a duré en moyenne entre 7,5 minutes (temps de connexion et de remplissage du questionnaire en ligne compris).

    Concernant le délai d’obtention de la prescription, des ordonnances ont été reçues par les patientes fictives soit le jour-même par voie électronique à la pharmacie, soit à leur domicile en version papier après une attente de 7 jours en moyenne (3 jours au minimum, 14 jours au maximum).

    Le coût total moyen d’une ordonnance de 12 mois pour un patient non assuré était de 313 dollars américain (environ 284 €) – coût à peu près équivalent à celui d’une consultation habituelle chez un spécialiste aux États-Unis.

    Conclusion : un faible niveau de preuve

    Dans leurs conclusions, les chercheurs ne discutent pas du nombre relativement faible d’actes de télécontraception effectués : 63 actes et 7 profils de patientes ne suffisent pas à obtenir des résultats hautement significatifs – cette étude reste à faible niveau de preuve.

    Par ailleurs, ils ne rappellent pas en clôture de l’article que 10 % des patientes concernées par des contre-indications à des contraceptifs oraux ont tout de même reçu une ordonnance pour des médicaments non adaptés à leur profil et potentiellement dangereux pour leur santé.

    Les auteurs indiquent simplement que les fournisseurs de services de télécontraception « pourraient améliorer la qualité de leur service en améliorant le dépistage de la non-observance du traitement par la patiente (…) et des contre-indications rares aux contraceptifs oraux ». 

    Ils incitent cependant ces plateformes à « s’assurer que les patientes connaissent [l’existence d’autres] contraceptifs ».

    Contexte de parution de l’étude : rendre la pilule plus accessible aux Etats-Unis

    Cette étude a été publiée dans un contexte d’intenses débats concernant l’accès aux contraceptifs hormonaux tels que les pilules contraceptives.

    La fin du mois de septembre a en effet été marqué aux États-Unis par un « World Contraception Day » (journée mondiale de la contraception) au cours duquel de nombreux professionnels de la santé et patientes ont réclamé à ce que tous les moyens de contraception deviennent disponibles sans ordonnance obligatoire (over the counter – OTC drugs), c’est-à-dire sans consultations obligatoires et régulières chez le médecin. Il s’agit, pour les militants, de réduire le nombre de grossesses non souhaitées en facilitant l’accès matériel (et non pas seulement l’accès économique qui a avoir avec la question de la couverture par les assurances) aux technologies de contrôle des naissances.

    Ce débat n’est en fait pas si nouveau puisqu’en 2012, l’American College of Obstetricians and Gynecologists proposait dans des recommandations de faire des pilules contraceptives et des autres contraceptifs hormonaux, anneaux vaginaux y compris, des médicaments à prescription non obligatoire, à l’instar des pilules de contraception d’urgence.

    La télémédecine contraceptive en France

    La télémédecine pour recevoir une réponse rapide à des interrogations en gynécologie

    Les plateformes de télémédecine développement depuis 2018 des services spécialisés en gynécologie. La plateforme MesDocteurs a par exemple développé le service de télémédecine gynécologique Parl’oGyn en mai 2018.

    Des statistiques diffusées par communiqué environ 6 mois après le lancement de Parl’oGyn permettent d’appréhender le succès de ce type de services auprès des utilisatrices françaises.

    Ces dernières ont en effet été environ 10 000 à consulter Parl’oGyn dans les 6 mois suivant son lancement en particulier pour une réponse immédiate à une question unique. 5 555 d’entre elles ont été mises en contact avec un gynécologue au sein d’un chat, 131 au cours d’un appel, et 18 lors d’une visioconférence : il s’agit de poser une question et d’obtenir une réponse rapide puis de consulter son médecin traitant ou son gynécologue habituel. « Ce projet est en support d’une consultation car plus de 70% des utilisatrices déclarent vouloir certainement ou probablement consulter leurs médecins traitants ou gynécologues suite à cet échange », a  en effet rapporté la société dans une infographie. Il ne s’agit donc pas d’échanges visant à mener uniquement et rapidement à l’obtention d’une ordonnance mais plutôt à solliciter un avis, une réponse à des questions relativement générales concernant la contraception, la grossesse ou la sexualité.

    Recevoir facilement une ordonnance électronique

    D’autres plateformes telles que la plateforme Feeli tendent cependant à se développer en gynécologie comme dans d’autres spécialités selon un modèle plus proche du modèle américain décrit. Elles permettent d’accéder facilement à une prescription.

    En effet, cette dernière plateforme, Feeli, propose elle aussi de remplir un questionnaire alors « examiné par un docteur » [source : site Feeli] et éventuellement complété par une prise de contact (messagerie, téléphone ou appel visio), puis de recevoir une ordonnance « numérique et personnalisée » au sein d’un « espace utilisateur ».

    L’entreprise n’a pas publié de statistiques permettant d’appréhender l’engouement éventuel des patientes françaises pour le secteur « gynécologie » de ce service.

    Télécontraception et risque de vente illégale de contraceptifs oraux sur internet

    D’autres plateformes francophones mais souvent non françaises proposant d’obtenir une contraception hormonale sans ordonnance se multiplient sur l’Internet français.

    Ces plateformes ressemblent à des plateformes de télémédecine gynécologique ou de télécontraception dans la mesure où :

    • elles semblent spécialisées en gynécologie ou contraception ;
    • elles proposent également de remplir un questionnaire visant à obtenir une ordonnance personnalisée.

    Cependant, ces plateformes sont souvent des sites internet facilitant la vente de pilules contraceptives en ligne : il s’agit, suite à la remise du questionnaire en ligne, de générer une ordonnance permettant à la patiente d’acheter directement des contraceptifs sur le site internet concerné.

    La vente des contraceptifs oraux en ligne est cependant interdite en France à l’instar de tout médicament soumis à prescription obligatoire. Seuls les moyens de contraception d’urgence tels que les pilules dites du lendemain (Levonorgestrel, Ulipristal), disponibles sans ordonnance, peuvent-être vendus sur Internet par des pharmacies agréées.

    Les médias diffusant des informations concernant la télécontraception devraient donc également alerter les patientes et insister sur la distinction entre télémédecine et pratiques frauduleuses de vente en ligne facilitée de médicaments soumis à prescription obligatoire.

  • Rapport : mieux former les pharmaciens à la santé mobile pour mieux conseiller les patients

    Les pharmaciens perçoivent la santé mobile comme un levier permettant de centrer les prises en charge médicamenteuses sur les patients. Si la plupart de ces professionnels se servent quotidiennement d’applications mobiles liées à des bases de données de médicaments, beaucoup n’osent cependant pas conseiller d’applications mobiles de santé à leurs patients notamment par manque d’information et de preuves de l’efficacité de ces solutions.

    C’est ce que relève un rapport publié par la Fédération internationale pharmaceutique (FIP) en septembre 2019, visant à décrire l’utilisation des applications mobiles de santé par les pharmaciens et à estimer son impact sur la pratique pharmaceutique.

    Pour comprendre comment les pharmaciens utilisent actuellement des dispositifs de santé mobile, un questionnaire a été envoyé à de nombreux pharmaciens membres de la FIP.

    Selon les réponses données par ces derniers, il semble que :
    • les pharmaciens ont de plus en plus recours à des dispositifs de santé mobile qui peuvent selon eux sécuriser les traitements ;
    • les pharmaciens apprennent rapidement à manier ou à conseiller ces nouveaux outils malgré une formation initiale et continue insuffisante en ce qui concerne ce type de nouvelles technologies de santé ;
    • des progrès technologiques, une plus grande inclusion des utilisateurs dans les processus de développement des applications ainsi que des études montrant l’efficacité de ces solutions permettraient d’accélérer le déploiement de la santé mobile en pharmacie et d’inciter les pharmaciens à conseiller certaines applications.

    Health & Tech Intelligence revient en détail sur les principaux résultats de ce rapport.

    Les bénéfices de la santé mobile

    Pour les pharmaciens

    Pour les pharmaciens, le recours à des dispositifs de santé mobile permet en particulier de consulter rapidement et facilement des ressources documentaires présentées sous un format simple dans une application. Les bases de données concernant les médicaments sont en effet de plus en plus souvent disponibles sous la forme d’applications mobiles. Il s’agit donc de faciliter l’accès des professionnels à des informations fiables concernant leur spécialité.

    Ces applications permettent par ailleurs un certain confort éthique et une affirmation du rôle du pharmacien en sécurisant les pratiques et en aidant les professionnels de la pharmacie dans l’analyse des prescriptions.

    Certains dispositifs mobiles renseignent également les pharmaciens sur les médicaments disponibles ou en rupture de stock auprès de leurs fournisseurs, voire constitue un support pour la gestion de leur propre stock à l’officine.

    D’une manière générale, les pharmaciens semblent donc utiliser en particulier :

    • des applications donnant accès à des bases de données concernant des médicaments, recommandations pratiques, des articles de recherche ;
    • des applications de calcul de posologies ;
    • des applications renseignant sur la disponibilité des médicaments ;
    • des applications de formations continues permettant de suivre des programmes simples sur des thèmes variées – souvent proposées par les entreprises mettant à disposition des bases de données pharmaceutiques.

    Pour les patients

    Les patients disposent de plus en plus de matériel digital et mobile leur permettant de se connecter à de nombreuses plateformes notamment de santé. Ils utilisent donc de plus en plus d’applications mobiles de santé leur permettant :

    • d’accéder facilement à des informations de santé fiables et vulgarisées ;
    • de monitorer leur activité physique ou certaines de leurs données de santé ;
    • de communiquer rapidement et facilement avec leur pharmacien ou leurs praticiens de santé.

    Les patients utilisent donc en particulier des applications de suivi de leurs traitements permettant de visualiser son historique de prescription, de programmer des alarmes rappelant l’heure des horaires de prise de médicaments, d’accéder facilement à des informations adaptées concernant les médicaments ou de communiquer par messages avec un pharmacien.

    Les barrières qui empêchent la santé mobile de se développer dans les officines de pharmacie

    Manque d’interopérabilité des systèmes

    Les données produites par de très nombreuses et diverses applications de santé sont souvent peu interopérables : souvent, seule l’application ayant produit un ensemble de données de santé sera à même de lire et de comprendre cet ensemble de données de santé. Ces données sont donc difficilement partageables entre applications mobiles, rendant donc l’intégration de ces données dans des plateformes telles que des dossiers médicaux électroniques difficiles. Or, la centralisation de ces données vers un SI unique tel qu’un dossier de santé dématérialisé permettrait d’améliorer le suivi du patient et d’augmenter le niveau de personnalisation et de qualité de ses soins.

    Accès réduit aux technologies de l’information

    L’accès réduit aux technologies de l’information (TIC) est un des principaux freins à l’implémentation de la santé mobile en pharmacie. « Le déploiement de la santé mobile est hautement dépendante des infrastructures disponibles dans un environnement donné », rappelle la fédération dans son rapport. Le manque d’experts en nouvelles technologies observé dans la plupart des régions sous-dotées en infrastructures y rend souvent le développement de la santé mobile plus difficile encore.

    Compétences technologiques limitées de certains patients

    Bien que les patients semblent maîtriser de mieux en mieux des applications de plus en plus ergonomiques, certains groupes tels que les personnes âgées ou analphabètes continent à présenter des difficultés d’utilisation des dispositifs mobiles donc des applications mobiles de santé.

    Capacités d’investissement limitées dans les nouvelles technologies et dans la santé

    La santé mobile se développe dans des régions dont la situation économique est telle que des investissements nombreux et élevés peuvent être réalisés dans les secteurs de la santé et de l’innovation. Au contraire, dans les pays aux capacités d’investissement moindres, l’innovation, la santé et donc la santé mobile se transforment moins.

    Facteurs de développement de la santé mobile en pharmacie

    Former les pharmaciens à la santé mobile

    Puisque les pharmaciens d’officine comptent parmi les professionnels de santé les plus accessibles, les former à la santé mobile et les informer des évolutions de ce marché leur permettrait de conseiller au mieux des patients qui s’interrogent de plus en plus sur la fiabilité de ces dispositifs. Or, les pharmaciens semblent encore peu informés des applications mobiles existantes utilisables par les patients : une étude menée en Angleterre en 2017 a par exemple montré que :

    • seuls 56 % des pharmaciens connaissaient des applications de santé mobile destinées aux patients ;
    • seuls 30% des pharmaciens avaient déjà conseillé certaines applications de santé à leurs patients.

    Évaluer la qualité et la sécurité des dispositifs

    La qualité des applications de santé mobile interroge. Le manque de preuves concernant l’efficacité des applications de santé constitue une des raisons pour lesquelles les pharmaciens ne conseillent pas leur utilisation aux patients. Conduire de nouvelles études pourrait donc mener la santé mobile à entrer dans l’ère de l’evidence based medecine et les pharmaciens à pouvoir placer leur confiance en des solutions qui auront fourni la preuve de leur efficacité.

    De même, fournir aux pharmaciens des informations claires et détaillées assurant de la sécurité des données de santé des patients produites ou analysées par ces solutions permettrait aux pharmaciens de juger au mieux la fiabilité des applications mobiles de santé.

    Revoir les processus de développement des applications de santé

    Afin de rendre les applications de santé plus ergonomiques et intuitives pour les patients comme pour les pharmaciens et afin de répondre à de réels besoins (et non de proposer des applications de santé « gadget » rapidement abandonnées par les patients), les utilisateurs devraient être plus intégrés aux processus de développement de ces solutions.

    Les attentes des patients et des pharmaciens devraient ainsi être mieux évaluées aux stades précoces de la conception des applications. Les utilisateurs devraient ensuite être consultés tout au long du développement et du design des solutions mobiles afin de s’assurer de leur facilité d’utilisation.

    Objectif : monitorer les traitements à distance, en temps réel et en conditions de vie réelle

    L’enjeu du déploiement de la santé mobile en pharmacie est la capacité à monitorer les traitements à distance, en temps réel et en conditions de vie réelle. Ce suivi à distance permettrait donc :

    • d’assurer un suivi précis du patient et ainsi d’améliorer la pertinence et la qualité de ses soins ;
    • de renforcer la communication entre patients, pharmaciens et médecins exerçant en ville comme à l’hôpital, ce suivi pouvant être partagé entre divers professionnels de santé.

    Des solutions mobiles très sophistiquées pour adapter le traitement en temps réel, bien que rares, ont déjà fait leur apparition, notamment en diabétologie (Freestyle libre).

    De tels systèmes de suivi trouvent par ailleurs leur application dans le domaine des essais cliniques : ils pourraient permettre de développer des médicaments sur la base non seulement de données produites dans un environnement contrôlé mais également dans des conditions de vie réelles.

    Progrès technologiques nécessaires à la réalisation de cet objectif

    Cet objectif de monitoring à distance des traitements sur la base de données mesurées en conditions de vie réelle demeure encore difficile à atteindre pour de raisons scientifiques : des progrès technologiques doivent encore être réalisés dans le domaine de la santé mobile.

    • Changement de paradigme : disparition de la nuance entre santé mobile et santé digitale

    La nuance entre santé mobile et santé digitale doit disparaître pour permettre une plus grande plasticité des projets de recherche et ainsi le développement d’applications plus sophistiquées autorisant la production de grandes quantités de données stockées et traitées à distance.

    • Recours aux technologies de blockchain et progrès concernant l’interopérabilité

    Si des infrastructures de blockchain permettraient de faciliter et de sécuriser le traitement des données de santé de plus en plus nombreuses, elles bénéficieraient également à l’industrie pharmaceutique en renforçant la traçabilité des médicaments.

    L’enjeu principal est d’améliorer le niveau d’interopérabilité des systèmes utilisés en santé, de permettre un meilleur échange des données entre ces applications mobiles de santé, de les centraliser vers des fichier ou plateformes plus centrales telles que des dossiers médicaux électroniques.

  • DATA – Congrès d’audiologie : les dispositifs et objets connectés pour le handicap auditif

    À l’occasion du 15e congrès de la Société française d’audiologie, qui se tient du 13 au 14 décembre 2019 à Lyon, et du déploiement du reste à charge zéro pour les lunettes ainsi que les prothèses dentaires et auditives, Health & Tech Intelligence propose un zoom sur les dispositifs innovants développées pour venir en aide aux personnes atteintes d’un handicap auditif (fonctionnement, prix, site web) : appli pouvant retranscrire les sons en SMS ou plateforme de télé-audiologie (AudioPro Connect), appareil auditif connecté (Opn d’Oticon), application pour faciliter l’accès à plusieurs méthodes de traitement des acouphènes (Diapason de Immersive therapy), etc.

    Dans notre précédent indicateur figurait la solution Unitact de Novitact. En 2018, la société située à Lacroix Saint-Ouen (Oise, Hauts-de-France) a été déclarée en liquidation judiciaire par le tribunal de Tribunal de commerce De Compiègne. L’entreprise proposait Unitact, un bracelet vibrant connecté destiné à simplifier le quotidien des personnes sourdes ou malentendantes en leur adressant des informations essentielles. Le porteur de l’objet pouvait recevoir des messages spécifiques grâce à des vibrations d’intensités différentes et de durées variables pour se réveiller le matin, attirer l’attention, maintenir le contact ou signaler sa présence.

    À noter que de nouvelles mesures réglementaires ont récemment été mis en place dans le champ de l’audition :

    • d’ici 2021, dans le cadre du plan gouvernemental « 100 % santé », ministre des Solidarités et de la Santé Agnès Buzyn, les Français bénéficieront d’un reste à charge zéro pour un ensemble de soins optiques, dentaires et auditifs ;
    • la ministre a indiqué en juillet 2019 devant la commission des Affaires sociales de l’Assemblée nationale que 15 000 personnes avaient déjà profité de la mesure en audioprothèses au premier trimestre de l’année. Depuis le le 1er janvier 2019, les équipements concernés par le reste à charge zéro sont :
    – soumis à un prix limite de vente ;
    – davantage remboursés par la Sécurité sociale ;
    • selon Agnès Buzyn, les tarifs des audioprothèses concernées par le plan « 100 % santé » ont diminué de 200 euros par oreille.

    Le tableau présentant les dispositifs et objets connectés pour le handicap auditif disponibles en France est accessible dans la rubrique « Data » via ce lien.

  • L’application de gestion du diabète Accu-Chek SugarView (Roche) obtient le marquage CE

    L’application mobile Accu-Chek SugarView de Roche vient de recevoir le marquage CE. La solution détermine les taux de glycémie par le biais de photographies. L’utilisateur doit plus précisément prendre avec son smartphone 2 photos d’une bandelette de test pour qu’un algorithme lui indique son taux de glucose dans le sang, le tout sans avoir besoin d’un lecteur de glycémie.

    Accu-Chek SugarView a été créé pour aider les personnes non insulino-dépendantes atteintes de diabète de type 2 ou de pré-diabète dans la gestion de leur maladie entre 2 rendez-vous médicaux, en particulier dans les marchés émergents, où l’accès aux soins est souvent limité, précise Roche dans un communiqué publié le 10 décembre 2019.

    Cette approbation réglementaire européenne ouvre la voie au lancement de la solution en Europe et sur d’autres marchés étrangers pour lesquels un marquage CE est nécessaire.

    Désormais officiellement classée comme dispositif médical de diagnostic in vitro (DM DIV), l’application sera tout d’abord rendu largement accessible par Roche sur certains modèles de smartphones via un téléchargement disponible sur Google Play Store.

    Le diabète de type 2 est la forme la plus courante de diabète : il représente environ 90 % de tous les cas de diabète, indique Roche.

    Une application pour accompagner les patients

    L’application Accu-Chek SugarView détermine la plage de glycémie à l’aide de la bandelette de test Accu-Chek Active et de 2 photos prises sur la bandelette avec un appareil photo pour smartphone. L’utilisateur est guidé étape par étape tout au long du processus de test.

    Des conseils délivrés à l’utilisateur en fonction des résultats

    Un algorithme analyse l’image et établit le résultat en le classant dans une des catégories de la solution, allant de « faible » à « très élevé ». Sur la base de ces résultats, il combine la plage de glycémie avec des informations de base indiquant à l’utilisateur comment il doit réagir, en lui recommandant par exemple de faire de l’exercice ou en lui donnant des indications sur son alimentation.

  • Études : la validité clinique des applis de santé mentale remise en cause dans 2 revues (Nature, JAD)

    Deux études remettent en cause l’efficacité des applications mobiles de santé mentale. La première*, parue le 2 décembre 2019 dans Nature Digital Medicine, estime que les preuves sont insuffisantes pour recommander les applis en tant qu’interventions psychologiques autonomes. La seconde étude**, parue le 3 décembre dans le Journal of Affective Disorders (JAD), révèle que les travaux menés sur ces applis ne sont pas valides dans la mesure où la moitié des patients ont abandonné l’utilisation de la solution en cours d’essai.

    L’indispensable évaluation des applications de santé mentale

    Face au nombre sans cesse croissant d’applications mobiles de santé mentale, le besoin pour les patients et les prescripteurs de repérer les plus efficaces devient crucial. Sans compter que les développeurs de ces solutions ont eux aussi besoin de sortir du lot pour se démarquer sur le marché. C’est la raison pour laquelle des nombreux essais cliniques sont menés pour essayer de séparer le bon grain de l’ivraie.

    Des travaux parus en 2018 dans Nature Digital Medicine révèlent que la majorité des applications étudiées ne fournissent pas de preuves ou d’études évaluées par des pairs pour soutenir leurs produits. Par conséquent, les parties prenantes ont fait pression pour que d’autres travaux soient menées pour valider ces applications.

    Des chercheurs allemands de l’université Erlangen-Nürnber se sont attelés à la tâche. Ils ont examiné les résultats de 19 essais contrôlés randomisés comprenant un total de 3 681 participants. Les applications incluses dans les essais ont été utilisées comme interventions autonomes pour des problèmes de santé comportementale, notamment la dépression, l’anxiété, la consommation de substances, l’automutilation, le syndrome de stress post-traumatique (SSPT) et les problèmes de sommeil. Leurs résultats ont été publiés le 2 décembre 2019 dans Nature Digital Medicine.

    Résultats : peu d’effets significatifs

    Les applications mobiles de santé comportementale se sont révélées avoir des effets « significatifs » sur la dépression et le comportement tabagique mais n’ont eu aucun effet commun significatif sur l’anxiété, les idées suicidaires, l’automutilation ou la consommation d’alcool. De plus, les effets des applications sur le SSPT et l’insomnie variaient trop pour être considérés comme pertinents.

    « Bien que certains essais aient montré le potentiel d’applications ciblant les symptômes de santé mentale, l’utilisation d’applis comme interventions psychologiques autonomes ne peut pas être recommandée en fonction du niveau actuel de preuves », conluent les auteurs de l’étude parue en décembre 2019 dans Nature Digital Medicine. Ils estiment cependant que les applications de santé comportementale pourraient être bénéfiques lorsqu’elles sont utilisées en tandem avec des méthodes de traitement fondées sur des preuves plus traditionnelles telles que des séances de thérapie en personne ou en ligne, « dans lequel un professionnel peut suivre les progrès et fournir un soutien supplémentaire ».

    18 études indépendantes sur 22 applis incluses dans une méta-analyse

    Ces résultats en demi-teinte doivent, en outre, être tempérés par ceux d’une autre étude conduite par des chercheurs américains de la Harvard Medical School, publiée le 3 décembre 2019 dans le Journal of Affective Disorders.

    Les chercheurs ont effectué une recherche systématique dans plusieurs bases de données de santé et ont utilisé un algorithme de recherche par mots-clés pour parcourir les documents.

    Les études incluses dans leur méta-analyse étaient des essais contrôlés randomisés portant sur une application mobile d’aide aux patients dépressifs. 18 études indépendantes, passant au crible 22 applications, ont été incluses au total dans cette méta-analyse.

    Résultats : la moitié des participants abandonnent l’essai avant la fin

    • 50 % des patients abandonnent l’essai en cours de route.
    • Les taux d’abandon étaient plus faibles dans les études offrant une rétroaction humaine et une surveillance de l’humeur dans l’application.

    « Les taux d’abandon élevés représentent une menace pour la validité des essais contrôlés et randomisés portant sur des applications de santé mentale, ont écrit les auteurs de l’étude. Et il est essentiel de considérer le biais que cela constitue lors de l’interprétation des résultats des applications pour les symptômes dépressifs », indiquent les auteurs de cette étude.

    Si ces derniers appellent à la prudence, ils se montrent malgré tout optimistes, estimant que « le domaine de la santé numérique est particulièrement adapté aux adaptations et ajustements rapides, ce qui signifie que les progrès et les nouvelles solutions sont toujours à l’horizon ».

    Des stratégies pour améliorer ce taux d’abandon doivent donc être mises au point pour que les essais menés apportent de réelles preuves scientifiques.

  • Dispositifs innovants pour les personnes atteintes d’un handicap auditif

    À l’occasion du 15e congrès de la Société française d’audiologie, qui se tient du 13 au 14 décembre 2019 à Lyon, et du déploiement du reste à charge zéro pour les lunettes ainsi que les prothèses dentaires et auditives, Health & Tech Intelligence propose un zoom sur les dispositifs innovants développées pour venir en aide aux personnes atteintes d’un handicap auditif (fonctionnement, prix, site web) : appli pouvant retranscrire les sons en SMS ou plateforme de télé-audiologie (AudioPro Connect), appareil auditif connecté (Opn d’Oticon), application pour faciliter l’accès à plusieurs méthodes de traitement des acouphènes (Diapason de Immersive therapy), etc.

    Dans notre précédent indicateur figurait la solution Unitact de Novitact. En 2018, la société située à Lacroix Saint-Ouen (Oise, Hauts-de-France) a été déclarée en liquidation judiciaire par le tribunal de Tribunal de commerce De Compiègne. L’entreprise proposait Unitact, un bracelet vibrant connecté destiné à simplifier le quotidien des personnes sourdes ou malentendantes en leur adressant des informations essentielles. Le porteur de l’objet pouvait recevoir des messages spécifiques grâce à des vibrations d’intensités différentes et de durées variables pour se réveiller le matin, attirer l’attention, maintenir le contact ou signaler sa présence.

    À noter que de nouvelles mesures réglementaires ont récemment été mis en place dans le champ de l’audition :

    • d’ici 2021, dans le cadre du plan gouvernemental « 100 % santé », ministre des Solidarités et de la Santé Agnès Buzyn, les Français bénéficieront d’un reste à charge zéro pour un ensemble de soins optiques, dentaires et auditifs ;
    • la ministre a indiqué en juillet 2019 devant la commission des Affaires sociales de l’Assemblée nationale que 15 000 personnes avaient déjà profité de la mesure en audioprothèses au premier trimestre de l’année. Depuis le le 1er janvier 2019, les équipements concernés par le reste à charge zéro sont :
    – soumis à un prix limite de vente ;
    – davantage remboursés par la Sécurité sociale ;
    • selon Agnès Buzyn, les tarifs des audioprothèses concernées par le plan « 100 % santé » ont diminué de 200 euros par oreille.

  • Gilet connecté & IC : « l’atout qui nous différencie le plus est notre algo basé sur IA » (Chronolife)

    « L’atout qui nous différencie le plus est notre algorithme basé sur l’intelligence artificielle (IA) », indique Hélène Desponds, product manager à Chronolife, interrogée sur le marché des textiles connectés à usage médical et les potentiels concurrents de la start-up française. La jeune pousse a remporté  en novembre le start-ups challenge « IA, data & patients », organisé dans le cadre de la Health Data Week (HDW), une semaine d’événements dédiés aux données de santé.

    Chronolife est à l’initiative d’un gilet connecté multiparamétrique, lavable en machine, conçu pour les patients souffrant d’insuffisance cardiaque (IC). Il recueille les données et mesures physiologiques selon 6 paramètres (ECG, respirations thoracique et abdominale, température corporelle, impédance pulmonaire et activité physique), sur la base d’algorithmes prédictifs dit « neuromorphiques ».

    Dans un entretien accordé à Health & Tech Intelligence, Hélène Desponds précise que la société développe au total 3 produits, dont 2 à usage médical, avec l’espoir d’un remboursement à terme par l’Assurance maladie. Elle revient sur les particularités de son offre, indiquant que la start-up est actuellement la seule à proposer un tel produit basé sur IA, non invasif, à destination de patients. À noter qu’en dehors de l’Europe, l’entreprise prévoit d’investir le marché nord-américain – elle dispose d’ailleurs d’un bureau à San Diego, en Californie.

    3 produits en cours de développement

    Quels sont précisément les différents produits développés par votre société ?

    Hélène Desponds : Actuellement, Chronolife développe 3 produits.

    • Le premier, Nexkin, a été officiellement lancé le 26 novembre 2019. Il ne s’agit pas d’un dispositif médical (DM) : il est marqué CE au niveau industriel. La brique de base est la même que celle des autres produits (t-shirt ; application mobile pour transférer les données labellisée HDS ; interface web permettant d’accéder à distance aux données). L’idée, ici, est que le client peut personnaliser l’application en fonction de cas d’usage spécifiques, ne nécessitant pas l’utilisation d’un DM, comme :
      • le maintien à domicile des personnes âgées ;
      • la surveillance à distance des travailleurs en zones dangereuses ;
      • le suivi à distance des sportifs ou de personnes revenant au sport.
    • Une deuxième version du produit est en cours de certification. Nous n’avons pas encore communiqué son nom mais je peux néanmoins vous indiquer qu’il s’agit d’une solution médicale de classe IIa et nous devrions avoir prochainement un retour concernant notre demande de marquage CE. Le produit s’appuie sur la même technologie que le premier mais cette fois-ci dans un cadre médical : il répond aux besoins des programmes d’efficacité thérapeutique et à la télésurveillance des patients atteints de pathologies chroniques. Le lancement commercial est prévu début 2020.
    • Le troisième produit est celui que nous avons présenté dans le cadre du start-up challenge de la Health Data Week. Il s’agit de la version la plus complexe avec une application prédictive pour le suivi des personnes atteintes d’insuffisance cardiaque chronique. Les essais cliniques vont être lancés avant la fin de l’année 2019 auprès de 550 patients dans 25 hôpitaux répartis dans 6 pays en Europe : la France (6 sites), l’Allemagne (pays le plus touché dans le monde par l’insuffisance cardiaque selon le ratio citoyens/nombre de patients touchés par une IC), la Belgique, la Bulgarie, la Hongrie et la Serbie. L’étude va durer 1 an sur toute l’année 2020, l’objectif étant d’obtenir un marquage CE classe IIb fin 2020 pour un lancement commercial début 2021.

    Chronolife espère obtenir un remboursement de ses DM par l’Assurance maladie

    Avez-vous déjà eu des retours de patients concernant ce dernier produit ?

    Nous avons effectué des tests d’utilisabilité et d’ergonomie réalisés sur une quinzaine de personnes représentatives de la population à même d’utiliser le t-shirt pendant une quinzaine de jours au cours de l’été 2019, avec des laboratoires du Nord de la France.

    Après quelques heures, les utilisateurs ont totalement oublié qu’ils portaient un t-shirt connecté et l’ont trouvé très confortable.

    Vous avez indiqué lors de la Health Data Week (pitch start-up) souhaiter un remboursement par l’Assurance maladie.

    Oui, notre objectif est que les 2 produits à usage médical soit remboursés. Le coût rentre d’ailleurs dans le cadre du décret sur la télésurveillance en France.

    Votre troisième produit fonctionne sur ce que vous désignez comme des algorithmes prédictifs « neuromorphiques ». Qu’entendez-vous exactement par ce dernier terme ?

    On pourrait aussi dire « biomimétiques ». L’idée est que l’algorithme fonctionne comme un cerveau humain. Il fusionne des données et regarde l’ensemble comme un système.

    « L’atout qui nous différencie le plus est notre algorithme basée sur IA »

    Comment vous positionnez-vous sur le marché des t-shirts connectés par rapport à vos concurrents ?

    En soi, le produit que nous proposons n’est pas le même que celui des autres acteurs. Quelques t-shirts connectés existent sur le marché mais très peu sont des dispositifs médicaux (DM). Les usages ne sont pas les mêmes. Notre t-shirt est un dispositif médical conçu pour être porté au quotidien : il est confortable, discret, lavable en machine (sans avoir à retirer l’électronique ni même la batterie). De plus, la plupart des autres t-shirts connectés sont monoparamétrique (mesure d’un ECG seul comme un holter portatif par exemple). Le nôtre est multiparamétrique.

    Ce qui pourrait le plus se rapprocher de notre produit en Europe ce sont les patchs, qui reposent parfois sur l’algorithmie, mais l’approche n’est pas la même.

    Il existe également un implant intégrant un algorithme d’IA prédictif mais, là encore, la solution diffère de la nôtre puisque celle-ci nécessite une opération invasive. Tous les patients ne sont pas éligibles à ce type d’intervention. Notre solution cible une population plus importante.

    Finalement, l’atout qui nous différencie le plus est notre algorithme basé sur l’intelligence artificielle (IA) qui a une capacité prédictive grâce à la fusion de données et a la particularité de pouvoir fonctionner en local sur un téléphone ou une tablette sans avoir à être connecté à des serveurs.

    Des démarches prévues pour l’approbation FDA

    Envisagez-vous un développement en dehors de l’Europe ?

    Investir le marché nord-américain fait partie de notre feuille de route. Le produit n°1 a les certifications FCC pour la commercialisation de dispositifs électroniques en Amérique du Nord. Pour les produits n°2 et n°3 (médicaux), nous lançons début 2020 les démarches pour l’approbation FDA.

    À noter, par ailleurs, qu’en plus de notre bureau à Paris (iBionext), nous avons une filiale à San Diego, aux États-Unis.

  • Outils e-santé pour enfants : 66 % des parents adhèrent mais peu de médecins en parlent (étude Merck)

    56 % des personnes interrogées (53 % des parents) estiment que le développement de la e-santé est « une bonne chose pour le suivi des enfants atteints d’une maladie chronique. » C’est l’une des informations qui ressort d’une étude OpinionWay réalisée mi-octobre 2019 pour le laboratoire pharmaceutique Merck sur « la santé des enfants et les objets connectés » et présentée le 2 décembre. Les répondants sont par ailleurs 68 % (66 % des parents) à juger que les enfants peuvent « s’approprier plus rapidement des consignes sur leur traitement grâce à internet, une application ou un objet connecté ».

    Pour chacune de ces questions, le taux de jugements positifs est toujours plus élevé si les répondants sont de catégorie socioprofessionnelle supérieure (CSP+). 

    Cette reconnaissance du rôle thérapeutique des outils e-santé à destination des enfants est d’autant plus notable que 67 % des parents interrogés déclarent instaurer un « couvre-feu numérique » pour leur progéniture (à savoir « l’interdiction d’utiliser les écrans : smartphones, tablettes, TV » à la maison, après le repas voire dès le retour de l’école). Cette pratique est présente chez 72 % des CSP+, et chez 62 % des autres foyers.

    En revanche, seuls 9 % des parents indiquent que leur médecin leur a déjà conseillé ou suggéré une application e-santé. De manière générale, ce taux est de 7 % pour les 30-55 ans : dans le détail 16 % pour les 30-35 ans, contre 4 % pour les 51-55 ans.

    L’étude permet enfin d’établir que 84 % des Français (83 % des parents) jugent « importantes » les conditions dans lesquelles leurs données de santé sont collectées et utilisées.