« Au CHRU de Tours, nous avons une totale numérisation notamment des comptes rendus et des prescriptions des traitements, comme des examens… Le premier atout est la sécurisation de la prescription et du circuit du médicament. Nous avons réduit le nombre d’erreurs d’administration grâce a cette informatisation. Pour les suites de l’hospitalisation et l’ambulatoire, la principale transformation est l’accès à l’information du patient », explique à Health & Tech Intelligence le Pr Gilles Calais, président de la FHF Cancer et chef du service d’oncologie-radiothérapie au CHRU de Tours, à l’occasion des Rencontres Nationales de la Santé Numérique, qui se sont tenues le 2 avril 2019 à Paris.
Réussir le virage numérique en cancérologie est l’un des enjeux clé pour faire avancer la santé numérique. Transformations, nouveaux usages et parcours de soins ville-hôpital ont été au cœur des discussions de ces Recnontres. L’événement, organisé dans le cadre de la campagne #FASN, portait sur le thème de la cancérologie à l’ère du numérique, en partenariat avec Unicancer, afin d’accompagner la transformation numérique et organisationnelle de l’offre de soins.
Le programme de ces « 36 heures chrono » a mis en lumière les retours d’expériences d’acteurs de santé sur les grands programmes et expérimentations déployés au sein des établissements de santé et sur les nouvelles formes de coordination mises en place pour les professionnels impliqués dans la prise en charge des patients atteints d’un cancer.
Comment la FHF Cancer et votre CHU accompagnent ce mouvement de la santé numérique ?
Gilles Calais : Au niveau de la FHF, nous nous rendons compte que cette dynamique est très différente selon les établissements et les personnes. Nous regroupons des établissements publics de tailles très différentes avec une hétérogénéité de la part de l’activité de cancérologie. Certains n’ont pas d’activité concurrentielle de cancérologie dans un environnement proche, ou sont proches d’un centre de lutte contre le cancer, ou encore sont de plus petites tailles avec une part minime d’activité en cancérologie. Au sein des établissements publics, tous les professionnels ne sont pas au même niveau de développement du numérique. La quasi-totalité des établissements a maintenant atteint ce que j’appellerai un premier niveau d’informatisation : PACS, dossier informatisé plus ou moins étoffé. Mais au-delà, les situations sont très variables. Il est donc difficile d’avoir une stratégie commune sur ce point.
Au CHU de Tours, nous avons une grosse activité de cancérologie. Elle représente 30 % des séjours. Le recrutement est d’autant plus fort qu’il n’y a pas de centre de lutte contre le cancer dans la même ville. Nous avons, en interne, développé plusieurs axes de développement de la santé numérique notamment dans la prise en charge de la thérapie orale ou encore avec le lancement d’un numéro unique d’appel pour tous les patients de cancérologie. Nous développons un certain nombre d’applications connectées avec les patients pour leur faciliter la vie. Cela fait partie de nos préoccupations quotidienne. Ces actions sont gérées par le comité de coordination de cancérologie (3C).
Comment ces professionnels participent au développement de la santé numérique ?
Il faudrait certainement qu’ils le soient plus. Nous préparons actuellement la création de toute pièce d’un nouvel hôpital, prévu à horizon 2026. Au sein de la Commission médicale d’établissement (CME) que je préside, je constate que nous avons du mal à embarquer certains médecins dans une démarche prospective. Ils sont demandeurs d’outils mais ont plus de mal à s’impliquer dans la réflexion en amont sur la conception, les caractéristiques des outils dont ils pourraient avoir besoin. Heureusement, d’autres ont une plus grande appétence pour ces technologies et sont plus moteurs. C’est souvent une question de différence générationnelle. Or, ce projet immobilier est une bonne opportunité pour faire également avancer nos pratiques dans un cadre adapté.
Comment ces outils transforment la prise en charge des patients ?
Au CHU de Tours, nous avons une totale numérisation notamment des comptes rendus et des prescriptions des traitements, comme des examens… Le premier atout est la sécurisation de la prescription et du circuit du médicament. Nous avons réduit le nombre d’erreurs d’administration grâce a cette informatisation. Pour les suites de l’hospitalisation et l’ambulatoire, la principale transformation est l’accès à l’information du patient. Toute l’information qui concerne un patient donné est centralisée, sécurisée et plus facilement utilisable.
Une partie des patients sont d’ailleurs moteurs dans ce développement. Cela dépend aussi de la situation de l’établissement. À Tours, nous sommes face a une population globalement rurale et pas toujours impliquée mais très demandeuse d’outils pour simplifier leur vie, au quotidien, en termes d’agenda, de rappels des consultations par SMS, de rendez-vous… Il s’agit notamment, pour les patients, une fois en dehors de l’hôpital, de communiquer facilement avec les professionnels de santé (secrétaires, infirmières, médecins) autrement que par le réseau téléphonique.
Quels sont les freins à lever ?
Ce ne sont pas tant des freins qu’un accompagnement des équipes, ce qui implique notamment de prendre du temps. Dans mon équipe, une partie des praticiens vit la mise en place de ces outils comme une contrainte, consommatrice de temps au détriment de la relation avec le patient, de la relation humaine. Nous leur expliquons que, certes, ils passent un peu plus de temps à saisir des données mais que la contrepartie est l’accès facilité à beaucoup plus d’informations, qu’ils n’avaient pas avant, ou avaient du mal à avoir. C’est au bénéfice du patient et de la communauté.
Les plus jeunes sont plus familiers de ce genre d’outils et ne voudraient surtout pas revenir en arrière. Ils ne sont pas effrayés par cette saisie de l’information. Ils nous font plus remonter le besoin d’une meilleure ergonomie, rapide, pratique. Certaines solutions que nous utilisons ont été développées il y a une dizaine d’années, comme notre dossier patient informatisé. Il est de qualité mais il y a eu des évolutions depuis et, au regard de la gestion d’un gros établissement hospitalier comme le nôtre, nous ne pouvons pas changer le système tous les deux ans. L’avenir est sans doute aux solutions évolutives.