« Nous pouvons avoir 20 ou 30 licornes françaises d’ici 2020-2025 », déclare Cédric O, le secrétaire d’État chargé du Numérique. Dans un entretien accordé aux Échos et publié le 27 avril 2019, il estime que dans certains secteurs, dont celui de la santé, la France « a la capacité de faire émerger des géants mondiaux ». « Si vous prenez la santé, 2 des 5 plus grandes bases de données au monde sont en France, indique-t-il. Il y a des positions qui vont être prises d’ici 5 à 10 ans, il faut créer les conditions pour qu’en France on les saisisse. La nouvelle génération de futurs champions [dont fait partie Doctolib] veulent être des leaders mondiaux, souligne-t-il. Ce sont eux qu’il faut aider à grandir ».
Le secrétaire d’État demande par ailleurs « une véritable régulation des plateformes [numériques] ». Il explique que le sujet sera abordé à Paris, en présence de plusieurs chefs d’État et de gouvernement, à l’occasion du sommet Tech For Good, qui aura lieu à l’Élysée à la veille de l’événement VivaTech, et par la suite lors du G7 de Biarritz organisé fin août. Cédric O demande « des réflexions poussées sur un statut tiers, qui pourrait être celui « d’accélérateur » de contenus ».
Plateformes : plusieurs projets en cours
Une régulation intelligente et coordonnée au niveau européen
« Nous devons mettre à la fois les individus et les plateformes face à leurs responsabilités, au travers d’une régulation intelligente et coordonnée au niveau européen », déclare Cédric O. Interrogé sur l’opportunité de fusionner l’Arcep, le régulateur des télécoms, et le CSA pour leur permettre de mieux contrôler les plateformes, il indique que « le débat est ouvert » et renvoie à « la future loi sur l’audiovisuel, qui devrait être discutée cet été ». L’objectif, évoque-t-il « est de [s’]assurer que les autorités publiques sont suffisamment armées pour peser face aux grands acteurs du numérique ».
Un observatoire de la e-administration
Le secrétaire d’État affirme enfin que « favoriser l’accès aux services publics en ligne [est] un enjeu démocratique majeur ».
Il propose de commencer dans un premier temps par mesurer la qualité des services, de « s’appuyer sur la transparence en créant par exemple un observatoire de la e-administration, qui rendrait des comptes tous les trimestres, avec une attention particulière pour les publics les plus vulnérables, les plus éloignés du numérique ». Il déclare que va prochainement être publiée la liste des 250 démarches à dématérialiser en priorité, soulignant cependant que pour certaines démarches, il faut « remettre de l’humain derrière [les] process » avec « le nom d’un responsable et le numéro de téléphone de quelqu’un à qui on peut parler ».
Des missions sur les plateformes
Évoquant l’expérimentation qui a mené une équipe de régulateurs français à auditer le processus de modération des contenus haineux par Facebook, Cédric O annonce « des missions similaires avec d’autres plates-formes ». « Facebook a joué le jeu, souligne-t-il, les membres de la mission ont mené des dizaines d’interviews [et] vont maintenant s’attaquer aux questions plus techniques. »
« La bataille pour l’économie, c’est d’abord une bataille de talents »
« Faire de Paris un des centres mondiaux de la technologie »
« Si nous voulons créer les emplois de nos enfants et conserver notre souveraineté numérique, nous n’avons pas le choix : il faut faire émerger des champions du numérique », rappelle Cédric O, soulignant sa volonté de « faire de Paris un des centres mondiaux de la technologie », alors qu’« il n’y a aujourd’hui dans le CAC 40 que 2 sociétés issues des dernières révolutions technologiques » : Atos et Dassault Systèmes.
« C’est ce que l’on commence à faire quand on fait le « French Tech visa » et quand on dit que n’importe quelle entreprise des nouvelles technologies peut « faire venir des compétences, qu’elles soient allemandes, indiennes, nigérianes… ». Selon lui, « la bataille pour l’économie, c’est d’abord une bataille de talents ».