Dans son édition 2025 de Data et prospective, le Leem décrit un marché pharmaceutique mondial en forte expansion, avec un chiffre d’affaires de 1 737 milliards de dollars en 2024, en hausse de 8,09 % sur un an. Selon les projections citées par l’organisation, ce marché pourrait atteindre 2 400 milliards de dollars d’ici 2029, avec une croissance annuelle comprise entre 5 % et 8 %.
Les États-Unis concentrent à eux seuls près de 46 % des ventes mondiales, devant la Chine (6,5 %) et l’Allemagne (4 %). La France conserve la cinquième place mondiale, avec environ 3 % du marché en valeur.
Cette dynamique repose largement sur les médicaments biologiques. Près de 45 % des nouvelles introductions sur le marché européen au cours des cinq dernières années concernent ces traitements, présentés comme un moteur du nouveau cycle d’innovation pharmaceutique. Plus de 1 000 nouvelles substances actives ont été mises sur le marché mondial en vingt ans, dont près de 400 depuis cinq ans.
La pression américaine sur les prix menace l’équilibre économique du secteur
Le document souligne également la recomposition géopolitique du secteur. L’administration Trump a engagé en 2025 une politique de réduction des prix des médicaments aux États-Unis via des mécanismes de référence internationale et des accords avec les industriels pharmaceutiques.
Le Leem estime que ces dispositifs fragilisent le modèle économique mondial de l’innovation pharmaceutique, alors que les États-Unis représentent près de la moitié des dépenses mondiales de médicaments. Selon l’IFPMA, l’impact potentiel sur le chiffre d’affaires du secteur pourrait atteindre entre –25 % et –33 %.
Dans le même temps, la Chine renforce rapidement sa position dans la recherche clinique et l’innovation thérapeutique. En 2024, elle a conduit 7 100 essais cliniques, contre 6 000 aux États-Unis, et représente désormais près de 40 % des essais mondiaux en oncologie. Plus du tiers des nouvelles molécules issues de la R&D mondiale en 2024 proviennent de Chine, contre sept seulement en 2020.
L’Inde poursuit également sa montée en puissance industrielle. Le pays est devenu le troisième producteur mondial de médicaments en volume et s’appuie sur une stratégie exportatrice structurée autour des génériques, des biotechnologies et de la sécurisation des chaînes d’approvisionnement pharmaceutiques.
En France, un marché sous contrainte budgétaire croissante
Le rapport décrit un marché pharmaceutique français à nouveau en croissance après une décennie de stagnation.
Le chiffre d’affaires net du marché régulé a atteint 27,7 milliards d’euros en 2024. Mais cette progression reste fortement encadrée par les mécanismes de régulation liés au déficit de la Sécurité sociale.
Le Leem souligne qu’en 2025, le médicament supporte près de 50 % des économies demandées à l’Assurance maladie, soit plus de 3 milliards d’euros sur les 6 milliards intégrés à l’Ondam. Les baisses de prix négociées par le Comité économique des produits de santé ont généré 856 millions d’euros d’économies en 2024, avec des objectifs portés à 1 milliard d’euros en 2025 puis 1,4 milliard en 2026.
La clause de sauvegarde, initialement conçue comme un mécanisme exceptionnel, est devenue un outil structurel de maîtrise des dépenses. Son rendement a atteint 1,76 milliard d’euros en 2024. Le Leem critique un dispositif modifié à huit reprises en huit ans, jugé peu lisible et imprévisible pour les industriels.
Entre 2010 et 2024, les dépenses relevant de l’Ondam ont progressé de 3,4 % par an en moyenne, contre 1,7 % seulement pour le marché du médicament. La part du médicament dans les dépenses de santé est ainsi passée de 11,6 % en 2012 à 9,12 % en 2024.
Malgré ces contraintes, l’industrie pharmaceutique reste un secteur structurant pour l’économie française. Elle employait 109 243 salariés en 2024 et compte 256 sites de production. Les investissements de production ont progressé de 38 % entre 2023 et 2024.
Le secteur a également retrouvé un excédent commercial supérieur à 4 milliards d’euros en 2024. Mais la position française s’érode à l’échelle européenne : sa part dans les exportations pharmaceutiques de la zone euro est passée d’environ 20 % en 2000 à 8 % en 2024.
Le sous-investissement français dans la prévention pèse sur la soutenabilité
Le Leem anticipe une hausse durable des besoins de soins liée au vieillissement de la population et à la progression des maladies chroniques.
Selon les projections présentées, le marché du médicament pourrait croître de 8,2 % à horizon 2030 en l’absence de régulation renforcée, mais seulement de 4,3 % dans un scénario de forte régulation des prix.
Le rapport met également en avant le sous-investissement français dans la prévention. Celle-ci ne représente que 2,8 % des dépenses de santé, plaçant la France au 20e rang de l’OCDE. Pourtant, une hausse de 10 % des dépenses de prévention permettrait de réduire d’environ 1 % les coûts liés aux maladies chroniques à cinq ans, selon les données citées dans le rapport.
Enfin, le Leem alerte sur la soutenabilité du modèle français de remboursement. Le taux de prise en charge des médicaments dépasse désormais 90 % en France, l’un des niveaux les plus élevés de l’OCDE.
L’organisation évoque la possibilité de faire évoluer le modèle vers des mécanismes inspirés de l’Allemagne, avec un plafonnement du reste à charge selon les revenus.
