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  • Lames numérisées, entrepôt de données, projet FRATHEA : l’Institut Curie structure sa stratégie IA autour de la cancérologie de précision

    l’Institut Curie mise sur l’IA pour transformer la cancérologie

     Un entrepôt de données et des lames 100 % numérisées

    L’Institut Curie place l’intelligence artificielle au centre de sa stratégie 2025, selon son rapport annuel 2024 (Pour un monde sans cancers incurables). Plusieurs projets associent données massives, recherche biomédicale et outils cliniques, dans une approche intégrée de la santé numérique. L’établissement souhaite devenir le premier centre mondial en matière d’IA appliquée à l’oncologie. Pour ce faire il s’appuie notamment sur un entrepôt de données de santé reconnu par la CNIL et sur la numérisation complète de ses lames de pathologie. L’Institut Curie reste, à ce jour, le seul centre de lutte contre le cancer en France doté de ces deux dispositifs. L’établissement mobilise également des infrastructures de calcul, des partenariats de recherche, et des outils cliniques connectés. L’IA structure déjà plusieurs projets, dans le champ de la recherche, du diagnostic ou du suivi médical. Le programme de transformation numérique du centre de recherche figure parmi les priorités 2025.

    Un outil Curie identifie l’origine de métastases dans 80 % des cas

    Le rapport décrit l’utilisation d’un outil d’IA pour identifier l’origine de métastases dans les cancers de primitif inconnu. Développé par le Dr Sarah Watson et son équipe, cet outil repose sur le profil transcriptomique des tumeurs. Il affiche un taux de succès de 80 % sur les cas analysés depuis 2021. Une réunion de concertation nationale permet d’orienter les patients vers cet outil, déployé à l’échelle nationale. Une nouvelle version est en cours de développement, avec intégration de données génomiques, anatomopathologiques et d’imagerie. L’Institut Curie applique l’IA à l’analyse des prélèvements tumoraux numérisés pour affiner le diagnostic du cancer de la prostate. Un autre projet, piloté par le Dr Antonin Morillon et le Pr Yves Allory, développe un test urinaire basé sur la détection d’une signature génétique issue du « dark genome ». Ce test non invasif repose sur une réduction algorithmique de cette signature, déjà testée auprès de patients dans le cadre de l’essai clinique HOPE.

    France 2030 soutient FRATHEA, projet de radiothérapie ultra-ciblée piloté par Curie et le CEA

    Le rapport mentionne aussi le rôle croissant de l’IA dans les outils numériques destinés aux patients : site web repensé, nouvelle version de l’application myCurie, futur dossier patient informatisé prévu fin 2025. Ces outils permettent un suivi individualisé, en lien avec les équipes de soins. Le projet FRATHEA, développé avec le CEA, bénéficie du soutien de France 2030 et de la Région Île-de-France. En parallèle, l’Institut prévoit 16 millions d’euros pour le maintien de ses plateformes technologiques, dont une partie dédiée aux projets d’IA.

    Institut Curie. Rapport annuel 2024 – Pour un monde sans cancers incurables. [PDF]. https://cdn.curie.fr/media/ckeditor_pdf/D25086_VF_InstitutCurie_RA24_double_page.pdf

  • Catalogne : une stratégie de santé numérique 2025-2031 fondée sur des plateformes ouvertes et la co-construction avec 3 400 acteurs

    Interopérabilité, données, gouvernance : la Catalogne mise sur l’ouverture des systèmes et la concertation

    L’Àrea de Sistemes d’Informació du Servei Català de la Salu (CatSalut) a présenté l’Estratègia de Salut Digital de Catalunya 2025-2031. Ce plan vise à moderniser les soins, garantir la durabilité du système, améliorer l’expérience des usagers et des professionnels, et renforcer l’équité ainsi que le respect de l’environnement. Le projet s’appuie sur une concertation dans les dix régions sanitaires, avec plus de 3 400 participants. Cette phase a défini une stratégie numérique centrée sur la personne, fondée sur des systèmes d’information interconnectés, évolutifs et basés sur des standards ouverts.

    La transformation engagée s’articule autour de trois priorités :

    • Développement de la Plateforme Ouverte en Santé, conçue comme une infrastructure commune facilitant l’interopérabilité et l’innovation technique.
    • Création de l’Historial de Salut de Catalunya, un dossier de santé longitudinal construit selon les besoins concrets des usagers et des professionnels.
    • Mise en place d’une gouvernance partagée, permettant d’associer l’ensemble des acteurs du système à la définition et à l’orchestration des évolutions.

    Pratiques unifiées, accès simplifié, données partagées : les choix structurels de la Catalogne pour ses SI en santé

    Le document stratégique identifie dix principes directeurs visant à guider le développement d’un système d’information intégré et centré sur la personne, capable d’évoluer avec les modèles d’organisation des soins. L’objectif est de bâtir un environnement numérique aligné avec les enjeux actuels de soutenabilité, de qualité et d’équité.

    Des impacts à plusieurs niveaux du système

    • Sanitaires : diagnostics et traitements plus rapides, suppression des doublons d’examens, coordination renforcée entre soins et services sociaux, exploitation à grande échelle des données de santé pour créer de nouveaux services.
    • Cliniques : base de connaissances commune, sémantique unifiée, intégration de guides cliniques, automatisation de tâches administratives, intégration de modèles prédictifs et d’alertes.
    • Économiques : mutualisation des coûts technologiques, réduction des déplacements et temps d’attente, baisse des charges de coordination, meilleure gestion de la demande.
    • Techniques : architecture modulaire et indépendante des fournisseurs, standardisation des données, réutilisabilité des composants, adaptation rapide aux évolutions organisationnelles et ergonomiques.

     

    Pour accompagner la mise en œuvre de la stratégie, un nouveau groupe de recherche a été constitué : DS3 – Digitalització per la Sostenibilitat del Sistema de Salut. Ce groupe, rattaché à l’Àrea de Sistemes d’Informació et affilié à la fondation TIC Salut Social, a pour mission de produire les données scientifiques nécessaires au suivi et à l’ajustement des actions déployées.

  • MIRIAD : une base de 5,8 millions de paires médicales pour fiabiliser les copilotes IA en santé

    MIRIAD transforme la littérature médicale en corpus structuré pour IA générative

    Développée par une équipe internationale (ETH Zurich, Stanford, Mayo Clinic, Hugging Face…), MIRIAD est une nouvelle ressource conçue pour augmenter la fiabilité des modèles de langage en santé. Elle propose 5,82 millions de paires question-réponse, chacune rattachée à un passage de littérature médicale évaluée par les pairs. Le corpus est généré via une pipeline semi-automatisée combinant génération par LLM, filtrage, ancrage documentaire et annotation humaine. Contrairement aux approches classiques de type RAG (retrieval augmented generation) sur texte brut, MIRIAD repose sur une formalisation opérationnelle de la connaissance médicale. L’objectif : fournir aux modèles non plus des blocs hétérogènes mais des unités de sens indexables, traçables et prêtes à être citées. Cette structuration améliore la qualité de la génération et ouvre de nouvelles possibilités en matière de supervision.

    Une amélioration de la précision des LLM médicaux jusqu’à 6,7 %

    Les tests montrent que l’ajout de MIRIAD dans des systèmes d’IA améliore la précision des réponses jusqu’à 6,7 % par rapport à une base classique non structurée. En plus, les modèles détectent mieux les erreurs médicales (appelées hallucinations), avec une amélioration de 22,5 à 37 %. Ces résultats viennent d’évaluations sur des questions médicales complexes, ce qui montre que structurer les données rend les modèles plus fiables, surtout sur des sujets sensibles.

    MIRIAD-Atlas cartographie 56 spécialités pour auditer les réponses IA

    L’équipe publie également MIRIAD-Atlas, une interface interactive qui permet d’explorer le corpus via une cartographie couvrant 56 spécialités médicales. Cliniciens et chercheurs peuvent y rechercher des requêtes types, consulter les extraits de littérature associés, ou affiner la récupération d’information selon les sous-domaines. Cet outil facilite l’auditabilité des réponses IA pour les professionnels de santé comme pour les régulateurs, tout en permettant une meilleure évaluation comparative des sources utilisées et des lacunes potentielles.

    Des copilotes IA plus sûrs grâce à la granularité des paires question-réponse

    Du point de vue scientifique, MIRIAD modifie l’économie de la preuve dans les systèmes augmentés par IA. La granularité des paires question-réponse permet une traçabilité plus fine, une meilleure reproductibilité des sorties et une évaluation plus rigoureuse hors distribution. Cette approche ouvre aussi la voie à des métriques inédites sur l’usage des sources ou la couverture des disciplines médicales. Sur le plan clinique, les usages sont concrets : assistants conversationnels fondés sur des réponses documentées, outils de revue critique d’articles, soutien au diagnostic ou à la décision au lit du patient. À condition d’intégrer des garde-fous de confidentialité et une supervision humaine, ces copilotes pourraient réduire les erreurs, accélérer l’accès à la littérature pertinente et sécuriser les usages quotidiens.

    Vers des essais en conditions réelles

    Prochaine étape attendue : adosser ces gains à des essais prospectifs en situation réelle, afin de mesurer leur impact en termes d’utilité clinique, de temps économisé et d’effets indésirables évités. Ce passage à l’échelle est indispensable pour transformer l’innovation méthodologique en bénéfice tangible pour les soignants et les patients.

    Consulter le projet MIRIAD

  • L’Union européenne mobilise 1 milliard d’euros pour accélérer l’adoption de l’IA dans les secteurs stratégiques

    Avec “Apply AI”, l’Europe veut intensifier l’intégration de l’IA dans sept secteurs clés, dont la santé

    La Commission européenne a annoncé le 8 octobre un nouveau plan d’investissement d’un milliard d’euros pour favoriser l’adoption de l’intelligence artificielle dans l’économie européenne. Intitulée “Apply AI”, cette initiative vise à accompagner l’intégration de l’IA dans plusieurs secteurs d’activité, parmi lesquels la santé, l’agroalimentaire, le transport, la défense, l’énergie, l’environnement et les industries culturelles. Ce plan s’inscrit dans la continuité du plan d’action sur l’IA dévoilé en avril 2025, qui mobilisait déjà 200 milliards d’euros autour de cinq piliers. L’objectif réaffirmé par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, est de : “concrétiser l’avenir de l’IA en Europe”.

    Bruxelles soutient les PME et propose un guichet sur l’AI act

    Bruxelles prévoit de soutenir les entreprises, notamment les PME, dans leurs besoins spécifiques pour intégrer des solutions d’IA. Si le calendrier d’application n’est pas encore précisé, la Commission annonce d’ores et déjà des projets, comme la création de centres de dépistage dans les soins de santé, et le développement de modèles d’IA agentique adaptés à l’industrie et à la pharmacie. La Commission lance également une alliance “Apply AI”, un espace collaboratif ouvert à toutes les parties prenantes souhaitant partager analyses, recommandations et documents autour de l’intelligence artificielle. Cette structure facilitera l’organisation d’ateliers et la remontée de cas d’usage, de problématiques terrain et de propositions politiques. Dans un souci de clarté autour de l’AI Act, le règlement européen sur l’intelligence artificielle, un service d’assistance en ligne a été mis en place. Il permettra aux professionnels de soumettre leurs questions à une équipe d’experts, en lien avec le bureau européen en charge de l’IA.

    “AI in Science” pour renforcer la recherche européenne en intelligence artificielle

    En parallèle du déploiement industriel, Bruxelles mise sur la recherche avec le lancement du plan “AI in Science“. Ce programme vise à stimuler l’innovation scientifique fondée sur l’IA”. Il prévoit le renforcement de réseaux d’excellence et de doctorats pour attirer des chercheurs et talents internationaux.

    Des investissements seront également réalisés dans l’accès à la puissance de calcul au bénéfice des scientifiques et des start-ups européennes. Le financement de la recherche en IA sera augmenté, notamment via le doublement des fonds alloués par le programme Horizon Europe, et par une aide spécifique à la collecte de données pour les chercheurs.

  • L’Institut Curie enregistre 80 M€ de dons en 2024 et accélère sur l’IA, la radiothérapie et la rénovation de ses sites

    Plus de 80 M€ de dons en 2024 et un cap stratégique renforcé

    Projet FRATHEA : une technologie de radiothérapie de rupture soutenue par France 2030

    En 2024, l’Institut Curie a enregistré plus de 80 millions d’euros de dons, un niveau jamais atteint. Ce résultat s’appuie à la fois sur la mobilisation des donateurs, les performances des placements financiers et le soutien de 256 000 contributeurs. Deux personnalités scientifiques ont par ailleurs rejoint sa gouvernance : Sylvie Retailleau au Conseil de surveillance et le Pr Alain Fischer à la tête du Conseil scientifique international.

    L’établissement poursuit la modernisation de ses infrastructures à Paris et Saint-Cloud. À Paris, l’extension de l’hôpital débute tandis que le pavillon des Sources et le bâtiment Claudius Regaud font l’objet de rénovations. Financé par France 2030 et la Région Île-de-France, le projet FRATHEA entrera en phase de construction en 2025. Ce dispositif de radiothérapie, développé avec le CEA, repose sur l’effet Flash découvert dans les années 2000 et sur l’utilisation d’électrons de très haute énergie. Il vise les cancers agressifs et profonds en limitant les effets sur les tissus sains. Il s’adresse notamment à des localisations tumorales complexes comme le cerveau, le pancréas ou le poumon. L’équipement devrait être opérationnel en 2028.

    Un entrepôt de données validé par la CNIL pour soutenir l’innovation médicale 

    L’Institut Curie s’appuie sur un entrepôt de données de santé validé par la CNIL, pour la numérisation complète de ses lames de pathologie et sur des projets intégrant l’IA dans le diagnostic, la recherche et le suivi thérapeutique. L’Institut mise aussi sur ses capacités de calcul et ses partenariats scientifiques. Une réorganisation des fonctions support sera lancée en 2025, avec pour objectif d’améliorer les conditions de travail des équipes de soins et de recherche. La transformation numérique, l’adaptation des outils de gestion et un nouveau programme d’accompagnement des managers font partie des leviers identifiés.

    19 plateformes de recherche renforcées par un financement de 16 M€ en 2025

    Les 19 plateformes de CurieCoreTech bénéficieront en 2025 d’un investissement de 16 M€, dont 9 financés par la Fondation. Ces équipements sont essentiels aux travaux des chercheurs, leur pérennité économique et technologique est présentée comme une priorité.

    Cancers de primitif inconnu : une IA développée à Curie prédit l’origine dans 80 % des cas

    Le site curie.fr a été refondu pour améliorer l’accès à l’information et la prise de rendez-vous. Il est désormais interconnecté à l’application myCurie. Parallèlement, une stratégie de parcours par pathologie a été coconstruite avec les professionnels de santé, avec un déploiement amorcé en gynécologie. Un service de pharmacologie oncologique permet désormais d’ajuster les posologies selon les profils individuels des patients.

    Deux nouveaux PEPR exploratoires intègrent les équipes de l’Institut : Cell-ID, porté par Geneviève Almouzni, et MED-OOC, dans lequel intervient Stéphanie Descroix. Le premier étudie la dérégulation des trajectoires cellulaires, le second développe des tumeurs-sur-puce pour tester les traitements in vitro. Par ailleurs, une IA développée depuis 2020 par le Dr Sarah Watson permet de prédire l’origine des cancers de primitif inconnu dans 80 % des cas, améliorant les perspectives thérapeutiques.

    Institut Curie. (2025). Rapport annuel 2024. https://cdn.curie.fr/media/ckeditor_pdf/D25086_VF_InstitutCurie_RA24_double_page.pdf

  • CPTS : des dispositifs en place, mais une efficacité contrastée selon les territoires

    69 % des CPTS mobilisées, mais des disparités régionales marquées

    D’après les résultats de sa Grande Enquête 2025, la Fédération des Communautés Professionnelles Territoriales de Santé (FCPTS) dresse un panorama chiffré de l’action des CPTS sur le terrain. Depuis 2021, 69 % d’entre elles ont mis en place des dispositifs de soins non programmés, ayant permis de réaliser 247 003 consultations dans 73 structures répondantes, soit plus de six par jour en moyenne. L’organisation territoriale s’ancre, mais l’efficacité perçue reste contrastée dans les zones sous-dotées. En parallèle, 20 759 patients ont retrouvé un médecin traitant grâce à leur CPTS, dont la moitié seulement via des solutions internes au territoire. Ce résultat souligne un résultat inégale d’une région à l’autre.

    Médicobus, téléconsultation, binômes soignants : les CPTS diversifient leurs approches

    17 387 patients isolés ont été pris en charge, notamment grâce à la téléconsultation assistée (51 % des CPTS concernées), aux médicobus (27 %) ou à des permanences délocalisées. D’autres dispositifs innovants sont rapportés, comme les consultations en binôme MG/IDE ou les bilans infirmiers pour reconstituer une équipe traitante. Les actions pour renforcer l’offre de soins sont également nombreuses : 354 projets d’installation de professionnels de santé ont été accompagnés, 84 % des CPTS mènent des actions de communication territoriale et 70 % participent à la formation des étudiants en santé.

    Les CPTS travaillent quasi systématiquement avec les centres hospitaliers (90,5 %), le médico-social (80 %), les collectivités (87 %) et les DAC (87 %). Pourtant, seuls 33 % des centres hospitaliers siègent avec droit de vote dans les instances de gouvernance des CPTS. Cette dissonance entre partenariat opérationnel et gouvernance formelle interroge sur l’alignement stratégique des acteurs locaux.

    Un financement ACI jugé insuffisant pour couvrir les charges de fonctionnement

    Les dépenses moyennes de fonctionnement dépassent largement les enveloppes prévues dans le cadre de l’ACI. Par exemple, les CPTS de taille 4 dépensent 207 221 € contre une enveloppe théorique de 90 000 €. Résultat : 82 % des structures ventilent leurs dépenses entre missions pour compenser le manque de fongibilité des enveloppes. Le niveau de satisfaction vis-à-vis du financement ACI atteint 6,7/10 en moyenne. Les demandes de révision ciblent en priorité l’enveloppe fonctionnement, puis certaines missions comme l’accompagnement des professionnels ou la prévention. Près de 44 % des CPTS diversifient leurs sources de financement, mais dans des proportions modestes (9,1 % du budget en moyenne). L’ACI reste largement dominant. Les disparités régionales sont marquées : l’Occitanie affiche un taux de diversification de 85 %, contre seulement 22 % en PACA. Pourtant, les fonds non-ACI représentent une part plus importante du budget en Centre-Val de Loire ou en Île-de-France.

    Pérennité des CPTS : 4,8 % dépendent fortement des médecins retraités

    Plusieurs interrogations émergent sur la capacité des CPTS à tenir leur rôle à long terme. 4,8 % d’entre elles déclarent une dépendance forte aux médecins retraités, et 10,8 % une dépendance relative. Le recours futur aux docteurs juniors est envisagé par près de 70 %. Les critiques portent aussi sur la complexité administrative, les freins à l’intégration locale (hospitalo-centrisme, méconnaissance des dispositifs) et la pression sur les soignants. L’enquête relève que les missions sont parfois perçues comme trop nombreuses ou trop peu ciblées, au risque d’une dilution de l’action.

    Quel avenir pour les CPTS ?

    Faut-il recentrer leur mission, assouplir les règles budgétaires ou renforcer leur intégration dans le pilotage territorial ? Si les chiffres attestent d’une montée en puissance, ils révèlent aussi les fragilités d’un modèle à réajuster, entre ambition territoriale et moyens limités.

  • Accès aux données cliniques et validation IA : Mayo Clinic lance la plateforme Orchestrate pour accélérer les thérapies

    Mayo Clinic ouvre l’accès à ses données cliniques anonymisées et bioéchantillons pour tester des IA médicales

    Mayo Clinic a lancé la plateforme Platform_Orchestrate, une infrastructure conçue pour faciliter l’accès aux données cliniques, à l’expertise médico-scientifique et aux outils d’intelligence artificielle, dans le but d’accélérer la mise à disposition de thérapies innovantes. Ce programme s’adresse aux entreprises de la biopharmacie, des technologies médicales et de la santé numérique, qui peuvent y tester, valider et déployer plus rapidement leurs solutions.

    Platform_Orchestrate fonctionne comme un guichet, donnant accès à :

    • Des données cliniques anonymisées, longitudinales et multimodales issues du réseau mondial de Mayo Clinic, en partenariat avec nference.
    • Des spécimens biologiques, un profilage multiomique et l’expertise scientifique de la clinique.
    • Une infrastructure évolutive pour tester et intégrer des modèles IA ou des solutions numériques dans les parcours de soins.

    Une plateforme pour tester des IA cliniques, de la détection précoce au déploiement

    La plateforme couvre l’ensemble du cycle de développement : de la phase de découverte, à la validation, jusqu’au déploiement. Elle permet d’évaluer la pertinence clinique des modèles, de les affiner à partir de données réelles, puis de les mettre en œuvre à grande échelle.

    Les premières entreprises partenaires utilisent déjà le programme. Les projets en cours portent sur :

    • Le développement de modèles d’intelligence artificielle multimodaux pour la détection précoce de maladies.
    • La création d’outils d’identification de patients éligibles à des thérapies ciblées.
    • L’amélioration du recrutement pour les essais cliniques.
    • Le déploiement de solutions de santé numérique validées dans les établissements de Mayo Clinic et dans ses réseaux internationaux.

    Selon Maneesh Goyal, directeur des opérations de la plateforme, l’objectif est d’aider les entreprises du secteur à aller plus vite, tout en renforçant la sécurité et la pertinence clinique des innovations. Platform_Orchestrate répond à un besoin identifié dans le secteur : lever les freins au développement et à l’intégration de nouvelles technologies dans la pratique médicale, en capitalisant sur l’interopérabilité entre données, IA et expertise médicale.

  • En 2024, les start-up françaises renforcent leurs capitaux propres de 18 %, malgré une baisse des levées de fonds

    Start-up françaises : 25 Md€ de chiffre d’affaires en 2024 malgré le recul des levées de fonds

    En 2024, 2 165 start-up françaises étudiées par la Banque de France voient leur chiffre d’affaires cumulé atteindre 25 Md€, en hausse de 13 % par rapport à 2023. Cette dynamique intervient dans un contexte où les levées de fonds diminuent de 7 %, à 7,77 Md€ selon EY. En parallèle, le déficit d’exploitation global recule de 17 %, et la trésorerie se stabilise à 11 Md€ (+3 %). Les capitaux propres progressent de 18 % (16,8 Md€), tandis que les emprunts obligataires augmentent de 23 % (1,1 Md€), essentiellement pour couvrir les besoins de liquidité entre deux tours. La dette bancaire représente 5,1 Md€, soit 30 % des capitaux propres, un ratio bien inférieur à celui des PME et ETI. Toutes les filières enregistrent une croissance du chiffre d’affaires, les fintechs en tête avec +41 %. Suivent tourisme & loisirs (+17,7 %), software & data (+16,1 %) et alimentation (+15 %). Le secteur software & data regroupe à lui seul 370 start-up et génère 3,95 Md€ de chiffre d’affaires. Il affiche aussi une hausse notable de ses capitaux propres (+54 %) et une réduction de sa dette bancaire (–10 %). L’activité à l’exportation représente près de 28 % du chiffre d’affaires total des start-up, principalement dans le tourisme (55 % à l’international), le marketing digital (47 %) et l’IoT/hardware (43 %).

    La moitié disposent d’un an de trésorerie malgré 59 % de déficitaires

    Si 59 % des start-up restent déficitaires en 2024, la rentabilité progresse : les pertes nettes représentent désormais 12,4 % du CA contre 16,5 % en 2023. La moitié des entreprises étudiées disposent d’au moins un an de trésorerie. Les start-up en perte détiennent souvent peu ou pas de capitaux propres, avec un chiffre d’affaires médian de 3,1 M€ et un effectif médian de 47 salariés. Les effectifs progressent de 4 % en 2024 (107 812 salariés), une hausse plus modérée que les années précédentes. Certaines filières continuent cependant d’embaucher activement, notamment les mobilités (+16 %), tourisme & loisirs (+13 %), et les fintechs (+8 %). À l’inverse, les effectifs baissent dans l’éducation (–9 %) et le marketing digital (–3 %). La médiane d’effectif reste stable à 28 salariés.

    Bpifrance investira 10 Md€ dans l’IA d’ici 2029, dont 2,8 Md€ déjà engagés

    La France conserve la tête du classement ESNA pour le soutien à l’écosystème start-up

    L’analyse selon la maturité confirme une montée en puissance graduelle des entreprises : les start-up matures (15 ans et plus) affichent un chiffre d’affaires moyen de 16,7 M€, contre 6,5 M€ en phase d’amorçage. Si la rentabilité d’exploitation reste négative à tous les stades, la médiane s’améliore nettement avec l’ancienneté.  La France reste, pour la deuxième année consécutive, en tête du classement ESNA pour son soutien aux start-up. Plusieurs dispositifs nationaux se poursuivent en 2025 : French Tech Next 40/120, French Tech 2030, programme France 2030 (54 Md€ sur cinq ans), initiative Tibi 2 (7 Md€ de fonds privés pour la décarbonation), ou encore le fonds France & IA (10 Md€). Bpifrance mobilise également 10 Md€ pour l’intelligence artificielle d’ici 2029, dont 2,8 Md€ déjà levés fin 2024 pour les start-up industrielles.

     

  • Un antibiotique à spectre étroit créé grâce à l’IA (Nature)

    Un modèle d’IA pour prédire le mode d’action des molécules

    Alors que la résistance aux antibiotiques continue de croître, la recherche de nouvelles molécules plus sélectives devient cruciale. La plupart des traitements actuels éliminent aussi les bactéries bénéfiques du microbiote, provoquant des déséquilibres à l’origine de troubles digestifs et immunitaires. Les équipes du MIT, du Broad Institute et du Wyss Institute (Harvard) explorent une voie alternative : utiliser l’intelligence artificielle pour identifier de nouvelles molécules et anticiper leur mode d’action avant même la validation expérimentale.

    L’étude, dirigée par James Collins (MIT), a mobilisé des chercheurs du Broad Institute et du Wyss Institute. Leur objectif : découvrir un antibiotique à spectre étroit ciblant des bactéries intestinales pathogènes sans perturber la flore bénéfique. Les scientifiques ont d’abord criblé une grande bibliothèque de composés antibactériens afin d’isoler ceux capables d’agir sur des bactéries à Gram négatif, dont E. coli. Ils ont ensuite utilisé un modèle d’intelligence artificielle pour prédire le mode d’action des molécules les plus prometteuses. Ces prévisions ont ensuite été testées sur cultures bactériennes, puis confirmées chez la souris dans un modèle reproduisant une infection intestinale.

    Résultats : 99% de bactéries éliminées

    • Identification d’un nouvel antibiotique, Enterololin, actif contre certaines bactéries pathogènes sans altérer le microbiote.
    • L’IA a révélé que la molécule empêche les bactéries de fabriquer correctement leur paroi, en bloquant deux étapes clés de ce processus vital.
    • Chez la souris, le traitement a éliminé près de 99 % des bactéries pathogènes ciblées tout en préservant l’équilibre intestinal.
    • Aucune toxicité significative n’a été observée dans les tests précliniques.
    • Le recours à l’IA a permis de réduire le temps d’analyse du mécanisme d’action de deux ans à six mois, pour un coût d’environ 60 000 $, contre plusieurs millions habituellement.

    Cette découverte montre qu’il est désormais possible d’utiliser l’IA non seulement pour découvrir de nouveaux antibiotiques, mais aussi pour comprendre leur mode d’action avant même les essais en laboratoire.

    Un antibiotique « scalpel »

    Les chercheurs soulignent qu’Enterololin agit “comme un scalpel”, en s’attaquant uniquement aux bactéries responsables d’infections tout en épargnant celles essentielles au microbiote — à la différence des antibiotiques “large spectre”, comparables à une arme de destruction massive.

    Les résultats restent toutefois précliniques, et la molécule devra encore passer par des tests de toxicologie et de pharmacocinétique avant toute application humaine. Le développement industriel avance : la start-up Stoked Bio, issue du MIT, a licencié la molécule pour l’optimiser en vue d’un usage thérapeutique et prévoit d’étendre les essais à d’autres bactéries résistantes, comme Klebsiella.

    « Ce travail montre que nous ne faisons qu’effleurer le potentiel de la découverte de médicaments guidée par l’IA », souligne Jon Stokes, professeur adjoint à l’Université McMaster et co-auteur de l’étude. « Pour l’instant, nous ne pouvons pas considérer que ces modèles d’IA aient toujours raison, mais le simple fait qu’ils puissent être justes a supprimé beaucoup d’incertitudes dans nos choix expérimentaux », précise-t-il.

    * Discovery and artificial intelligence-guided mechanistic elucidation of a narrow-spectrum antibiotic.

    Catacutan, D.B., Tran, V., Arnold, A. et al.

    Nat Microbiol (2025).

    https://www.nature.com/articles/s41564-025-02142-0

  • Effectifs en hausse dans la radiologie, mais des réformes à l’arrêt faute de dialogue avec la CNAM

    • Le nombre de radiologues augmente de 0,6 % en un an, atteignant 9 342 professionnels en 2025.
    • Le métier se rajeunit : 31 % des radiologues ont moins de 40 ans.
    • La féminisation progresse : 45 % de femmes chez les radiologues, avec une forte proportion chez les moins de 40 ans.
    • 3,1 Md€ d’honoraires perçus par les radiologues libéraux en 2023, dont 421 M€ en dépassements.
    • 203 M€ de prescriptions émises par les radiologues (biologie, dispositifs, soins infirmiers).
    • Les solutions d’IA permettent +30 % de productivité sur les IRM.
    • Un tiers des radiologues utilise la reconnaissance vocale pour les comptes rendus.
    • Près de 1 500 IRM en service en France en 2025, contre 1 280 en 2023.
    • Les négociations entre CNAM et syndicats sont gelées, faute de gouvernance politique stable.
    • La FNMR rejette le rapport IGAS/IGF et conteste les 300 M€ d’économies demandées sur les forfaits techniques.
    • 13 éditeurs se positionnent pour la DRIMbox, outil pour lutter contre les examens redondants via le DMP.

    🧑‍⚕️Les effectifs ont progressé de 0,6 % en un an, avec une croissance continue depuis 2012 pour les radiologues comme pour les médecins nucléaires.

    Le nombre de radiologues en exercice en France continue d’augmenter légèrement. Selon les données publiées par la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES), 9 342 radiologues étaient en activité au 1er janvier 2025, en France métropolitaine et dans les DROM, contre 9 286 un an plus tôt, soit une hausse de 0,6 %.

    Source : Caisse nationale de l’Assurance Maladie (Cnam), données du SNDS

    Une croissance régulière depuis plus d’une décennie, et une profession rajeunie

    Entre 2012 et 2025, les effectifs de radiologues ont progressé de 13,65 %. À cette date, les radiologues représentent un peu moins de 4 % de l’ensemble des médecins en activité en France, qui sont au nombre de 237 200. Les médecins nucléaires connaissent une dynamique similaire. Ils étaient 875 à exercer en France au début de l’année 2025, contre 849 l’année précédente. Soit une augmentation de 3,1 % sur un an. Sur treize ans, cette spécialité connaît également une évolution à la hausse, bien que le taux précis d’augmentation ne soit pas indiqué dans les données publiées. La DREES indique également que 31 % des radiologues ont aujourd’hui moins de 40 ans, signe d’un certain renouvellement générationnel au sein de la profession.

    Effectif des radiologues par territoire

    Source : Caisse nationale de l’Assurance Maladie (Cnam), données du SNDS

    💰3 milliards d’euros d’honoraires, dont 421 millions en dépassements

    Une patientèle stable, 7 213 patients en moyenne par an

    Les radiologues libéraux ont perçu un total de 3,1 milliards d’euros d’honoraires en 2023. La majorité (2,69 Md€) provient des actes techniques. S’y ajoutent des rémunérations forfaitaires (25 M€), quelques indemnités de déplacement et près de 421 millions d’euros de dépassements. Le taux de dépassement moyen pour les praticiens en secteur 2 s’établit à 41 %, avec des écarts notables : 23 % pour ceux adhérant à l’Optam, 61 % pour ceux qui n’y adhèrent pas. En 2023, chaque radiologue libéral a suivi en moyenne 7 213 patients, un chiffre en légère hausse (+217) par rapport à 2022. Le volume des prescriptions générées par la profession atteint 203 millions d’euros. Ces prescriptions concernent principalement des actes de biologie, des dispositifs médicaux ou des soins infirmiers.

    Honoraires détaillés (total 2023)

    3 138,1 millions €
    • Actes : 2 690,4 millions €
    • Rémunérations forfaitaires : 25,0 millions €
    • Indemnités de déplacement : 7 219,0 €
    • Autres types d’honoraires : 1,7 millions €
    • Dépassements : 421,1 millions

    📉Imagerie médicale : 6 indicateurs chiffrés pour comprendre l’évolution du marché en 2025

    La productivité des IRM progresse de 30 % grâce à l’IA, et un tiers des radiologues utilise la reconnaissance vocale.

    Plusieurs indicateurs témoignent de dynamiques à suivre : montée en puissance de l’offre vétérinaire, féminisation croissante de la profession, renouvellement technologique rapide des équipements, et transformation numérique des pratiques.

    • 1 milliard d’euros pour les prestations d’imagerie vétérinaire : en progression, les services d’imagerie vétérinaire ont franchi le cap du milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2025. Cette croissance est portée par l’augmentation du nombre d’animaux de compagnie (près de 15 millions de chats et plus de 7 millions de chiens en 2022) et par l’équipement des cliniques en IRM et scanners. Des industriels du secteur médical humain, comme GE Healthcare ou Siemens, adaptent leurs technologies aux usages vétérinaires.
    • 45 % de femmes parmi les radiologues : La part de femmes radiologues continue de progresser, atteignant 45 % en 2025 contre 35 % au début de la décennie. Ce mouvement suit la féminisation plus large du corps médical français, qui compte désormais 52 % de femmes médecins en activité. La tendance est marquée chez les radiologues de moins de 40 ans. En revanche, les postes de direction restent encore majoritairement occupés par des hommes.
    • Près de 1 500 IRM en service sur le territoire : La France dispose en 2025 de près de 1 500 appareils IRM, contre 1 280 en 2023 et environ 1 034 en 2019. Cette augmentation répond à la demande d’harmonisation avec les moyennes européennes. Le taux de pénétration des IRM atteint environ 19 appareils par million d’habitants, mais des disparités territoriales subsistent.
    • Une durée de vie des équipements lourds limitée à 10 ans : Les équipements lourds d’imagerie (IRM, scanners) sont rarement utilisés au-delà de 10 ans. L’obsolescence technologique rapide, les exigences réglementaires (recommandation du COCIR : moins de 10 % du parc au-delà de 10 ans), et les coûts de maintenance favorisent un renouvellement anticipé. Le maintien à niveau du parc matériel est essentiel pour assurer des diagnostics précis.
    • Un tiers des radiologues utilise la reconnaissance vocale au quotidien : Environ un tiers des radiologues en France ont recours à la reconnaissance vocale pour la rédaction de leurs comptes-rendus. Ce taux reste inférieur à celui observé dans certains pays européens (plus de 85 % au Royaume-Uni). L’outil permet un gain de temps, notamment pour les examens réalisés en horaires décalés, mais son adoption reste freinée.
    • +30 % de productivité pour les IRM grâce à l’optimisation logicielle : Les solutions d’optimisation logicielle, notamment fondées sur l’IA, permettent une augmentation estimée à 30 % de la productivité des équipements IRM. Des technologies comme Deep Resolve (Siemens) ou Milvue permettent d’accélérer les temps d’acquisition et d’automatiser certaines tâches de diagnostic. Ces outils contribuent à améliorer le taux d’occupation des équipements et à absorber la demande.

    🏛️La radiologie française à l’arrêt, faute de gouvernance

    Les discussions sur les baisses tarifaires des actes, l’évolution du métier de MERM ou le protocole CNAM sont suspendues. Les professionnels appellent à la mobilisation le 1er octobre.

    Malgré ces points positifs, la radiologie française se trouve en suspens, affectée par l’instabilité politique actuelle. Plusieurs projets portés par les représentants de la profession sont interrompus faute de gouvernance. Le dialogue avec la Caisse nationale d’Assurance maladie (CNAM), jugé déséquilibré, suscite une même mobilisation le 1er octobre.

    300 M€ d’économies ciblées sur les forfaits techniques contestées par la FNMR

    La tension reste vive autour des préconisations du rapport IGAS/IGF, qui proposait de réaliser 300 millions d’euros d’économies par an sur les actes d’imagerie médicale, en particulier via des baisses des forfaits techniques. Le Dr Jean-Philippe Masson, président de la Fédération nationale des médecins radiologues (FNMR), a qualifié ce plan de « malhonnête intellectuellement », rappelant que les forfaits techniques (FT) ne représentent que 30 % des dépenses d’imagerie, alors qu’ils seraient mis à contribution pour 50 % des économies. Dans les derniers jours du gouvernement Bayrou, un échange avait eu lieu entre le Dr Masson et le ministre de la Santé Yannick Neuder, qui avait promis une réouverture des discussions si son mandat était reconduit. Depuis, le changement de gouvernement a suspendu toute avancée. Le risque demeure que le directeur général de la CNAM procède à des baisses unilatérales des cotations via la loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS), imposée par le 49.3.

    MERM : des dossiers jugés prioritaires gelés en raison de l’instabilité gouvernementale

    Du côté paramédical, les travaux entamés autour de l’évolution du métier de manipulateur en électroradiologie médicale (MERM) sont également à l’arrêt. Portés par le Conseil national professionnel des manipulateurs (CNPMEM), les échanges menés cet été avec Yannick Neuder au ministère de la Santé avaient permis d’aborder plusieurs sujets :

    • Montée en puissance des instituts de formation.
    • Pénurie de professionnels.
    • Ou encore projet de master en pratiques avancées.

    La réunion, qualifiée de dense et constructive par ses participants, n’a pas débouché sur des suites concrètes. L’absence de gouvernance politique empêche aujourd’hui toute mise en œuvre, y compris sur des dossiers considérés comme prioritaires pour la sécurisation de la filière. Après quatre changements de Premier ministre en trois ans, les représentants de la communauté radiologique, comme les autres acteurs du système de santé, attendent la nomination d’une nouvelle équipe stable pour relancer les discussions. D’ici là, les initiatives entamées restent gelées et les perspectives incertaines.

    📣La FNMR rejette en bloc le rapport IGAS/IGF et le protocole de la CNAM

    Une accusation jugée intolérable par les radiologues

    Publié le 15 juillet 2025, le rapport conjoint de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) et de l’Inspection générale des finances (IGF) sur l’imagerie médicale continue de provoquer des réactions. Le document critique la rentabilité de la radiologie française et remet en question son intégration au parcours de soins. Réuni à Paris le 13 septembre, le Conseil d’administration de la Fédération nationale des médecins radiologues (FNMR) a voté à l’unanimité une double motion. La première rejette le protocole Imagerie 2025-2027 proposé par la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM), qui prévoit 300 millions d’euros d’économies d’ici 2027. La seconde s’oppose fermement aux conclusions du rapport IGAS/IGF.

    La FNMR conteste en particulier l’affirmation du rapport selon laquelle « la radiologie n’est pas une activité de soins », qu’elle considère comme une contre-vérité. Dans son communiqué, elle alerte : si le prochain Projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS), fondé sur le rapport Charges et Produits de la CNAM, s’appuie sur ces analyses, l’accès aux soins serait « largement remis en cause ».

    Une série de mesures à partir du 1er octobre

    Pour marquer son désaccord, la FNMR a validé plusieurs actions, effectives dès le 1er octobre 2025, date prévue d’entrée en vigueur du protocole. Elle appelle à une grève de la permanence des soins en établissements de santé (PDSES), à l’arrêt de la participation aux appels à candidatures lancés par les agences régionales de santé (ARS) pour organiser cette permanence, et à une mobilisation territoriale visant à sensibiliser les professionnels, les élus et les parlementaires.

    📊Entre 15 % et 30 % des centres d’imagerie en France seraient financiarisés, selon plusieurs sources

    Le Sénat, la CNAM et plusieurs acteurs de terrain alertent sur la montée des logiques d’investissement financier dans le secteur radiologique, avec des impacts potentiels sur l’indépendance médicale et la qualité des soins. Selon l’association CORaIL, 15 % des centres d’imagerie seraient aujourd’hui concernés par cette financiarisation. D’autres estimations, comme celles des groupes ImDev et Vidi citées dans un rapport sénatorial de septembre 2024, avancent un chiffre allant jusqu’à 30 %.

    Les opérations de rachat se déroulent souvent via des stratégies comme le leverage buyout (LBO) ou des acquisitions en série (roll-up). En Europe, les obligations de notification à l’Autorité de la concurrence ne s’appliquent qu’aux transactions supérieures à 150 millions d’euros, limitant la visibilité sur l’étendue du phénomène. Parmi les fonds d’investissement identifiés dans le secteur de l’imagerie figurent Blackstone, Bridgepoint, Ardian (avec Simago), Andera (Résonance Imagerie), Antin Infrastructure Partners, Parquest (associé à la MACSF), Essling Expansion, Bpifrance, Sofipaca (X-Ray Phocea) et Eurazeo via son fonds Nov Santé aux côtés de Bpifrance dans Imapôle.

    Automatisation, renouvellement des équipements : les raisons de l’intérêt des investisseurs pour la radiologie

    Le secteur radiologique présente plusieurs caractéristiques favorables aux investisseurs :

    • La nécessité de renouveler régulièrement des équipements coûteux (tous les 5 à 7 ans).
    • La dépendance aux services après-vente pour garantir la qualité des examens.
    • Les perspectives d’automatisation via l’intelligence artificielle (IA), perçue comme un levier d’optimisation des coûts et de rentabilité.

    Des risques éthiques et médicaux pointés par le Sénat

    Dans son rapport du 25 septembre 2024, la commission des affaires sociales du Sénat formule 18 propositions pour encadrer la financiarisation de l’offre de soins. Le texte met en garde contre les dérives potentielles, notamment la surutilisation d’examens coûteux comme l’IRM sans justification médicale, ou encore la perte de gouvernance médicale dans les structures de radiologie. Le document alerte également sur l’effet possible de l’IA, si celle-ci est mal encadrée : en renforçant les logiques de rentabilité, elle pourrait accentuer la déconnexion entre pratiques médicales et décisions d’investissement.

    🩻13 éditeurs candidats pour la DRIMbox, un levier contre la redondance des examens d’imagerie

    Le programme Ségur numérique Vague 2 dédié à l’imagerie repose sur un principe d’incitation financière. Il vise à soutenir le développement de solutions logicielles compatibles avec les exigences nationales en matière d’échange et de partage de données de santé. Dans ce cadre, les éditeurs peuvent bénéficier d’un financement public à condition d’intégrer les fonctionnalités demandées. Les établissements de santé et centres de radiologie qui s’équipent reçoivent également un soutien financier de l’État. Pour la DRIMbox, ce financement couvre intégralement le matériel. Les éditeurs ont jusqu’au 16 septembre 2026 pour référencer leur DRIMbox.

    La DRIMbox est une interface de communication conçue pour faciliter l’accès et le partage d’images médicales. Elle permet, d’une part, de générer des liens vers des images stockées dans des systèmes PACS sur tout le territoire, et, d’autre part, d’interroger le DMP pour localiser ces images. Les flux passent de DRIMbox à DRIMbox, garantissant un accès direct depuis les comptes rendus médicaux. Trois types d’utilisateurs sont identifiés :

    • Les patients, qui peuvent consulter leurs images.
    • Les médecins prescripteurs, qui y accèdent via le DMP.
    • Et les radiologues, pour les échanges entre plateformes.

    Examens redondants : les médecins devront consulter le DMP avant toute prescription

    L’un des objectifs est la réduction des examens redondants. À terme, les prescripteurs devront vérifier l’existence d’un examen dans le DMP avant toute nouvelle demande d’imagerie. Les radiologues, eux aussi, devront s’assurer de l’absence de doublon. À partir du 31 décembre 2025, la transmission des demandes d’imagerie devra obligatoirement passer par le DMP.

    Le dispositif mise sur une interopérabilité renforcée et une sécurisation des données. Afin d’être référencés, les éditeurs doivent répondre à un cahier des charges, qui intègre des exigences en cybersécurité. Des tests d’intrusion sont requis pour la validation. Treize éditeurs se sont portés candidats au référencement DRIMbox, et onze pour les logiciels RIS (Radiology Information System). Concernant le RIS, l’évolution inclut l’interrogation et le rapatriement des documents disponibles dans le Dossier médical partagé (DMP), comme les résultats de laboratoire ou les lettres de sortie.

    Des échéances précises jusqu’en 2027

    Le processus suit un calendrier encadré : les éditeurs doivent déposer leur dossier de référencement avant le 16 septembre 2026. Les établissements et centres de radiologie ont jusqu’au 10 novembre 2026 pour passer commande. Le déploiement du RIS doit être finalisé avant le 9 juin 2027, tandis que celui de la DRIMbox est attendu pour le 15 septembre 2027. Selon Jean-Marc Chevilley, Directeur de projet à la Délégation au Numérique en Santé, ce nouveau cadre pourrait améliorer la qualité de la prise en charge et réduire les délais d’accès à l’imagerie pour les patients.