Des soins personnalisés grâce à l’IA ?
Les soins centrés sur le patient (SCP) ont fait la preuve de leur efficacité. Une telle démarche qui repose sur une complémentarité entre l’expertise des professionnels et l’expérience du patient améliore l’engagement dans les soins, l’autonomie des patients et leur confiance, tout en réduisant le stress lié à la maladie. De plus, les SCP sont associés à une meilleure qualité de vie et à de meilleurs résultats de santé.
Des chercheurs américains du Stanford Center for Digital Health ont donc mené une étude afin de savoir précisément comment l’intelligence artificielle peut assister les professionnels de santé dans la fourniture de soins personnalisés aux patients atteints de diabète. Pour cela, ces derniers ont conçu des outils d’IA capables de répondre aux besoins spécifiques de ces malades et ils ont mesuré ensuite la perception des médecins quant à leur utilité.
Plus de 500 000 messages de patients analysés
Concrètement, les auteurs de l’étude ont analysé 528 199 messages électroniques envoyés par 11 123 patients diabétiques via un portail sécurisé entre 2013 et 2024. Des techniques avancées de traitement du langage naturel ont été utilisées pour identifier les préoccupations principales des patients. Puis, à partir des thèmes identifiés, des outils d’IA ont été conçus pour assister les cliniciens. Enfin, cinq endocrinologues ont évalué ces outils en termes d’utilité perçue et de risques potentiels.
Les chercheurs ont développé plusieurs types d’outils d’IA : des générateurs de réponses éducatives pouvant par exemple interpréter des résultats de laboratoire, des assistants à la gestion de l’hypoglycémie mais aussi des outils de support administratif qui pouvaient notamment rédiger des courriers justificatifs pour l’employeur ou l’école ou encore des systèmes automatisés de rappels invitant à réaliser divers examens, des outils pour analyser en temps réel les données de capteurs…
Les résultats de cette étude ont été publiés le 16 avril dans npj Digital Medicine.
Résultats : l’IA risquée en cas de décision clinique
- Les préoccupations les plus fréquemment citées par les patients concernaient la nutrition, la gestion du poids, l’interprétation des résultats de laboratoire, la gestion des médicaments et les aspects administratifs.
- L’IA a permis aux cliniciens de gagner du temps et de réduire les délais de réponse des patients. Elle peut automatiser des tâches chronophages comme la rédaction de documents administratifs, la gestion de rendez-vous ou la préparation de lettres standard.
- Les outils d’éducation personnalisée des patients ont renforcé l’autonomie de ces derniers, tout en allégeant la charge des soignants
- Le classement des messages des patients en fonction de leur criticité a été estimé comme à haut risque de mauvaise priorisation.
- L’analyse en temps réel des données de capteurs pour suggérer des ajustements thérapeutiques a été jugée trop risquée sans supervision humaine.
Les résultats de l’étude mettent clairement en évidence les points positifs de l’IA en matière de soins centrés sur le patient mais aussi ceux qui sont critiques. Soutien administratif et éducation thérapeutique sont clairement facilités par l’IA. Les outils favorisent des interactions rapides et se révèlent un soutien efficace pour les soignants. En revanche, les outils d’IA traitant directement les données des patients ont été perçus comme risqués (par exemple, la synthèse des données pour trier les messages par urgence et par sujet). Les tâches qui touchent aux décisions cliniques en temps réel soulèvent en effet davantage de préoccupations éthiques et de sécurité.
Des réponses à des besoins concrets
Si l’étude se distingue par sa méthode, elle n’est pas exempte de limites. En effet, les outils ont certes été créés en partant de plus d’un demi-million de messages réels de patients, ce qui garantit que l’IA répond à des besoins concrets, et non à des hypothèses de chercheurs ou développeurs, cependant elle est limitée par la nature de ses données. Ces dernières proviennent d’un seul système, d’une seule forme de communication (portail patient), et sans prise en compte complète du contexte social.
* Artificial intelligence tools in supporting healthcare professionals for tailored patient care.
Kim, J., Chen, M.L., Rezaei, S.J. et al.
npj Digit. Med. 8, 210 (2025). https://doi.org/10.1038/s41746-025-01604-3