Un panorama mondial structuré autour des types de données de santé
L’une des grandes forces de cette cartographie est sa lecture par types de données exploitées, plutôt que par secteur traditionnel (diagnostic, imagerie, suivi patient, etc.). Ce choix reflète l’approche très “infrastructurelle” de Team8 : la donnée est la ressource, et c’est son origine, sa structuration et son usage qui déterminent les contours de l’innovation.
Le panorama recense ainsi quatorze grands types de données, chacun regroupant plusieurs entreprises leaders. Le premier segment, celui des données cliniques, regroupe les plateformes capables d’agréger, structurer et enrichir des données issues des systèmes hospitaliers ou des dossiers médicaux électroniques. Huit entreprises y sont recensées, dont des poids lourds comme Innovaccer ou OM1, qui opèrent à grande échelle dans l’optimisation des parcours de soins ou l’aide à la décision médicale.
Autre catégorie très représentée : les données génomiques. Six entreprises, telles que Immunai ou BostonGene, se démarquent dans ce champ où les avancées récentes en séquençage haut débit et en modélisation de l’ADN ouvrent des perspectives révolutionnaires pour la médecine de précision.
Les données d’imagerie médicale constituent un troisième pôle d’innovation majeur. Sept entreprises y figurent, dont PathAI et Aidoc, qui développent des technologies d’intelligence artificielle pour interpréter des images radiologiques ou histologiques à grande échelle, réduisant les erreurs de diagnostic et accélérant les prises en charge.
Vient ensuite le domaine des données issues des essais cliniques, qui compte également huit entreprises, parmi lesquelles Owkin, seule entreprise française présente dans le panorama. Ce segment stratégique vise à optimiser la conception, le recrutement et l’analyse des essais thérapeutiques en s’appuyant sur des jeux de données en vie réelle (RWD) ou simulés par IA.
D’autres types de données complètent cette cartographie : les données comportementales issues des objets connectés ou des applications de bien-être ; les données administratives (issues des systèmes de facturation ou des bases d’assurance) ; les données biométriques, souvent utilisées dans la surveillance des patients à distance ; les données de mobilité, de plus en plus exploitées pour comprendre les déterminants sociaux de santé ; ou encore les données liées aux performances des soignants et des structures de santé.
Ce panorama, s’il n’a pas vocation à être exhaustif, offre une grille de lecture puissante des usages actuels de la donnée en santé. Il fait émerger des tendances claires : l’innovation se concentre principalement sur les données cliniques, génomiques, d’imagerie et d’essais cliniques, autrement dit, sur les segments à forte valeur ajoutée pour l’industrie pharmaceutique, les hôpitaux et les organismes payeurs.
La santé numérique française en quête de reconnaissance globale
La présence isolée d’Owkin dans ce panorama interroge. Fondée en 2016 à Paris, Owkin s’est rapidement imposée comme un leader dans l’intelligence artificielle appliquée aux essais cliniques. Son approche basée sur l’apprentissage fédéré — permettant d’entraîner des modèles d’IA sans déplacer les données des hôpitaux — en fait une pionnière en matière de confidentialité et d’efficacité. Avec des levées de fonds massives, dont une de 180 millions de dollars en 2021 menée par Sanofi, Owkin est aujourd’hui une entreprise bicontinentale, très implantée aux États-Unis, et largement intégrée à l’écosystème pharmaceutique mondial.
Si elle est la seule à représenter la France dans ce panorama, c’est probablement en raison des critères de sélection stricts adoptés par Team8 : les entreprises doivent avoir levé des fonds significatifs sur les quatre dernières années, être en série A à D, et démontrer une orientation internationale forte, à la fois dans leur clientèle et dans leur capacité à opérer à l’échelle.
Or, bon nombre d’acteurs français innovants dans la donnée de santé — Inato, Heva, Synapse Medicine, BioSerenity, Median Technologies, Tilak Healthcare, Codoc pour ne citer qu’eux — restent en dehors du radar, soit parce qu’ils ne répondent pas (encore) à ces critères financiers, soit parce que leur implantation reste essentiellement européenne, voire franco-française. D’autres souffrent d’un manque de visibilité à l’international, faute de relais ou de partenariats stratégiques.
Un écosystème qui ne manque pas de potentiel :
Ce panorama a le mérite de faire apparaître un paradoxe français. Alors que le pays ne manque ni de talents, ni de solutions technologiques, ni de projets pionniers — notamment dans le champ hospitalier ou en matière de télésurveillance —, peu de ses entreprises parviennent à percer dans les classements internationaux dominés par les États-Unis, Israël et le Royaume-Uni.
L’écosystème français souffre encore d’une fragmentation de ses données, de lourdeurs réglementaires, et d’un accès aux financements qui reste plus limité qu’outre-Atlantique. Mais il ne manque pas de potentiel. Le défi est désormais de convertir ce potentiel en leadership visible, de construire des champions capables de rivaliser sur les marchés mondiaux, et de renforcer la coopération entre acteurs publics et privés pour faciliter l’accès aux données, sans sacrifier les exigences éthiques.
Si cette carte met en lumière le retard relatif de la France, elle souligne aussi les axes de progression : internationalisation, levées de fonds ambitieuses, industrialisation des modèles, et surtout, meilleure articulation entre science des données et déploiement clinique.
Une réponse à l’urgence d’un cadre global de confiance
À l’heure où les transferts de données se multiplient et où les technologies issues de l’intelligence artificielle modifient en profondeur la façon dont les données sont exploitées, la Cnil réaffirme la nécessité d’un haut niveau de protection, en France, en Europe et au-delà. Cette stratégie européenne et internationaleentend, autour de 7 objectifs, répondre à un double impératif : garantir les droits des citoyens et accompagner le développement de services numériques innovants.
En plus de sa stratégie nationale publiée en début d’année, qui fixe ses priorités autour de l’intelligence artificielle, des données de santé, de l’éducation au numérique ou encore des droits des enfants en ligne, la CNIL structure sa feuille de route européenne autour de trois axes :
1. Fluidifier la coopération européenne dans le nouvel environnement réglementaire :
Face à la complexification du cadre européen — marqué notamment par l’entrée en vigueur du DSA, du DMA ou du Data Act — la Cnil entend jouer un rôle moteur pour améliorer les mécanismes de coopération entre autorités de protection des données. L’objectif est clair : accélérer la production de lignes directrices communes, de décisions coordonnées et d’actions répressives efficaces. Cette volonté se traduira notamment par une implication renforcée au sein du Comité européen de la protection des données (CEPD).
2. Défendre des standards internationaux élevés :
Sur la scène mondiale, la Cnil poursuit son engagement dans les enceintes internationales (Conseil de l’Europe, OCDE, Global Privacy Assembly…), tout en élargissant son périmètre d’action vers d’autres espaces (ASEAN, RIPD, Global CBPR Forum…). L’ambition est d’influencer les discussions globales en faveur d’un modèle européen qui allie innovation technologique et respect des libertés fondamentales.
Cette diplomatie de la donnée s’accompagne d’un dialogue renforcé avec le gouvernement français, afin d’assurer une cohérence des positions à l’international — notamment sur les enjeux émergents tels que l’encadrement de l’IA, l’identité numérique, ou la cybersécurité.
3. Affirmer l’influence européenne de la Cnil, notamment sur les données de santé :
La Cnil entend également conforter son rôle de référence dans les débats internationaux. Un enjeu clé, alors que les flux transfrontaliers de données — y compris sensibles comme les données de santé — deviennent une réalité opérationnelle pour de nombreux acteurs publics et privés. L’Autorité veut consolider sa doctrine sur les transferts de données et anticiper les risques liés à leur exploitation mondiale.
Les données de santé sont, en effet, un champ de vigilance majeur. À l’heure où les projets d’IA en santé se multiplient, souvent à partir de données collectées sur différentes juridictions, la Cnil plaide pour un cadre éthique et juridique harmonisé, garantissant un niveau de sécurité et de transparence exigeant. Elle s’engage à défendre une vision européenne rigoureuse de la protection de ces données hautement sensibles, tout en permettant leur usage dans un cadre maîtrisé à des fins de recherche et d’amélioration des soins.
Un premier trimestre a trois levées de fonds de plus de 30M €
Ce qui fait du premier trimestre de l’année 2021 l’un des plus important en termes de levées de fonds pour les entreprises françaises du numérique en santé, ce sont les 3 levées de fonds supérieures à 30 millions d’euros, dont le méga deal de Ecential Robotics qui avait levé 100 millions d’euros. Ce financement qui représente près d’un tiers des montants levés lors de ce trimestre (308,9M €) est suivi par les levées de fonds de Carmat (55,7M €) et Corwave (35M €), qui a eux trois porteNT plus de la moitié des fonds levés au cours des 3 premiers mois de l’année 2021.
Pour ce qui est des autres levées de fonds, seules deux se situent au-dessus de 10M € : celles de Volta Medical et de Median Technologies. Les 23 autres vont de 5,8M € (AcuSurgical) à moins d’un million d’euros.
Les 9 plus grosses levées de fonds du T1 2021 – @H&TI
Que sont devenues ces entreprises ?
Pour cette étude, H&TI se concentrent sur les 9 entreprises (présentes sur le tableau ci-dessous) qui ont réalisées les plus grosses levées de fonds au cours du premier trimestre de l’année 2021.
eCential Robotics cap sur l’internationalisation et les validations réglementaires :
Depuis sa levée de 100 millions d’euros au premier trimestre 2021, eCential Robotics a connu une progression rapide, renforçant sa position dans le domaine de la chirurgie assistée par robotique, notamment pour la colonne vertébrale. L’entreprise a capitalisé sur ce financement pour accélérer le développement technologique, sécuriser des partenariats stratégiques et obtenir des homologations clés à l’international.
En termes de financement post-avril 2021, eCential Robotics a reçu 15 millions d’euros de la Banque européenne d’investissement en décembre 2021, dans le cadre de son soutien à la recherche et à l’innovation en robotique chirurgicale. Ce financement a permis d’accélérer le développement de la plateforme robotique ouverte et connectée, spécialement conçue pour la chirurgie neuro-musculo-squelettique.
L’entreprise a également multiplié les partenariats industriels internationaux, notamment avec SIGNUS, Amplitude Surgical, ChoiceSpine, Spineart et Spine Wave, en vue de développer des solutions intégrées combinant implants, navigation chirurgicale et robotique. Ces collaborations visent une meilleure intégration de la robotique dans les blocs opératoires, avec une approche centrée sur la fluidité des workflows et la sécurité du patient.
Sur le plan réglementaire, l’obtention de plusieurs autorisations de la FDA aux États-Unis représente une étape majeure. En septembre 2022, eCential a obtenu une première approbation pour sa plateforme robotique chirurgicale dédiée au rachis. Cette homologation a été complétée par une seconde en juillet 2024 pour une version optimisée, suivie en mars 2025 par l’approbation de la version Op.n GEN 1, sa toute dernière innovation. Ces jalons ouvrent la voie à une commercialisation sur le marché américain, déjà amorcée avec des premières chirurgies réalisées avec succès dès juillet 2024.
Enfin, eCential Robotics a inauguré son propre institut de formation en mai 2021, afin de soutenir les chirurgiens dans l’adoption de la robotique au bloc opératoire, marquant son ambition d’être non seulement un fournisseur de solutions technologiques, mais aussi un accompagnateur du changement dans les pratiques médicales.
CorWave qui commence l’industrialisation de sa pompe cardiaque de nouvelle génération en France :
Depuis 2021, CorWave s’est affirmée comme l’un des acteurs majeurs de la medtech française dans le domaine de l’assistance circulatoire. L’entreprise développe une pompe cardiaque implantable reposant sur une technologie de membrane ondulante — une rupture technologique par rapport aux pompes rotatives classiques, qui se rapproche davantage du fonctionnement physiologique du cœur humain.
En juin 2023, CorWave a annoncé le second closing de son tour de série C, portant le montant total levé à 61 millions d’euros. Ce financement avait pour objectif d’accompagner le premier déploiement industriel de sa technologie, notamment par la montée en charge de la production et le passage aux phases avancées de tests précliniques et cliniques. Cette levée de fonds s’inscrit dans la continuité des efforts de structuration de l’entreprise en vue de sa future commercialisation.
Dans cette logique, CorWave a inauguré en octobre 2023 une usine urbaine à Clichy, en bord de Seine. Ce site, qui représente un investissement stratégique, incarne l’ambition de relocaliser une partie de la production de dispositifs médicaux de pointe en France, tout en répondant aux normes les plus exigeantes en matière de qualité industrielle et de régulation médicale.
Dès 2022, l’entreprise avait annoncé son intention de s’installer sur ce nouveau site, témoignant d’une trajectoire clairement tournée vers la montée en échelle. Cette implantation vise à structurer toute la chaîne industrielle autour de la fabrication de son dispositif d’assistance ventriculaire gauche.
La montée en puissance validée cliniquement de Volta Medical :
Depuis avril 2021, Volta Medical a franchi des étapes décisives, consolidant sa position parmi les entreprises françaises les plus prometteuses dans le domaine de la santé numérique. Spécialisée dans les solutions d’intelligence artificielle pour l’électrophysiologie cardiaque, la medtech marseillaise s’est illustrée à la fois par ses avancées réglementaires, sa stratégie clinique rigoureuse et des partenariats structurants.
En janvier 2023, Volta a levé 36 millions d’euros dans le cadre d’une série B, visant à accélérer l’adoption de son logiciel d’aide à l’ablation cardiaque. Cette levée a marqué un tournant dans le développement de l’entreprise, lui permettant notamment d’intensifier ses efforts cliniques sur les marchés nord-américain et européen.
Côté réglementaire, Volta a obtenu deux autorisations majeures. En mai 2023, la FDA a délivré une clearance pour son logiciel Volta AF-Xplorer™, conçu pour simplifier les procédures complexes de fibrillation auriculaire. En février 2024, le marquage CE est venu renforcer cette reconnaissance sur le marché européen. Ces étapes clés ont permis le lancement de la solution sur plusieurs territoires stratégiques.
Sur le plan clinique, Volta a mené le tout premier essai randomisé transatlantique, TAILORED-AF, qui a permis de comparer l’approche assistée par IA au traitement conventionnel de la fibrillation auriculaire persistante. Les résultats, présentés en avril 2024 au congrès Heart Rhythm aux États-Unis, confirment la pertinence médicale de l’approche. En parallèle, l’entreprise a lancé l’étude RESTART pour le traitement des récidives de FA, et ses travaux ont été mentionnés dans la dernière déclaration de consensus des sociétés savantes d’électrophysiologie.
Enfin, Volta Medical a renforcé sa dimension industrielle en s’associant à GE Healthcare en juillet 2024, pour développer conjointement des technologies électrophysiologiques enrichies par l’IA. Ce partenariat stratégique vise à combiner les expertises de GE en imagerie et de Volta en IA, pour transformer en profondeur les pratiques de l’ablation cardiaque.
AcuSurgical continue de developper sa robotique de précision au service de la chirurgie rétinienne :
Depuis sa levée de fonds de 5,75 millions d’euros en 2021, AcuSurgical a franchi plusieurs étapes majeures dans le développement de sa technologie. Spécialisée dans la chirurgie vitréo-rétinienne, la société montpelliéraine a mis au point Luca, un robot chirurgical doté de deux bras articulés, conçu pour assister les ophtalmologistes dans des procédures d’une extrême précision. Avec ce dispositif, la startup ambitionne de transformer les standards de soin pour des pathologies rétiniennes qui touchent plusieurs centaines de millions de personnes à travers le monde, comme la DMLA ou les rétinopathies diabétiques.
En avril 2024, AcuSurgical a annoncé le succès de sa première étude clinique menée à l’hôpital universitaire de Gand, en Belgique. Sept patients ont été opérés à l’aide de Luca dans le cadre de vitrectomies, avec des résultats positifs sur la précision et l’intégration du dispositif au bloc opératoire. Ce jalon valide non seulement la fiabilité technique du robot, mais également sa capacité à s’intégrer dans les flux opératoires existants, ce qui est clé pour une adoption hospitalière à large échelle.
L’enjeu est désormais clair : passer à la vitesse supérieure. AcuSurgical prévoit une levée de fonds de 20 à 25 millions d’euros en 2025 pour soutenir l’industrialisation, la constitution d’une force commerciale, et surtout l’obtention des certifications réglementaires en Europe et aux États-Unis. Objectif : pouvoir équiper à terme les hôpitaux et cliniques de robots Luca™, vendus à un prix de quelques centaines de milliers d’euros l’unité.
Derrière ce projet, on retrouve une équipe fondée sur un solide binôme scientifique et clinique, combinant l’expertise robotique du LIRMM (CNRS / Université de Montpellier) et celle de chirurgiens du CHU de Saint-Étienne. Ce positionnement unique fait d’AcuSurgical une des rares entreprises au monde – avec la néerlandaise Preceyes – à s’attaquer à ce segment de la chirurgie rétinienne avec une approche robotique bimanuel augmentée. Alors que la demande pour des interventions plus sûres, plus rapides et moins invasives explose, AcuSurgical se positionne comme l’un des futurs leaders européens d’un marché en pleine structuration.
TokTokDoc consolide sa position d’acteur clé de la télémédecine en France :
Depuis avril 2021, TokTokDoc a consolidé sa position en tant qu’acteur clé de la télémédecine en France, particulièrement dans le secteur médico-social.En décembre 2022, l’entreprise a levé 2 millions d’euros auprès d’Arkéa via son fonds d’innovation sociétale We Positive Invest, avec la participation d’investisseurs privés.Cette levée de fonds a permis à TokTokDoc d’accélérer son développement commercial, notamment dans les secteurs des ehpad et du handicap, et de doubler ses effectifs pour atteindre 40 collaborateurs.
Sur le plan opérationnel, TokTokDoc a étendu sa présence en équipant son 100ème établissement en Normandie en avril 2023, démontrant ainsi son engagement à réduire les déserts médicaux.L’entreprise a également renforcé ses partenariats, notamment avec l’hôpital La Porte Verte – UNIVI Santé dans les Yvelines, où elle fournit une solution de téléconsultation et téléexpertise, forme les équipes soignantes et accompagne les établissements pour le bon déroulement des projets de télémédecine. TokTokDoc a également collaboré avec le réseau Clinalliance, intégrant sa plateforme de télémédecine dans plusieurs EHPAD, ce qui a significativement amélioré l’accès aux soins et la qualité des services médicaux pour les résidents.
L’entreprise a innové en développant la “Policlinique Mobile”, un modèle organisationnel où des infirmiers diplômés d’État (IDE) spécialisés en télémédecine interviennent directement dans les établissements pour faciliter les téléconsultations.Ces IDE bénéficient d’une formation approfondie de 75 heures, incluant des sessions pratiques et théoriques, pour assurer une prise en charge optimale des patients. Enfin, TokTokDoc a renforcé la sécurité des prescriptions médicales en intégrant un module d’aide à la prescription développé en partenariat avec Synapse Medicine.Ce module vise à prévenir les risques médicamenteux, particulièrement chez les personnes âgées polymédiquées.
Un accélération commerciale et reconnaissance européenne pour Rhythm Diagnostic Systems :
Depuis avril 2021, RDS, basée à Strasbourg, a connu une croissance significative, notamment grâce à sa solution de télésurveillance MultiSense.Ce dispositif médical portable permet une surveillance continue à distance des patients, mesurant des paramètres physiologiques tels que la fréquence cardiaque, la saturation en oxygène, la fréquence respiratoire, la température cutanée, la posture et le niveau d’activité.Conçu pour faciliter le retour précoce à domicile des patients, MultiSense a été testé dans six essais cliniques et offre une précision comparable aux équipements hospitaliers standards.
En octobre 2023, RDS a clôturé une levée de fonds d’amorçage de 13 millions d’euros, avec la participation de Capital Grand Est.Ces fonds ont été destinés à soutenir le développement de MultiSense et à préparer son lancement commercial en Europe.
Le 5 mars 2024, RDS a obtenu le marquage CE pour MultiSense.Cette certification a permis à l’entreprise de lancer la phase de pré-commercialisation en Europe, avec des retours positifs de la part des cliniciens. En juin 2024, MultiSense a été déployé à l’Hôpital universitaire de Bruxelles (H.U.B), marquant une étape importante dans l’expansion internationale de RDS.
Distinctions et reconnaissances :
RDS a été lauréate de plusieurs programmes et concours prestigieux, notamment :
Le programme France 2030 Export en octobre 2024 ;
Le concours de start-up innovantes organisé par MedFIT en octobre 2023.
Entre turbulences industrielles et consolidation de l’implantation d’Aeson pour Carmat :
Un tournant brutal en fin d’année 2021 :
Au printemps 2021, Carmat semblait entrer dans une phase décisive, avec la première implantation commerciale du cœur artificiel Aeson et ses débuts cliniques aux États-Unis. Cependant, en décembre 2021, la société a été contrainte de suspendre temporairement les implantations à cause de problèmes de qualité identifiés dans la chaîne de production. Cet arrêt brutal a jeté un froid sur la dynamique de déploiement.
Les investigations menées ont permis de reprendre la production, et dès l’automne 2022, Carmat a obtenu les autorisations nécessaires pour reprendre ses études cliniques et ses implantations commerciales. Le retour sur le marché a ainsi été confirmé fin 2022.
Reprise du développement et validation clinique :
Depuis, Carmat a multiplié les implantations, franchissant le cap des 50 patients implantés en 2023, puis des 100 implantations début 2025. Le dispositif Aeson s’impose progressivement comme une solution pour les patients souffrant d’insuffisance cardiaque terminale, en particulier comme pont à la transplantation, en Europe. Il a été intégré à plusieurs essais cliniques, notamment l’étude EFICAS menée en France, pour laquelle plus de la moitié des patients ciblés avaient déjà été recrutés à l’été 2024.
L’entreprise a également renforcé la documentation clinique, avec plusieurs publications dans des revues scientifiques internationales, dont le Journal of Heart and Lung Transplantation et JACC: Heart Failure début 2025. Ces données viennent appuyer la stratégie d’élargissement des indications et de sécurisation du marquage CE obtenu.
Des efforts continus de financement :
CARMAT a fait face à des besoins en financement récurrents, renforcés par l’arrêt temporaire des activités en 2021. Depuis avril 2021, l’entreprise a levé plus de 120 millions d’euros, répartis sur plusieurs opérations :
Avril 2022 : 40,5 M€ levés
Décembre 2022 : 31,1 M€
Mai 2024 : 16 M€, puis une autre levée en janvier 2025 de 9,7 M€
Plusieurs lignes de financement ont été ouvertes, notamment avec la BEI et IRIS Capital, pour stabiliser le soutien à court terme
En parallèle, 13,2 M€ ont été obtenus via France 2030 en avril 2023
Ces levées ont permis de sécuriser la production, de renforcer la capacité industrielle à Bois-d’Arcy (nouveau site mis en service en décembre 2023), et de soutenir la montée en cadence.
2025 sera une année charnière selon le fondateur de Median Technologies :
Depuis avril 2021, Median Technologies, entreprise basée à Sophia Antipolis et forte de 240 collaborateurs, s’est imposée comme un acteur central du diagnostic assisté par intelligence artificielle dans la lutte contre le cancer. Spécialiste des logiciels dispositifs médicaux et de l’analyse d’imagerie médicale, la société a su relancer sa croissance en 2024 avec un chiffre d’affaires annuel de 22,9 millions d’euros (+3,3 % par rapport à 2023), et une forte accélération au second semestre (+10,2 %), tirée par la signature de nouveaux accords-cadres avec plusieurs groupes pharmaceutiques internationaux du Top 3 et du Top 10 en oncologie, ainsi qu’une expansion vers les marchés asiatiques, notamment en Corée du Sud et au Japon.
Cette dynamique commerciale s’appuie sur deux piliers. Le premier, l’activité iCRO, continue de fournir des services d’imagerie pour les essais cliniques mondiaux en oncologie, avec un carnet de commandes qui atteint 71 millions d’euros fin 2024. Le second, plus stratégique encore, est le développement de eyonis™ LCS, une suite logicielle de diagnostic précoce du cancer du poumon, première cause de mortalité par cancer dans le monde. Après avoir validé ses performances analytiques dans une première étude pivot (REALITY), Median prévoit de finaliser une deuxième étude clinique (RELIVE) début 2025 avant de déposer les demandes d’autorisation réglementaire auprès de la FDA (510(k)) et pour le marquage CE. La mise sur le marché est envisagée dès le troisième trimestre 2025 aux États-Unis.
Pour soutenir cette ambition, Median n’a pas lancé de nouvelle levée de fonds via augmentation de capital, mais a renforcé sa trésorerie grâce à plusieurs instruments : le décaissement de 8,5 M€ de la BEI début 2024, la prolongation du prêt initial jusqu’en octobre 2025, et l’accord d’un nouveau prêt conditionnel pouvant atteindre 37,5 M€. Par ailleurs, une ligne de financement sous forme d’obligations remboursables en actions a été signée avec Iris Capital, pour un montant maximum de 10 M€, dont 4 M€ ont été mobilisés dès janvier 2025.
Pour Fredrik Brag, son fondateur, 2025 s’annonce comme « une année charnière », marquée par la première commercialisation d’un logiciel dispositif médical basé sur l’IA. Avec eyonis™, Median entend démontrer l’apport décisif de l’intelligence artificielle dans le dépistage précoce du cancer et renforcer son leadership technologique à l’échelle mondiale.
Mila devient Poppins, acteur reconnu du parcours de soin numérique pour les enfants DYS :
Depuis avril 2021, Mila est devenue Poppins et s’est affirmée comme une référence dans l’univers des thérapies digitales destinées aux enfants atteints de troubles “dys” (dyslexie, dysorthographie, dyscalculie…). Cette évolution s’est concrétisée à l’automne 2023 avec une levée de fonds de 8 millions d’euros, menée par Eurazeo et accompagnée par des investisseurs comme Verve Ventures, Allianz France, Bpifrance (via le Fonds Patient Autonome), Kurma Partners, BNP Paribas Développement et HEC Ventures.
Ce tour de table a permis d’accélérer le déploiement de sa solution thérapeutique, un jeu musical sur tablette et smartphone validé cliniquement et disposant du marquage CE. Poppins propose une approche inédite : une rééducation basée sur la musique, en accès direct à la maison, conçue pour pallier les délais d’attente chez les orthophonistes et les ruptures de parcours fréquentes dans la prise en charge des troubles des apprentissages.
Cette dynamique s’inscrit aussi dans une stratégie partenariale renforcée. L’un des tournants de la trajectoire de Poppins est sa collaboration avec Allianz France, initiée en 2022 par un POC interne destiné aux collaborateurs du groupe. Ce pilote, centré sur l’usage réel de la solution dans les familles concernées, a débouché sur une intégration dans les politiques RH de l’assureur, et même sur une prise de participation au capital.
Aujourd’hui, Poppins ambitionne de rendre sa solution accessible à un plus large public, via des abonnements directs mais aussi grâce à un modèle solidaire pour les familles éligibles à la Complémentaire Santé Solidaire (CSS). Elle travaille également à l’internationalisation de son offre, notamment vers les États-Unis, tout en élargissant sa cible aux enfants de 11 à 14 ans. L’entreprise poursuit par ailleurs ses efforts pour une prise en charge par l’Assurance Maladie, soutenue par des travaux cliniques continus.
En quelques années, Poppins est passée du statut de start-up innovante à celui d’acteur reconnu du parcours de soin numérique pour les enfants DYS, portée par une ambition sociale forte, une démarche scientifique rigoureuse et une stratégie de croissance solidement ancrée dans l’écosystème français de la healthtech.
Si l’on compare les levées de fonds des entreprises françaises du numérique en santé lors du premier trimestre de l’année 2025 à celles qui ont été réalisées au cours du premier semestre de l’année précédente, on remarque qu’en dehors de Robeauté (27M €) et de Bioptimus – qui a réalisé une levée de fonds d’un montant plus élevé qu’Aqemia (entreprise qui avait levé le plus gros montant au T1 2024, avec 30 millions €), avec 36M € levés en janvier 2025– , les autres entreprises du secteur n’ont pas réussi à lever plus de 10 millions d’euros.
Alors qu’au premier trimestre 2024, les 6 plus grosses levées de fonds dépassaient les 15M €, avec Nabla (22M €), Kinvent (16M €), Cure51 (15M €), Diabeloop (15M €) et Azmed (15M €), pour cette année 2025, la levée de fonds la plus importante, en dehors de celles réalisées par Bioptimus et Robeauté, a atteint la somme de 9,7 millions d’euros (Carmat). Bien que les chiffres des levées de fonds de Codoc et Monka n’aient pas été dévoilés, les chiffres consultables montrent, grâce aux deux plus grosses levées de fonds qui représentent à elles seules, 63 des 98,8 millions d’euros levés, une augmentation du ticket moyen (9,04M € contre 8,8 M € pour le T1 2024) pour ce premier trimestre.
Les 6 plus grosses levées de fonds des entreprises françaises du numérique en santé lors du T1 2025 – @H&TI
Aucune levée de fonds en dessous de 1M € :
Si ces chiffres sont bien loin d’atteindre ceux du T1 2022, qui était porté par 2 opérations dépassant les 100 M€ : Doctolib(500 M€, série G), et DNA Script (172 M€, série C), les levées de fonds du premier trimestre de l’année 2025 se distinguent de celles du T1 2024, car aucun financement de moins d’un million d’euros n’a été réalisé, la levée la moins importante étant celle de MSInsight qui a levé 1,2M €. Pour rappel, au T1 2024, deux entreprises (Omena et Akivi) avaient levé moins d’un million d’euros.
Mutuelles Impact, Investir&+, INCO Investissement et Abeille Impact Investing Franc, MGEN, et des business angels.
Reev
8,8
Février
Prothèse augmentée
Polytechnique Ventures, Newfund Heka et Irdi Capital, avec la participation de Techstars et d’un pool de business angels réunis par Scala Patrimoine, incluant notamment Raphaël Varane et le Dr Hervé Silbert.
Angels Santé, Business Angels des Grandes Écoles (BADGE), Normandie Business Angels (NBA), Paris Business Angels (PBA), SFINE, ainsi que le fonds régional d’investissement Normandie Participations.
Netri
5
Février
Drug discovery
Banque de Edmond de Rothschild, le cabinet Bignon Lebray et les commissaires aux comptes de SADEC-AKELYS.
Monka
n.c
Mars
DTX
ballas invest, 3FInvest
Faks
6
Mars
Efficience opérationelle
Speedinvest, avec le soutien de Connect Ventures, Seedcamp et de FJ Labs
Une promesse renouvelée, mais toujours sans échéance
L’intervention de Clara Chappaz faisait suite à une question du député Emmanuel Maurel, qui s’inquiétait du manque de souveraineté entourant le HDH et du choix de Microsoft comme fournisseur cloud. La récente validation par la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) du projet européen Darwin EU, hébergé sur Azure pour des raisons de compatibilité technique avec le HDH, a ravivé les critiques. En particulier, le risque juridique de voir les données de santé françaises exposées au CLOUD Act américain reste au cœur des préoccupations.
Clara Chappaz a donc réaffirmé l’engagement de l’exécutif à sortir du giron de la big tech. Elle assure que le ministère de la Santé et celui du Numérique travaillent conjointement à un appel d’offres pour basculer vers un hébergeur plus conforme aux exigences de souveraineté. Mais comme ses prédécesseurs, la ministre n’a fourni ni calendrier précis, ni échéance, laissant planer le doute sur la concrétisation réelle du projet.
Un chantier repoussé de gouvernement en gouvernement :
Depuis la création du Health data hub, plusieurs annonces similaires ont été faites. Olivier Véran, alors ministre de la Santé, avait évoqué dès 2020 une solution alternative sous 18 mois. En 2022, le secrétaire d’État au numérique, Cédric O, renvoyait à “après la présidentielle” toute décision concrète. En parallèle, le HDH lui-même n’a cessé d’assurer qu’une solution souveraine était en préparation, évoquant récemment une “solution intercalaire” en 2025 pour entamer une transition.
Malgré ces annonces répétées, la Cnil continue de rappeler l’absence d’appel d’offres et le retard accumulé. Dans sa délibération du 13 février 2025, l’autorité de protection des données exprimait à nouveau ses regrets sur l’absence de prestataire conforme, capable de garantir la protection des données du SNDS vis-à-vis d’un État tiers.
Des enjeux stratégiques pour l’autonomie numérique française :
Pour Clara Chappaz, l’enjeu dépasse le seul cas du HDH. Il s’agit d’un test grandeur nature pour la politique de souveraineté technologique que la France entend incarner en Europe. “La solution viendra de l’innovation et de nos offres françaises”, a-t-elle martelé à l’Assemblée. L’objectif affiché est clair : permettre le développement d’une intelligence artificielle de confiance, entraînée sur des données de santé sécurisées et hébergées localement, en conformité avec le droit européen.
Mais sans calendrier défini, la promesse reste suspendue. Et les acteurs du cloud souverain en France — qui assurent depuis plusieurs années être prêts à prendre le relais — attendent toujours un signal fort. D’ici là, la migration du Health Data Hub reste, une fois encore, une promesse plus politique qu’opérationnelle.
Un entrepôt de données de santé pionnier pour transformer la recherche en oncologie thoracique
Le paysage de la recherche clinique en cancérologie thoracique vient de connaître une avancée de taille avec le lancement de Matrix Lung, un entrepôt de données de santé (EDS) dédié à cette spécialité. Autorisé par la CNIL en 2023 et porté par le Groupe français de pneumo-cancérologie (GFPC), en partenariat avec Heva et Euris Health Cloud, ce projet marque une étape stratégique pour l’innovation dans la recherche médicale.
Une réponse aux limites des essais cliniques classiques :
Les essais randomisés, longtemps considérés comme le standard en matière d’évaluation thérapeutique, peinent à répondre aux exigences actuelles de la recherche, notamment en oncologie thoracique. Le recrutement de patients reste souvent difficile, en particulier pour les profils rares ou complexes, ce qui retarde les études et limite leur portée. Matrix Lung entend contourner ces freins grâce à une exploitation fine et encadrée des données de vie réelle. L’objectif est double : accélérer la recherche clinique et réduire l’exposition des patients à des traitements inefficaces, tout en facilitant l’inclusion de profils peu représentés dans les essais classiques.
Un cadre sécurisé et une infrastructure souveraine :
Matrix Lung s’appuie sur l’infrastructure d’Euris Health Cloud, acteur reconnu de l’hébergement de données de santé. La plateforme déployée repose sur une architecture souveraine, conforme aux exigences du référentiel EDS de la CNIL, garantissant une sécurité maximale. Elle permet également d’exploiter tout le potentiel de l’intelligence artificielle et des nouvelles méthodes analytiques, comme le federated learning ou les approches prédictives. Cette combinaison entre rigueur réglementaire et flexibilité technologique permet d’offrir un environnement de recherche à la fois sécurisé, agile et puissant.
Un outil ouvert à la collaboration scientifique
Matrix Lung ne se limite pas à une infrastructure nationale. En s’ouvrant aux projets de recherche externes, il ambitionne de devenir une plateforme de référence à l’échelle européenne et internationale. Cette ouverture favorise les synergies entre établissements, laboratoires et chercheurs, dans une logique de mutualisation et de coopération renforcée. En centralisant des données structurées, de qualité, et en facilitant leur analyse, l’entrepôt joue un rôle central dans l’essor d’une recherche plus rapide, plus collaborative et plus inclusive.
Une expertise multidisciplinaire pour valoriser les données :
Le GFPC bénéficie de l’expertise de Heva, filiale de Docaposte et acteur reconnu de la recherche clinique, qui intervient sur l’ensemble de la chaîne de valeur : de la collecte des données à leur visualisation, en passant par l’analyse descriptive, comparative ou prédictive. Heva propose aussi des outils de digitalisation des études, des bras contrôle synthétiques ou encore des solutions data by design exploitant le machine learning et le process mining. L’objectif est clair : tirer le meilleur parti des données disponibles pour optimiser les décisions cliniques et orienter les innovations thérapeutiques.
En consolidant toutes ces expertises au sein d’une même initiative, Matrix Lung espère inaugurer une nouvelle ère pour la recherche en cancérologie thoracique. L’EDS démontre la capacité de la France à construire des outils souverains, sécurisés et innovants au service de la santé, tout en renforçant sa position dans les collaborations européennes.
Pour Laurence Comte-Arassus, présidente du Snitem et présidente non opérationnelle GE Healthcare France, parler d’innovation technologique sans évoquer l’innovation organisationnelle ou la collaboration n’a pas de sens. L’une ne va pas sans l’autre. Les solutions émergentes, notamment en robotique, intelligence artificielle ou imagerie médicale, ne peuvent s’intégrer durablement qu’à condition d’associer tous les acteurs dès leur conception, des professionnels de santé jusqu’aux patients. « On ne fait pas d’innovation sans travailler ensemble », insiste-t-elle, rappelant les collaborations mises en place de longue date entre GE Healthcare et Elsan. Elle pointe également les freins économiques et réglementaires persistants, à l’image des robots chirurgicaux longtemps exclus des modèles de financement. Pourtant, ces innovations permettent souvent de détecter plus tôt les pathologies, de poser des diagnostics plus précis ou d’accompagner les soins avec plus d’efficience.
Faire plus, faire mieux, avec moins
C’est par cette formule que Myriam Combes résume l’ambition de l’innovation : faire plus face à une demande croissante de soins, faire mieux en s’appuyant sur les outils numériques et l’IA, et le tout avec des ressources de plus en plus limitées. L’enjeu est double : répondre à une pression démographique croissante tout en optimisant les moyens humains et matériels. Elle cite notamment l’exemple de la télésurveillance en oncologie, qui permet de suivre à distance les patients sous chimiothérapie et d’anticiper les effets secondaires graves, évitant ainsi des hospitalisations inutiles. Mais cette dynamique, avertit-elle, se heurte à un espace-temps de plus en plus contraint : les innovations doivent démontrer rapidement leur valeur ajoutée pour espérer un déploiement à l’échelle. Le temps long de l’évaluation, de la réglementation, du financement, ne correspond plus au rythme d’évolution des solutions technologiques.
Répondre aux besoins réels, sur les bons territoires :
Pour Axèle Reberga, l’innovation ne peut être pensée de manière uniforme. Elle doit s’adapter aux réalités territoriales, aux besoins des populations, à l’existant. « Il ne s’agit pas de déployer toutes les innovations partout, mais de le faire là où c’est pertinent », souligne-t-elle. Cela suppose une bonne connaissance des bassins de population, une évaluation rigoureuse de la qualité des solutions proposées, mais aussi des efforts de structuration autour de la donnée de santé. Car derrière l’IA et les technologies de pointe se cache une condition indispensable : une donnée bien collectée, bien stockée, exploitable et de qualité. Elle rappelle également la nécessité de donner du temps à l’évaluation, d’identifier des indicateurs pertinents, et de favoriser le partage d’expériences pour éviter les redondances. L’ARS Île-de-France lance ainsi une quatrième édition de son appel à projets sur l’innovation organisationnelle et numérique, avec un fort accent mis sur l’accompagnement au changement.
Changer de culture pour faire émerger l’innovation :
Au-delà des outils, c’est une culture du changement qu’il faut faire émerger. « Nous ne sommes pas un peuple qui aime changer », reconnaît Laurence Comte-Arassus. Il faut intégrer cette culture dans toutes les strates du système de santé. Pour cela, la mesure et l’évaluation sont clés. Elle cite l’exemple d’un partenariat entre GE et Elsan pour optimiser l’usage de certains équipements via un outil d’analyse de l’activité des machines. L’enjeu : identifier les usages réels, ajuster l’implantation, réduire les coûts tout en améliorant les soins. C’est aussi pour cela que des structures comme GE ont mis en place des labs d’innovation : pour tester, échouer, apprendre, corriger.
Tous s’accordent sur une certitude : l’innovation ne se décrète pas, elle se construit dans le temps, avec les professionnels, pour les patients. Et elle nécessite un accompagnement humain à la hauteur de ses promesses technologiques.
Une édition stratégique pour l’Europe de la e-santé
Une ambition européenne qui dépasse la technologie
Alors que les tensions sur les systèmes hospitaliers s’accentuent dans toute l’Europe — entre épuisement des soignants, vieillissement de la population et impératif de soutenabilité économique — l’édition 2025 du HIMSS Europe entend replacer le numérique au cœur de la réponse politique et opérationnelle. L’agenda de cette édition s’annonce dense : les sujets phares incluent la régulation de l’intelligence artificielle en santé, la sécurité des systèmes d’information hospitaliers, la place croissante des patients dans la gouvernance des données, la standardisation européenne des échanges interopérables (FHIR, SNOMED), ou encore les outils numériques pour renforcer la prévention et alléger les parcours de soins.
Interopérabilité, souveraineté, éthique, durabilité : HIMSS Europe 2025 sera l’occasion de poser les fondations d’une transformation numérique inclusive, résiliente et au service des citoyens. Avec plus de 4 000 participants attendus, des dizaines d’exposants et un foisonnement de contenus, cette édition parisienne pourrait bien devenir l’une des plus influentes de la décennie.
Parmi les grandes thématiques confirmées :
– l’intelligence artificielle responsable, notamment dans les parcours oncologiques et la gestion des maladies chroniques ; – la souveraineté technologique, avec des débats autour des clouds de confiance et de l’hébergement des données sensibles ; – la cybersécurité hospitalière, en réponse aux attaques informatiques qui ont frappé plusieurs établissements en 2024 ; – et la transition écologique du numérique en santé, un sujet émergent désormais structurant dans les appels à projets européens.
Des délégations institutionnelles et privées attendues de toute l’Europe
L’événement réunira plusieurs centaines d’acteurs issus des agences nationales de santé, ministères, centres hospitaliers universitaires, industriels du secteur medtech, start-ups, cabinets de conseil et représentants des patients. L’édition parisienne s’inscrit dans une dynamique européenne de coopération accrue, avec la perspective du futur Espace européen des données de santé (EHDS), dont les contours législatifs sont en cours de finalisation.
Un hub d’innovation tourné vers l’Europe des projets :
Le European Projects Pavilion, pierre angulaire de l’exposition, proposera une vitrine de projets financés par Horizon Europe et d’autres programmes de financement transnationaux. Il offrira un point de ralliement aux consortiums impliqués dans des expérimentations en e-santé à l’échelle européenne. Cet espace vise à favoriser le networking entre porteurs de projets, chercheurs et industriels, mais aussi à diffuser les bonnes pratiques issues de ces collaborations.
Un atelier intitulé “Value Co-Creation in Healthcare: Enhancing Socio-Economic Outcomes” ouvrira d’ailleurs le salon avec une série de workshops portant sur la co-construction de l’innovation dans les parcours de soin, l’évaluation médico-économique des solutions numériques, et les nouveaux modèles d’intégration territoriale.
Des speakers internationaux pour imaginer l’hôpital de demain :
Plus de 150 intervenants sont attendus, dont plusieurs figures internationales de la transformation numérique en santé. Zayna Khayat (SE Health, Canada), Ricardo Baptista Leite (HealthAI), ou encore des représentants du ministère sud-coréen de la Santé et de la Mayo Clinic figureront parmi les intervenants de haut niveau.
La France sera représentée par des experts institutionnels et hospitaliers, ainsi que par les principaux architectes de la stratégie numérique nationale, notamment Hela Ghariani, co-responsable de la Délégation au numérique en santé, Raphael Beaufret, CIO de l’AP-HP, ou encore Antoine Tesniere, directeur général de PariSanté Campus. Le programme mettra l’accent sur les retours d’expérience terrain, les politiques publiques fondées sur les données, mais aussi sur l’éthique, la régulation et la co-création avec les professionnels de santé.
Rejoignez l’espace “France – Europe Crossing” de Care Insight
À l’occasion de cette première édition parisienne, Care Insight est responsable de l’espace “France – Europe Crossing” qui réunira plusieurs acteurs français et européens du numérique en santé pour mettre en place :
– du networking stratégique avec des décideurs de plus de 25 pays ; – une visibilité accrue pour vos innovations ; – des interventions exclusives sur des thématiques clés comme l’IA, l’interopérabilité et le parcours patients ; – des partenariats internationaux pour booster votre croissance.
🎯 Ne manquez pas cette opportunité unique ! 📩 Contactez-nous avant le 15 avril 2025 en envoyant un mail à Vincent Bouic.
Une plateforme d’accélération pour les start-ups qui veulent transformer les soins
Orchestré par Care Insight, le pavillon français du salon HIMSS 2025 est bien plus qu’un stand commun : c’est une plateforme d’accélération pour des start-ups qui ambitionnent de transformer les soins de demain. Qu’il s’agisse de pathologie, d’IA, de robotique ou de chirurgie de précision, ces entreprises incarnent la diversité et l’excellence de l’écosystème français en santé numérique.
Avec une stratégie commune tournée vers l’internationalisation, notamment le marché nord-américain, et une volonté d’inscrire leur technologie dans les usages cliniques concrets, Incepto, Rebrain, Enchanted Tools et Tribun Health ne se contentent pas de participer à HIMSS : elles en tenter d’y tracer les grandes lignes de leur futur.
Incepto, le catalyseur d’intelligence artificielle en imagerie médicale :
Fondée en 2018, Incepto développe et distribue des solutions d’IA pour les radiologues. Forte d’une croissance rapide, la scale-up compte aujourd’hui plus de 100 collaborateurs et collabore avec un réseau dense de partenaires technologiques et hospitaliers. L’entreprise propose une plateforme d’intégration d’algorithmes d’IA de différents éditeurs dans les flux de travail cliniques, simplifiant ainsi l’accès à ces outils pour les professionnels de santé.
Installé depuis 2024 à Washington, Antoine Jomier, co-fondateur et CEO, voit dans le salon international un levier pour consolider sa présence américaine. En partenariat avec Siemens Healthineers pour la distribution, Incepto échange déjà avec une quinzaine d’acteurs de santé américains pour évaluer les usages de l’IA dans l’imagerie. L’objectif : bâtir une équipe de 40 personnes aux États-Unis, soutenue par une levée de fonds attendue de 35 millions d’euros en 2025.
Rebrain, l’IA au service de la neurochirurgie de précision :
Spin-off issue de l’université de Bordeaux et de l’Inria, Rebrain a été fondée en 2021. Elle développe une plateforme SaaS basée sur l’intelligence artificielle destinée à accompagner les neurochirurgiens lors des interventions de stimulation cérébrale profonde. La solution repose sur une analyse croisée des données morphologiques et cliniques pour offrir des repères précis tout en laissant place à l’expertise humaine.
Avec une équipe de 18 personnes (dont une basée aux États-Unis), Rebrain vient tout juste d’obtenir le marquage FDA pour sa technologie. Présente à HIMSS pour la première fois en 2025, la jeune pousse y a vu une occasion d’apprentissage : se familiariser avec les standards de cybersécurité américains et les workflows propres aux établissements de santé nord-américains. L’objectif : préparer le lancement d’une étude clinique aux États-Unis dès la fin 2025.
Enchanted Tools, la robotique humanoïde au service du soin :
Mi-robot, mi-personnage de jeu vidéo, le robot développé par Enchanted Tools ne passe pas inaperçu. Capable de se mouvoir, d’interagir, d’orienter ou de porter des objets, il est conçu pour assister les professionnels de santé sur les tâches à faible valeur ajoutée. L’entreprise, créée en 2021, rassemble environ 130 collaborateurs et a d’ores et déjà séduit des structures américaines.
Deux cliniques du réseau Zeno, à New York, utilisent déjà son robot. Des hôpitaux pédiatriques sont également en contact pour des projets pilotes de recherche clinique. Contrairement aux salons technologiques traditionnels, HIMSS a permis à Enchanted Tools d’aborder les usages cliniques concrets plutôt que la seule performance technologique. L’entreprise vise des intégrateurs (VAR) capables de contextualiser ses solutions selon les spécificités de terrain. Une levée de fonds plus ambitieuse que les 15 millions d’euros de 2021 est en cours pour accélérer sa présence américaine.
Tribun Health, habitué du salon et leader européen de l’anatomopathologie digitale :
Déjà bien installée à l’international, Tribun Healths’est imposée comme un acteur majeur de la pathologie numérique. Avec 45 salariés, la société développe des logiciels permettant la numérisation, l’analyse et l’interprétation d’images pathologiques. Sa solution est utilisée notamment par l’université McGill à Montréal et la société espère capitaliser sur cette implantation nord-américaine pour pénétrer plus fortement le marché des États-Unis.
Habituée du salon HIMSS, Tribun Health y voit une opportunité stratégique pour renforcer ses liens avec des géants comme Microsoft, GE ou Canon, partenaires technologiques incontournables du secteur. Elle y a présenté son savoir-faire aux grandes institutions hospitalières, mais n’a pas réussi à brader un quatrième trophée consécutif de “Best in KLAS” dans la catégorie “digital pathology”. Pour soutenir sa dynamique de croissance, une nouvelle levée de fonds équivalente aux 15 M€ levés en 2023 est à l’étude.
Bilan stratégique & ambitions des 4 stat-ups post HIMSS25 :
Bilan stratégique & ambitions des 4 stat-ups post HIMSS25
Un nouveau recours après un risque reconnu par le Conseil d’Etat en 2020
Le projet Darwin EU, coordonné par l’Agence européenne des médicaments et mis en œuvre en France par le Health Data Hub (HDH), vise à sélectionner un échantillon aléatoire de 10 millions de personnes représentatif de la population française en termes d’âge, de sexe et de département de résidence.L’objectif est de déterminer la prévalence et l’incidence de l’utilisation des médicaments et des vaccins en France selon une méthodologie standardisée.Cependant, le feu vert de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) quant à l’hébergement des données d’un un échantillon aléatoire de la population française de 10 millions de personnes représentatif en termes d’âge, de sexe et de département de résidence dans la base principale du Système national des données de santé par Microsoft soulève des préoccupations majeures en matière de souveraineté numérique et de protection des données personnelles.
Une demande de solutions exclusivement soumises au droit de l’UE
Face à cette nouvelle décision de la Cnil, un collectif composé de l’association Constances, de l’association InterHop, d’Aides, de la Ligue des droits de l’homme (LDH), de la Fédération SUD Santé Sociaux et du Syndicat de la médecine générale (SMG) prépare un recours devant le Conseil d’État.Ils appellent syndicats, associations et personnalités à les rejoindre pour empêcher que les données de santé des Français ne soient exploitées par des tiers non désirés.
Ces organisations réitèrent leur demande pour que des solutions exclusivement soumises au droit de l’Union européenne soient mises en place pour l’hébergement des données de santé destinées à la recherche scientifique et à la santé publique.Elles insistent également sur la nécessité de rechercher des solutions déconcentrées afin que les discours sur la souveraineté numérique ne restent pas lettre morte. Dans un contexte international en pleine mutation, ces associations et syndicats soulignent l’urgence de protéger les données sensibles des citoyens français et de garantir leur hébergement sur des serveurs européens, à l’abri des ingérences étrangères.