FHIR “partout” : un standard mondial, mais des défis restent entiers
L’un des constats formulés sans détour pendant la journée est clair : FHIR est désormais partout, mais cela ne signifie pas que tout est réglé. Les acteurs de terrain doivent encore composer avec :
- des standards fragmentés,
- des problèmes de qualité des données,
- des exigences réglementaires en hausse,
- une complexité d’implémentation qui demeure.
InterSystems adopte une approche structurée : conserver un FHIR mindset tout en reconnaissant que l’interopérabilité reste un effort de transformation, et non un simple changement de format.
De l’intégration point-à-point à la donnée comme actif partagé
Au-delà de la technique, la bascule est aussi culturelle. L’interopérabilité s’éloigne du modèle historique des connexions ponctuelles entre applications pour devenir un système de données partagé, réutilisable et continu. Cette transition modifie la logique des systèmes d’information de santé :
- hier : des flux transactionnels cloisonnés, centrés sur l’épisode de soin ;
- Aujourd’hui : des actifs de données en temps réel, conçus pour la coordination, l’analytique et l’IA.
FHIR ne représente donc pas seulement un langage commun : il devient une infrastructure stratégique.
Person-centric : la donnée clinique ne suffit plus
Autre évolution soulignée : le passage du patient-centric au person-centric. Les systèmes de santé intègrent des dimensions plus larges que le dossier médical classique : déterminants sociaux, données comportementales ou contexte de vie. L’objectif : construire une vision complète de la personne, nécessaire à la médecine de précision, à la coordination des parcours et à des IA utiles. FHIR devient ainsi une base de consolidation pour une donnée enrichie, au-delà du périmètre hospitalier.
Hospital on FHIR : 125 hôpitaux engagés dans une dynamique européenne
Dans ce contexte, la structuration des communautés devient un levier important. L’initiative Hospital on FHIR, lancée en 2023, regroupe aujourd’hui environ 125 hôpitaux dans plusieurs pays européens. Son ambition n’est pas de produire des recommandations descendantes, mais de favoriser l’échange de pratiques entre établissements, experts et industriels. FHIR y est présenté comme un moyen au service d’un objectif : rendre possible l’échange clinique à grande échelle, dans un cadre européen en construction.
EHDS : l’échéance 2028 impose une accélération, mais le terrain reste fragile
L’horizon réglementaire influence fortement les choix technologiques. L’application de l’EHDS à partir de 2028 impose aux systèmes de santé européens d’être prêts rapidement. Mais plusieurs intervenants l’ont rappelé : la norme ne suffit pas, ce sont les usages qui restent à construire.
Une question sensible demeure : la responsabilité en cas d’erreur dans un échange transfrontalier. Si un document produit dans un pays est mal interprété dans un autre, qui porte le risque clinique ? Ces zones grises montrent que l’expérimentation devient nécessaire, car seules les pratiques permettront d’en révéler les limites.
Le principal frein : un déficit de compétences en interopérabilité
Un message revient avec insistance : l’Europe manque de professionnels formés. Le chantier EHDS est vaste, mais le nombre de spécialistes capables de déployer des infrastructures FHIR reste insuffisant. Des initiatives émergent, comme le projet Erasmus SHIA, visant à proposer des formations accessibles sur l’EHDS, FHIR et l’interopérabilité hospitalière. La transformation numérique n’est donc pas seulement technologique : elle est aussi humaine, organisationnelle et pédagogique.
IA clinique : “garbage in, garbage out” reste la règle
L’intelligence artificielle est omniprésente, mais une réalité demeure : sans données fiables, l’IA échoue. Les défis identifiés sont connus :
- données insuffisamment prêtes,
- coûts élevés,
- manque de confiance,
- complexité d’industrialisation.
InterSystems défend une approche pragmatique : intégrer l’IA comme un levier d’usage, notamment via des copilotes, pour réduire le temps de mise en valeur et faciliter l’adoption dans les workflows.
5 à 10 millions de patients : l’interopérabilité entre dans l’ère du “petabyte scale”
L’interopérabilité change aussi d’échelle. Il devient courant qu’un acteur doive gérer des référentiels FHIR couvrant plusieurs millions de patients. Cette industrialisation impose de nouvelles exigences :
- performance,
- validation terminologique avancée,
- capacité de mise à jour continue,
- gouvernance solide.
Retour industriel : Bow Medical et la centralisation comme stratégie de simplification
Le témoignage de Bow Medical illustre cette transformation.
L’éditeur est passé d’une architecture monolithique à un socle modernisé reposant sur :
- une base de données unique,
- un broker événementiel,
- une meilleure cohérence des règles métier,
- une ouverture progressive vers FHIR.
Cette approche permet d’éviter le piège du “big bang”, en modernisant étape par étape, tout en réduisant la dette technique et en renforçant la sécurité. La centralisation devient ici une stratégie de simplification et d’évolution.
FHIR n’est plus une option : la question est celle de la gouvernance
Un point est exprimé clairement : FHIR n’est plus une tendance, c’est une dynamique mondiale. La difficulté réside désormais dans la capacité à éviter des implémentations divergentes, des profils incompatibles et une interopérabilité seulement théorique. D’où l’importance :
- des communautés de pratique,
- de l’exigence dans les appels d’offres,
- d’une gouvernance européenne cohérente.



