Dans un environnement économique contracté, le secteur navigue entre des opérations de consolidation, du soutien public ciblé et des quêtes de financements. Les opérations de rachat se multiplient, tandis que les acteurs peinent à sécuriser leur trésorerie dans un contexte de hausse des coûts et de ralentissement des levées de fonds. Cette dynamique amorce une recomposition progressive du paysage pour le second semestre 2025.
- Consolidation avec l’intégration de Life & Soft par SeqOne, qui élargit ses services multi-omics en Europe.
- Soutien public via France 2030, qui permet à Aqemia de renforcer ses capacités de R&D sur les ARN (7,4M€).
- Tensions financières pour Carmat, qui s’expose à un risque de rachat étranger, et Quantum Genomics, engagée dans une procédure de liquidation.
- Pressions réglementaires et concurrentielles dans la livraison de médicaments à domicile : Le cas Livmed’s.
- Possibles mouvements capitalistiques sur des acteurs comme Gleamer, qui envisage une reprise industrielle.
SeqOne s’étend, Aqemia se finance, Gleamer se prépare à une cession
SeqOne rachète Life & Soft et s’étend dans 20 pays
Le 7 avril 2025, SeqOne a officialisé l’acquisition de Life & Soft, entreprise spécialisée dans l’analyse multi-omics et les services bioinformatiques. Cette opération marque une étape dans la stratégie d’expansion internationale de SeqOne, qui a étendu sa présence de 3 à plus de 20 pays en un an et doublé son portefeuille à 140 laboratoires moléculaires clients, capables de réaliser plus de 100 000 tests génomiques par an. Avec ce rachat, SeqOne intègre dans son offre le logiciel propriétaire d’analyse de données génomiques développé par Life & Soft, une plateforme de séquençage certifiée ISO 9001 installée au CEA, ainsi qu’un portefeuille de clients comprenant plusieurs entreprises du CAC 40. Devenue filiale à 100 %, Life & Soft conserve son expertise tout en s’appuyant sur l’infrastructure de SeqOne pour proposer aux laboratoires des services de bioinformatique (drylab) ou des prestations modulables selon leurs besoins.
7,4 M€ pour Aqemia et sa technologie IA sur l’ARN thérapeutique
Le 1er avril 2025, Aqemia a annoncé l’extension de ses recherches dans la découverte de médicaments ciblant l’ARN, grâce à une subvention de 7,4 millions d’euros obtenue dans le cadre de l’appel à projets i-Démo de France 2030, opéré par Bpifrance. Ce financement permettra à Aqemia de renforcer sa plateforme qui associe IA générative et physique atomistique pour explorer de nouvelles cibles thérapeutiques, notamment les ARN. L’entreprise prévoit de tester plusieurs cibles ARN afin d’affiner ses technologies, en poursuivant ses programmes de recherche sur les protéines. Parmi ses projets en cours, un programme mené avec Novalix a déjà montré des résultats sur des cellules cancéreuses et fait actuellement l’objet d’évaluations sur des modèles in vivo.
Après 37 M€ levés, Gleamer ouvre la porte à une reprise par un industriel
Gleamer, entreprise française spécialisée dans l’IA appliquée à l’imagerie médicale, envisage une possible cession à un industriel du secteur. Depuis sa création en 2017, la société a levé près de 37 millions d’euros auprès d’investisseurs tels que Supernova Invest, XAnge, Elaia, Heal Capital, MACSF, UI Investissement, Crista Galli Ventures et Bpifrance. Gleamer propose une plateforme d’IA qui assiste les radiologues dans l’analyse semi-automatisée des images médicales. Sur un marché medtech où les rachats se multiplient, l’entreprise réfléchit à l’évolution de son actionnariat et pourrait être reprise dans les mois à venir.
Faillites et redressements : les secousses T2 2025 des medtechs françaises
Livmed’s placé en redressement judiciaire
Le 24 avril 2025, le tribunal de commerce de Nice a placé Livmed’s en redressement judiciaire. Fondée en 2020, la société niçoise, spécialisée dans la livraison de médicaments à domicile, avait levé 2 millions d’euros en 2021 puis 5 millions en 2022, avec le soutien de Sanofi, CMA CGM, Bpifrance et plusieurs business angels, dont Fred Destin et Jacques Richier. En quête d’investisseurs ou d’un acquéreur depuis septembre 2024, Livmed’s n’a pas pu finaliser sa levée de fonds avant la cessation des paiements. La période d’observation court jusqu’au 24 octobre 2025, avec une audience fixée au 18 juin pour examiner la situation et les options de sortie de crise, tandis que l’activité se poursuit sous la supervision de l’administrateur judiciaire. Livmed’s reste par ailleurs engagée dans un litige avec l’Ordre des pharmaciens, qui conteste la légalité de son modèle de livraison. Ce contentieux s’inscrit dans un climat concurrentiel, marqué par le lancement du projet MaPharmacieEnFrance, soutenu par la Caisse des dépôts et La Poste Santé & Autonomie, et porté par les syndicats de pharmaciens.
Carmat, pionnier du cœur artificiel, en cessation de paiement
Carmat, fabricant du cœur artificiel Aeson, a été placé en redressement judiciaire le 1 juillet par le tribunal de Versailles, après une déclaration de cessation de paiement. L’entreprise devait trouver 3,5 M€ pour finir juillet, 4,5 M€ pour août et 35 M€ pour couvrir ses besoins sur un an. Depuis sa création en 2008, Carmat a implanté son cœur artificiel sur 122 patients, avec des essais prévus pour une utilisation permanente. Malgré sa position unique en Europe après la perte de marquage CE par son concurrent américain, Carmat n’a pas obtenu les soutiens nécessaires pour sa trésorerie, malgré un appel public lancé auprès des investisseurs, de l’État et de la Banque européenne d’investissement.
Le directeur général de Bpifrance, Nicolas Dufourcq, a reconnu n’avoir « jamais cru » en Carmat, malgré l’octroi en 2013 d’une subvention record de 33 millions d’euros à la medtech. Placée en cessation de paiement, Carmat a brûlé près de 450 millions d’euros en douze ans, financés par des augmentations de capital (380 millions), des dettes (50 millions) et le soutien public. La société n’a pas généré un chiffre d’affaires suffisant pour couvrir ses coûts fixes, malgré la prouesse technologique et scientifique d’Aeson.
Quantum Genomics vers la liquidation judiciaire
Le 3 juillet 2025, Quantum Genomics s’est déclaré en cessation de paiements, sollicitant le même jour l’ouverture d’une procédure de liquidation judiciaire auprès du tribunal des activités économiques de Paris. L’audience est fixée au 2 septembre 2025. Malgré des discussions avancées avec ses créanciers bancaires, la société n’a pas levé les fonds nécessaires à la poursuite de ses activités de recherche dans le traitement des maladies cardiovasculaires. Quantum Genomics a suspendu sa cotation sur Euronext Growth Paris depuis le 25 octobre 2024, à 0,072 €, et a indiqué qu’en cas de liquidation, ses actions seront radiées de la cote.
