Nabil

  • Acquisitions, redressements et financements au T2 2025 : SeqOne et Aqemia avancent, Carmat et Quantum Genomics en difficulté

    Dans un environnement économique contracté, le secteur navigue entre des opérations de consolidation, du soutien public ciblé et des quêtes de financements. Les opérations de rachat se multiplient, tandis que les acteurs peinent à sécuriser leur trésorerie dans un contexte de hausse des coûts et de ralentissement des levées de fonds. Cette dynamique amorce une recomposition progressive du paysage pour le second semestre 2025.

    • Consolidation avec l’intégration de Life & Soft par SeqOne, qui élargit ses services multi-omics en Europe.
    • Soutien public via France 2030, qui permet à Aqemia de renforcer ses capacités de R&D sur les ARN (7,4M€).
    • Tensions financières pour Carmat, qui s’expose à un risque de rachat étranger, et Quantum Genomics, engagée dans une procédure de liquidation.
    • Pressions réglementaires et concurrentielles dans la livraison de médicaments à domicile : Le cas Livmed’s.
    • Possibles mouvements capitalistiques sur des acteurs comme Gleamer, qui envisage une reprise industrielle.

    SeqOne s’étend, Aqemia se finance, Gleamer se prépare à une cession

    SeqOne rachète Life & Soft et s’étend dans 20 pays

    Le 7 avril 2025, SeqOne a officialisé l’acquisition de Life & Soft, entreprise spécialisée dans l’analyse multi-omics et les services bioinformatiques. Cette opération marque une étape dans la stratégie d’expansion internationale de SeqOne, qui a étendu sa présence de 3 à plus de 20 pays en un an et doublé son portefeuille à 140 laboratoires moléculaires clients, capables de réaliser plus de 100 000 tests génomiques par an. Avec ce rachat, SeqOne intègre dans son offre le logiciel propriétaire d’analyse de données génomiques développé par Life & Soft, une plateforme de séquençage certifiée ISO 9001 installée au CEA, ainsi qu’un portefeuille de clients comprenant plusieurs entreprises du CAC 40. Devenue filiale à 100 %, Life & Soft conserve son expertise tout en s’appuyant sur l’infrastructure de SeqOne pour proposer aux laboratoires des services de bioinformatique (drylab) ou des prestations modulables selon leurs besoins.

    7,4 M€ pour Aqemia et sa technologie IA sur l’ARN thérapeutique

    Le 1er avril 2025, Aqemia a annoncé l’extension de ses recherches dans la découverte de médicaments ciblant l’ARN, grâce à une subvention de 7,4 millions d’euros obtenue dans le cadre de l’appel à projets i-Démo de France 2030, opéré par Bpifrance. Ce financement permettra à Aqemia de renforcer sa plateforme qui associe IA générative et physique atomistique pour explorer de nouvelles cibles thérapeutiques, notamment les ARN. L’entreprise prévoit de tester plusieurs cibles ARN afin d’affiner ses technologies, en poursuivant ses programmes de recherche sur les protéines. Parmi ses projets en cours, un programme mené avec Novalix a déjà montré des résultats sur des cellules cancéreuses et fait actuellement l’objet d’évaluations sur des modèles in vivo.

    Après 37 M€ levés, Gleamer ouvre la porte à une reprise par un industriel

    Gleamer, entreprise française spécialisée dans l’IA appliquée à l’imagerie médicale, envisage une possible cession à un industriel du secteur. Depuis sa création en 2017, la société a levé près de 37 millions d’euros auprès d’investisseurs tels que Supernova Invest, XAnge, Elaia, Heal Capital, MACSF, UI Investissement, Crista Galli Ventures et Bpifrance. Gleamer propose une plateforme d’IA qui assiste les radiologues dans l’analyse semi-automatisée des images médicales. Sur un marché medtech où les rachats se multiplient, l’entreprise réfléchit à l’évolution de son actionnariat et pourrait être reprise dans les mois à venir.

    Faillites et redressements : les secousses T2 2025 des medtechs françaises

    Livmed’s placé en redressement judiciaire

    Le 24 avril 2025, le tribunal de commerce de Nice a placé Livmed’s en redressement judiciaire. Fondée en 2020, la société niçoise, spécialisée dans la livraison de médicaments à domicile, avait levé 2 millions d’euros en 2021 puis 5 millions en 2022, avec le soutien de Sanofi, CMA CGM, Bpifrance et plusieurs business angels, dont Fred Destin et Jacques Richier. En quête d’investisseurs ou d’un acquéreur depuis septembre 2024, Livmed’s n’a pas pu finaliser sa levée de fonds avant la cessation des paiements. La période d’observation court jusqu’au 24 octobre 2025, avec une audience fixée au 18 juin pour examiner la situation et les options de sortie de crise, tandis que l’activité se poursuit sous la supervision de l’administrateur judiciaire. Livmed’s reste par ailleurs engagée dans un litige avec l’Ordre des pharmaciens, qui conteste la légalité de son modèle de livraison. Ce contentieux s’inscrit dans un climat concurrentiel, marqué par le lancement du projet MaPharmacieEnFrance, soutenu par la Caisse des dépôts et La Poste Santé & Autonomie, et porté par les syndicats de pharmaciens.

    Carmat, pionnier du cœur artificiel, en cessation de paiement

    Carmat, fabricant du cœur artificiel Aeson, a été placé en redressement judiciaire le 1 juillet par le tribunal de Versailles, après une déclaration de cessation de paiement. L’entreprise devait trouver 3,5 M€ pour finir juillet, 4,5 M€ pour août et 35 M€ pour couvrir ses besoins sur un an. Depuis sa création en 2008, Carmat a implanté son cœur artificiel sur 122 patients, avec des essais prévus pour une utilisation permanente. Malgré sa position unique en Europe après la perte de marquage CE par son concurrent américain, Carmat n’a pas obtenu les soutiens nécessaires pour sa trésorerie, malgré un appel public lancé auprès des investisseurs, de l’État et de la Banque européenne d’investissement.

    Le directeur général de Bpifrance, Nicolas Dufourcq, a reconnu n’avoir « jamais cru » en Carmat, malgré l’octroi en 2013 d’une subvention record de 33 millions d’euros à la medtech. Placée en cessation de paiement, Carmat a brûlé près de 450 millions d’euros en douze ans, financés par des augmentations de capital (380 millions), des dettes (50 millions) et le soutien public. La société n’a pas généré un chiffre d’affaires suffisant pour couvrir ses coûts fixes, malgré la prouesse technologique et scientifique d’Aeson.

    Quantum Genomics vers la liquidation judiciaire

    Le 3 juillet 2025, Quantum Genomics s’est déclaré en cessation de paiements, sollicitant le même jour l’ouverture d’une procédure de liquidation judiciaire auprès du tribunal des activités économiques de Paris. L’audience est fixée au 2 septembre 2025. Malgré des discussions avancées avec ses créanciers bancaires, la société n’a pas levé les fonds nécessaires à la poursuite de ses activités de recherche dans le traitement des maladies cardiovasculaires. Quantum Genomics a suspendu sa cotation sur Euronext Growth Paris depuis le 25 octobre 2024, à 0,072 €, et a indiqué qu’en cas de liquidation, ses actions seront radiées de la cote.

    @ Health & Tech Intelligence
  • AAP : financer l’innovation organisationnelle en psychiatrie (ARS IDF)

    Transitions, publics vulnérables, crises et médication… Les priorités du FIOP

    Le Fonds d’innovation organisationnelle en psychiatrie (FIOP), lancé en 2019, ouvre son appel à projets 2025 en Île-de-France. Les établissements publics et privés autorisés en psychiatrie, seuls ou en lien avec libéraux, CPTS, associations ou structures médico-sociales, peuvent présenter des projets innovants portant sur l’organisation des prises en charge ou des équipes, avec un accompagnement financier sur trois ans et une évaluation finale.

    L’appel cible le volet « nouveaux projets innovants » de l’instruction ministérielle. Quatre axes sont prioritaires :

    • Parcours de transition entre adolescence et âge adulte, coordination entre santé, social et médico-social.
    • Prise en charge de publics spécifiques (migrants, personnes âgées, femmes et enfants victimes de violences, PPSMJ, enfants ASE).
    • Prévention et gestion des crises, limitation des soins sans consentement.
    • Optimisation de la prise en charge médicamenteuse en psychiatrie.

    Les projets doivent démontrer leur pertinence pour le territoire, documenter leurs objectifs, indicateurs de suivi, et respecter le cadrage FIOP excluant les projets finançables par d’autres dispositifs.

    Modalités de dépôt et critères de sélection (date limite: 22 septembre)

    Les porteurs doivent présenter leur projet en amont à la Délégation départementale ARS du territoire concerné pour affiner leur dossier selon les priorités régionales. Les établissements situés dans le 77, 91, 93 et 95 pourront déposer jusqu’à trois dossiers, voire quatre pour des projets à envergure régionale, tandis que les autres départements pourront en déposer deux, voire trois selon l’envergure. Le dossier (20 pages maximum, annexes et fiche financière comprises) doit être transmis avant le 22 septembre 2025 midi.

    Les critères de sélection intègrent la pertinence territoriale et le besoin adressé, le caractère innovant, l’impact multi-sectoriel, l’articulation avec l’existant, l’opérationnalité dès 2026, le potentiel de pérennisation, la soutenabilité financière et la qualité du dispositif d’évaluation.

    Les projets retenus seront transmis à la DGOS avant classement national et validation par le ministre de la Santé, tenant compte de leur transférabilité sur le territoire national.

    Référence : INSTRUCTION N°DGOS/P3/2025/74 du 02.07.2025.

  • France 2030 finance 15 nouvelles chaires d’excellence en biologie-santé pour 36 M€

    15 projets en biologie, neurosciences, immunité

    France 2030 engage 36 millions d’euros pour financer 15 nouvelles chaires d’excellence en biologie-santé, sélectionnées parmi 260 intentions déposées et 22 candidatures présélectionnées. Cette vague porte sur des projets en biologie intégrative, neurosciences, immunologie, cancer et maladies rares, mobilisant les expertises de l’Institut Pasteur, Institut Curie, ICM, Collège de France, CNRS, Inserm, et des universités partenaires.

    Les projets financés couvrent :

    • la prévention, le diagnostic et le traitement des maladies humaines.
    • la biologie cellulaire, du développement et des cellules souches.
    • les neurosciences et troubles du système nerveux.
    • l’immunité, les infections et l’immunothérapie.

    Parmi les lauréats, Guillaume Canaud (Université Paris Cité) développe KRASY sur les thérapies ciblées des malformations vasculaires liées aux mutations KRAS. Stéphanie Debette (Institut du Cerveau) étudie les mécanismes vasculaires des maladies neurodégénératives avec ND-VASC. Daniele Fachinetti (Institut Curie) explore le rôle des centromères dans l’instabilité génomique avec CREATE.

    Vers de nouvelles stratégies thérapeutiques

    Les thématiques financées visent des avancées cliniques :

    • Patrick Melhen (CNRS) cible la nétrine-1 pour prévenir la résistance au cancer (CANCERNET).
    • Sandrine Humbert (ICM) étudie l’évolution de la maladie de Huntington (DEVHD).
    • Nicolas Manel (Institut Curie) travaille sur la détection virale intracellulaire (DIVIS).
    • Marc Lecuit (Institut Pasteur) explore la dynamique des cellules infectées (FIDELIO).
    • Céline Vallot (CNRS, Institut Curie) analyse la plasticité cellulaire dans l’initiation du cancer du sein (BreastCancerStart).

    Des projets d’impact sur la santé humaine et l’IA

    Le projet VisionInAction porté par Nathalie Rochefort (Institut de la Vision) utilise l’IA pour décrypter l’encodage visuel du cortex, ouvrant des pistes pour les prothèses cérébrales. Julien Prudent (Institut Imagine) s’intéresse à la régulation de l’ADN mitochondrial (MitoDNA-QC), tandis que Simonetta Gribaldo (Institut Pasteur) explore la biologie des archées du microbiome humain (HUMAN-ARCHAEA). Ces financements s’inscrivent donc dans la stratégie Innovation Santé 2030, pour renforcer la souveraineté sanitaire par la recherche translationnelle, l’attraction des talents internationaux et le développement de nouvelles cibles thérapeutiques dans des domaines où les besoins médicaux restent élevés.

  • La FDA réduit les délais d’examen à 2 mois pour certains médicaments

    Deux types de vouchers pourront être attribués :

    • des vouchers ciblés sur un produit défini
    • ou des vouchers non désignés utilisables ultérieurement selon les besoins stratégiques de l’entreprise.

    FDA : de 12 mois à 2 mois pour l’examen des médicaments avec le CNPV

    La Food and Drug Administration (FDA) américaine a annoncé le 17 juin 2025 le lancement du “Commissioner’s National Priority Voucher” (CNPV), un dispositif destiné à accélérer l’examen des nouveaux médicaments. Ce programme s’inscrit dans une stratégie visant à favoriser les intérêts sanitaires et industriels des États-Unis.

    Les entreprises bénéficiaires de ces vouchers verront le délai d’examen de leur demande réduit de 10-12 mois à 1-2 mois, grâce à une procédure simplifiée. Contrairement au système standard où les dossiers sont analysés séquentiellement par plusieurs bureaux de la FDA, le CNPV mobilise une équipe pluridisciplinaire de médecins et de scientifiques pour un examen coordonné. Inspiré des “tumor boards” médicaux, ce processus inclut une pré-analyse des données et une réunion d’une journée pour statuer.

    Le programme vise les entreprises répondant à plusieurs priorités nationales : lutte contre une crise sanitaire aux États-Unis, développement de traitements innovants, réponse à des besoins de santé publique non couverts, et renforcement de la production pharmaceutique domestique, considérée comme un enjeu de sécurité nationale. La FDA délivrera les premiers vouchers de façon limitée dès la première année du programme.

    Des conditions de participation strictes

    Pour prétendre au CNPV, les sponsors doivent soumettre le volet “chemistry, manufacturing, and controls” (CMC) et un projet d’étiquetage au moins 60 jours avant la soumission finale du dossier. Ils devront également garantir une communication continue et réactive avec l’agence. La FDA se réserve toutefois la possibilité d’allonger le délai d’examen en cas de dossier incomplet, de résultats cliniques ambigus ou de complexité particulière.

    Une approche inspirée de la pratique clinique : L’approche s’inspire des pratiques multidisciplinaires hospitalières, notamment en oncologie, ou les décisions sont prises en réunissant des spécialistes. L’idée est bien d’adapter ce modèle à l’évaluation des médicaments dans une logique d’accessibilité rapide.

     

  • IA et médecine traditionnelle chinoise : efficacité renforcée contre les maladies osseuses

    En Chine, des chercheurs exploitent l’intelligence artificielle (IA) pour optimiser les granules de médecine traditionnelle chinoise (MTC) dans le traitement des maladies dégénératives des os.  33,5 % des Chinois de plus de 50 ans souffrent de maladies dégénératives osseuses, comme l’arthrose ou l’ostéoporose. Le vieillissement de la population et le faible suivi médical à domicile aggravent les fractures et la dépendance fonctionnelle, avec un impact économique. 

    Des traitements traditionnels efficaces mais encore mal encadrés  

    Bien que les granules de MTC montrent une certaine efficacité clinique, leur usage est freiné par : 

    • des effets secondaires liés aux traitements conventionnels mal tolérés.
    • une faible observance thérapeutique (seulement 50 % respectent les posologies).
    • un manque de standardisation des protocoles (moins de 30 % conformes). 

    IA et MTC : une étude pionnière pour personnaliser les soins  

    Une équipe de l’université de médecine chinoise de Guangzhou a mené une étude en cours de parution dans Frontiers in Medicine combinant pharmacologie, rhumatologie et IA. Les chercheurs ont utilisé un algorithme de classification syndromique pour personnaliser les traitements, optimiser le dosage des granules et suivre les patients via capteurs biométriques. Résultats après 12 semaines : +8 % de densité osseuse, –40 % de douleur, et 85 % de satisfaction. 

    Cinq défis pour fiabiliser l’IA appliquée à la MTC  

    Malgré ces avancées, plusieurs obstacles subsistent : 

    • hétérogénéité des données.
    • terminologie non normalisée. 
    • validation clinique complexe. 
    • interprétabilité des algorithmes.
    • enjeux éthiques et de confidentialité. 

    Un marché en forte croissance 

    Selon le rapport d’introduction en boruse de TCMTech déposé sur le site de la bourse de Hong Kong  le marché des services de MTC assistés par IA en Chine pourrait atteindre 12,6 milliards USD) en 2028, avec un taux de croissance annuel de 51,4 % entre 2023–2028. Les chercheurs chinois appellent à renforcer l’interdisciplinarité, la normalisation algorithmique et les partenariats public-privé pour garantir rigueur et sécurité. 

     

  • Santé mentale : Certaines thérapies numériques font grimper les coûts malgré leur efficacité clinique, selon le PHTI

    Trois types de solutions passées au crible

    Le Peterson Health Technology Institute (PHTI) vient de publier un rapport sur l’impact clinique et économique des solutions numériques de santé mentale, montrant qu’elles améliorent globalement les symptômes de dépression et d’anxiété. Toutefois, certaines catégories de solutions – notamment les soins mixtes – génèrent des surcoûts pour les systèmes de santé.

    L’analyse du PHTI distingue trois familles d’interventions :

    • Solutions autoguidées : contenus numériques accessibles à tout moment, sans interaction humaine ;
    • Thérapies numériques sur ordonnance (PDT) : dispositifs validés par la FDA, prescrits pour une intervention comportementale ciblée ;
    • Solutions de soins mixtes : associant contenus autoguidés et suivi par des professionnels agréés via des équipes virtuelles.

    L’évaluation porte sur les offres de 15 entreprises, dont Amwell, DarioHealth, Talkspace, Spring Health, Teladoc Health et Optum.

    Des bénéfices cliniques confirmés : 3,6 M$ d’économies pour 2 $/mois par membre (pour les solutions autoguidées)

    Les solutions étudiées démontrent une efficacité clinique mesurable sur la dépression et l’anxiété. L’usage des outils numériques de santé mentale reste d’ailleurs élevé depuis la pandémie, représentant 37 % des consultations en santé mentale au troisième trimestre 2023. C’est sur le plan économique que les différences apparaissent.

    • Les solutions autoguidées, à 2 dollars par membre et par mois, génèrent des économies de 3,6 millions de dollars par million de membres commerciaux.
    • Les PDT, à 280 dollars par épisode remboursé, produisent un gain net estimé à 8,7 millions de dollars par million de membres.
    • Les soins mixtes, en revanche, coûtent environ 6 dollars par membre et par mois, auxquels s’ajoutent 792 dollars annuels par utilisateur actif. Résultat : une hausse des dépenses totales de 25,2 millions de dollars par million de membres commerciaux.

    Recommandations du PHTI : négocier les tarifs des soins numériques mixtes

    Selon Caroline Pearson, directrice générale du PHTI, les outils virtuels représentent une opportunité pour étendre l’accès à des soins psychologiques pratiques et efficaces. Elle recommande cependant aux employeurs de négocier des tarifs plus bas pour les solutions de soins mixtes et de favoriser les options les plus économes pour maîtriser les coûts globaux. Ce rapport s’inscrit dans une série d’évaluations indépendantes réalisées par le PHTI sur les technologies numériques de santé. L’Institut a déjà publié des analyses comparables sur l’hypertension, les soins musculo-squelettiques virtuels et la gestion du diabète de type 2.

     

  • bioMérieux acquiert Day Zero Diagnostics pour accélérer le séquençage génomique des infections 

    1,27 million de morts évitables selon l’OMS 

    bioMérieux annonce l’acquisition des actifs de Day Zero Diagnostics, une start-up américaine spécialisée dans le diagnostic génomique rapide, pour un montant inférieur à 25 millions de dollars. Cette opération vise à intégrer des technologies de séquençage de nouvelle génération (NGS) directement applicables au diagnostic des infections graves et résistantes. 

    Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les infections bactériennes résistantes représentent une urgence sanitaire mondiale.

    • 1,27 million de décès sont directement attribuables chaque année à ces infections résistantes aux antibiotiques.
    • 1,1 million de morts supplémentaires sont liées à des cas de sepsis, souvent causés par ces mêmes agents pathogènes.

    Le défi est de pouvoir identifier rapidement le pathogène et son profil de résistance, afin de prescrire le traitement le plus efficace sans attendre plusieurs jours. 

    2 à 5 jours de délai avec les méthodes actuelles 

    Le diagnostic conventionnel repose encore majoritairement sur :

    • Une culture bactérienne préalable.
    • Des tests ID/AST (identification/sensibilité aux antibiotiques).
    • Un coût élevé peu compatible avec les flux hospitaliers automatisés.
    • Un délai d’obtention des résultats allant de 48 à 120 heures.

    Une innovation combinant NGS et IA 

    Day Zero Diagnostics développe une technologie intégrée de NGS combinant :

    • L’analyse d’échantillons directement à partir de sang total.
    • Un algorithme d’intelligence artificielle pour identifier les espèces bactériennes et prédire les résistances en quelques heures.
    • Un pipeline logiciel et des réactifs propriétaires pour l’identification et la sensibilité aux antibiotiques.

    Un marché en forte croissance d’ici 2028

    • Selon Grand View Research, le marché du NGS appliqué aux maladies infectieuses pourrait représenter 3,4 milliards d’euros de revenus annuels d’ici 2028.
    • Selon Market Research Future, le marché mondial du diagnostic des infections résistantes devrait atteindre 8,5 milliards d’euros d’ici 2030.
  • Logistique augmentée : quand l’IA redéfinit les flux hospitaliers (OPTACARE, CHU STRASBOURG , AP-HP)

    Lors de la Journée nationale ANAP & RESAH 2025, deux ateliers phares – « Quand l’algorithme donne le rythme » et « IA : des stocks ad hoc » – ont mis en lumière les trajectoires engagées par l’AP-HP, les Hôpitaux Universitaires de Strasbourg et leur partenaire Optacare.

    L’AP-HP prépare 2029 avec 7 cas d’usage d’IA pour moderniser la logistique hospitalière

    À l’AP-HP, l’IA est envisagée comme un levier dans la refonte de la chaîne d’approvisionnement à l’horizon 2029. Comme l’a exposé Franck Caupin, chef de projet MOA SI Finance à l’AP-HP, les sept cas d’usage identifiés découlent d’un travail de définition des besoins internes, croisé avec une analyse des usages déjà éprouvés dans d’autres secteurs industriels. À ce stade, les travaux portent sur sept cas d’usage identifiés dans le cadre de réflexions exploratoires, avec pour objectif de moderniser la gestion des approvisionnements.  Ces cas couvrent un large spectre :

    • Prévision de la demande : modéliser la consommation à partir de données historiques, de tensions fournisseurs, d’indicateurs épidémiologiques et météorologiques, pour anticiper les besoins et sécuriser les stocks.
    • Amélioration intralogistique : optimiser le rangement, la gestion des emplacements et la préparation des commandes en pharmacie, entrepôts ou magasins grâce à l’IA et à la robotique légère.
    • Optimisation des transports : planifier les tournées de livraison (humaines ou automatisées) les volumes et la localisation, afin de réduire les kilomètres parcourus et les délais.
    • Réconciliation des flux physiques et numériques : détecter automatiquement les écarts entre les stocks réels et ceux déclarés dans les SI, pour fiabiliser les inventaires et sécuriser la traçabilité.
    • Accompagnement à l’apprentissage des SI : proposer des agents IA tutoriels pour guider les utilisateurs dans l’appropriation des nouveaux outils, corriger les erreurs en temps réel et fluidifier les usages.
    • Traitement documentaire automatisé : interroger, classer et exploiter les bases documentaires internes (produits, contrats, commandes) via l’IA générative, pour réduire les délais de traitement.
    • Support client automatisé : générer des réponses de premier niveau pour les demandes internes liées aux approvisionnements ou aux stocks.

    Aucun de ces cas d’usage n’est encore opérationnel, mais tous ont vocation à être testés à court ou moyen terme, dans une logique d’expérimentation progressive.

    Accompagner sans surdimensionner : une stratégie en trois temps portée par UniHA

    Thomas JAN, Directeur général adjoint d’UniHA, a rappelé que si l’IA suscite aujourd’hui de fortes attentes, elle reste également un sujet source d’appréhensions dans les établissements hospitaliers. Le manque de lisibilité sur les cas d’usage, la pression financière, la vitesse de renouvellement technologique, la multiplication des acteurs, ainsi que l’absence de compétences internes constituent autant de freins à son déploiement. Pour y répondre, UniHA a développé une offre de service structurée autour de trois piliers :

    • Pédagogie : former les acteurs hospitaliers aux usages réels de l’IA, clarifier ce qu’elle peut – ou ne peut – apporter, et sensibiliser aux enjeux de sécurité, d’éthique et de souveraineté des données.
    • Déploiement : accompagner les établissements dans le choix des projets adaptés à leur maturité, structurer la gouvernance, et orienter vers les bons prestataires selon les besoins (logistique, pharmacie, SI).
    • Évaluation : promouvoir des indicateurs de réussite au-delà du financier – comme la qualité de vie au travail, la satisfaction des utilisateurs ou la continuité des soins – et favoriser le partage d’expériences entre établissements.

    Aujourd’hui, UniHA propose d’accompagner financièrement les établissements qui souhaitent engager une transformation logistique appuyée sur l’IA, notamment dans les secteurs sous tension comme les approvisionnements en médicaments. Pour UniHA, l’objectif est de ne pas rater le virage, tout en assurant un accompagnement adapté aux réalités opérationnelles des hôpitaux.

    Des prévisions dynamiques et simulables : l’exemple d’OPTACARE aux HUS

    L’atelier « IA : des stocks ad hoc » a présenté l’expérimentation conduite par les HUS avec la société OPTACARE. Leur solution d’IA « Stock » est centrée sur l’optimisation en temps réel des stocks de médicaments et de dispositifs médicaux. Elle repose sur une double classification des références (par usage et par criticité), enrichie de modèles prédictifs alimentés par plus d’un million de lignes issues des SI GEF hospitaliers. Les utilisateurs accèdent à des politiques de réapprovisionnement dynamiques, ajustables, avec des tableaux de bord intégrant projections, alertes et aides à la décision. L’approche permet de passer d’une logique statique de stock à un pilotage continu, fondé sur la réalité des consommations.

    Logistique hospitalière : l’IA réduit les coûts de 63 % et maintient un taux de service à 99,5 %

    Les premiers résultats issus de simulations sur 2023 et 2024 sont significatifs. Pour un médicament antibiotique, la solution a permis de réduire de 63 % le coût de détention et de 16 % le nombre de commandes. Pour un antidote classé BZ, une baisse de 67 % du coût d’acquisition a été constatée. L’outil permet également de diminuer le nombre de commandes d’environ 20 %, tout en maintenant un taux de service supérieur à 99,5 %. Au-delà des résultats économiques, les gains portent aussi sur la qualité de vie au travail des gestionnaires, la réactivité face aux ruptures, et la robustesse globale du système logistique hospitalier. L’IA devient ici un outil de simulation, de décision, mais aussi de sécurisation des parcours patients.

  • L’algorithme FaceAge prédit la survie des patients atteints de cancer à partir de leur âge biologique facial

     +5 ans d’âge facial en moyenne chez les patients atteints de cancer

    FaceAge repose sur l’analyse automatique des traits du visage pour en déduire un âge biologique, distinct de l’âge chronologique. Cette approche a été testée sur un échantillon de plus de 6 000 patients atteints de cancer aux États-Unis et aux Pays-Bas. Résultat : leur âge facial moyen dépassait de cinq ans celui d’un groupe témoin non atteint de cancer. Plus encore, chez les patients atteints, un âge facial élevé était corrélé à un pronostic vital plus défavorable, avec une espérance de vie réduite par rapport à ceux dont l’âge facial était plus jeune.

    L’étude, publiée dans The Lancet Digital Health, a comparé la performance de FaceAge à celle des cliniciens dans un contexte de soins palliatifs par radiothérapie. Selon les auteurs, les prédictions médicales basées uniquement sur l’expérience clinique ou l’âge chronologique se sont révélées à peine plus précises qu’un choix aléatoire. L’ajout des données générées par FaceAge a cependant significativement amélioré la capacité des professionnels à prédire l’issue des traitements.

    Un selfie pour prédire la tolérance aux traitements lourds

    Les chercheurs soulignent qu’à âge égal, deux patients pourraient être orientés vers des stratégies thérapeutiques différentes en fonction de leur âge biologique facial. L’algorithme pourrait ainsi compléter les jugements cliniques en objectivant la capacité d’un individu à tolérer un traitement lourd. Hugo Aerts, directeur du programme d’intelligence artificielle en médecine (AIM) au Mass General Brigham et co-auteur principal de l’étude, estime que ces résultats démontrent la valeur clinique d’un simple selfie comme source de données biométriques exploitables. Ray Mak, également membre de l’équipe AIM, envisage déjà des extensions du dispositif à d’autres maladies chroniques, dans une logique de détection précoce fondée sur la trajectoire de vieillissement.

    Un outil à encadrer éthiquement

    Les auteurs reconnaissent toutefois que l’utilisation de ces outils devra s’inscrire dans un cadre réglementaire et éthique rigoureux. L’émergence de ce type de biomarqueurs visuels ouvre en effet un nouveau champ de recherche en médecine personnalisée, dont les implications sur la prise en charge devront être soigneusement évaluées.

     

  • Flux hospitaliers : capteurs intelligents et automatisation pour une logistique augmentée

    CH William Morey : capteurs intelligents et pilotage des flux en temps réel

    La crise des vocations, la complexité croissante des soins et les exigences de performance pèsent plus que jamais sur les services hospitaliers. Face à ces défis, la journée Anap-RESAH dédiée à la logistique et à la pharmacie a proposé une réponse ambitieuse : robotiser, digitaliser, prédire… tout en adaptant les outils aux réalités du terrain.

    Au CH William Morey, la logistique hospitalière s’appuie sur une solution innovante conçue par Superwyze : un système de capteurs, autonomes et miniaturisés, déployés depuis 2022. Ces capteurs, sans batterie et résistants aux lavages hospitaliers, permettent de géolocaliser les équipements biomédicaux, de surveiller les températures critiques et de suivre les flux sensibles, comme les patients à risque de fugue ou les dispositifs médicaux en circulation. Leur faible encombrement et leur légèreté (2,5 g) permettent également d’équiper les glacières utilisées pour le transport par drone d’échantillons biologiques, tout en préservant la charge utile.

    L’ensemble du système repose sur une infrastructure radio propriétaire, capable de localiser les objets à partir de méthodes de triangulation, sans nécessiter de réseaux Wi-Fi ou Bluetooth lourds. Grâce à ces capteurs, l’hôpital peut suivre en temps réel l’usage des dispositifs, identifier les équipements inactifs, limiter les pertes et réduire les coûts liés aux matériels non tracés, comme les bouteilles de gaz ou les pompes à perfusion. Au-delà du suivi, la solution offre un levier de pilotage stratégique pour optimiser l’allocation des ressources et améliorer la réactivité des équipes.

    Du curatif à l’anticipation : la logistique hospitalière repensée

    Au CHU de Toulouse, le projet « LGP 2027 », conduit par Guillaume Marques, illustre une transformation de la logistique pharmaceutique hospitalière. Plus qu’une évolution structurelle, c’est un changement de paradigme. L’enjeu : construire une logistique connectée, intégrée, capable de soutenir les défis croissants du soin, tout en fluidifiant les parcours patients.

    Sur une plateforme de 5 000 m², qui centralise près de 10 millions d’euros de stocks, la réflexion s’oriente vers une extension de 2 500 m² et une refonte des flux internes. La démarche intègre des objectifs clairs : meilleure maîtrise des approvisionnements, réduction des immobilisations dans les services, diminution du gaspillage et rééquilibrage entre stock central et hors-stock. Cette approche territoriale vise aussi à renforcer l’efficacité inter-établissements au sein du GHT.

    Automatiser : entre bénéfices logistiques et défis organisationnels

    L’automatisation des fonctions logistiques hospitalières, telle qu’illustrée par les retours d’expérience d’IDEA Logistique, repose sur une évaluation précise des besoins et du contexte. Parmi les technologies explorées figurent les systèmes « goods-to-man », les robots mobiles autonomes (AMR) et les magasins automatisés. Ces dispositifs visent à réduire les déplacements internes, accroître la fiabilité des opérations, optimiser l’espace de stockage et transférer les tâches répétitives ou à faible valeur ajoutée vers des solutions automatisées.

    Mais leur mise en œuvre pose plusieurs défis. Ces équipements requièrent une maintenance spécialisée, une stabilité des environnements de travail, ainsi qu’un système d’information robuste capable de dialoguer avec l’ensemble de la chaîne logistique. Sur le plan humain, ils peuvent modifier les cadences habituelles, perturber l’équilibre entre métiers techniques et pharmaceutiques, ou susciter des résistances si les agents ne sont pas suffisamment associés dès la conception du projet.

    Les intervenants ont insisté sur l’importance de personnaliser chaque stratégie d’automatisation selon le contexte local. L’enjeu est de construire un modèle souple, évolutif, capable de s’ajuster aux charges de travail réelles et aux besoins opérationnels de l’établissement, sans déstabiliser les équipes.