Nabil

  • Convergence mondiale des dépenses en médicaments à 15% des dépenses de santé (rapport IQVIA)

    • Les médicaments représentent en moyenne 15% des dépenses totales de santé dans 12 pays à revenu élevé en 2022 (OMS, OCDE).
    • Cette proportion est stable depuis vingt ans, avec un écart réduit entre 9% et 20%, signe d’une convergence internationale.
    • Les États-Unis enregistrent les dépenses pharmaceutiques par habitant les plus élevées au monde, en raison de prix moyens très supérieurs et de mécanismes de remboursement complexes.
    • Les pays aux dépenses globales de santé plus faibles présentent une part médicamenteuse plus élevée, soulignant une corrélation inverse.
    • Les politiques de régulation des prix et la négociation publique expliquent la stabilité des parts au Royaume-Uni et au Canada.
    • Au Japon et en Corée du Sud, la part dépasse 19%, reflet d’une plus grande dépendance aux traitements pharmaceutiques.

    Les dépenses en médicaments représentent 15% des dépenses de santé mondiales

    L’analyse s’appuie sur les données normalisées du Système des comptes de la santé (SHA) de l’Organisation mondiale de la santé et de l’OCDE. Elle corrige les statistiques officielles en intégrant les dépenses pharmaceutiques non comptabilisées dans les hôpitaux. Les résultats établissent que les médicaments représentent en moyenne 15% des dépenses totales de santé dans 12 pays à revenu élevé, une proportion stable depuis deux décennies. En 2022, la part varie entre 9% et 20%, contre 9% à 28% en 2000, témoignant d’une convergence des tendances.

     

    Royaume-Uni et Canada : respectivement 9% et 11%, part la plus faible et stabilité sur deux décennies

    Le Royaume-Uni affiche la part la plus faible de dépenses en médicaments, avec 9% des dépenses totales de santé, soit environ 656 dollars par habitant. Le Canada se situe à un niveau comparable avec 11% et 765 dollars par habitant. Ces niveaux demeurent quasiment inchangés depuis l’an 2000. La stabilité observée s’explique par des politiques de régulation des prix, une forte négociation publique et un accès encadré aux innovations thérapeutiques.

    Japon et Corée du Sud : une part plus élevée liée à un niveau global de dépenses plus bas

    Les pays qui consacrent une part plus importante de leurs dépenses de santé aux médicaments dépensent globalement moins pour leur système de santé. Le Japon et la Corée du Sud enregistrent des parts supérieures à la moyenne, proches de 20%. Cette corrélation inverse traduit un modèle où les systèmes de soins concentrent davantage de ressources sur les traitements médicamenteux que sur les prestations hospitalières ou de soins primaires.

    États-Unis : dépenses pharmaceutiques les plus élevées au monde

    Les États-Unis restent le pays où les dépenses pharmaceutiques sont les plus élevées, tant en volume global qu’en valeur par habitant. Ce niveau s’explique par le prix moyen des médicaments, la large diffusion des innovations thérapeutiques et des mécanismes de remboursement complexes. Les rabais et remises, souvent non transparents, limitent la comparabilité directe avec d’autres pays.

    Convergence mondiale vers une part stable de 15% des dépenses de santé

    Depuis 2000, la part des dépenses pharmaceutiques s’est stabilisée entre 15% et 17% des dépenses totales de santé. Cette constance reflète une convergence structurelle entre systèmes de santé, malgré des approches et priorités différentes. L’étude souligne néanmoins que les mécanismes de prix, de remises et d’accès restent hétérogènes, empêchant toute évaluation normative de la part optimale de dépenses pharmaceutiques.

    IQVIA – Drug Expenditure Dynamics 2000–2022 – Understanding Medicine and Healthcare Spending in Context Oct 21, 2025
  • Etude : une méthode pour adapter les grands modèles d’IA avec moins de paramètres

    Des ingénieurs de l’université de Californie à San Diego ont mis au point une méthode pour adapter les grands modèles d’IA à de nouvelles tâches avec beaucoup moins de données et nécessitant moins de puissance de calcul. Publiés en août 2025 dans la revue Transactions on Machine Learning Research, les résultats de cette étude* pourraient accélérer la découverte de médicaments et démocratiser l’IA en santé.

    Les grands modèles de langage utilisés pour les chatbots ou la modélisation des protéines reposent sur des milliards de paramètres. Leur ajustement complet demande une puissance de calcul considérable et comporte un risque de surapprentissage, lorsque le modèle « mémorise » les données plutôt que d’en saisir les mécanismes. Pour contourner ces obstacles, l’équipe de chercheurs dirigée par Pengtao Xie (Université de Californie à San Diego) a imaginé une méthode « plus intelligente » qui n’ajuste que les parties du modèle qui comptent le plus. L’objectif : rendre possible la personnalisation des IA par de petites structures de recherche, sans infrastructure lourde.

    Réentraîner les modèles sans repartir de zéro

    L’approche, baptisée BiDoRA (Bi-level Optimization-Based Weight-Decomposed Low-Rank Adaptation), repose sur un principe simple : « Plutôt que de réentraîner un modèle complet à partir de zéro, nous mettons à jour uniquement les parties essentielles », explique Pengtao Xie. Concrètement, l’algorithme identifie les zones les plus pertinentes du réseau et ajuste une version simplifiée de ces paramètres, réduisant ainsi drastiquement le volume de calcul nécessaire. L’équipe a appliqué cette méthode à des modèles de langage des protéines, utilisés pour prédire leurs propriétés biologiques, dans deux cas :

    • La capacité de certains peptides à traverser la barrière hémato-encéphalique
    • La résistance des protéines à la chaleur, un facteur clé dans la conception de biothérapies stables.

    L’étude a été publiée en août 2025 dans la revue Transactions on Machine Learning Research.

    Résultats : une économie significative de paramètres

    • Sur la première tâche, BiDoRA a obtenu une précision supérieure aux méthodes classiques tout en utilisant 326 fois moins de paramètres.
    • Sur la seconde, elle a égalé la performance d’un ajustement complet avec 408 fois moins de paramètres.

    Les chercheurs soulignent que leur méthode est à la fois plus flexible et meilleure pour généraliser ce qu’elle apprend, notamment lorsque les jeux de données sont restreints. « Notre méthode permet même à de petites équipes de recherche ou à des start-ups disposant de moyens et de puissance de calcul limités d’adapter de grands modèles d’IA à leurs besoins spécifiques », précise Pengtao Xie. « C’est une étape vers la démocratisation de l’intelligence artificielle. »

    Pour la santé, l’impact pourrait être majeur. BiDoRA permettrait à des laboratoires hospitaliers ou universitaires d’entraîner leurs modèles sur place, sans transférer de données sensibles ni dépendre d’infrastructures extérieures. Elle pourrait aussi accélérer la recherche pharmaceutique, en rendant possible la modélisation rapide de protéines thérapeutiques à partir de petits jeux de données expérimentales. Enfin, la réduction de puissance de calcul — multipliée par plusieurs centaines — contribuerait à diminuer l’empreinte carbone des travaux en IA biomédicale. Mais les auteurs rappellent qu’une IA plus accessible devra aussi être mieux encadrée : « La démocratisation de ces outils doit aller de pair avec des efforts continus en matière de sécurité, de transparence et de fiabilité. »

    Vers une IA plus « frugale »

    Cette avancée s’inscrit dans un mouvement plus large de « frugalisation » de l’intelligence artificielle, qui vise à rendre les modèles plus économes et plus adaptés aux réalités du terrain. En santé, où les données sont rares et la puissance de calcul limitée, ces innovations pourraient transformer la manière dont les équipes conçoivent et déploient leurs outils d’IA — en leur permettant de créer et d’ajuster leurs modèles sans dépendre des géants du numérique.

    * BiDoRA: Bi-level Optimization-Based Weight-Decomposed Low-Rank Adaptation

    Peijia Qin, Ruiyi Zhang, Pengtao Xie

    https://openreview.net/forum?id=v2xCm3VYl4

     

  • Numérique en santé : six nouveaux membres pour la commission de référencement de Mon Espace Santé

    Six membres issus de secteurs complémentaires et une instance rattachée au ministère et à la DNS

    Créée pour évaluer les services et outils numériques souhaitant rejoindre le catalogue de Mon Espace Santé, la commission de référencement évolue au sein d’un environnement réglementaire renouvelé. L’arrêté du 2 octobre 2025, publié au Journal officiel du 26 octobre, redéfinit sa composition et renforce son rôle dans la stratégie nationale du numérique en santé.

    La commission rassemble désormais six membres, représentant l’ensemble des composantes du numérique en santé.

    • Mme Fany Boucehaba et M. Frédéric Bernard siègent en qualité de membres du comité citoyen associé à la gouvernance du numérique en santé.
    • M. Claude Chaumeil représente les usagers, mandaté par l’Union nationale des associations agréées d’usagers du système de santé (UNASS).
    • La Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) est représentée par Mme Margo Bernelin, spécialisée en éthique et protection des données personnelles.
    • Le Collège de médecine générale délègue M. Philippe Szidon, qui apporte une expertise de la e-santé et des pratiques médicales.
    • M. Éric Poiseau, du Groupement d’intérêt public prévu à l’article L.1111-24 du Code de la santé publique, apporte ses compétences en interopérabilité et normalisation.
    • Enfin, M. Nicolas Bonnet, représentant du Secrétariat général pour l’investissement, contribue par sa connaissance du développement économique du secteur numérique.

    Un dispositif aligné sur le référentiel V3

    Cette nouvelle nomination s’inscrit dans le prolongement de l’arrêté du 19 juin 2025 ayant introduit le référentiel V3 des services numériques de santé. Entré en vigueur à l’été 2025, ce texte a redéfini les critères de référencement autour de trois axes : sécurité, interopérabilité, éthique.Le référentiel V3 exige également un suivi continu des services déjà présents dans le catalogue. La commission, recomposée dans ce contexte, aura pour mission d’en garantir l’application homogène et d’assurer la cohérence du portefeuille de services accessibles via Mon Espace Santé.

    Une étape dans la maturation du cadre e-santé national

    Le renouvellement de la commission marque une nouvelle phase de structuration du dispositif Mon Espace Santé. Il traduit un objectif de transparence et de représentativité dans la sélection des services.
    Cette évolution s’inscrit dans une stratégie de long terme portée par la Délégation du numérique en santé, visant à renforcer la qualité et la confiance au sein de l’écosystème. En combinant expertise citoyenne, médicale et technique, la gouvernance du numérique en santé consolide son rôle dans la transformation structurelle du système de santé français.

    Sources

    • Arrêté du 2 octobre 2025 fixant la composition de la commission de référencement des services et outils numériques de Mon Espace Santé. JORF n°253 du 26 octobre 2025.
    • Arrêté du 19 juin 2025 relatif au référentiel V3 du dispositif de référencement des services numériques de santé.
  • T3 2025 : Acquisitions pour Healthy Mind et Norgine, restructuration chez Cegedim

    • 🏥Healthy Mind s’implante au Royaume-Uni avec l’acquisition de Rescape Innovation
    • 🧬Norgine intègre Theravia pour renforcer son offre en maladies rares
    • ⚖️Carmat : nouveau sursis judiciaire dans l’attente d’un repreneur
    • 📉Cegedim restructure son activité officine et supprime une centaine de postes

    Healthy Mind s’installe au Royaume-Uni en rachetant Rescape Innovation

    Le 27 août 2025, Healthy Mind, entreprise française spécialisée dans les thérapies digitales immersives, a annoncé l’acquisition de Rescape Innovation. Basée au Royaume-Uni, cette start-up développe des environnements virtuels destinés à la gestion de la douleur et de l’anxiété. Grâce à cette opération, Healthy Mind intègre les partenariats hospitaliers britanniques de Rescape, dont plus de 100 établissements de soins et des collaborations avec le NHS. La fusion permet également à Healthy Mind d’augmenter sa capacité de production de contenus : avec plus de 200 immersions désormais disponibles, l’entreprise revendique la bibliothèque la plus étoffée du marché dans ce domaine. Le rapprochement repose sur une stratégie commune de solutions non médicamenteuses, scientifiquement validées, à destination des professionnels de santé.

    Norgine finalise l’acquisition de Theravia pour étoffer son offre dans les maladies rares

    Le 14 août 2025, le laboratoire pharmaceutique Norgine a confirmé la finalisation du rachat de Theravia, société spécialisée dans les traitements pour pathologies rares. Désormais filiale à part entière du groupe, Theravia apporte une expertise complémentaire à Norgine, qui poursuit son développement dans des aires thérapeutiques à forte demande non satisfaite. L’opération vise à renforcer la présence de Norgine sur les marchés européen, australien et néo-zélandais. Un plan d’intégration structuré a été lancé pour harmoniser les opérations et les équipes des deux entreprises. Selon la directrice générale Janneke van der Kamp, cette acquisition est une étape importante pour accroître l’accès aux médicaments de Theravia.

    Carmat : le fabricant de cœurs artificiels en attente d’un repreneur

    Le fabricant de cœurs artificiels Carmat, en cessation de paiements depuis juin, a évité la liquidation judiciaire lors de l’audience du 14 octobre. Le tribunal de Versailles a repoussé sa décision au 25 novembre, donnant une dernière chance à de potentiels repreneurs. Une nouvelle offre portée par Pierre Bastid, actionnaire de l’entreprise, est en cours d’élaboration. Depuis sa création en 2008, Carmat a développé un cœur bio-artificiel destiné aux patients en attente de greffe. Malgré des premières réussies et une certification européenne obtenue en 2021, l’entreprise a souffert de difficultés techniques et de pertes financières importantes. En 2024, elle affichait un déficit de plus de 50 M€ pour 7 M€ de chiffre d’affaires. La société s’est engagée à poursuivre le suivi des patients greffés, dans l’attente d’une solution de reprise.

    Cegedim restructure son activité logicielle en pharmacie

    Enfin, l’éditeur français de logiciels Cegedim a annoncé un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) concernant une centaine de postes dans sa branche Logiciels de gestion d’officines, confrontée à un recul de son activité en France. Le groupe a obtenu l’homologation d’un accord négocié avec les représentants du personnel. Cette décision intervient dans un contexte de performances contrastées : au premier semestre 2025, le chiffre d’affaires global du groupe atteint 322,5 M€, en légère hausse. Mais sa branche logicielle, qui représente 45 % des ventes, a chuté de 5,1 %, pénalisée par la déconsolidation de sa filiale britannique INPS, placée en administration judiciaire en décembre 2024. Cegedim anticipe néanmoins une croissance annuelle comprise entre 2 et 4 % et mise sur ses autres segments, notamment l’assurance santé et les services RH, pour compenser la baisse dans la pharmacie.

  • RGPD : chercheurs et régulateurs appellent à une analyse économique plus fine et sectorisée

    • Les coûts de mise en conformité au RGPD sont désormais bien documentés, mais les bénéfices économiques — portabilité, transparence, confiance — restent encore peu mesurés.
    • Les chercheurs mettent en avant trois leviers d’analyse : bien-être des consommateurs, structuration des marchés de données et dynamique d’innovation.
    • Les études empiriques (HEC, Stockholm School of Economics) montrent que le RGPD a réduit le traçage publicitaire sans freiner durablement la performance du marché.
    • L’impact du RGPD sur l’innovation reste ambivalent : il stimule les technologies de protection de la vie privée mais révèle un retard européen face aux États-Unis (Télécom Paris, Institut Fraunhofer).
    • Alessandro Acquisti (Carnegie Mellon University) plaide pour une évaluation économique intégrant les bénéfices non monétaires de la vie privée, comme la dignité et la protection contre les abus.
    • Un programme de recherche CNIL-Trésor sera lancé en 2026 pour étudier les effets macroéconomiques du RGPD et renforcer les connaissances sur ses impacts à long terme.

    La CNIL et Bercy appellent à mesurer les effets économiques au-delà des coûts de conformité

    Le 20 mai 2025, la CNIL et la Direction générale du Trésor ont organisé à Paris une journée internationale d’échanges sur l’impact économique du Règlement général sur la protection des données (RGPD). Plus de 450 participants – économistes, chercheurs, régulateurs français, européens et américains – ont pris part à cet événement visant à croiser analyses empiriques et réflexions prospectives sur les leviers d’une évaluation économique du règlement. Marie-Laure Denis, présidente de la CNIL, a rappelé que le RGPD ne se limite pas à la protection de la vie privée : il soutient également la libre circulation des données au sein du marché intérieur européen. Ce double objectif implique une évaluation qui prenne en compte à la fois les droits fondamentaux et les effets économiques réels.

    Dorothée Rouzet, cheffe économiste à la Direction générale du Trésor, a proposé une lecture en trois canaux : bien-être des consommateurs, structuration des marchés de données et dynamique d’innovation. Si les coûts de mise en conformité sont désormais bien documentés – notamment sous forme de charges fixes –, les bénéfices restent moins visibles : portabilité, transparence, confiance, nouveaux modèles économiques. Les chercheurs appellent à une évaluation plus complète du RGPD, intégrant aussi les gains qualitatifs pour les utilisateurs et les effets redistributifs entre acteurs économiques.

    Une complexité méthodologique renforcée par l’hétérogénéité des marchés

    Traçage publicitaire en recul, mais performance intacte

    Lors de la première table ronde, Andrea Renda (CEPS) et Olivier Micol (Commission européenne) ont souligné la complexité d’isoler les effets du RGPD dans un environnement régulatoire fragmenté et évolutif. Les travaux empiriques de Klaus Miller (HEC) et Sam Ruiqing Cao (Stockholm School of Economics) montrent par exemple que si le RGPD a réduit le traçage publicitaire, il n’a pas induit d’effets négatifs durables sur la performance du marché. Certaines entreprises auraient même amélioré la valorisation de leurs données. Cependant, la qualité des données disponibles, les différences sectorielles et la territorialité du RGPD compliquent toute tentative d’analyse d’impact robuste, notamment pour les PME.

    Un essor des technologies de protection, mais un retard européen persistant

    Animée par Bertrand du Marais (CNIL), la deuxième table ronde a mis en lumière l’ambivalence de l’impact du RGPD sur l’innovation. Patrick Waelbroeck (Télécom Paris) et Nicholas Martin (Institut Fraunhofer) notent un effet d’incitation au développement de technologies de protection de la vie privée (Privacy Enhancing Technologies), peu adoptées en Europe mais en essor aux États-Unis. Ce déplacement de l’innovation vers des solutions moins risquées révèle un retard structurel européen. La coopération entre autorités apparaît centrale. Aymeric Pontvianne (CNIL) a détaillé les travaux menés avec l’Autorité de la concurrence pour limiter les effets de concentration liés à la donnée, éviter des distorsions de marché et garantir la sécurité juridique des opérateurs.

    Vers une convergence RGPD – IA Act ?

    Philippe Aghion (Collège de France, LSE) a plaidé pour une harmonisation entre le RGPD et les futures régulations sur l’intelligence artificielle (IA Act). La concentration de la donnée et de la puissance de calcul chez quelques acteurs freine l’entrée de nouveaux concurrents. Il considère la portabilité comme un levier pour rééquilibrer le marché et stimuler la productivité, à condition d’un cadre réglementaire uniforme adapté aussi aux PME. Il alerte contre les effets pervers d’une régulation mal calibrée qui renforcerait les positions dominantes au lieu de les corriger.

    Redéfinir l’économie de la vie privée

    En conclusion, Alessandro Acquisti (Carnegie Mellon University) a appelé à dépasser une approche strictement marchande de la vie privée. S’appuyant sur les travaux de Jack Hirshleifer, il propose une vision élargie intégrant les externalités sociales de la régulation des données, et souligne que les bénéfices non monétaires – comme la dignité ou la protection contre les abus – doivent entrer dans l’analyse économique. L’exemple du traitement des données dans le cas des Rohingyas illustre les conséquences graves d’un défaut de protection. Acquisti plaide pour un cadre d’analyse tenant compte de la diversité des secteurs, des tailles d’entreprise, et des effets à long terme.

    Un programme de recherche CNIL-Trésor prévu pour 2026 sur ses effets macroéconomiques

    La CNIL et le Trésor prévoient de poursuivre ces réflexions à travers un programme de recherche commun en 2026, en lien avec les travaux de l’OCDE et de la Commission européenne. Il s’agira d’approfondir l’évaluation macroéconomique du RGPD et de renforcer les connaissances sur ses effets durables sur l’innovation, les marchés et la société. L’événement a également illustré l’« effet Bruxelles » : loin de constituer un frein au commerce, le RGPD est perçu comme un standard mondial qui sécurise les échanges et contribue à l’égalité concurrentielle. Les travaux de l’OMC et de l’OCDE confirment que le règlement européen peut constituer un levier de confiance, et non une barrière.

  • Verily lance une application gratuite qui centralise 20 ans de données médicales avec IA intégrée

    Une application pour centraliser DME, objets connectés et recommandations cliniques

    Verily, la filiale d’Alphabet spécialisée dans la santé de précision, déploie Verily Me, une application mobile gratuite qui agrège automatiquement les données de santé personnelles des utilisateurs et fournit des recommandations préventives validées par des cliniciens. L’outil s’adresse à tout adulte de plus de 18 ans, sans exigence d’assurance ou de souscription. L’application récupère les dossiers médicaux électroniques (DME) issus de multiples prestataires ainsi que les données provenant des réseaux d’échange d’informations de santé (HIE). Grâce à la plateforme Pre de Verily, ces informations — couvrant jusqu’à 20 ans d’historique — sont harmonisées et enrichies pour inclure résultats de laboratoire, ordonnances, vaccinations et notes cliniques. Cette approche vise à dépasser les limites d’interopérabilité rencontrées par d’autres plateformes numériques. Les utilisateurs ont la possibilité d’ajouter des données issues de dispositifs connectés, comme les montres Apple ou les bagues Oura. Verily précise toutefois que Verily Me ne remplace pas une solution de télésurveillance médicale mais vient compléter le parcours de soins habituel.

    Verily Me intègre un assistant IA et des recommandations validées par des professionnels de santé

    Les recommandations préventives (dépistages, contrôles de tension, etc.) sont formulées par une équipe clinique pluridisciplinaire issue du groupe médical partenaire de Verily. Ce collectif de médecins, endocrinologues, diététiciens, pharmaciens et coachs santé est déjà impliqué dans les programmes Onduo et Lightpath de gestion des maladies chroniques. Verily Me intègre également un assistant IA baptisé Violet. Ce dernier peut répondre aux questions spécifiques de l’utilisateur à partir de ses données personnelles, comme l’évolution de son taux de cholestérol. Contrairement aux IA génératives généralistes, Violet s’appuie sur le contexte médical propre à chaque profil. Il n’émet pas de diagnostic mais aide à interpréter les données. L’assistant est disponible en continu.

    Un suivi nutritionnel par IA et un accès aux études cliniques

    L’application permet un suivi nutritionnel par reconnaissance d’images : l’utilisateur photographie ses repas et l’IA estime la valeur nutritionnelle, en calories et macronutriments, fournissant des conseils en temps réel. L’objectif est de simplifier le suivi alimentaire sans saisie manuelle. Les utilisateurs peuvent également s’inscrire à des études cliniques ou contribuer au registre de données “Lifelong Health Study”, destiné à cartographier l’évolution de la santé sur le long terme. Verily souligne que les données ainsi partagées restent encadrées par des politiques strictes de consentement et de sécurité.

    Un déploiement ciblé auprès des participants aux programmes Verily

    La stratégie de diffusion de Verily Me s’appuie d’abord sur les centaines de milliers de participants déjà engagés dans les études menées par la société, ainsi que sur les patients des programmes Onduo et Lightpath. À terme, l’ambition est d’élargir l’accès à un public plus large. Toutefois, Verily reconnaît que sa notoriété auprès du grand public reste à développer.

  • Qare déploie une feuille de route à 2030 pour répondre aux déserts médicaux et aux maladies chroniques

    Avec Qare Mind et Qare Shape, la téléconsultation s’étend au suivi des pathologies chroniques

    Acteur de la téléconsultation en France (9 millions de consultations réalisées), Qare franchit une nouvelle étape stratégique. La plateforme a annoncé, le 10 octobre, son ambition de devenir la première clinique digitale de France d’ici 2030. Cette évolution repose sur un élargissement de son offre de soins au-delà des consultations ponctuelles, pour proposer un accompagnement dans la durée. À travers sa feuille de route « Vision 2030 », Qare entend répondre aux grands défis structurels du système de santé : déserts médicaux, allongement des délais d’accès aux soins, augmentation des pathologies chroniques. L’objectif affiché est de soigner 20 000 patients par jour, dont la moitié via des programmes de suivi médical.

    Dès juin 2025, deux nouveaux parcours de soins seront proposés aux patients :

    • Qare Shape, dédié à la prise en charge de l’obésité.
    • Qare Mind, centré sur la santé mentale, en particulier l’anxiété et la dépression.

    Ces programmes combinent plusieurs modalités d’accompagnement : suivi quotidien, contenus éducatifs, activités adaptées, et soutien motivationnel. L’approche se veut pluridisciplinaire et personnalisée, dans le but d’améliorer l’observance thérapeutique et l’efficacité des soins sur le long terme. Ils visent une prise en charge de 3 000 patients d’ici fin 2025, pour des durées allant de six à douze mois. Selon Qare, ces services répondent à des besoins de santé publique identifiés : 42 % des adultes en France sont en surpoids ou obèses, et un sur cinq souffre de troubles psychiques.

    Qare prévoit 7 500 recrutements et 7 millions de téléconsultations par an d’ici 2030

    Pour soutenir cette ambition, Qare prévoit :

    • Le recrutement de 7 500 nouveaux professionnels de santé (x4 par rapport à 2025),
    • Le développement de cinq programmes de soins d’ici 2030,
    • 7 millions de téléconsultations par an,
    • Et un chiffre d’affaires triplé.

    L’entreprise souhaite ainsi accompagner près d’un Français sur cinq en 2030, à parité entre téléconsultation et suivi. Le développement de ces parcours passera aussi par l’extension à de nouveaux domaines, notamment en santé de la femme.

    15 M€ investis dans l’intelligence artificielle

    Qare a annoncé un investissement de 15 millions d’euros dans le développement de l’IA, avec un assistant médical numérique co-construit avec 300 praticiens. Déployé dès 2024 pour aider à la rédaction des comptes rendus de téléconsultation (avec un taux de satisfaction supérieur à 92 %), cet assistant intégrera dès fin 2025 :

    • Une assistance à la qualification des symptômes avant la consultation.
    • Une aide à la prescription pendant l’acte médical.

    Ces outils doivent permettre de libérer du temps médical et d’améliorer la qualité de l’interaction entre le professionnel et le patient.

  • Soutenir les aînés et ceux qui les accompagnent : les Trophées de l’innovation au service du bien vieillir 2025

    Des solutions pour l’autonomie et les soignants

    HT&I a retenu plus particulièrement les solutions qui facilitent la vie des personnes âgées à domicile et allègent le travail des soignants.

    En faveur des personnes en perte d’autonomie à domicile

    • Creadiaz : une plateforme innovante d’activités cognitives et motrices sur chaise, conçue pour les personnes âgées à domicile (ou en Ehpad) afin de maintenir l’autonomie en position assise et donner un peu de répit aux aidants ;
    • Ping4Alzheimer : un programme innovant basé sur trois piliers : activité physique, stimulations cognitives et interactions sociales. Il associe le tennis de table à des protocoles spécifiques pour améliorer la qualité de vie des personnes atteintes de maladies neurodégénératives ;
    • Livana Connect : une intelligence artificielle vocale dans un téléphone facile à utiliser pour les personnes Alzheimer. Elle demande des nouvelles, stimule les fonctions neuronales, détecte les problèmes et alerte éventuellement les proches ;
    • Senior Sitting : application qui connecte les seniors à des aidants de confiance (particuliers ou professionnels) ;
    • Xray Moov : permet de réaliser des examens d’imagerie médicale au chevet des personnes âgées ou isolées, avec une supervision médicale à distance ;
    • Mes médocs du jour : service qui propose la préparation personnalisée et sécurisée des doses de médicaments, pour améliorer l’observance thérapeutique et réduire les risques liés aux erreurs médicamenteuses à domicile.

    En faveur de la qualité de vie au travail des soignants

    • Speakli : solution vocale qui permet aux soignants de dicter leurs transmissions, automatiquement converties en comptes rendus structurés, ainsi que de valider leur plan de soin ou de transmettre leurs relevés ;
    • Carl d’AMN Conseil et Formation : un coussin innovant facilitant le retournement latéral des personnes âgées alitées et réduisant les risques de troubles musculosquelettiques.

     

  • IA en santé : notice patient, comités régionaux, labellisation des outils, 4 enjeux selon les associations d’usagers

    Le ministère de la Santé et de l’Accès aux soins poursuit l’élaboration de sa stratégie nationale sur l’intelligence artificielle en santé, amorcée après le sommet mondial sur l’IA de Paris en février 2025. Une consultation publique a été lancée en juillet pour enrichir cette feuille de route, qui s’appuie sur des cas d’usage, des propositions de cadrage réglementaire et des dispositifs d’accompagnement. France Assos Santé y a répondu avec une contribution construite à partir de retours d’expérience d’usagers réunis au sein de 13 associations.

    Quatre enjeux autour de l’usage de l’IA en santé

    La contribution associative s’organise autour de quatre axes, illustrés par des témoignages et accompagnés de recommandations opérationnelles.

    • Repenser l’accès et le recours au système de santé : L’UFC-Que Choisir, la FNAR, Le Lien et APF France Handicap s’expriment sur l’utilisation de l’IA dans des contextes tels que le triage aux urgences, la priorisation des examens d’imagerie ou encore la coordination ville-hôpital. Tous appellent à un usage encadré par des professionnels de santé, à une évaluation indépendante et à la prise en compte des biais algorithmiques qui pourraient renforcer les inégalités d’accès.
    • Repenser les soins proposés aux patients : L’UAFLMV, l’AFPric et l’APODEC alertent sur la nécessité de fiabiliser les outils d’aide à la prescription ou de diagnostic. L’IA offre des perspectives pour une médecine plus personnalisée, mais soulève des interrogations sur la validité scientifique, la transparence des algorithmes, le respect de la confidentialité des données et l’égalité d’accès à ces technologies.
    • Repenser les parcours de santé pour plus de prévention et d’accompagnement : France Alzheimer, SOS Hépatites et l’Alliance Maladies Rares insistent sur le potentiel de l’IA pour améliorer la détection précoce des pathologies chroniques, la personnalisation du suivi, et l’accompagnement à domicile. L’intégration de ces outils suppose une évaluation rigoureuse, une communication claire, et la garantie d’un accompagnement humain, notamment dans les cas de vulnérabilité ou de handicap.
    • L’IA générative face aux questions des usagers : Santé Info Droits et des représentants d’usagers en santé mentale alertent sur les risques liés à l’usage d’outils comme ChatGPT pour obtenir des réponses médicales. La prolifération de ces pratiques souligne le besoin d’acculturation et d’éducation à l’usage de ces technologies, ainsi que le développement de dispositifs fiables, validés et éthiques.

    Des propositions pour la stratégie ministérielle

    France Assos Santé formule plusieurs recommandations, dont :

    • La création d’une notice « patient » pour tout dispositif médical intégrant de l’IA classé IIb ou plus ;
    • La mise en place de comités stratégiques régionaux pour adapter les usages de l’IA aux besoins territoriaux ;
    • L’intégration de représentants des usagers dans les évaluations territoriales et nationales des dispositifs IA ;
    • La labellisation d’outils d’IA générative fiables pour les questions de santé ;
    • L’ajout systématique des cas d’usage IA validés dans les recommandations de bonnes pratiques des parcours de soins.

    Pour Gérard Raymond, président de France Assos Santé, il ne s’agit plus de débattre de l’opportunité de l’IA, mais de son utilité réelle pour les patients et la santé publique. Cette contribution collective rappelle l’importance de l’expérience des usagers dans l’élaboration des politiques publiques numériques et appelle à une gouvernance partagée, ancrée dans l’éthique, la transparence et la sécurité.

  • Rhumatismes inflammatoires : une plateforme nationale pour structurer des parcours encore trop fragmentés

    600 000 patients concernés en France, une coordination ville-hôpital à renforcer

    Un parcours de soin encore trop fragmenté

    Les rhumatismes inflammatoires chroniques (RIC) touchent environ 600 000 personnes en France. Ces pathologies, comme la polyarthrite rhumatoïde, les spondylarthropathies ou le rhumatisme psoriasique, impliquent une inflammation articulaire et une altération de la qualité de vie. Leur prise en charge nécessite un suivi, une coordination entre professionnels de ville et de l’hôpital, ainsi que des approches non médicamenteuses comme la kinésithérapie ou l’activité physique adaptée. Malgré les progrès thérapeutiques, le parcours de soin reste fragmenté. Les patients peinent parfois à comprendre leur maladie, à adhérer aux traitements ou à communiquer efficacement avec leurs soignants. Dans ce contexte, l’éducation thérapeutique et la coordination des acteurs de santé sont des leviers pour améliorer les résultats cliniques et l’autonomie des patients.

    Une solution numérique pour relier patients et soignants

    L’Alliance Rhumatech a conçu FormaRIC, une plateforme numérique accessible gratuitement en ligne. Elle constitue la première solution entièrement dédiée aux RIC, combinant formation, suivi et coordination des soins. Les patients y accèdent à des modules de formation, permettant de mieux comprendre leur pathologie, les traitements disponibles et les bonnes pratiques de gestion quotidienne. Ils peuvent également utiliser des outils d’autoévaluation standardisés, tels que les scores ASDAS (Ankylosing Spondylitis Disease Activity Score) ou DAS28 (Disease Activity Score 28), pour suivre l’évolution de leur inflammation articulaire. Un autre atout est la fiche de liaison automatisée, générée à partir des données saisies par le patient. Celle-ci peut être transmise directement aux différents professionnels impliqués dans le parcours de soin. Les professionnels de santé disposent d’un espace dédié comprenant une bibliothèque de ressources pédagogiques prêtes à l’emploi, utiles pour enrichir les entretiens éducatifs. Ils peuvent aussi accéder de manière centralisée aux données de suivi de leurs patients, y compris les résultats d’autoévaluation et les évolutions cliniques.

     

    Déployée après une phase pilote dans 7 hôpitaux, FormaRIC devient accessible à tous

    La version pilote de FormaRIC a été testée auprès d’une centaine de patients dans sept centres hospitaliers de référence : les CHU de Strasbourg, Lille, Toulouse, Rouen, Grenoble, ainsi que les hôpitaux Cochin et La Pitié-Salpêtrière (AP-HP). La plateforme est désormais ouverte à tous depuis le 27 octobre 2025. Les professionnels peuvent créer leur compte en contactant l’Alliance Rhumatech. L’ensemble des contenus a été validé par un comité scientifique pluridisciplinaire, composé de rhumatologues hospitaliers et libéraux, ainsi que de pharmaciens hospitaliers. FormaRIC est une plateforme de santé numérique qui soutient l’autonomie des patients et facilite la coordination des soins. Elle améliore la compréhension de la maladie, le suivi de l’état de santé et la communication avec les soignants. Pour les professionnels, elle sert d’outil d’aide à la décision dans un contexte de parcours fragmentés. En favorisant l’interopérabilité et la standardisation des données, FormaRIC s’inscrit dans les priorités du Ségur numérique et dans la dynamique de co-construction des outils avec les usagers.