Le second volet de la stratégie nationale « intelligence artificielle et données de santé » a été officiellement lancé mercredi à Paris, dans le cadre de la 4e Journée nationale de l’innovation en santé numérique. L’événement était organisé par la Délégation au numérique en santé (DNS) et ouvert par la ministre de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées, Stéphanie Rist.
Ouverture par Stéphanie Rist : Annonce officielle du second volet de la stratégie nationale IA et données de santé
Stéphanie Rist a rappelé que l’intelligence artificielle doit être mise « au service du soin et de la prévention ». Selon la ministre, l’IA contribue déjà à l’amélioration des diagnostics et à la libération de temps médical, sans pour autant se substituer à la relation humaine entre soignant et patient. La ministre a également annoncé l’intégration prochaine de solutions d’intelligence artificielle dans les logiciels métiers utilisés par les professionnels de santé. Issue d’une concertation impliquant plus de 70 acteurs du secteur, cette stratégie a pour objectif de structurer les usages de l’intelligence artificielle dans le système de santé. Elle entend améliorer la qualité, la sécurité et l’éthique des soins, tout en garantissant un développement responsable de ces technologies. Stéphanie Rist a appelé à une appropriation collective et responsable de ces outils, qualifiant l’IA d’« alliée de confiance, éthique et humaine ».
Stratégie intelligence artificielle et données de santé 2025-2028

Bruno Bonnell : 550 M€ pour la stratégie santé et 350 projets portés par des consortiums
“Grâce à l’intelligence artificielle, on peut explorer des voies jusque-là relativement ignorées dans le domaine de la santé”
Dans la suite de l’événement, le secrétaire général pour l’investissement, Bruno Bonnell a replacé le lancement du volet IA dans le cadre du plan France 2030, présenté comme « le double de tous les programmes d’investissement d’avenir précédents ». Bruno Bonnell a salué l’efficacité du pilotage interministériel de France 2030, qui finance des projets de recherche en santé numérique jusqu’à leur transfert industriel. Deux projets de télésurveillance illustrent cette approche orientée vers des solutions.
- OdySight, porté par Tilak Healthcare, développe une solution de télésurveillance en ophtalmologie, notamment utilisée à Pécan.
- Un autre projet, Curity Take Care, s’adresse à la télésurveillance en oncologie, en appui au suivi des patients atteints de cancer.
Au global, avec 40 milliards d’euros engagés et 7 800 projets soutenus, le plan repose sur une logique d’interconnexion des innovations plutôt que de soutien sectoriel isolé. Dans le domaine de la santé numérique, 32 actions ont déjà été engagées, donnant lieu à 120 nouveaux projets lauréats cette année. Au total, 550 millions d’euros sont alloués à la stratégie santé, couvrant environ 350 projets portés par des consortiums associant universités, industriels et groupements hospitaliers.
Transfert technologique : 22 projets France 2030 en phase d’industrialisation
22 projets de recherche soutenus par France 2030 sont actuellement en phase de transfert de technologie, afin de passer du stade scientifique à la mise sur le marché. Cette logique vise à éviter que la recherche « reste dans les laboratoires » et à favoriser l’émergence de produits et services directement utiles aux patients et aux professionnels de santé.
Côté formation, 70 000 étudiants ont déjà été formés aux outils numériques en santé, avec un objectif de 100 000 par an. Bruno Bonnell a souligné la bonne articulation entre les ministères impliqués dans la mise en œuvre du plan, qu’il s’agisse du financement, de la réglementation ou du soutien non financier. “Il y a une dynamique interministérielle qui est particulièrement efficace” a-t-il indiqué. Le dispositif France 2030 agit également comme levier de cofinancement, en mobilisant d’autres acteurs publics. Le ministère de la Recherche participe notamment au soutien de projets complémentaires, comme FIRAH ou France 2030 Santé, tandis que des entrepôts de données de santé ont bénéficié de plus de 35 millions d’euros d’investissement.
Le Secrétaire général pour l’investissement a exprimé son souhait de renforcer la coopération européenne dans le domaine de la santé numérique et de l’innovation.
Hela Ghariani : un Comex mensuel pour co-construire le programme annuel du numérique en santé
Hela Ghariani, co-responsable de la Délégation au numérique en santé (DNS), a détaillé la nouvelle gouvernance mise en place pour renforcer la concertation autour des politiques du numérique en santé. Depuis le lancement de la stratégie nationale, la DNS promeut une approche collaborative entre les ministères, l’Assurance maladie et les acteurs institutionnels. Cette coordination s’étend désormais à l’ensemble de l’écosystème — représentants des patients, professionnels de santé, établissements, industriels et chercheurs. Autour du Conseil du numérique en santé, une assemblée générale du numérique en santé a donc été constituée. Elle offre un espace de dialogue, de transparence et de travail commun sur les priorités de la politique publique.
Cette gouvernance renouvelée s’appuie sur un comité exécutif mensuel (Comex), dont la première réunion se tiendra mercredi 19 novembre. Ce Comex rassemblera les représentants de tous les secteurs concernés pour co-construire un programme de travail annuel, déterminant les priorités de la stratégie numérique (exemples cités : comment construire un catalogue national des données de santé ? Ou bien comment intégrer de l’IA dans les services de Mon espace santé).
Ce comité identifiera donc les impacts concrets des technologies, leurs évaluations positives et négatives, ainsi que les modèles économiques à développer pour favoriser leur intégration durable. Les groupes de travail ouverts issus de ce programme accueilleront tous les acteurs souhaitant contribuer, afin de lever ensemble les freins techniques ou réglementaires identifiés par le terrain. L’objectif est de maintenir un rythme d’action cohérent avec la rapidité d’évolution des technologies.
Une première restitution sera présentée le 17 décembre
Formation : plus de 8000 étudiants formés à l’IA (École santé numérique de l’Université de Montpellier)
Le Professeur Maurice Hayot, directeur de l’École de santé numérique de l’Université de Montpellier, a présenté le bilan de son projet, financé dans le cadre de l’appel à manifestations d’intérêt Compétences et métiers d’avenir. En deux ans et demi, plus de 8 000 étudiants ont été formés, dont 92 % de professionnels de santé. Le dispositif combine formations diplômantes, unités d’enseignement personnalisées et formation des formateurs. Le programme vise désormais la création d’un modèle national de formation en santé numérique et en IA, adossé à un campus numérique, pour pérenniser la dynamique au-delà de 2027.
Elsan : les données de 11 millions de patients
Sur l’axe de la donnée, Samantha Pasdeloup, du groupe Elsan, a présenté l’entrepôt de données de santé (EDS), soutenu par France 2030. Aujourd’hui, l’entrepôt est pleinement opérationnel, rassemblant les données de 11 millions de patients. Ce volume rend possibles des analyses à grande échelle pour des cas d’usage comme : le pilotage médico-économique des établissements, l’amélioration continue de la qualité des soins, des études de faisabilité en recherche clinique, et le développement de nouvelles recherches, auparavant freinées par la complexité d’accès aux données.
44 DMN pris en charge par l’Assurance maladie
Le réseau des tiers-lieux d’expérimentation en santé numérique dépasse les objectifs initiaux : 37 sites sont aujourd’hui opérationnels, contre 31 prévus. Ces structures accompagnent 115 projets financés et d’autres initiatives non subventionnées, autour de l’innovation ouverte et de l’évaluation en conditions réelles. Guillaume Calmon, fondateur de la start-up RDS, a témoigné de l’apport des tiers-lieux. Son entreprise développe un dispositif connecté de suivi post-opératoire, déjà marqué CE depuis 2024. Le projet vise à sécuriser le retour à domicile des patients âgés après une chirurgie lourde, tout en générant les preuves cliniques et médico-économiques nécessaires à son remboursement. Les premiers retours d’expérience au CHU d’Amiens montrent une forte adhésion des patients, séduits par un outil simple, non intrusif et rassurant.
44 dispositifs médicaux numériques sont déjà pris en charge par l’Assurance maladie, via le droit commun ou le dispositif PECAN. France 2030 soutient également l’exportation des innovations et la montée en puissance d’initiatives comme G_nius, dédiée à l’accompagnement des entreprises.
G_NIUS : 5 ans d’impact et une communauté engagée
« La santé numérique, c’est un peu comme un escape game », plaisante Julien Plagnes (chef de projet). Il faut savoir trouver les bons interlocuteurs, comprendre les règles du jeu et décrypter les dispositifs adaptés à son projet. C’est précisément le rôle de G_NIUS, la plateforme publique lancée en octobre 2020 pour accompagner les innovateurs du secteur. G_NIUS agit comme un guide interactif, ou selon son fondateur, « le Waze de la santé numérique » : indiquez où vous en êtes, et l’outil vous montre le meilleur chemin pour atteindre vos objectifs — qu’il s’agisse d’obtenir un financement, d’identifier les bons partenaires ou de naviguer dans les démarches réglementaires. En cinq ans, la structure a su s’imposer comme une référence de l’écosystème français : avec une communauté active (4000 membres), des fiche acteurs et des contenus régulièrement mis à jour.
Pour les prochaines années, G_NIUS veut renforcer son action dans les régions, s’ouvrir davantage à l’international et développer des outils autour de l’intelligence artificielle en santé. L’objectif reste le même : rendre le numérique en santé plus accessible, lisible et efficace. Julien Plagnes conclut, comme il avait commencé, avec humour : « Si dans cinq ans G_NIUS est devenu célèbre, c’est qu’on aura réussi à rendre la santé numérique simple.

