Nabil

  • Quelle structuration et quelle gestion des urgences médicales ? Enjeux des mesures et des politiques publiques en France

    Des réformes récentes face à la saturation des urgences

    Environ 30 % des passages aux urgences concernent des pathologies mineures qui pourraient être prises en charge par un médecin généraliste. Pour beaucoup de patients, les urgences sont « un point de passage systématique » dans le parcours de soins. La perception de ce qu’est une “urgence” pouvant différent d’une personne à une autre. Ceci entraîne une dégradation des conditions de travail et une détérioration de la prise en charge des patients (temps d’attente).

    Pour répondre à cette crise, plusieurs rapports ont été publiés et des initiatives lancées par les autorités, ces dernières années, dont le Pacte de refondation des urgences en 2019, lancée par l’ancienne ministre de la Santé, Agnès Buzyn, et la Mission Flash ainsi qu’un Plan été en 2022 du ministre de la Santé de l’époque, François Braun.

    Ces programmes visent notamment à :

    • améliorer l’organisation des services ;
    • renforcer la coopération interprofessionnelle ;
    • fluidifier les parcours de soins ;
    • et à mettre en place des dispositifs pour soulager les médecins urgentistes (téléconsultation, élargissement des compétences paramédicales).

    Consultation à distance ou sans rendez-vous, parcours de soins dédiés aux personnes âgées : 12 mesures pour réformer les urgences

    L’autre , avait lancé, en septembre 2019, le Pacte de refondation des urgences. Un plan doté de 754 millions d’euros sur trois ans, visant à désengorger les services et à réformer l’organisation des soins d’urgence. Ce pacte comprenait 12 mesures pour réduire la pression sur les urgences, améliorer la prise en charge des patients, mais aussi faire prendre conscience que les urgences s’inscrivent dans un parcours de soins global et qu’il faut « stopper le processus qui a conduit à la banalisation du passage par les urgences, faute d’un accès simple et facilité à un système de santé réellement adapté à la situation de chacun ».

    1️⃣ La création du Service d’accès aux soins (SAS) :

    Une des mesures phares du pacte, ce dispositif accessible 24/7 permet aux Français de consulter un professionnel de santé à distance, par téléphone ou en ligne. Son objectif est de répondre aux demandes de soins non urgents, qui représentent près de 30 % des passages dans les services d’urgences. Grâce au SAS, les patients peuvent être orientés vers une consultation en ville, évitant ainsi une surutilisation des services hospitaliers.

    2️⃣ Le renforcement des consultations sans rendez-vous en médecine de ville :

    Alors que beaucoup de patients se rendent aux urgences faute de pouvoir consulter rapidement un médecin, cette initiative vise à offrir des alternatives locales. Dans les zones rurales, où l’accès à un médecin généraliste peut être difficile, des maisons de santé et centres de soins sans rendez-vous se développent.

    3️⃣ Des parcours de soins spécifiques aux personnes âgées :

    Les personnes âgées représentent une grande partie des admissions aux urgences, souvent pour des affections chroniques ou liées à des chutes. Pour éviter leur passage systématique à l’hôpital, le gouvernement a mis en place des parcours de soins spécifiques. Coordonnés entre les hôpitaux et la médecine de ville, ils visent à offrir des solutions adaptées à domicile ou dans des structures spécialisées.

    Financement, rationalisation des transports, les autres mesures pour fluidifier les parcours hospitaliers :

    4️⃣ Élargissement des compétences des professionnels paramédicaux : augmentation des responsabilités des infirmiers et aides-soignants pour leur permettre de prendre en charge directement certains soins. Cela vise à réduire la charge des médecins urgentistes et à fluidifier la prise en charge des patients.

    5️⃣ Gradation des soins dans les urgences : réorganisation des services d’urgences pour graduer les soins selon la gravité des cas. Cela permet une meilleure utilisation des ressources médicales et une réponse plus rapide aux patients les plus critiques.

    6️⃣ Réforme du financement des urgences : changement du modèle de financement des services d’urgences, en remplaçant la tarification à l’activité (T2A), inadaptée aux spécificités des urgences, par un modèle reflétant mieux la réalité des soins non programmés.

    7️⃣ Lutte contre les abus de l’intérim médical : encadrement du recours à l’intérim médical, qui coûte cher aux hôpitaux. En 2019, le coût de l’intérim a dépassé 500 millions d’euros, avec des médecins intérimaires pouvant toucher jusqu’à 1 500 euros par jour.

    8️⃣ Renforcement de la sécurité des soignants : face à la hausse des agressions verbales et physiques dans les services d’urgences (près de 10 % des soignants en ont été victimes en 2020), des mesures de protection renforcées sont mises en place pour garantir leur sécurité.

    9️⃣ Soutien aux équipes médicales : des dispositifs de soutien sont proposés aux équipes soignantes, dont les conditions de travail sont dégradées par la surcharge des services, incluant un soutien psychologique et des formations supplémentaires.

    🔟 Amélioration des transports médicalisés : la réforme des transports médicalisés vise à rationaliser l’usage des véhicules et du personnel pour les cas urgents, en priorisant les interventions réellement nécessaires et en évitant les interventions coûteuses et inutiles.

    1️⃣1️⃣ Parcours de soins dédiés à certaines populations : des parcours spécialisés sont développés pour des populations spécifiques (comme les personnes atteintes de maladies chroniques), afin d’éviter un recours systématique aux urgences et de mieux gérer les soins de ces patients.

    1️⃣2️⃣ Réforme des admissions non programmées : fluidification des admissions non programmées à l’hôpital, avec une meilleure coordination entre les différents services hospitaliers, pour éviter que les patients restent bloqués aux urgences en attendant un lit disponible.

    Heures supplémentaires et primes de nuit : les solutions pour renforcer le personnel soignant

    La Mission Flash sur les urgences et les soins non programmés a été lancée en juin 2022, à la demande du président Emmanuel Macron, pour répondre à la saturation chronique des services d’urgence en France. Pilotée par François Braun, à l’époque président de Samu-Urgences de France (et ancien ministre de la Santé), cette mission a formulé des recommandations pour alléger la pression sur les hôpitaux. Parmi les principales mesures, la régulation préalable par le Samu a été mise en avant pour rediriger les cas non urgents vers d’autres services ou professionnels de santé avant leur arrivée à l’hôpital. Cette mesure vise à limiter les passages inappropriés aux urgences. La mission a également recommandé des coopérations territoriales renforcées entre les hôpitaux et les structures de soins ambulatoires, pour garantir une prise en charge coordonnée des patients en dehors des urgences traditionnelles. Un accent particulier a été mis sur l’augmentation du temps soignant disponible, avec une incitation au recours aux heures supplémentaires et des primes spécifiques pour le travail de nuit afin de maintenir un nombre suffisant de personnel soignant, souvent en sous-effectif. Le rapport a aussi souligné l’importance de l’innovation technologique, avec des outils numériques comme la téléconsultation – qu’on retrouve dans le Pacte de refondation – pour soulager les services d’urgence.

    Saturation estivale : soins non urgents redirigés et incitations financières

    Le Plan « été 2022 » a été mis en place pour répondre à la saturation estivale. Basé sur les recommandations de la Mission Flash sur les urgences, ce plan visait à garantir la continuité des soins, notamment en optimisant l’organisation des urgences et en mobilisant toutes les ressources disponibles grâce à des mesures temporaires et des incitations financières pour travailler les nuits et les week-ends.

    📌 Régulation préalable obligatoire : cette mesure visait à instaurer un tri des patients avant leur arrivée aux urgences via un appel systématique au 15 (Samu). Ce dispositif avait pour objectif de rediriger les cas non urgents vers d’autres structures de soins, évitant ainsi la surcharge des urgences avec des cas mineurs.

    📌 Augmentation du temps de travail soignant : des primes spécifiques et des incitations financières ont été mises en place pour encourager les professionnels de santé à travailler durant les périodes de nuit et de week-end, moments critiques où les équipes sont souvent en sous-effectif. Le gouvernement a permis de recourir aux heures supplémentaires de manière plus flexible pour pallier le manque de personnel.

    📌 Coopérations interprofessionnelles renforcées : il s’agissait d’encourager les collaborations entre les différents professionnels de santé d’un territoire (médecins généralistes, infirmiers, centres de soins non programmés, etc.) pour assurer une prise en charge des patients en dehors des urgences traditionnelles.

    📌 Ouverture de lits supplémentaires : pour augmenter la capacité d’accueil, des lits d’hospitalisation supplémentaires ont été temporairement ouverts dans les services hospitaliers, en particulier pour les cas nécessitant une hospitalisation après leur passage aux urgences.

    📌 Travail de nuit et organisation des soins : pour répondre à la pénibilité accrue du travail de nuit, une rémunération spécifique a été mise en place pour les soignants, et les efforts étaient concentrés sur une meilleure répartition des effectifs entre les différentes périodes de la journée et de la semaine, là où la demande était la plus forte.

    Enquête Urgences 2023 : des dysfonctionnements persistants malgré les réformes

    En 2023, la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) a publié son Enquête Urgences 2023. Elle présente un constat similaire aux précédents diagnostics, à savoir des modes d’organisation hétérogènes entre les services d’urgence, des difficultés à transférer rapidement les patients vers d’autres services hospitaliers, ou encore une surcharge toujours présente, surtout pour les patients de plus de 65 ans.

    D’après la « Mission Flash », certaines mesures du Pacte de refondation  n’ont pas encore été appliqués sur le terrain. La crise du Covid-19 a pu être un obstacle à leur application, bien que le rapport précise que « ces difficultés d’application ne peuvent être imputées à la seule pandémie de Covid-19 ». Bien que ces mesures aient pu soulager les urgences (une réduction réduction du nombre de passages estimée à 15 %), elles ont eu globalement un impact limité, rappelant le caractère structurel du malaise. Dans un rapport de 2017, le Sénat perçoit la crise des urgences comme le « miroir des dysfonctionnements de notre système de santé ». Transition démographique, augmentation des pathologies chroniques, déserts médicaux, intégration des nouvelles technologies, la crise des urgences cristallise l’ensemble des difficultés du système de santé.

    Des équipes mobiles de soins et des services d’orientation en appui au Samu :

    Le Conseil national de la refondation en santé (CNR Santé) est un projet lancé par le président Emmanuel Macron en octobre 2022. Ce volet spécifique à la santé vise à répondre aux problèmes structurels du système de soins en France, notamment les urgences. Le CNR Santé se distingue par une approche participative et territoriale. Il réunit les citoyens, les professionnels de santé, les élus locaux et d’autres parties prenantes pour concevoir des solutions adaptées à chaque région. L’objectif est d’aborder ces problèmes en partant du terrain et en impliquant les acteurs locaux plutôt que de centraliser les décisions au niveau national.

    Des consultations à différents niveaux ont depuis été organisées, accompagnées d’une plateforme numérique ouverte aux citoyens pour recueillir leurs avis et propositions. Les propositions issues de ces consultations sont ensuite étudiées par le ministère de la Santé et les Agences régionales de santé (ARS) pour définir des actions, comme ce fût le cas pour la création d’équipes mobiles de soins, des services d’orientation en appui au Samu en région Rhône-Alpes ou encore, la mutualisation du recrutement des professionnels de santé au Morbihan. Cependant, malgré les ambitions de ce projet, des critiques ont émergé concernant son impact limité et son manque de soutien réel au niveau politique.

    L’impact des outils numériques et de l’IA

    Priorisation des patients, aide au diagnostic, optimisation des ressources, l’intégration des technologies du numérique est devenue un levier pour améliorer la prise en charge des patients aux urgences. La téléconsultation, par exemple, plébiscitée par le Pacte de refondation des urgences, permet aux médecins d’évaluer l’état des patients. Les outils d’IA aident les médecins à diagnostiquer des conditions médicales complexes en analysant rapidement des images médicales. Comme au CHU de Rennes, où le logiciel Boneview (Gleamer) est capable d’interpréter une radio en quelques minutes.

    👉 Plus de détails sur les solutions d’IA au services des urgences déployées en France sont disponibles dans la cartographie réalisée par H&TI dans le cadre de cette étude.

     

  • Mesure des résultats en santé : la clé de la transformation vers une santé axée sur la valeur

    Vos patients sont-ils vraiment satisfaits de leurs soins ?

    Avec les PROMs et PREMs, pour la première fois, nous pouvons utiliser des chiffres pour décrire dans quelle mesure, par exemple, une prothèse de hanche aide une personne à marcher ou un traitement d’oxygène long-terme permet à une personne de retrouver une qualité de vie.  En associant ces PROMs et PREMs aux indicateurs cliniques, il devient possible d’obtenir une vision complète de l’état de santé global des patients créant ainsi une Valeur en Santé. 

    Réinventer la qualité des soins : vers des indicateurs centrés sur les patients

    Offrir des soins de qualité tout en maintenant la viabilité financière des systèmes de santé est un défi commun à tous les acteurs du secteur. Traditionnellement, la qualité des soins a été mesurée par des indicateurs de processus qui capturent la conformité aux directives de pratiques médicales, mais ceux-ci sont souvent insuffisants pour refléter les véritables résultats qui comptent pour les patients, comme la récupération fonctionnelle ou l’amélioration de la qualité de vie. Ces indicateurs de processus ne différencient pas véritablement les centres de soins, ce qui limite les incitations à l’amélioration. De plus, améliorer la conformité aux processus de 95 % à 98 % n’a que peu d’impact sur les résultats d’état de santé des patients.

    Quel que soit le pays, lorsque l’on voit une mesure systématique des résultats en santé, on constate une amélioration de ces résultats. Pourtant, la majorité des centres de soins (ni les caisses d’assurance maladie) ne suivent ni les résultats ni les coûts par pour les patients individuels par condition médicale. Par exemple, dans la démarche QualiScope de l’HAS, les indicateurs de qualité en médecine, chirurgie, obstétrique sont la planification du suivi post AVC, la qualité de la lettre de liaison post AVC entre autres, alors que les patients veulent connaître s’ils auront des séquelles, s’il retrouveront une activité normale, s’ils auront une fatigue accrue, de la douleur, des disturbations dans leur sommeil. Ils veulent connaître l’évolution de leur état de santé et grâce à la collecte de ces indicateurs, des parcours personnalisés peuvent être proposés.

    Adapter les soins aux besoins des patients diabétiques

    Prenons l’exemple phare en Valeur en Santé pour illustrer ce propos : Diabeter, un regroupement des cliniques spécialisées dans le traitement du Diabète type 1 au Pays Bas, stratifié un large groupe de patients diabétiques grâce à des mesures recueillies dans leur base de données électronique. Tandis que la plupart des patients pédiatriques suivent un protocole de traitement intensif standardisé, ceux présentant un diabète secondaire suivent des voies de soins alternatives. Par exemple, les 7 % des patients de Diabeter atteints de diabète causé par fibrose kystique, le diabète de type MODY (Maturity Onset Diabetes of the Young), le diabète monogénique et le diabète secondaire à des traitements glucocorticoïdes à haute dose ont des protocoles de traitement spécifiques adaptés à l’étiologie sous-jacente de leur diabète. Cela s’applique aussi aux patients ayant des comorbidités ou complications, pour lesquels une thérapie individualisée est mise en place pour gérer ces conditions supplémentaires. De plus, à mesure que Diabeter a commencé à suivre un plus grand nombre de jeunes adultes, des parcours de soins spécifiques à l’âge et au mode de vie ont aussi été développés. Un des principes clés de la Valeur en Santé est la stratification des patients en fonction de leurs caractéristiques de base et leurs besoins. 

    La collecte et publication des ces résultats permettent aux différents établissements de santé de se comparer sur une même base et à adopter les meilleures pratiques, ce qui conduit à une amélioration des résultats. Les résultats ne sont pas strictement liés aux spécialités individuelles ou aux procédures ; ils reflètent les soins globaux d’une condition médicale chez un patient, généralement impliquant plusieurs spécialités. Ce qui compte généralement pour les patients, ce sont des résultats qui couvrent l’ensemble du cycle de soins, y compris l’état de santé atteint (par exemple, survie, statut fonctionnel, qualité de vie), le temps, les complications et la souffrance associés aux soins, ainsi que la durabilité des avantages obtenus (par exemple, le délai avant récidive).

    Lors de plusieurs conférences, Michael Porter a partagé une idée simple mais pleine de sens pour expliquer pourquoi une approche de Valeur en Santé pourrait nous sortir de la crise dans laquelle nos systèmes de santé s’enfoncent :

    “Une bonne qualité coûte moins cher en raison d’un diagnostic plus précis, de moins d’erreurs de traitement, de taux de complications plus faibles, d’une récupération plus rapide, d’un traitement moins invasif et de la minimisation du besoin de traitement. De manière générale, une meilleure santé coûte moins cher que la maladie.”

    — Michael E. Porter, Redefining Health Care: Creating Value-Based Competition on Results

    L’évaluation des résultats de santé : les PROMs et PREMs

    Dans la Valeur en Santé, les résultats qui importent aux patients pour une condition médicale particulière se répartissent en trois niveaux ou tiers:

    • Le premier niveau inclut les résultats relatifs à la santé obtenue après les soins, tels que la survie, le statut fonctionnel ou la qualité de vie. 
    • Le deuxième niveau concerne les processus et complications durant le traitement, y compris le temps nécessaire, les complications et la souffrance liée à la prise en charge.
    • Enfin, le troisième niveau se concentre sur la durabilité des résultats obtenus, comme la période sans récidive après le traitement.

    La mesure de ces résultats devrait couvrir l’ensemble du cycle de soins pour une condition médicale donnée et suivre l’état de santé du patient une fois les soins terminés. 

    La mise en œuvre des PROMs et PREMs : Défis et solutions

    L’implémentation des PROMs et PREMs constitue un défi majeur avec deux grandes types de barrières : 

    • Les barrières technologiques : pour administrer rapidement les enquêtes, calculer les scores et analyser les résultats, les données doivent être électroniques. Il n’y a tout simplement pas de temps pour recueillir et transcrire manuellement des données écrites à la main.
    • Les barrières opérationnelles : même si la technologie fonctionne parfaitement, il faut convaincre les patients, le personnel des cliniques et les cliniciens, déjà très occupés, de collaborer pour faire des PROMs une réalité. Le risque étant de causer une surcharge de travail liée à la collecte systématique des données.

    Des institutions comme la Mayo Clinic, la Cleveland Clinic et la Martini-Klinik ont surmonté ces défis en adoptant des solutions technologiques et opérationnelles innovantes et en standardisant leurs outils de mesure. Par exemple, ces institutions ont mis en place des plateformes numériques intuitives à l’utilisation et ont réduit la longueur des questionnaires pour améliorer les taux de réponse et la qualité des données collectées; en particulier pour la collecte des données auprès des patients. De plus, l’intégration de ces données dans les systèmes électroniques de dossiers de santé, comme cela a été fait à la Cleveland Clinic, facilite leur collecte et utilisation en temps réel.

    Des stratégies variées, telles que des questionnaires en ligne, des applications mobiles ou des entretiens directs, ont été mises en place pour simplifier ces processus. Pour limiter la surcharge de travail et pour engager des patients, des équipes dédiées à la gestion des PROMs et PREMs ont été constituées. Dans leur expérience, la clé pour motiver les patients à répondre aux questionnaires PROM est que leurs médecins examinent réellement les réponses. Lorsqu’ils perçoivent que leurs réponses contribuent à améliorer leur prise en charge, ils sont plus enclins à répondre. Cependant, si ce n’est pas le cas, ils se désengagent rapidement.

    Ces acteurs ont relevé le défi de la mise en œuvre des PROMs et PREMs leur permettant de se positionner comme des références mondiales d’une médecine d’excellence, humaine et performante aussi sur le plan des ressources. 

    Acteurs d’excellence dans l’analyse des données de santé

    Le défi de la collecte et de l’analyse des données est souvent considéré comme la principale barrière de mise en place de PROMs et PREMs. C’est pour cela, qu’il me semblait pertinent d’exposer brièvement des acteurs qui ont surmonté ce défi et fait une ouverture sur l’état des lieux en France. 

    Le défi de la collecte et analyse des données de santé ne se limite pas à la collecte des PROMs et PREMs. Dans ce cadre, des organisations comme Optum et Kaiser Permanente ont intégré dans leur modèle une collecte systématique des données cliniques, résultats rapportés par les patients et déterminants sociaux de santé. Cela leur permet l’analyse des données à grande échelle, particulièrement en matière de santé des populations. 

    Optum, filiale d’UnitedHealth Group, est un modèle d’excellence dans la collecte et l’analyse des données cliniques et subjectives. Grâce à sa capacité à intégrer, analyser et exploiter des données massives provenant de diverses sources, y compris des résultats auto-rapportés, Optum est capable de proposer une personnalisation des parcours de soins et une optimisation des soins, maîtrisant les coûts et améliorant les résultats de santé. 

    Dans un autre style, Kaiser Permanente, est l’un des systèmes de santé les plus intégrés aux États-Unis, combinant une compagnie d’assurance, un réseau de soins de santé et une organisation de prestataires. Cette intégration complète leur donne un avantage unique dans la gestion des soins à grande échelle et l’analyse des données de santé. Avec sa large base de patients et ses systèmes avancés de dossiers médicaux électroniques, Kaiser Permanente est en mesure de suivre et d’analyser les données de santé à l’échelle des populations avec une précision et une continuité exemplaires. Ils sont également reconnus pour l’utilisation proactive des données pour prévenir les maladies, améliorer les soins chroniques et surveiller les résultats des patients. 

    Au-delà de ces deux exemples majeurs, pour la grande majorité d’acteurs dans le monde, l’intégration de PROMs et PREMs reste soumise à des nombreuses contraintes. Des acteurs comme Epic Systems, à travers son outil Epic Cosmos, ou Cerner, qui sont déjà des agrégateurs des données de millions de patients dans des centaines d’institutions ont commencé à intégrer la collecte des données d’auto-évaluations des patients. 

    En France, les initiatives en matière de santé numérique s’inscrivent dans une dynamique ambitieuse, portée par des acteurs publics et privés ainsi que par des plans stratégiques majeurs, tels que la Feuille de route du numérique en santé. Cette feuille de route vise à systématiser et démocratiser les usages du numérique dans le domaine de la santé, avec un accent particulier sur la prévention personnalisée, la simplification des parcours de soins et l’inclusion numérique. Au cœur de cette transformation, des outils comme Mon Espace Santé jouent un rôle central. Cette plateforme intègre progressivement des technologies permettant de recueillir des PROMs et des PREMs. L’intégration de ces mesures dans des plateformes comme Mon Espace Santé contribue à la personnalisation des soins, en permettant aux professionnels de santé de suivre de manière proactive les symptômes rapportés par les patients, leur qualité de vie, et d’ajuster les traitements en conséquence.

    Pour relever le défi de la collecte d’information, la Feuille de route du numérique en santé met un fort accent sur l’interopérabilité des systèmes, avec l’objectif de faciliter l’accès des professionnels de santé à l’ensemble des données cliniques et des résultats patients en temps réel.

    Les initiatives françaises, bien qu’en forte accélération, restent davantage axées sur la mise en place d’infrastructures nationales qui cherchent à démocratiser l’accès et l’usage des outils numériques de santé, tout en favorisant l’inclusion des populations les plus vulnérables. Là où des acteurs comme Kaiser Permanente ont déjà atteint un niveau d’intégration avancé des soins et des données à l’échelle locale et régionale, la France, avec son approche nationale, se concentre sur la généralisation des usages à travers une vaste population de citoyens, tout en cherchant à rendre ces outils accessibles à tous, y compris aux personnes les moins familières avec les technologies numériques.

    Enfin, bien que la France se distingue par son souci d’inclusion numérique et d’équité, elle reste en phase de montée en puissance concernant l’analyse prédictive des données de santé à grande échelle, un domaine où Optum et Kaiser Permanente ont déjà pris de l’avance en exploitant les capacités de l’intelligence artificielle et du machine learning. Cependant, la centralisation et l’harmonisation des données de santé dans des outils comme le Health Data Hub pourraient permettre à la France de combler cette avance en créant une infrastructure solide pour les prochaines étapes de l’innovation en santé numérique. 

    Le rôle de l’ICHOM dans la standardisation des résultats de santé

    L’International Consortium for Health Outcomes Measurement (ICHOM) joue un rôle central dans la standardisation des PROMs par condition médicale. Jusqu’à présent, la mesure des résultats a souvent été réalisée de manière isolée, chaque organisation recréant ses propres indicateurs. Cela a conduit à un patchwork de mesures et de définitions incohérentes utilisées par divers établissements de soins, sociétés spécialisées, payeurs, pays, voire des cliniciens individuels. Il n’existait pas de mécanismes efficaces pour standardiser les mesures de résultats au niveau régional ou national, et encore moins au niveau mondial.

    Pour contrecarrer, les équipes d’ICHOM développent des questionnaires, en s’appuyant sur des registres et des experts internationaux. Ce consortium rassemble des leaders cliniques du monde entier pour élaborer les PROMs, tout en collectant et en diffusant les meilleures pratiques en matière de collecte, de vérification et de rapport des données. A mesure que l’adoption de ces questionnaires standardisés se répand rapidement, des outils et des méthodes pour les mettre en œuvre de manière efficace sont en cours de développement avec des solutions logicielles pour automatiser la collecte et l’agrégation des données de résultats, et commencent à intégrer les questionnaires standards dans les dossiers médicaux électroniques.

    Vers une santé basée sur les résultats : mesurer ce qui compte vraiment pour les patients

    La mesure des résultats de santé est un élément clé de la transformation vers une santé axée sur la valeur, car elle permet de mieux évaluer l’impact des soins sur ce qui compte vraiment pour les patients : la qualité de vie, la récupération fonctionnelle et la durabilité des résultats. Les PROMs et PREMs jouent un rôle central en traduisant des données subjectives en informations exploitables, et leur mise en œuvre nécessite de surmonter des barrières technologiques et organisationnelles. En s’inspirant des meilleures pratiques d’acteurs comme Mayo Clinic ou Kaiser Permanente, les systèmes de santé peuvent non seulement améliorer la qualité des soins mais aussi rendre ces derniers plus personnalisés et économiquement viables. L’adoption généralisée des mesures standardisées, comme celles promues par l’ICHOM, favorisera une transformation mondiale vers des systèmes de santé basés sur des résultats concrets et comparables, tout en optimisant les coûts et les ressources.

    Références

    “Redefining Health Care: Creating Value-Based Competition on Results.” Michael E. Porter and Elizabeth Olmsted Teisberg, Harvard Business School Press, 2006.

    “The Strategy That Will Fix Health Care.” Michael E. Porter and Thomas H. Lee, Harvard Business Review, 2013.

    “What Is Value in Health Care.” Michael E. Porter, New England Journal of Medicine, 2010; 363:2477-2481

    What we talk about when we talk about value-based care optum.com

    “Standardizing Patient Outcomes Measurement” Michael E. Porter, Ph.D., M.B.A., et al. New England Journal of Medicine, 2016  374;6

    “Implementing patient reported outcomes” Neil Wagle M.D, MBA, Partners Health, Care Redesign 2016

    “Exploring unmet needs and preferences of young adult stroke patients for post-stroke care through PROMs and gender differences”, Sarah I. et al.,Frontiers in Stroke, 3, (2024).

     

  • AAP en santé numérique (PEPR) : jumeaux numériques

    Méthodologie, thérapie personnalisée, handicap : 5 thèmes sur les jumeaux numériques

    Lancé en janvier 2021 par le Gouvernement français, le PIA4 (Programme d’investissement d’avenir) vise à soutenir les efforts en faveur de l’innovation, principalement sur les secteurs dits stratégiques et prioritaires. Le programme bénéficie d’une enveloppe totale de 20 milliards d’euros sur cinq ans, dont 60 millions pour la santé numérique.

    Piloté par l’Institut national de recherche en science et technologie du numérique (INRIA) et l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM), le Programme et équipements prioritaires de recherche (PEPR) lance un appel à projets (AAP) qui s’inscrit dans l’ambition du plan, à savoir traiter un volume large et hétérogène de données afin d’avoir une représentation « personnalisée et évolutive qui soit la plus complète et la plus fidèle possible du patient ».

    L’AAP du PEPR « santé numérique » porte sur les thèmes suivants :

    • Méthodes et concepts innovants pour les jumeaux numériques multi-échelles : L’objectif est de résoudre des défis méthodologiques en santé liés à la modélisation, la gestion des données et l’usage de modèles IA pour développer des jumeaux numériques multi-échelles personnalisables. Cela inclut l’IA générative pour produire des données artificielles et des systèmes d’aide à la décision fiables.
    • Capteurs multi-échelles pour des applications en santé : Ces capteurs visent à observer des phénomènes biologiques encore non visibles, enrichissant ainsi les capacités des jumeaux numériques. Plutôt que de créer de nouveaux capteurs, l’objectif est d’intégrer et d’améliorer ceux déjà existants dans des contextes de santé précis pour des bénéfices médicaux concrets.
    • Jumeaux numériques pour la thérapie personnalisée post-diagnostic : Ces jumeaux numériques permettent d’optimiser des thérapies sur mesure, que ce soient des traitements physiques ou pharmacologiques. Ils sont appliqués à divers domaines comme la chirurgie ou la radiothérapie.
    • Jumeaux numériques pour l’assistance en cas de handicap : Pour concevoir des solutions optimales et personnalisées d’assistance (orthèses, prothèses), en adaptant les dispositifs à l’activité et à l’environnement des personnes en situation de handicap. Les robots compagnons ne sont pas concernés dans ce cadre.
    • Jumeaux numériques pour les systèmes de soins intégrés : Pour modéliser et simuler les systèmes complexes des soins hospitaliers pour optimiser la gestion des ressources, la qualité des services, et la prise de décision en situation de crise (ex. flux massif de patients). L’objectif est de fluidifier les interactions entre patients, soignants et organisations.

    L’AAP précise que ce programme s’inscrit dans la « continuité des thèmes de recherche déjà initiés » et « qu’une attention particulière sera accordée aux possibles interactions avec d’autres PEPR relevant du champ du numérique et/ou de la santé ».

    Déroulement en deux étapes

    Phase 1 : Dépôt du projet, sous forme de lettre d’intention contenant une fiche administrative, une description du projet en 3 pages, une bibliographie, ainsi que les CV des principaux participants.

    Date limite : 15/10/2024 à 11h00.

    Phase 2 : Finalisation des candidatures pour soumission des dossiers complets. Le dossier comprend un document scientifique (15 pages) et un document administratif et financier.

    Dates clés :

    • Date de remise des projets complets : février 2025.
    • Sélection des dossiers : printemps 2025.
    • Annonce des lauréats : juin 2025.

    L’AAP prévoit un budget de 24,5 millions d’euros pour approximativement 15 projets (soit 1,2 à 1,6 million par projet), pour une durée de 4 ans.

     

  • Sommet de l’avenir 2024 : l’ONU s’engage à renforcer les systèmes de soins et la santé mentale

    Des institutions et instruments politiques jugés “inadaptés” aux enjeux du siècle

    En septembre 2024, l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté le Pacte pour l’avenir, un accord visant à répondre aux défis mondiaux. Ce texte appelle à une coopération internationale renforcée pour lutter contre les inégalités, le changement climatique, garantir la paix et la sécurité.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Lors de cet événement, 56 thématiques ont été abordées comme la gouvernance, la sécurité mondiale, les technologies, l’innovation, ou encore la place des jeunes. Le rapport met aussi en avant le rôle des innovations technologiques, en particulier l’intelligence artificielle dans la transformation des systèmes de santé et le développement durable.

    Les 130 chefs d’État présents ont un objectif commun : “garantir un avenir plus juste, inclusif et durable pour les générations présentes et futures”. Autrement dit, promouvoir un véritable changement.

    Vaccins, médicaments, accès aux soins : renforcer les systèmes de santé mondiaux

    Face aux défis, le Pacte pour l’avenir 2024 appelle aux réformes suivantes :

    • Accès aux soins de santé : l’une des priorités du Pacte est d’assurer une couverture sanitaire mondiale, accessible à tous, en mettant l’accent sur les populations vulnérables. Renforcer les systèmes de santé, notamment dans les pays en développement et dans les zones rurales, afin de réduire les inégalités. Le texte souligne également l’importance de poursuivre l’innovation dans les secteurs sociaux et éducatifs, tout en encourageant les investissements dans le sport, reconnu comme un facteur de santé physique, mentale et de cohésion sociale.
    • Lutte contre la faim et la malnutrition : le Pacte met l’accent sur la nécessité de résoudre les problèmes de sécurité alimentaire et de malnutrition, qui affectent gravement la santé publique. Il prévoit des actions coordonnées pour renforcer la résilience des systèmes alimentaires et soutenir les programmes d’alimentation, en particulier dans les régions touchées par l’insécurité.
    • Impact des changements climatiques sur la santé : en reconnaissant les liens entre la santé et l’environnement, le texte alerte sur les effets néfastes des changements climatiques sur la santé, tels que l’augmentation des maladies liées aux événements climatiques et l’aggravation des maladies chroniques impactées, comme les pathologies cardiovasculaires.
    • Renforcement des infrastructures de santé : le document appelle à améliorer les infrastructures de santé pour garantir des soins adéquats, sûrs et abordables. Il encourage également l’intégration de technologies comme l’intelligence artificielle pour optimiser la gestion des ressources et des services de santé.

     

    IA : “L’évaluation scientifique rigoureuse et fondée sur des données probantes doit être au cœur de la gouvernance mondiale de l’IA” M. Knudsen, Secrétaire général adjoint de l’OCDE

    En marge de ce sommet, l’ONU a lancé un appel pour une régulation internationale de l’intelligence artificielle, afin de garantir une utilisation sécurisée et de maximiser ses bénéfices. Le texte souligne l’importance de veiller à ce que “personne ne soit laissé pour compte”, en garantissant que l’IA profite à toutes les nations, notamment aux pays en développement.

    L’ONU et l’OCDE ont annoncé une nouvelle collaboration pour renforcer la gouvernance mondiale de l’intelligence artificielle. Face au développement rapide de l’IA et aux risques qui en découlent, l’OCDE a mis en place en 2020 l’Observatoire des politiques publiques relatives à l’IA (OECD.AI). Cet outil fournit des données comparatives et des analyses permettant aux États de mieux anticiper l’impact de l’IA sur leurs sociétés, notamment en matière de gouvernance, de sécurité, de confidentialité des données, ainsi que sur le marché du travail.

    L’ONU s’est engagée dans la régulation de l’IA, notamment en adoptant en 2024 une résolution visant à promouvoir des systèmes d’IA “sûrs et fiables” pour répondre aux grands défis mondiaux comme la pauvreté, la santé, l’éducation et le changement climatique.

    Cette collaboration entre l’ONU et l’OCDE, annoncée lors du Sommet, s’appuiera sur des évaluations régulières basées sur des données scientifiques pour analyser les risques et les opportunités liés à l’IA.

    IA : Interopérabilité, analyse d’impact, investissement, les engagements de l’ONU d’ici 2030 :

    • Créer un groupe scientifique international multidisciplinaire et indépendant sur l’IA au sein de l’ONU, représentatif de toutes les régions, pour analyser l’impact et les risques de l’IA et promouvoir la compréhension scientifique.
    • Collaborer avec les organismes de normalisation pour élaborer des normes interopérables en matière d’IA.
    • Promouvoir des systèmes d’IA “sûrs et fiables” qui soutiennent la diversité linguistique et culturelle tout au long de leur cycle de vie.
    • Établir des partenariats internationaux pour renforcer les capacités en IA, faciliter l’accès aux ressources open source et encourager la participation des PME dans l’économie numérique.
    • Renforcer les capacités en IA dans les pays en développement.
    • Encourager la coopération Nord-Sud, Sud-Sud et triangulaire pour produire des jeux de données représentatifs et développer des solutions locales.
    • Accroître les investissements dans les capacités en IA, en sollicitant des fonds auprès du secteur privé et des acteurs philanthropiques, et créer des mécanismes de financement innovants.

     

  • DRIMBox : vers une accélération du partage sécurisé des données d’imagerie médicale

    Le Ségur pour moderniser la filière imagerie

    Amorcé en 2021 par le gouvernement français, le Ségur du numérique vise à moderniser les systèmes d’information en santé. À travers un programme de financement, ce plan vise à favoriser l’acquisition et l’intégration d’équipements numériques pour les établissements de santé. Le projet est structuré en plusieurs phases de financement, appelées « vagues ». Les systèmes d’information radiologique (RIS) sont concernés. L’Agence du numérique en santé (ANS) définit les RIS comme un outil assurant “l’ensemble des fonctions suivantes : gestion des rendez-vous patients, programmation des modalités d’imagerie, génération et envoi des comptes rendus radiologiques”. Les listes de travail doivent respecter le format “Dicom Modality Worklists”, “HL7” (de type ADT, ORU et ORM).

    🩺Téléradiologie, limitation des prescriptions, détection plus précise : les ambitions de la vague 2 du Ségur

    Là où la première vague, qui posait les bases, était dédiée au système d’information radiologique, la vague 2 vise à renforcer l’interopérabilité des systèmes d’informations et des solutions d’imagerie médicale. Cela inclut la standardisation des formats d’image, l’amélioration des plateformes de partage et le renforcement de la cybersécurité pour garantir la confidentialité des données. Le Ségur du numérique vise aussi à réduire les redondances dans la prescription d’examens, limitant ainsi les coûts et l’exposition inutile des patients aux radiations.

    @Health & Tech Intelligence

    L’implémentation des solutions proposées par le Ségur numérique dans la vague 2 permet :

    • un meilleur partage des images entre les professionnels de santé. Les données d’imagerie (IRM, scanner, échographies, etc.) peuvent être partagées de manière sécurisée à travers des plateformes interopérables, permettant ainsi une continuité dans le parcours thérapeutique ;
    • une prise en charge plus rapide des patients grâce à la disponibilité immédiate des examens d’imagerie, ce qui est utile dans les cas d’urgence, pour les patients en suivi chronique, ou bien dans les zones en sous-offre (grâce à la téléradiologie) ;
    • l’amélioration de la qualité des diagnostics. Grâce à des outils d’intelligence artificielle (IA) intégrés dans les systèmes d’imagerie, il est possible d’effectuer des analyses plus fines et précises, notamment pour le dépistage de certaines pathologies.

    🩻Le partage des imageries grâce au DRIMBox

    Le dispositif Drimbox (associé au DRIM-M) consiste à créer un réseau de partage d’images médicales entre établissements pour permettre aux professionnels de santé d’accéder aux examens d’imagerie via des pointeurs stockés dans le DMP. Ces pointeurs permettent de retrouver les images sur les systèmes des hôpitaux, garantissant un accès rapide aux données d’imagerie. Deux fonctions principales caractérisent le Drimbox :

    • DRIMBox Source : produit le pointeur (manifeste COS) à partir des images médicales et du compte rendu d’imagerie rédigé par le radiologue. Ce pointeur est envoyé au DMP, et les images restent stockées dans le PACS de l’établissement.
    • DRIMBox Consommateur : permet aux professionnels de santé d’accéder aux images via le DMP en téléchargeant le pointeur. Le système permet d’afficher ou télécharger les images médicales pour un traitement plus approfondi sur des stations de travail spécialisées.

    Un professionnel, via un système informatique hospitalier (DPI), peut accéder aux images médicales en s’identifiant avec Pro Santé Connect. Une fois authentifié, il peut récupérer les images depuis la DRIMBox source. Un lien intégré dans le compte rendu d’imagerie permet aux professionnels de santé ou aux patients de consulter les images via un simple clic. Afin de mutualiser les ressources et de faciliter l’adoption du système (surtout pour les petits établissements), il est prévu que plusieurs établissements puissent utiliser une même DRIMBox installée en mode SaaS (cloud). Ce dispositif de cloud permettra de réduire les coûts en matière d’infrastructure locale.

    Schéma cas usage Projet Drim-M

    🌐Interopérabilité : l’élément clé du dispositif 

    La DRIMBox s’appuie sur des standards d’interopérabilité (comme le format DICOM utilisé pour les images médicales) afin de garantir que les systèmes différents (PACS, RIS, DPI) communiquent efficacement. L’accès rapide aux images est un critère clé, avec un objectif d’affichage des images en moins de 5 secondes pour garantir une utilisation fluide, notamment dans des contextes d’urgence médicale. Pour garantir la sécurité des échanges, la DRIMBox fonctionne dans un “espace de confiance” :

    • Toutes les DRIMBox déployées (source ou consommateur) doivent s’identifier dans un registre national géré par l’ANS.
    • Les échanges entre DRIMBox sont chiffrés et se font avec des certificats de sécurité.
    • Pro Santé Connect est utilisé pour l’authentification des professionnels de santé, garantissant ainsi l’identité des personnes qui accèdent aux images.
    • Un service de “météo des services” est aussi proposé, permettant de suivre l’état de fonctionnement des DRIMBox déployées (pour savoir si elles sont opérationnelles ou non).

    1er trimestre 2025 : début d’un usage généralisé

    Le déploiement des DRIMBox a commencé avec des projets pilotes en 2024 comme la solution Experio DRIMBox de Medsquare. Les premiers établissements devraient pouvoir utiliser la DRIMBox à partir du premier trimestre 2025, avec une généralisation pour mi-2026. Cependant, les éditeurs de logiciels doivent adapter leurs systèmes pour intégrer cette nouvelle fonctionnalité (ex : RIS, PACS, DPI). Les hôpitaux devront également s’assurer que leurs infrastructures techniques (réseaux, stockage, etc.) sont prêtes à accueillir la DRIMBox.

    Dispositif SONS : un soutien financier pour moderniser les solutions numériques de santé

    L’arrêté du 11 août 2021 (relatif à un programme de financement destiné à encourager l’équipement numérique des établissements et médecins radiologues) inscrit dans le cadre du Ségur de la santé stipule que les financements sont attribués via un système ouvert, géré par l’Agence du Numérique en Santé (ANS), qui référence les solutions logicielles répondant à des critères techniques précis :

    • Conformité technique : respect des normes d’interopérabilité (DICOM, IHE) pour la gestion des données de santé.
    • Ergonomie : solutions faciles à utiliser, adaptées aux besoins des professionnels de santé.
    • Vérification de conformité : tests de validation des fonctionnalités via un référentiel d’exigences (REM-RAD-RIS-Va1).
    • Référencement par l’ANS : les solutions doivent être officiellement référencées après vérification.
    • Sécurité des données : conformité avec le RGPD et le Code de la santé publique, garantissant la sécurité des informations médicales.
    • Convention avec l’ANS : signature obligatoire d’une convention encadrant les droits et obligations de l’opérateur.

    Les opérateurs de logiciels peuvent demander à être référencés et, une fois cette étape franchie, ils peuvent bénéficier de financements pour équiper les établissements en solutions informatiques radiologiques. L’arrêté stipule également que l’ANS est responsable de la gestion technique, administrative et financière du programme et doit rendre compte régulièrement à l’État. Des contrôles sont prévus pour vérifier la conformité des opérateurs.

    Afin d’aider les établissements à intégrer les outils du Ségur du numérique, le dispositif SONS (Système Ouvert et Non Sélectif) du Ségur numérique est un mécanisme mis en place par l’État pour financer la mise à jour des logiciels de santé des établissements, ou bien des services tels que l’installation, la configuration et la formation. Ce financement s’adresse aux établissements qui commandent ces prestations directement auprès des éditeurs de logiciels, lesquels doivent être préalablement référencés par l’ANS. En général, une avance de 40 % est versée à l’éditeur au début du projet, avec un solde de 60 % une fois la prestation entièrement réalisée. Le montant exact peut différer selon les projets et la taille de la structure bénéficiaire.

    En France, 80 millions d’actes d’imagerie sont réalisés chaque année.

     

  • La valeur en santé : révolution ou évolution pour un avenir de qualité ?

    Une approche centrée sur les résultats

    Le concept de la valeur en santé ou value-based healthcare (VBHC) propose une méthode novatrice d’évaluation des soins, tant à l’échelle individuelle qu’à l’échelle populationnelle. 

    Depuis près de 20 ans, de nombreuses équipes à travers le monde présentent des cas concrets en oncologie (1), chirurgie cardiaque, cataractes (2), diabétiques (3), etc., démontrant les bénéfices de cette approche tant d’un point de vue patient, pour les soigneurs mais aussi, pour les payeurs. Son adoption varie d’un pays à l’autre, mais il représente une tendance importante visant à améliorer la qualité et l’efficacité des soins de santé à l’échelle mondiale. 

    La VBHC a pour objectif de transformer les soins de santé en mettant l’accent sur la valeur, c’est-à-dire l’obtention de meilleurs résultats pour les patients à des coûts raisonnables.

    Mesurer les résultats de santé : une approche globale

    Aujourd’hui, la qualité des soins est souvent mesurée via des processus standardisés et des indicateurs de performance traditionnels : 

    • indicateurs de volume : nombre de lits occupés, nombre de procédures… 
    • indicateurs financiers : coût par patient, rentabilité des services…
    • indicateurs opérationnels : taux d’occupation des lits, temps d’attente, durée moyenne de séjour… 
    • indicateurs de qualité de processus : taux d’erreurs médicales, taux d’infections nosocomiales…

    Cependant, ces critères ne reflètent pas toujours l’efficacité réelle des interventions. Le VBHC propose des indicateurs davantage centrés sur la valeur des soins pour le patient et les résultats de santé:

    • résultats cliniques spécifiques : réduction des symptômes, les taux de guérison, et la gestion des complications ;
    • qualité de vie liée à la santé: par exemple douleur ressentie après une intervention, niveau de mobilité, retour à une vie quotidienne normale ;
    • coût global par épisode de soins : coût total sur l’ensemble du parcours de soins pour un patient atteint d’une pathologie spécifique, en prenant en compte les complications, réhospitalisations et soins de suivi ;
    • expérience et satisfaction du patient : par exemple satisfaction par rapport aux soins de fin de vie ou à la gestion de la douleur; expérience en termes de services reçus et de communication avec le personnel médical, de compréhension du traitement, et de participation aux décisions.

    Les indicateurs de performance permettent non seulement de repérer les traitements inappropriés, mais aussi de réduire les soins inutiles et, par conséquent, de diminuer les coûts. Au-delà des indicateurs classiques comme l’espérance de vie, les patients rapportent des résultats plus personnels, tels que la récupération fonctionnelle ou la qualité de vie après une intervention. Les indicateurs traditionnels sont souvent orientés vers l’efficacité des hôpitaux et des systèmes de santé, tandis que le VBHC met le patient au centre de l’évaluation. Ces éléments sont essentiels à la transition vers une médecine véritablement axée sur la valeur.

    Une transformation de fond, pas une simple mode

    Introduit par Michael Porter et Elizabeth Teisberg dans Redefining Health Care (4), ouvrage publié en 2006, le VBHC repose sur un rapport simple : les résultats qui importent aux patients, divisés par le coût nécessaire pour les atteindre.

    @ Institut français Valeur en santé
    @ Institut français Valeur en santé

     

    Les résultats incluent des éléments essentiels comme la survie, la récupération fonctionnelle, la qualité de vie, tandis que les coûts englobent l’ensemble du parcours de soins, du diagnostic à la guérison. Selon le VBHC, si l’on se contente uniquement d’indicateurs cliniques sans intégrer les Patient-Reported Outcome Measures (PROMs) et les Patient-Reported Experience Measures (PREMs), soit les résultats perçus directement par les patients, la valeur créée est limitée et ne permet pas de créer un modèle en alignant les intérêts des patients et soigneurs, mais aussi des acteurs comme les industriels ou les payeurs privés et publiques. En combinant des mesures qui parlent à tous les acteurs du système de santé, il est possible d’obtenir une évaluation plus complète et pertinente de la qualité des soins, et donc, d’améliorer le soin tant à l’échelle populationnelle qu’à l’échelle individuelle. 

    Un exemple concret au cœur de Paris :

    L’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP) a lancé un programme pilote de VBHC dans le cadre de la cancérologie sénologique à l’hôpital européen Georges-Pompidou 5. Ce projet aligne les incitations sur la qualité des soins: le cancer du sein bénéficie généralement d’un bon pronostic, mais souvent les traitements peuvent entraîner des répercussions sur la qualité de vie physique, sexuelle et psychologique des patientes. Malheureusement, cet aspect est souvent négligé dans le choix des traitements qui leur est proposée. En recueillant systématiquement des PROMs et en les croisant avec des Clinical Reported Outcome Measures (CROMs), le programme mise en place les Dr Nguyen Xuan et Dr Koural permet une évaluation globale et personnalisée des effets des traitements sur la qualité de vie des patientes par le recueil des PROMs avant et après la chirurgie, avec un suivi pouvant aller jusqu’à 10 ans. Les difficultés d’implémentation rencontrées en termes d’interopérabilité ont limité le nombre des données; cependant les entretiens menés lors des consultations de suivi ont révélé une réelle volonté des patientes de voir leur satisfaction et leur qualité de vie prises en compte. De même, le recueil des PROMs a sensibilisé les professionnels de santé à l’importance de considérer cet aspect crucial lors de la prise en charge, ce qui a permis d’ajuster les traitements en fonction de leur impact réel sur la vie des patientes. 

    Une révolution nécessaire, pas une mode passagère

    La Valeur en Santé n’est pas une mode éphémère, mais une réponse pragmatique et nécessaire aux défis structurels que rencontrent les systèmes de santé à travers le monde. Face au vieillissement de la population et à la prévalence croissante des maladies chroniques, cette approche offre une solution durable. En centrant les soins sur les résultats qui importent réellement aux patients et en optimisant les ressources disponibles, la VBHC s’impose comme une évolution incontournable pour assurer la pérennité des systèmes de santé. Loin d’être une simple tendance, elle constitue une révolution essentielle pour conjuguer qualité des soins et maîtrise des coûts, garantissant un avenir plus équitable et efficace pour tous.

     

     

    Bibliographie :

    (1) van Erning FN et al., “Achievements in colorectal cancer care during 8 years of auditing in The Netherlands”. Eur J Surg Oncol. Sept 2018

    (2) Katz G, “PromCat – Valorisation de la transparence et de la pertinence pour la chirurgie de la cataracte” Journal Officiel de la République Française, Nov 2023

    (3) Nano J. el al., “A standard set of person-centred outcomes for diabetes mellitus: results of an international and unified approach”. Diabet. Med. 2020

    (4) Porter M., Teisberg E., “Redefining Health Care: Creating Value based Competition on Results”, 2006

    (5) Nguyen Xuan et al. “Cancérologie sénologique. Un programme pilote VBHC de l’APHP”. Revue hospitalière de France. Mars-Avril 2024

  • Note aux abonnés : découvrez comment le VBHC réinvente les soins – Nouvelle rubrique Health&Tech Intelligence

    Il était temps ! Souvenez-vous 2018, le 2eme Health&Tech Summit était consacré au Value Based healthcare (VBHC, Value-Based Healthcare)  et regroupait les meilleurs experts internationaux en France, sous l’impulsion du Dr Grégory Katz. 2024, et si c’était maintenant ?  Health&Tech Intelligence est  ravi de s’emparer à nouveau du sujet de la Valeur en santé et de proposer une nouvelle rubrique dédiée au décryptage méthodologique et résultats du VBHC.

    Changements dans les pratiques de santé : tout sur le VBHC dans votre nouveau rendez-vous hebdomadaire

    Cette nouvelle rubrique est proposée par le Dr Maria Belen Lopez, neuroscientifique et cofondatrice de l’Institut Français Valeur en Santé.  Comment mesurer les coûts du parcours de soins ? Qui sont les acteurs du VBHC ? Ou encore quels sont les cas d’usage ? Notre experte vous offrira des perspectives stratégiques et opérationnelles, enrichies par sept ans d’expérience dans la transformation des parcours de soins.

    Le premier décodage : « La Valeur en santé, évolution ou révolution ? » est disponible dans votre newsletter Health&Tech Intelligence du lundi 30 septembre.

    Pertinence et qualité des soins pour maitriser les dépenses de santé :

    Le Value-Based Healthcare (VBHC) repose sur le principe que la qualité des soins doit être mesurée en fonction des résultats obtenus pour les patients, tout en optimisant les coûts. Cette démarche se distingue d’une approche purement orientée sur le volume de services, et évalue plutôt la pertinence et l’efficacité des soins. Les ressources hospitalières sont mieux allouées, maximisant l’efficience des soins. Le VBHC répond au contexte actuel de maîtrise des dépenses de santé tout en garantissant des soins de meilleure qualité, grâce à des indicateurs tels que le taux de réadmission ou l’amélioration des symptômes des patients.

     

    N’hésitez pas à commenter ou poser vos questions, rejoignez le groupe VBHC sur Health&Tech Intelligence.

     

  • USA : le HHS avance sur l’interopérabilité avec l’apport de nouveaux standards

    L’interopérabilité progresse aux US

    En 2021, environ 88 % des hôpitaux américains participaient activement à l’échange électronique d’informations sur la santé des patients, que ce soit en envoyant, recevant ou interrogeant des données de santé externes. Environ 74 % des hôpitaux ont signalé être capables d’intégrer ces dossiers médicaux électroniques (DME) dans leurs propres systèmes, une augmentation significative par rapport aux années précédentes. Ces avancées sont en partie attribuées à la mise en œuvre du 21st Century Cures Act. En dépit de ces progrès, une enquête de janvier 2024 de l’éditeur de logiciel Demigos a révélé que moins de 40 % des prestataires de soins de santé aux États-Unis estiment avoir réussi à partager des données de santé entre différentes organisations. Ce qui met en évidence un écart entre les capacités technologiques et la mise en œuvre réelle de solutions interopérables.

    En juillet 2022, le Département de la Santé et des Services Sociaux des États-Unis (HHS) a annoncé vouloir améliorer l’interopérabilité des technologies de l’information en santé. L’objectif est de garantir que les investissements publics dans les systèmes de santé se conforment à des normes de données unifiées, facilitant l’échange et l’accès aux informations médicales à travers l’ensemble du pays.

    En imposant une approche standardisée, le HHS cherche à éliminer les obstacles créés par les systèmes d’information cloisonnés, parfois responsables de la fragmentation des soins. L’un des défis du système de santé américain réside dans la diversité des plateformes numériques utilisées par les différents acteurs, qu’il s’agisse d’hôpitaux, de laboratoires ou d’agences de santé publique. Ces plateformes ne sont pas toujours conçues pour communiquer entre elles, ce qui entraîne une duplication des efforts, des retards dans la transmission des données et des risques d’erreurs. En réponse, la Politique d’Alignement des Technologies de l’Information en Santé du HHS vise à uniformiser les exigences technologiques et permettre un partage fluide des données médicales. Cette nouvelle politique s’applique aux contrats, subventions et programmes du HHS, s’assurant que toute acquisition de technologie respecte les standards établis. Ce cadre doit permettre de moderniser l’écosystème des technologies de santé.

    Un cadre législatif en évolution

    En août 2024, une nouvelle avancée a été réalisée avec la proposition d’une modification de la Réglementation en matière d’acquisition du HHS (HHSAR). Cette modification a pour but de rendre obligatoires les normes adoptées par le département pour tout ce qui concerne les achats de technologies de santé. Les acteurs du secteur sont encouragés à commenter cette règle jusqu’au 8 octobre 2024, avant qu’elle ne soit finalisée. L’impact de cette règle dépasse le simple aspect technique : en adoptant une approche unifiée, le HHS garantit que les systèmes de santé deviennent plus connectés, et que les données médicales circulent d’un établissement à un autre.

    Des implications pour la santé publique et la recherche

    Le renforcement de l’interopérabilité pourrait également avoir des effets positifs sur d’autres domaines, tels que la recherche médicale et la santé publique. Les agences fédérales, comme les Centres de Contrôle et de Prévention des Maladies (CDC), bénéficient désormais de directives précises pour intégrer des technologies de l’information interopérables dans leurs projets de surveillance sanitaire et leurs initiatives de recherche. La Politique d’Alignement des Technologies de l’Information en Santé du HHS s’inscrit dans une démarche globale visant à améliorer le système de santé américain.

    En 2021, une étude du Bureau du Coordinateur National pour les Technologies de l’Information en Santé mentionne que 39 % des hôpitaux participaient à plus d’un réseau national d’échange d’informations de santé.

     

  • Exec summary – Numérique en santé et personnes âgées : une offre abondante, mais une adoption inégale

    La France est confrontée à une transformation démographique majeure

    En 2023, environ 21% des Français avaient plus de 65 ans. En 2030, plus de 30% des français auront plus de 60 ans et pour la première fois, les plus de 65 ans seront plus nombreux que les moins de 15 ans​. Cette longévité s’accompagne de défis économiques, sociaux et sanitaires importants. Le vieillissement accélère l’incidence des maladies chroniques, augmente les besoins en soins (dépendance) et renforce la pression sur le système de santé. Selon la Direction de la Recherche, des Études, de l’Évaluation et des Statistiques (DREES), environ 2 millions de personnes bénéficieront de l’Allocation personnalisée d’autonomie (APA) d’ici 2050, contre 1,4 million en 2023​.

     

    Ce phénomène impose de repenser les politiques publiques pour prévenir la dépendance et accompagner les personnes âgées dans leur souhait de vieillir dans de bonnes conditions. Pour répondre à cette situation, la France a élaboré une stratégie nationale du bien-vieillir, visant à prévenir la perte d’autonomie et à améliorer la qualité de vie des seniors et des personnes âgées.

    @Préparer la France de demain, ajouter de la vie aux années. Stratégie « bien vieillir ». Stratégie interministérielle

     

    La trajectoire démographique soulève des questions en matière de santé, prévention, dépendance. Health&Tech Intelligence vous propose un tour d’horizon du sujet ; stratégie nationale, marché de la silver économie, mais aussi la place du numérique dans la feuille de route, et quels sont les facteurs déterminants à son adoption. Ce dossier est composé des éléments suivants :

    La population française vieillit, marquant un tournant démographique. Ce contexte impose de repenser les politiques publiques pour répondre aux enjeux du bien vieillir, de la prévention et de la dépendance. Plan antichute, investissement financier, création d’une cinquième branche, virage domiciliaire, la stratégie interministérielle propose des pistes pour préparer la société française.

    Avec 56 solutions recensées allant du maintient à domicile et la prévention des chutes à la lutte contre l’isolement et les maladies neurodégénératives, la Silver Tech se positionne comme un acteur clé dans l’amélioration du bien-être des seniors en proposant des innovations répondant aux défis croissants du vieillissement de la population.

    Amélioration de l’autonomie, prévention des chutes, lutte contre l’isolement, soutien aux aidants et professionnels de santé… Les solutions numériques continuent de répondre aux besoins des personnes âgées et de leur entourage, en matière de santé et de bien-être. Où en est-on aujourd’hui et qu’en dit la littérature scientifique ?

    La perception des solutions de la Silver Tech par leurs utilisateurs finaux varie en fonction de plusieurs facteurs (littératie numérique, accessibilité, soutien social…). Cet article propose une analyse des bénéfices, défis et axes d’amélioration de ce ces innovations et de leur adoption par les personnes âgées, leurs aidants et les professionnels de santé.

    La silver économie en France est en pleine expansion, avec 19 millions de personnes de plus de 60 ans en 2024 et un marché estimé à 130 milliards d’euros d’ici 2030. Cette dynamique est portée par un vieillissement de la population général notamment les plus de 80 ans, dont le nombre augmentera de 70 % d’ici 2030.

    Le marché de la silver économie couvre des secteurs variés tels que l’assurance, l’habitat, l’inclusion, etc. Les services à la personne et la santé tirent leur épingle du jeu. Toutefois, cette croissance s’accompagne de défis complexes, notamment la diversification des besoins des seniors et la difficulté de rendre ces offres accessibles à tous.

    Malgré des investissements importants de la part de l’État et une abondante offre de services privés, le secteur du “bien vieillir” fait face à de nombreuses pressions. Le manque d’attractivité des métiers du médico-social, la fracture numérique, et l’isolement des seniors sont autant de défis qui freinent son développement. Voici un tour d’horizon de l’environnement du bien vieillir en France.

     

  • Annexes : matrices SWOT et PESTEL – Une opinion publique sensibilisée au bien vieillir

    @Health & Tech Intelligence

     

    CONTEXTE DU “BIEN VIEILLIR” EN FRANCE
    INTERNE EXTERNE
    FORCES FAIBLESSES OPPORTUNITES MENACES
    Une impulsion politique et une prise de conscience collective : de nombreuses avancées entre 2017 et 2023 sur le bien vieillir, avec une hausse des moyens (21 milliards en 2023), un plan anti-chute, la création de services d’aide à domicile (SAD), des offres de répit pour les aidants, etc. Manque de professionnels spécialisés : pénurie de gériatres et d’infirmiers spécialisés dans la prise en charge des personnes âgées. Développement des offres (services à domicile) : avec l’évolution des attentes des seniors, la demande pour les services de soins à domicile et les dispositifs de maintien à domicile est en pleine croissance. Les services d’aides ménagères, de soins infirmiers à domicile et les adaptations du logement offrent des solutions pour prolonger l’autonomie des seniors. Le plan national de développement des services à domicile en France prévoit une augmentation du financement des aides à domicile pour les personnes âgées. Isolement social des seniors : un grand nombre de personnes âgées souffrent d’isolement social, en particulier celles qui vivent seules ou en milieu rural. Cela a un impact direct sur leur santé mentale et physique, ainsi que sur leur bien-être général. En France, près de 27 % des personnes âgées de 75 ans et plus sont considérées comme isolées socialement, selon la Fondation de France.
    Amélioration des soins de santé : la prise en charge médicale des personnes âgées s’est améliorée. Les dispositifs de soins spécialisés pour les seniors (gériatrie, soins palliatifs, rééducation) s’adaptent et innovent pour mieux répondre aux besoins de cette population. Attractivité et valorisation des métiers : certains métiers du médico-social ne sont pas suffisamment valorisés. Les conditions de travail sont difficiles et les salaires sont 25 % inférieurs à la moyenne nationale. Émergence de nouvelles initiatives pour l’inclusion sociale : de plus en plus d’initiatives sociales et communautaires visent à renforcer le lien intergénérationnel et à lutter contre l’isolement des personnes âgées, créant des environnements plus favorables au bien vieillir. En France, des initiatives comme les colocations intergénérationnelles (entre étudiants et seniors) ou les maisons de retraite “ouvertes sur la ville” favorisent les interactions entre les générations. Pression sur les systèmes de santé et de retraite : le vieillissement rapide de la population entraîne une pression sur les systèmes de santé et les régimes de retraite, avec des risques de sous-financement et de réduction de la qualité des services disponibles. En France, le déficit de l’Assurance Maladie, alimenté par les coûts liés aux seniors, pourrait atteindre 10 milliards d’euros d’ici 2030.
    Programmes de prévention et promotion de la santé : de nombreuses campagnes de prévention (nutrition, activité physique, lutte contre l’isolement) sont développées pour favoriser le bien vieillir. Ces programmes incitent à adopter des comportements favorables à la santé dès la retraite pour maintenir l’autonomie. Complexité d’utilisation : de nombreuses technologies ne sont pas suffisamment adaptées aux capacités cognitives ou motrices des personnes âgées, créant une barrière à l’utilisation des dispositifs numériques pour les seniors. Le support des aidants : en France, on estime qu’il y a environ 11 millions d’aidants familiaux. Ces personnes, souvent non professionnelles, apportent un soutien régulier à un proche en situation de dépendance, de maladie ou de handicap. Fracture numérique : une partie des personnes âgées n’a pas encore intégré les technologies numériques dans leur quotidien, soit par manque de compétences, soit par absence d’accès. Plus d’une personne de plus de 60 ans sur trois est en situation d’illectronisme.
    Un riche écosystème d’entreprises : aide à la personne, santé, habitat, finance, les entreprises privées proposent de multiples offres en faveur du “bien vieillir”, notamment en termes de services à la personne et de santé. Crise du logement adapté : les logements accessibles et conçus pour les personnes âgées sont rares, ce qui peut mener à une perte d’autonomie prématurée ou à des situations dangereuses (risques de chutes, manque de confort). En 2022, seulement 6 % des logements en France sont adaptés aux personnes âgées. Inégalités socio-économiques et territoriales (soins à deux vitesses) : les seniors à faibles revenus ou vivant dans des zones rurales ont moins accès aux soins, aux activités sociales et aux services de santé adaptés (cf : coût élevé de certaines solutions).