Système d’information

  • États-Unis : le codage assisté par IA aurait coûté 942 M$ aux assureurs Blue Cross

    Le 24 septembre 2026, la Blue Cross Blue Shield Association (BCBSA), qui fédère des assureurs couvrant un Américain sur trois, a publié une analyse de ses données de remboursement. Selon elle, la hausse des séjours hospitaliers codés comme médicalement complexes aurait généré environ 942 millions de dollars de dépenses supplémentaires entre 2023 et 2025, sans signe d’évolution correspondante des soins délivrés. L’association relie ce phénomène à la diffusion des outils d’IA de codage, utilisés selon elle par plus de 60 % des systèmes hospitaliers.

    Si l’IA fait progresser le codage plus vite que les soins, les recettes qu’elle génère deviennent contestables. Pour un hôpital, chaque diagnostic suggéré par un outil doit pouvoir être justifié par une prise en charge réelle.

    Un diagnostic codé sans soin associé devient un risque pour l’hôpital

    Pendant un séjour, les diagnostics secondaires peuvent faire passer le séjour dans une catégorie mieux remboursée. Selon la BCBSA, ils représenteraient 70 % des surcoûts, soit plus de 650 millions de dollars.

    Certains de ces diagnostics peuvent reposer sur un seul résultat d’analyse, comme une prise de sang. L’IA, qui lit tout le dossier, les repère facilement. Exemple : après une chirurgie lourde de l’intestin, les hôpitaux codent beaucoup plus d’anémies, mais ne font pas plus de transfusions. Pour la BCBSA, les patients ne sont donc pas plus malades : l’IA trouverait seulement plus de diagnostics à facturer.

    Cette lecture de payeur désigne la première cible d’un contrôle : un diagnostic sans soin correspondant. Avant de déployer un outil de codage assisté, un établissement a intérêt à demander à l’éditeur sur quels critères cliniques repose chaque suggestion. Il doit aussi s’assurer que le médecin DIM garde la validation finale.

    Ce que cela change

    • Établissements et DIM : l’IA de codage doit s’accompagner d’une gouvernance, avec validation humaine, traçabilité de l’origine de chaque suggestion et contrôle interne de cohérence entre diagnostics et soins.
    • Éditeurs et HealthTech : la capacité à documenter la justification clinique des codes proposés devient un argument commercial, et potentiellement une exigence des acheteurs.
    • Payeurs et Assurance maladie : l’analyse croisée des diagnostics et des traitements offre une méthode simple pour repérer les séjours à contrôler.

    Source : Blue Cross Blue Shield Association, communiqué et livre blanc « AI Coding Intensity » (24 septembre 2026) · fiabilité : déclarative.

  • ROR national : l’ANS lance la généralisation, toutes les régions basculeront d’ici mars 2027

    Le ROR, ou Répertoire opérationnel des ressources, est une base de référence qui décrit de manière homogène l’offre de santé : établissements sanitaires, établissements et services médico-sociaux et structures de ville, avec leurs capacités d’accueil en lits et en places. Il alimente plus de 80 services numériques, comme Santé.fr, le Service d’accès aux soins ou ViaTrajectoire, qui s’en servent notamment pour orienter les patients.

    Selon un communiqué de l’Agence du numérique en santé du 16 septembre, le ROR national entre en phase de généralisation à compter de septembre 2026. Après une phase pilote en Occitanie et en Bourgogne-Franche-Comté, toutes les régions doivent basculer d’ici mars 2027 vers ce référentiel unique de l’offre de santé. Pour les établissements, cela implique un environnement de saisie commun, une nouvelle interface et une authentification forte.

    Le ROR alimente donc plus de 80 services numériques en santé, dont le Service d’accès aux soins et ViaTrajectoire. Une donnée erronée s’y propage donc jusqu’à l’orientation des patients. Faute de calendrier publié, établissements et éditeurs ont intérêt à fiabiliser dès maintenant leurs données et leurs raccordements.

    Une bascule à préparer sans calendrier connu

    Pour les établissements, la convergence signifie saisir l’offre de santé et les capacités d’accueil, en lits comme en places. Cela suppose de former les équipes à la nouvelle interface. Les calendriers apparaissent région par région. Ce raccordement reste encadré : l’accès restreint aux données passe par une API au format FHIR et suppose d’intégrer le cercle de confiance du ROR national.

    Disponibilité : « garantir des services socles fiables, performants et durables« 

    Pour le RPPS, FINESS, l’Annuaire Santé et le ROR, le contrat fixe une disponibilité de 98 % en 2026, avec une interruption maximale admissible de cinq heures et un délai de rétablissement de quatre heures, puis 98,5 % en 2027 et 99 % en 2028. Le dispositif est piloté par l’ANS avec les ARS et les GRADeS. La fin des outils régionaux devrait faire évoluer le rôle de ces acteurs : moins d’exploitation d’un outil propre, davantage d’accompagnement des structures et d’animation de la qualité des données sur leur territoire.

    Le ROR est déjà alimenté par les données de plus de 91 % des établissements sanitaires et de 87 % des établissements et services médico-sociaux. Le contrat d’objectifs prévoit de mesurer chaque année l’alimentation du répertoire, mais aussi sa consommation et son usage effectif.

    À surveiller

    • D’ici mars 2027, la publication du calendrier de bascule de chaque région.
    • Chaque année jusqu’en 2028, les indicateurs d’alimentation, de consommation et d’usage prévus par le contrat d’objectifs.
    • Enfin, le détail des nouvelles exigences de description des données et le contenu de l’offre de services ROR national.

    Source : ANS, communiqué « Le ROR national se généralise à l’ensemble du territoire » (16 septembre 2026) · fiabilité : officielle.

  • Rapport IGAS-IGF : le DMP alimenté à 10,7 % chez les spécialistes contre 30,9 % chez les généralistes

    Le rapport « Le temps de travail des médecins », commandé par le Premier ministre et publié par l’IGAS, dresse un état des lieux du temps médical en ville et à l’hôpital et formule quinze propositions, au-delà des seuls constats sur la baisse des jours d’exercice libéral et le pilotage hospitalier.

    Sur le numérique, la mission a cartographié 201 logiciels privés de 133 éditeurs destinés aux médecins de ville et mesuré leur usage réel en 2025. Elle constate un écart marqué entre généralistes et spécialistes dans l’équipement et l’usage de ces outils, ainsi qu’une sous-alimentation persistante du dossier médical partagé (DMP), sans que le temps consacré à la gestion administrative n’ait diminué pour autant.

    IGAS (2026) : Le temps de travail des médecins

     

    Pourquoi cela compte : contrairement aux chantiers hospitaliers qui exigent des décrets, le volet numérique ouvre des leviers d’action immédiats pour les éditeurs et les établissements. Trois points structurent l’analyse.

    D’abord, un écart d’équipement qui dessine un marché sous-pénétré : le DMP n’est alimenté qu’à 10,7 % chez les spécialistes contre 30,9 % chez les généralistes, et l’ordonnance numérique atteint 7,9 % contre 29,3 %. La mission relève par ailleurs que le temps que les généralistes consacrent aux tâches de gestion et de coordination est passé de 4 heures à 5 heures 25 par semaine entre 2011 et 2019, preuve que l’équipement seul ne suffit pas à réduire la charge administrative.

    Ensuite, une légitimation du chantier interopérabilité : la mission propose un identifiant du répertoire partagé des professionnels de santé associé à un code statistique non signifiant, ainsi qu’un horodatage des données de facturation carte Vitale, deux prérequis techniques que toute solution de suivi d’activité ou de traçabilité peut désormais invoquer face à un marché encore fragmenté entre 133 éditeurs.

    Enfin, un signal fort pour l’intelligence artificielle clinique : la mission recommande explicitement un moteur de recherche fondé sur l’IA pour trier et synthétiser le contenu du DMP, jugé aujourd’hui trop peu ergonomique et sans outil de synthèse automatique. Elle propose par ailleurs de conditionner la dotation numérique des médecins à un taux d’alimentation suffisant du DMP, ou d’instaurer une sanction en cas de non-alimentation, ce qui pourrait accélérer l’adoption des outils répondant à cette exigence.

    Source : IGAS-IGF, Le temps de travail des médecins (août 2026) · fiabilité : officielle.