santé publique

  • Aval des urgences : 22 mesures remises à la ministre, dont la prévision des flux par IA

    Remis le 15 juillet à la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, par six experts*, le rapport « Alternatives et aval des urgences » compte 9 recommandations et 13 propositions. Il propose d’inscrire les cellules d’ordonnancement dans les conditions d’autorisation des services d’urgence (SAU) de plus de 25 000 passages par an, en y intégrant la prévision des flux par IA. Il préconise aussi de généraliser la réorientation outillée et de capitaliser sur les outils de coordination existants. Sa reprise en septembre tient à la régulation à l’entrée imposée dès l’automne à une centaine d’établissements et à la feuille de route nationale sur l’aval des urgences attendue avant le PLFSS 2027.

    Pourquoi cela compte : le rapport doit nourrir la feuille de route nationale sur l’aval des urgences. Pour les hôpitaux, la gestion des lits deviendrait une obligation outillée. Pour les éditeurs, l’adoption sur le terrain primerait sur la nouveauté.

    L’IA au service des flux hospitaliers : des résultats encore difficiles à mesurer

    Le rapport cite des algorithmes déjà en service au CH de Valenciennes et au CHU de Nancy. Ils anticipent les tensions plusieurs jours à l’avance, ce qui permet de renforcer les équipes, d’avancer des sorties ou de moduler l’activité programmée. Mais aucun gain n’est chiffré, et les freins se situent en amont : systèmes d’information fragmentés, date prévisionnelle de sortie rarement fixée dès l’admission. Pour les établissements, la priorité est donc de fiabiliser les données de séjour avant d’acheter l’outil. En régulation médicale, l’IA reste un horizon, « sous réserve d’un encadrement rigoureux et d’une validation clinique ».

    Interopérabilité : capitaliser plutôt que reconstruire

    Les auteurs l’admettent : « on pourrait rêver d’un outil unique » de coordination ville-hôpital-médico-social. Les groupements régionaux d’appui au développement de la e-santé (GRADeS) peinent à obtenir des éditeurs des adaptations rapides. Plutôt que de nouveaux investissements massifs, le rapport recommande de généraliser les outils régionaux éprouvés en Île-de-France et en Auvergne-Rhône-Alpes. Il invite aussi à étudier ce qui a fait l’adoption massive de la télé-expertise, en citant Omnidoc. Les échanges prioritaires sont nommés : logiciels de régulation, plateforme du service d’accès aux soins (SAS), DPI, DMP, SMUR et transporteurs sanitaires. Pour les industriels, les références en production pèseront davantage que les promesses de feuille de route.

    Réorientation : des résultats mesurés

    Au Québec, l’outil Logibec réoriente environ 15 % des patients ambulatoires vers la ville ; il a été testé en France à Angoulême et Nancy. Plus de 90 % des patients acceptent la réorientation quand un rendez-vous leur est organisé. À Nantes, 10 % des passages aux urgences pédiatriques sont réorientés vers une consultation le lendemain, via Doctolib. Le rapport veut généraliser le forfait de réorientation ; la ministre a fixé le 5 juin l’objectif d’une réorientation pratiquée par tous les services d’urgence d’ici deux ans.

    * Liste des experts :

    • Dr Nabil Elbeki, chef des pôles urgences, réanimation-anesthésie, médecine polyvalente et soins de suite et réadaptation (SSR) au CH de Valenciennes.
    • Laurence Laignel, directrice des soins, coordinatrice générale des soins au CHU d’Angers.
    • Pr Olivier Mimoz, PU-PH et chef du service des urgences adultes et du Samu 86-Centre 15 au CHU de Poitiers.
    • Dr Christophe Schmitt, psychiatre à l’EPSM Metz-Jury et président de la conférence des présidents de commission médicale d’établissement (PCME) des centres hospitaliers spécialisés (CHS).
    • Arnaud Vanneste, directeur général du CHRU de Nancy.
    • Dr Jean-Marie Woehl, médecin interniste, président de la commission médicale d’établissement (CME) des hôpitaux civils de Colmar et vice-président de la conférence des présidents de CME des centres hospitaliers.

    Source : Ministère de la Santé, rapport « Alternatives et aval des urgences » (juillet 2026) · fiabilité : officielle (rapport de mission).