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  • « Il y a une continuité entre e-learning et supports de formation en VR » (J-E Lucas, Santé Formapro)

    Le 6 juin 2018, Santé Formapro, spécialiste des formations en e-learning médical, annonçait un partenariat entre sa filiale 2J Process et le Centre Hospitalier Sainte-Marie Nice.

    Cette collaboration vise à concevoir et développer un nouveau support de formation à la gestion de la violence en psychiatrie utilisant la réalité virtuelle (VR) afin d’offrir une expérience pédagogique immersive au personnel soignant, en particulier aux infirmiers.

    Health & Tech Intelligence a rencontré Jean-Eric Lucas, CEO de Santé Formapro, qui s’est, à cette occasion, exprimé sur son activité de conception, développement et déploiement de supports de formation en e-learning et maintenant également en réalité virtuelle.

    Le groupe Santé Formapro a développé de nombreuses formations en e-learning : pourquoi se lancer dans la réalité virtuelle ?

    Pour nous, la réalité virtuelle, c’est l’étape qui suit naturellement le e-learning : il y a continuité entre e-learning et supports de formation en réalité virtuelle.

    D’abord, la réalité virtuelle permet, comme les supports de e-learning devenus habituels, de former des professionnels de santé éventuellement à distance des enseignants, par l’intermédiaire d’exercices, de vidéos, etc.

    Puis, la réalité virtuelle est particulièrement utile dans les enseignements qui nécessitent des exercices de simulation : la réalité virtuelle permet une simulation particulièrement efficace, plus efficace encore que lors de formations classiques (en présence de formateurs). En effet, les techniques de réalité virtuelle « trompent le cerveau » en lui imposant l’environnement virtuel, de simulation, comme seule réalité : il est pertinent de recourir à des techniques de réalité virtuelle pour des modules d’enseignement de simulation car la réalité virtuelle permet une totale immersion dans la situation simulée.

    C’est par ailleurs une technologie que nous ne pouvions utiliser plus tôt car elle n’était pas encore assez avancée. Nous pouvons enfin y recourir puisqu’elle a, ces dernières années, rapidement évolué. Elle permet enfin des coûts matériels acceptables pour les établissements, des images d’une résolution suffisante pour une immersion optimale.

    Au fond, proposer des modules d’enseignement en réalité virtuelle, c’est servir les professionnels de santé par la technologie, rester à la pointe de l’enseignement à distance.

    Le support de formation à la gestion de la violence en psychiatrie que vous mettez en place en ce moment en collaboration avec l’hôpital Sainte-Marie de Nice relève-t-il vraiment du e-learning ?

    Pour répondre, il faut d’abord rappeler que le terme de « e-learning » peut être défini par « enseignement en ligne, à distance ».

    Dans le cadre des formations destinées aux professionnels de la santé, le e-learning peut donc se manifester par :

    • des modules d’enseignement pouvant être suivis en ligne par des professionnels libéraux depuis l’ordinateur d’un cabinet ;
    • des formations sur site pour les professionnels salariés des établissements de santé.

    Dans ce dernier cas, les plateformes de formation en réalité virtuelle peuvent encore être appelées « formations en e-learning » dans la mesure où elles sont connectées à un réseau. Par ailleurs, comme un dispositif de e-learning classique, les supports en réalité virtuelle que nous concevons permettent au professionnel se former quand il le désire, pendant un intervalle de temps qui peut varier d’un individu à l’autre, sans que l’établissement ait à banaliser des journées entières de formation.

    Finalement, la réalité virtuelle demeure un dispositif de e-learning par son caractère connecté et la souplesse de formation qu’elle permet.

    Concrètement et brièvement, comment fonctionne ce support de formation ?

    Ce support fonctionne à l’aide d’un casque de réalité virtuelle. Le casque immerge l’apprenant dans divers modules de formation correspondant à plusieurs environnements différents (géronto-psychiatrie, coucher des autistes, etc.). L’apprenant, dans cet environnement particulier, est confronté à plusieurs patients éventuellement violents, comme dans une situation réelle. Il devra par exemple détecter les prémisses d’un comportement agressif chez ces patients.

    En fonction de la réaction de l’apprenant à ces prémisses ou à une violence plus manifeste, des choix lui seront proposés, dessinant une arborescence de scénarios, comme dans un jeu vidéo.

    Des règles, techniques et concepts théoriques sont ensuite rappelés à l’apprenant. Le principe pédagogique qui sous-tend le support de formation est le learning by doing, selon lequel il faut expérimenter avant de passer à la théorie. Cependant, les établissements qui disposeront de notre support pourront inverser module pratique et module théorique, en fonction des habitudes d’apprentissage des apprenants.

    Comment choisissez-vous les pathologies à propos desquelles vous développez de nouvelles formations ? Comment ciblez-vous les professionnels à qui s’adressent ces formations ?

    Les besoins exprimés par les professionnels de santé constituent toujours le point de départ de nos projets, c’est pourquoi nous tenons à maintenir un contact au moins téléphonique permanent avec ces professionnels.

    Par exemple, récemment, suite à des demandes d’infirmiers libéraux, nous avons développé une nouvelle formation (e-learning classique) à propos de la BPCO (l’incidence de cette pathologie est en augmentation et sa prise en charge à domicile qui tend à se développer est complexe). De même, les kinésithérapeutes nous ont suggérer d’élaborer une formation (e-learning classique) aidant à la prise en charge de la rupture des ligaments croisés du genou. Ainsi, nous interagissons continuellement avec les professionnels de la santé tant pour développer des nouveaux thèmes que pour améliorer nos formations déjà existantes.

    Concernant plus particulièrement le dispositif (en réalité virtuelle) de formation à la gestion de la violence en psychiatrie, il répond à une demande des infirmiers travaillant dans des services de psychiatrie. En effet, le diplôme d’infirmier en psychiatrie n’existe plus depuis 1992 : les nouvelles générations d’infirmiers se sentent moins bien formés à la psychiatrie que leurs aînés et réclament des formations complémentaires afin de mieux exercer auprès de ces patients hospitalisés longtemps, régulièrement.

    Comment les professionnels de santé et les formateurs perçoivent-ils les formations que vous proposez (avez-vous rencontré des résistances ou uniquement des réactions positives) ?

    Après chaque formation que nous proposons, qu’ils soient libéraux ou salariés, il est proposé aux professionnels de répondre à un sondage permettant d’évaluer leurs satisfaction (le dispositif de formation est-il assez interactif ? le temps indiqué pour la formation semble-t-il cohérent ? etc.). La moitié des professionnels répond au sondage, et environ 90% d’entre eux s’affirment satisfaits des formations que nous proposons.

    Les formations interactives sont particulièrement appréciées des professionnels. En outre, toutes les formations, à part celles en réalité virtuelle, commencent par des rappels théoriques avant de proposer des exercices pratiques d’étude de cas cliniques : ce modèle semble plaire aux professionnels qui suivent nos formations.

    Les réticences que nous avons rencontrées ont plutôt émergé dans les établissements de santé, dans lesquels le e-learning a pris du retard en comparaison du secteur libéral. Cependant, concernant notre nouveau dispositif en réalité virtuelle, l’Hôpital Sainte-Marie de Nice, pionnier du e-learning en établissement de santé, a montré une très grande ouverture d’esprit.

    Concernant les formateurs par exemple des centres de simulation, nous collaborons peu avec eux : 2JProcess, notre filiale, développe nos outils de simulation. C’est en fait une filiale de simulation très en pointe sur la gestion des risques alors que Santé Formapro est initialement plus experte dans le domaine de la santé : il en découle une complémentarité entre Santé Formapro et notre filiale 2JProcess.

    Concernant le support de formation à la gestion de la violence, prévoyez-vous de le proposer à d’autres professionnels que les infirmiers des services de psychiatrie ? Prévoyez-vous d’autres collaborations qu’avec l’hôpital Sainte-Marie de Nice ?

    Une éventuelle collaboration avec un autre hôpital est actuellement en discussion. En fait, beaucoup d’établissements sont intéressés par notre dispositif en réalité virtuelle car le problème de la gestion de l’agressivité en psychiatrie mais aussi dans d’autres services tels que les urgences est très important.

    En outre, si, pour une immersion optimale, les développeurs de ce support ont utilisé des photographies de l’hôpital Sainte-Marie de Nice, ces photographies concernent des installations communes à la plupart des services de psychiatrie français. Aussi, notre support de formation en réalité virtuelle est facilement adaptable, utilisable dans de nombreux établissements.