Dossier Patient informatisé (DPI)

  • Le DPI Easily des HCL référencé Ségur Vague 2, généralisation visée d’ici fin juin 2027

    Le dossier patient informatisé (DPI) Easily, développé par les Hospices civils de Lyon (HCL) et diffusé par le groupement d’intérêt économique (GIE) Hopsis, a obtenu son référencement Ségur Vague 2 pour le couloir Hôpital – DPI, selon un communiqué publié le 9 octobre 2026. Ce référencement porte, selon les HCL, sur plus de 250 exigences fonctionnelles, techniques et de sécurité. La version Ségur doit être généralisée d’ici fin juin 2027 auprès des 190 adhérents de la communauté Easily, une phase pilote étant déjà engagée.

    Le référencement est la porte d’entrée du financement public. Seules les solutions référencées sont éligibles au financement Ségur, versé directement aux éditeurs pour le compte des établissements, sans reste à charge sur le périmètre défini. La période de réalisation des prestations Ségur DPI Vague 2 s’achève le 22 juin 2027.

    Easily est un DPI né à l’hôpital, porté par un CHU et mutualisé au sein d’un GIE. Son référencement montre qu’un modèle coopératif public peut absorber une exigence réglementaire lourde.

    L’accès au DMP dépend aussi de l’établissement

    Selon le communiqué, un professionnel autorisé pourra consulter depuis Easily les documents du dossier médical partagé (DMP), puis intégrer les éléments utiles au dossier du patient, grâce à une authentification forte et des contrôles d’accès renforcés. Chaque établissement doit équiper ses soignants de moyens d’identification conformes, chantier accompagné par les programmes HOP’EN 2 et HospiConnect.

    Un référencement acquis, des usages encore à démontrer

    Le communiqué ne fournit aucune donnée d’usage : la maturité correspond à une conformité technique validée et à des pilotes en cours. Les bénéfices annoncés, comme moins de ruptures dans l’accès à l’information ou une meilleure transmission entre professionnels, restent déclaratifs. Aurélie Dossier, directrice du pôle pilotage et performance des HCL et administratrice du GIE Hopsis, le souligne : « L’essentiel commence maintenant : transformer ces exigences techniques en services simples et en usages concrets pour les professionnels et les patients. » La valeur se mesurera à des indicateurs comme le nombre de consultations du DMP.

    Une demande d’accompagnement concentrée

    Les prochains mois seront consacrés au déploiement et à l’accompagnement des établissements. Former les équipes, paramétrer les accès et intégrer les nouveaux services sans ajouter de complexité représente une charge importante sur une période courte, susceptible de mobiliser intégrateurs, consultants et fournisseurs de solutions d’authentification.

    Source : HCL et GIE Hopsis, communiqué de presse (9 octobre 2026) – fiabilité : déclarative.

  • Suisse : Vaud confie à Epic le DPI du CHUV et de onze hôpitaux, 207,6 millions de francs

    Le Grand Conseil vaudois a adopté, mardi 22 septembre 2026, les quatre décrets qui permettent de remplacer le dossier patient informatisé (DPI) du CHUV et de onze établissements de la Fédération des hôpitaux vaudois informatique (FHVI) par le logiciel de l’éditeur américain Epic, rapporte Le Temps avec l’agence ATS. Chaque décret a recueilli environ 80 voix contre une trentaine. La nouveauté tient au montage financier : l’enveloppe reste fixée à 207,6 millions de francs suisses, mais la part de l’État passe à 113 millions grâce à un crédit supplémentaire de 63 millions.

    Ce vote montre qu’un DPI commun à un CHU et à des hôpitaux régionaux coûte bien plus que son logiciel, et qu’un éditeur américain n’est accepté qu’avec des garanties sur les données.

    Un marché de deux ans, contesté à chaque étape

    L’appel d’offres, lancé en septembre 2024 par le CHUV et la FHVI, a été adjugé à Epic le 20 novembre 2025, après le rejet par le Tribunal fédéral des recours de l’éditeur genevois Kheops, qui jugeait les critères d’attribution favorables à l’américain, selon l’ATS. Le Conseil d’État a ensuite soumis au Grand Conseil, en février 2026, une demande de crédit de plus de 200 millions de francs, et cinq semaines de débats ont précédé le vote du 22 septembre. Pour Epic, le canton de Vaud, francophone, est la première implantation en Suisse romande, après Lucerne, Berne et Zurich en Suisse alémanique. C’est aussi le plus important déploiement de l’éditeur en zone francophone depuis les Cliniques universitaires Saint-Luc à Bruxelles, premières au monde à utiliser une version française d’Epic, en novembre 2020, d’après l’UCLouvain.

    Un coût complet très supérieur au prix du logiciel

    L’enveloppe de 207,6 millions ne comprend pas la maintenance, estimée à environ 23 millions de francs par an. Le logiciel n’en représente qu’une partie : l’offre d’Epic s’élevait à un peu plus de 89 millions, d’après ICTjournal. L’écart s’explique par ce qui entoure le logiciel, puisque le budget couvre aussi l’infrastructure technique et les renforts en personnel. À Berne, le projet Epic de l’hôpital universitaire serait estimé à près de 183 millions, contre 83 millions annoncés au départ.

    Un éditeur américain accepté sous conditions

    Les opposants ont dénoncé une dépendance financière et technologique envers une entreprise américaine. Les partisans ont répondu que les données seront hébergées en Suisse, donc soumises au droit helvétique. Le Parlement a ajouté des garde-fous par amendement. Il s’agirait du respect de recommandations fédérales sur le stockage souverain, de la présence d’un juriste spécialisé en protection des données dans la gouvernance et d’un audit externe annuel. Ces conditions répondent à une crainte : le Cloud Act permet aux autorités américaines de réclamer des données.

    Les débats ont duré cinq semaines. Le vote ne clôt pas le dossier, car les Vert’libéraux ont averti qu’ils pourraient lancer un référendum. Ce risque compte d’autant plus que le support de la solution actuelle, Soarian, s’arrêterait à l’horizon 2027.

    Les partisans présentent Epic comme « la meilleure solution » pour alléger le travail administratif, en s’appuyant sur des tests menés dans les hôpitaux. À ce stade, le projet est donc financé, mais pas déployé : la mise en œuvre durerait deux à trois ans.

    Source : Le Temps avec l’ATS (22 septembre 2026) · fiabilité : presse.

  • [Décryptage] Epic, Oracle et OpenAI intègrent l’IA au cœur du DPI des hôpitaux américains

    Selon une synthèse publiée par Becker’s Hospital Review le 22 septembre 2026, Epic, Oracle Health et OpenAI ont multiplié en août et en septembre 2026 les annonces d’outils d’IA intégrés au dossier patient informatisé (DPI), le logiciel dans lequel les soignants consultent et complètent le dossier de leurs patients. Ces outils vont de l’aide à la documentation aux agents d’IA capables d’exécuter des tâches. Plusieurs établissements américains, dont Providence (51 hôpitaux) et Inspira Health, les déploient déjà à grande échelle.

    Pourquoi cela compte : l’IA ne s’ajoute plus à côté du DPI, elle s’installe à l’intérieur. Pour les établissements, la question devient de choisir quels outils activer, et à quel coût. Pour les start-up et les industriels, il s’agit de s’intégrer au DPI plutôt que de le contourner, sous peine de rester en dehors des outils quotidiens des soignants.

    Trop d’outils pour tout tester : les établissements doivent prioriser

    Selon Clara Lin (directrice de l’information médicale de Seattle Children’s), Epic publierait trop d’outils d’IA pour que l’établissement puisse les tester un par un. Chaque activation demande en effet du paramétrage, de la formation et un suivi. L’hôpital retient donc d’abord les outils dont il attend le retour le plus élevé. Providence montre l’intérêt de mesurer tôt : selon le groupe, les soignants ont accepté 84 % des brouillons générés par l’IA sur 14 flux de travail, dès la première semaine après sa mise à niveau d’Epic. Un indicateur simple, suivi tôt, permet de décider rapidement de poursuivre ou d’arrêter.

    IA native du DPI ou outil tiers : un arbitrage en coût complet

    Providence indique vouloir regrouper davantage de fonctions dans Epic plutôt que de multiplier les solutions ponctuelles. La raison tient au coût : chaque outil tiers demande sa propre interface, sa maintenance, son contrat et sa formation. Oracle Health a d’ailleurs ajouté en août un codage automatisé des actes et une relecture des dossiers par l’IA, puis lancé en septembre un agent destiné aux infirmiers. D’autres responsables continuent cependant d’utiliser des outils tiers lorsqu’ils estiment que ceux-ci offrent des capacités que l’éditeur du DPI ne propose pas encore. Les établissements n’entendraient donc pas confier toute leur stratégie d’IA à leur éditeur, mais combiner les deux. Les solutions tierces qui se contentent de reproduire une fonction native apparaissent les plus exposées.

    Pour les start-up, le DPI devient le canal d’accès aux soignants

    OpenAI a ajouté en septembre une intégration Epic à ChatGPT for Healthcare, avec UCSF Health comme partenaire pilote. Les soignants autorisés peuvent y importer notes, résultats d’analyses, traitements et comptes rendus de spécialistes, ou utiliser l’outil directement dans Epic. L’intégration fonctionne en lecture seule : elle n’écrit rien dans le dossier, que seul le soignant continue de modifier. Qu’un acteur de cette taille passe par le DPI est un signal. Une IA non intégrée au DPI serait « comme un assistant compétent assis hors de la salle ».

    Des agents d’IA conçus par les établissements eux-mêmes

    Un agent d’IA ne se contente pas de répondre à une question : il enchaîne des tâches, par exemple repérer, vérifier et signaler. Vingt-cinq établissements ont participé en septembre au deuxième Build-a-Thon de l’Agent Factory d’Epic, un environnement conçu pour construire, suivre et évaluer ces agents. Les projets visaient notamment à repérer les patients exposés à une annulation d’intervention ou à vérifier les demandes de renouvellement d’ordonnance au regard des protocoles. Ces cas ont un point commun : ils sont fréquents et encadrés par des règles, donc vérifiables. Leur réussite suppose toutefois des compétences internes et une gouvernance capable d’en suivre les résultats.

    Côté patient, la traçabilité des réponses comme condition de confiance

    Sutter Health a été le premier établissement à mettre en service Emmie, l’assistant d’Epic pour les patients. Community Health Network l’a ensuite lancé dans le portail MyChart. Emmie répond à des questions sur les informations déjà présentes dans le dossier et oriente vers des actions comme la prise de rendez-vous. Le portail d’Oracle Health, disponible depuis août, explique le dossier en langage courant et cite les informations utilisées. Ce dernier point est central : un patient ne peut pas juger seul de l’exactitude d’une explication médicale, et la citation lui permet de la vérifier.

    Un déploiement réel, un impact encore à démontrer

    Inspira Health a lancé Epic dans tous ses établissements le 27 juillet 2026 et activé plus de 50 outils d’IA dès le premier jour. Les chiffres disponibles mesurent toutefois l’adoption (nombre d’outils, taux d’acceptation), et non les effets sur le temps soignant, la qualité ou la sécurité des soins. Ils restent en outre déclaratifs. En Europe, les obligations du règlement européen sur l’IA pour les systèmes à haut risque ont été reportées au 2 décembre 2027, et au 2 août 2028 pour l’IA intégrée à des produits réglementés comme les dispositifs médicaux . Ce délai permet d’inscrire ces exigences dans les cahiers des charges.

    Ce que cela change

    Établissements de santé : l’IA devient un portefeuille à piloter, avec des critères de priorisation et des indicateurs mesurés dès le déploiement. Chaque outil tiers gagne à être comparé à la feuille de route IA de l’éditeur du DPI.
    Start-up et industriels : l’intégration au DPI devient une priorité produit. Leur place se jouera sur les fonctions que l’éditeur ne couvre pas encore.
    Éditeurs de DPI : ils renforcent leur rôle de plateforme, mais devront démontrer la valeur de leurs outils.
    Pouvoirs publics : il reste à organiser l’évaluation de l’impact réel de ces outils, et pas seulement de leur taux d’adoption.

    Source : Becker’s Hospital Review (22 septembre 2026) · fiabilité : presse.