Biotech

  • UK : les investissements en capital-risque dans les biotech progressent de 44 % au 3e trimestre

    Selon un rapport publié par la BioIndustry Association (BIA) et relayé par pharmaphorum le 26 octobre 2026, les biotech britanniques ont levé 270 millions de livres (323 millions d’euros) au troisième trimestre 2026, portant le total annuel à 2,8 milliards de livres (3,35 milliards d’euros). Cette dynamique repose notamment sur les investissements dans les entreprises associant biotechnologies et IA.

    Les investissements en capital-risque dans les biotechnologies ont donc progressé de 44 % (par rapport au troisième trimestre 2025), à contre-courant du recul observé dans l’ensemble des secteurs industriels du pays.

    La convergence entre IA et sciences de la vie attire au Royaume-Uni les géants du numérique et les investisseurs américains. Mais ce capital reste concentré sur quelques grands tours et débouche surtout sur des rachats par des groupes étrangers.

    Les géants du numérique misent sur l’IA appliquée à la biologie

    La plus importante du trimestre est la série C de 104 M£ (124 millions d’euros) de Basecamp Research, destinée à entraîner de nouveaux modèles d’IA. Le directeur général de la BIA, Chris Molloy, cite aussi deux investissements récents de NVIDIA dans les start-up londoniennes Prima Mente et Boltz Bio.

    Sans introduction en bourse, la sortie passe par le rachat

    Aucune biotech britannique n’est entrée en bourse depuis 17 trimestres. Les financements complémentaires de sociétés cotées n’ont atteint que 151 M£ au troisième trimestre, dont 130 M£ levés par Silence Therapeutics sur le Nasdaq. Faute de financement, les biotechs les plus avancées trouvent leur issue dans une cession à un grand laboratoire. La valeur créée par la recherche britannique profite à des actionnaires étrangers.

    Un total record qui repose largement sur une seule opération

    La série B de 1,6 Md£ d’Isomorphic Labs représente à elle seule plus de la moitié des 2,8 Md£ levés depuis janvier. Chris Molloy relève surtout que les tours de taille intermédiaire se sont raréfiés et que l’amorçage est tombé à 12 M£ sur quatre opérations. Les jeunes sociétés financées aujourd’hui sont celles qui lèveront des montants importants demain : un amorçage faible fragilise toute la chaîne.

    Faire réinvestir le capital national, un enjeu de politique publique

    Selon la BIA, la science britannique attire des capitaux étrangers spécialisés, mais trop peu d’investisseurs britanniques y participent. Face à ces difficultés, la BIA appelle le gouvernement britannique à renforcer les crédits d’impôt recherche, à faciliter l’accès des entreprises aux infrastructures de R&D et à encourager le réinvestissement des capitaux dans l’écosystème national.

    Source : Pharmaphorum, relais du rapport de la BioIndustry Association, le 26 octobre 2026 – fiabilité : presse

  • France Biotech propose un label « Innovation en santé » pour orienter l’épargne vers la HealthTech

    Le 9 octobre 2026, France Biotech, l’association des entrepreneurs de l’innovation en santé, a publié son enquête 2026 sur la situation financière des HealthTech et un document de propositions. Selon cette enquête, menée auprès de 120 entreprises, 87 % d’entre elles rencontrent des difficultés pour se financer ou se refinancer, contre 79 % en 2025. L’association propose notamment un label « Innovation en santé », des supports dédiés dans l’assurance-vie et le plan d’épargne retraite (PER), et un fonds de fonds spécialisé.

    • Un rebond concentré sur quelques entreprises : selon France Biotech, le capital-risque investi dans les entreprises non cotées a progressé de 70 % au premier semestre 2026, mais les opérations restent concentrées sur un nombre limité d’acteurs. La hausse des montants ne profite donc pas à tous : 70 % des entreprises cherchent des fonds ou prévoient d’en lever dans les six mois.
    • Des fonds français trop petits pour les grands tours : les fonds français, souvent de taille limitée, peineraient à financer seuls les tours de séries B à D. Les entreprises se tournent alors vers des investisseurs étrangers, au risque de déplacer la création de valeur hors de France. L’association recommande des fonds d’amorçage de 150 à 250 M€, capables de réinvestir, et un rôle de chef de file pour les fonds soutenus.
    • Un label pour rendre l’offre lisible : le dispositif repose sur un label « Innovation en santé », attribué selon plusieurs critères : part minimale d’actifs en santé, intensité de R&D, siège en France, gouvernance. Selon France Biotech, ce serait un outil de présélection, non une garantie de performance. L’association souhaite aussi que ces fonds soient reconnus « à impact » au sens de l’article 9 du règlement européen SFDR (Sustainable Finance Disclosure Regulation) sur la finance durable.
    • L’assurance-vie et le PER comme canaux de collecte : le cœur du plan consiste à créer des unités de compte dédiées, c’est-à-dire des supports logés dans les contrats d’épargne existants. Deux contraintes sont reconnues : la liquidité exigée par l’assurance-vie, peu compatible avec des investissements de 8 à 15 ans, et les exigences de fonds propres de Solvabilité II. Le PER, conservé 20 à 40 ans, paraît plus adapté. La loi Industrie verte impose déjà une part minimale de non coté dans les PER en gestion pilotée.
    • Le modèle canadien, transposable sous conditions : pour attirer des investisseurs prudents comme les family offices, l’association cite le programme canadien Venture Capital Catalyst Initiative : un euro public pour trois euros privés, les investisseurs privés étant remboursés en priorité, ce qui couvrirait environ 25 % des pertes. Sa compatibilité avec les règles européennes d’aides d’État reste à établir.
    • Attirer à Paris des fonds spécialisés en IA en santé : France Biotech juge dispersés les efforts de Bpifrance, Business France, la DG Trésor et les ambassades. Elle propose de les coordonner pour attirer des fonds internationaux de taille intermédiaire, notamment ceux spécialisés en technologies médicales et en IA appliquée à la santé.

    Source : France Biotech, communiqué de presse (9 octobre 2026) – fiabilité : déclarative.

  • WhiteLab Genomics : 26 M$ en série B pour ses vecteurs de thérapie génique conçus par IA

    Le verrou visé : acheminer la thérapie

    Les médicaments génomiques introduisent des instructions génétiques dans les cellules. La difficulté principale reste de les acheminer vers les bonnes cellules. La plateforme d’IA de WhiteLab, ALFRED, conçoit des vecteurs : des virus adéno-associés (AAV), couramment utilisés pour transporter ces thérapies, et désormais des nanoparticules lipidiques. Elle conçoit aussi des promoteurs synthétiques, qui contrôlent où et quand le gène thérapeutique s’exprime.

    Selon la société, des AAV conçus par IA avec l’Institut du cerveau ont franchi la barrière hémato-encéphalique in vivo, avec un fort ratio de ciblage cerveau/foie et aucun signal détectable dans le foie. Ces données sont communiquées par l’entreprise ; de nouveaux résultats seront présentés au congrès de la Société européenne de thérapie génique et cellulaire (ESGCT).

    De la plateforme aux actifs

    Les fonds financent la validation in vivo et l’expansion commerciale : renforcement de Boston, implantation sur la côte ouest des États-Unis, prospection au Japon et en Corée du Sud. WhiteLab veut constituer un portefeuille de « bio-actifs » validés expérimentalement, développés seule ou avec des laboratoires. Elle travaille notamment avec Sanofi, Cytiva (groupe Danaher), l’Institut du cerveau et l’Institut de la vision, et figure parmi les lauréats French Tech 2030. HTI avait présenté sa démarche d’automatisation de la R&D en octobre 2025.

    Pour les laboratoires partenaires, WhiteLab se positionne moins comme prestataire de conception que comme détenteur d’actifs à co-développer.

    Source : WhiteLab Genomics, communiqué de presse (6 octobre 2026) – fiabilité : déclarative ; Les Echos (6 octobre 2026) – fiabilité : presse.

     

  • Google DeepMind teste un filigrane pour identifier les protéines conçues par IA

    Une équipe de Google DeepMind a présenté dans la revue Nature, le 30 septembre 2026, SynthIDBio : un ensemble de méthodes permettant d’identifier a posteriori les protéines conçues par intelligence artificielle. Deux versions existent, l’une pour les séquences de protéines créées de toutes pièces, l’autre pour les structures prédites par AlphaFold 3. Ce qui est nouveau n’est pas l’idée du filigrane numérique, déjà utilisée pour les textes et les images générés par IA, mais sa validation expérimentale : les essais rapportés n’ont pas détecté de différence statistiquement significative de liaison sur les cibles étudiées.

    Pourquoi cela compte : identifier l’origine IA d’une séquence biologique pourrait compléter le contrôle des commandes d’ADN de synthèse. Le filigrane ne démontre pas, à lui seul, l’innocuité d’une protéine.

    Comment on marque une protéine sans l’abîmer

    Les modèles d’IA qui conçoivent des protéines les écrivent position par position : à chaque étape, le modèle évalue quels acides aminés conviendraient et en choisit un.

    C’est cette marge de manœuvre que le filigrane exploite. À plusieurs positions, le modèle a le choix entre deux acides aminés également satisfaisants : le résultat fonctionnera dans les deux cas. Le procédé consiste alors à privilégier systématiquement l’un d’eux selon une règle dérivée d’une clé secrète. Pris isolément, aucun choix n’a rien de suspect. Mais à l’échelle de la séquence entière, une régularité statistique apparaît : qui détient la clé peut la mesurer et conclure que la protéine a été produite par cet outil. Qui ne la détient pas ne voit rien.

    Pour les structures en trois dimensions, le principe diffère. Là, le marquage n’est pas appliqué au moment de la génération : il est intégré directement dans le modèle lui-même, par un réentraînement partiel. Le signal se loge dans d’infimes variations de distances entre atomes, invisibles aux indicateurs de qualité habituels et comparables aux erreurs que le modèle commet naturellement.

    Les deux méthodes ne marquent pas le même objet : la première une séquence, la seconde une structure prédite. Le scénario de contrôle des commandes d’ADN présenté ci-dessous concerne les séquences.

    Ce que l’expérience en laboratoire a vérifié

    L’objection opposée jusqu’ici à cette idée était simple : si l’on contraint le choix des acides aminés, la protéine risque de moins bien faire son travail. Les auteurs l’ont testée directement.

    Ils ont travaillé sur des protéines de liaison, c’est-à-dire des molécules conçues pour s’accrocher à une cible précise, mécanisme à la base de nombreux médicaments. Trois cibles ont été retenues : une protéine du SARS-CoV-2, le facteur de croissance VEGF-A et la protéine PD-L1, bien connue en immuno-oncologie. Pour chacune, les chercheurs sont partis de quinze protéines déjà validées, puis en ont régénéré les séquences avec et sans filigrane. La qualité de l’accrochage a ensuite été mesurée en laboratoire, par une technique de référence appelée résonance plasmonique de surface.

    Résultat : aucune différence statistiquement significative entre protéines marquées et non marquées. Les contrôles négatifs, eux, ne se lient à rien, ce qui confirme que la mesure est fiable.

    Deux nuances. L’expérience ne part pas de protéines inventées de zéro, mais de molécules dont on savait déjà qu’elles fonctionnaient, choix assumé, destiné à obtenir assez de données exploitables. Surtout, le marquage a un coût : pour garantir que le signal reste détectable, il faut écarter les candidats dont la marque est trop faible. Dans l’un des réglages testés, cela élimine 41,7 % des candidats, qu’il faut donc produire en plus grand nombre, au prix de calculs et de dépenses supplémentaires.

    Pourquoi les fournisseurs d’ADN pourraient s’y intéresser

    L’intérêt stratégique de ces travaux tient moins à la biologie qu’au modèle économique esquissé par les auteurs.

    Concevoir une protéine sur ordinateur ne suffit pas : pour la fabriquer, il faut commander l’ADN correspondant à un fournisseur spécialisé. Ce passage obligé est aujourd’hui le principal point de contrôle du secteur. Les fournisseurs comparent chaque commande à des bases de séquences dangereuses connues et refusent celles qui correspondent. Cette vérification coûte cher, et elle devient incertaine quand la séquence commandée ne ressemble à rien de répertorié, ce qui est précisément le cas des protéines conçues par IA.

    Le filigrane propose une autre voie. Une marque intacte signale deux choses : la séquence provient d’un outil identifié, et son auteur n’a pas cherché à en masquer l’origine. Les auteurs imaginent donc que les fournisseurs réservent les analyses les plus lourdes aux commandes non marquées, et répercutent l’économie sur le prix ou le délai. La traçabilité deviendrait alors un avantage commercial plutôt qu’une contrainte. Cet équilibre reste fragile : si le surcoût de calcul imposé au concepteur dépasse le gain obtenu chez le fournisseur, personne n’a intérêt à adopter le dispositif.

    Un calendrier réglementaire qui se resserre

    Une technologie de traçabilité ne vaut que s’il existe un contrôle obligatoire auquel l’adosser. Or ce contrôle se formalise.

    Aux États-Unis, un cadre fédéral publié en septembre 2024 abaisserait au 13 octobre 2026 le seuil à partir duquel les commandes doivent être vérifiées, et étendrait les obligations aux fabricants d’appareils de synthèse. En Europe, une proposition de Biotech Act présentée par la Commission européenne en décembre 2025 prévoirait des obligations contraignantes de vérification et un signalement des commandes suspectes. La source rappelle d’ailleurs ce qui a déclenché cette accélération : une étude récente a montré que réécrire une séquence dangereuse à l’aide d’outils d’IA suffisait à la rendre méconnaissable pour les systèmes de contrôle en place.

    Pour qui ? Une preuve de laboratoire, pas encore un standard industriel

    Ces travaux intéressent les concepteurs de protéines par IA et les fournisseurs d’ADN de synthèse. Maturité : signal émergent, avec validation expérimentale en laboratoire. L’article ne documente ni adoption industrielle ni bilan économique en production ; le surcoût de génération reste un point à évaluer.

    Source : Nature, « Function-preserving watermarking of AI-generated proteins » (30 septembre 2026) – fiabilité : publication évaluée par les pairs.

  • Biosimilaires : Sandoz et mAbxience s’allient sur un candidat émicizumab contre l’hémophilie A

    Aux termes de l’accord, mAbxience assure le développement et la production dans ses sites certifiés BPF d’Espagne et d’Argentine. Sandoz détient les droits exclusifs de commercialisation dans le monde, à l’exception de l’Argentine, de l’Uruguay et du Paraguay. Les conditions financières restent confidentielles. Le candidat est en phase précoce de développement ; aucune donnée clinique n’a été communiquée.

    Pour Sandoz, l’émicizumab est le premier médicament de l’hémophilie de son portefeuille de biosimilaires, porté à 40 actifs. Le groupe bâlois cite ses accords antérieurs avec Henlius (jusqu’à dix actifs) et Samsung Bioepis (jusqu’à cinq). Les deux entreprises indiquent que l’accord servira de base pour évaluer d’autres collaborations.

    mAbxience, détenue majoritairement par Fresenius et en partie par Insud Pharma, élargit son portefeuille aux maladies rares, après les maladies osseuses, l’oncologie et l’immunologie. Son directeur général, Jurgen Van Broeck, présente l’accord comme une reconnaissance de sa plateforme de développement et de fabrication, à l’approche de l’expiration de l’exclusivité de nombreux médicaments biologiques.

    L’hémophilie A est une maladie génétique rare due à un déficit en facteur VIII. Elle représente environ 80 % des cas d’hémophilie et plus de la moitié des patients présentent une forme sévère, selon Sandoz.

    Pour les acheteurs hospitaliers et les payeurs européens, l’arrivée d’un biosimilaire de l’émicizumab dépendra du calendrier de développement et de la protection du produit de référence, que les deux entreprises n’ont pas précisés.

    Source : Sandoz, communiqué du 18 septembre 2026 ; mAbxience, communiqué du 18 septembre 2026 (PR Newswire) – fiabilité : déclarative.

  • Anthropic fait analyser une base ADN par 950 agents Claude, qui identifient un système génétique inédit

    Anthropic fait analyser une base ADN par 950 agents Claude, qui identifient un système génétique inédit

    Claude passe du traitement de données à la génération d’hypothèses

    Pour cette première expérience, environ 950 agents Claude ont analysé pendant 21 heures une vaste base de séquences d’ADN, soit un travail qu’Anthropic estime à plusieurs semaines ou mois pour un chercheur seul. Le modèle a repéré une organisation inhabituelle de séquences répétées à proximité d’une transcriptase inverse, puis identifié un système baptisé ART (pour « array-associated reverse transcriptases« ), principalement présent chez des bactériophages.

    L’intérêt scientifique tient moins à la simple accélération d’une recherche documentaire qu’au changement d’échelle dans l’exploration des hypothèses. Claude ne s’est pas contenté d’exécuter une requête prédéfinie : les agents ont comparé des familles enzymatiques, analysé les motifs génétiques et recherché d’éventuels travaux antérieurs avant de proposer un candidat à l’équipe humaine.

    Une découverte qui reste cependant encore au stade de l’hypothèse :

    Anthropic reste toutefois prudent sur la portée du résultat. Le rôle exact d’ART n’est pas encore établi et les travaux sont toujours en cours. L’entreprise indique que les premières expériences suggèrent notamment que les séquences répétées donnent naissance à différents ARN courts, mais il reste à déterminer le fonctionnement du système. Le travail a été publié sous forme de prépublication, sans évaluation par les pairs à ce stade.

    Cette limite est essentielle : l’IA a ici accéléré la détection d’un phénomène biologique, mais elle n’a pas encore démontré son utilité biomédicale. Le passage d’une anomalie repérée dans des données à un mécanisme confirmé, puis éventuellement à un outil thérapeutique, reste un parcours expérimental long.

    Anthropic construit une chaîne complète de recherche

    C’est probablement le principal enseignement de cette annonce. Anthropic a constitué au printemps 2026 une équipe associant expertise en biologie computationnelle et laboratoire de biologie moléculaire dans la baie de San Francisco. Les expériences restent réalisées par des chercheurs humains, tandis que Claude intervient dans l’analyse et l’interprétation des résultats.

    Après le lancement de Claude Science et d’un programme dédié aux sciences de la vie, l’entreprise cherche donc à intégrer progressivement l’IA dans toute la chaîne de recherche : exploration des données, génération d’hypothèses, expérimentation puis analyse.

    Le véritable enjeu ne sera dès lors pas seulement la capacité de Claude à « faire des découvertes », mais la faculté de ce modèle de travail à produire de manière reproductible des résultats validés expérimentalement. C’est à cette étape que se mesurera la portée réelle de l’AI for Science revendiquée par Anthropic.

    Source : Anthropic, 23 septembre 2026 – communiqué officiel – fiabilité : officielle.

     

  • Licences de technologie : 11,5 mois de négociation en moyenne, contre 8 en 2020 (France Biotech)

    Le 11 septembre, France Biotech, l’association des entrepreneurs de l’innovation en santé, a présenté son Plan d’Accélération de l’Innovation en Santé. Ses 11 propositions sont réparties en trois priorités : le passage à la recherche appliquée, l’accompagnement des entreprises et l’accès des patients aux innovations. L’association les adresse aux pouvoirs publics à l’approche des débats budgétaires et des échéances électorales de 2027.

    Pourquoi cela compte : le plan suggère que le principal frein à l’innovation en santé tiendrait moins à la qualité de la recherche qu’aux temps de transaction entre les acteurs. Négociation d’une licence, accès aux données, contractualisation d’un essai, entrée dans un marché public : chaque étape ajoute des mois, qui pèsent lourdement sur des entreprises aux ressources limitées. Cet enseignement présente un intérêt pratique : réduire ces délais ne dépend pas uniquement de la loi. Les établissements, les offices de transfert et les centrales d’achat qui sauront proposer des contrats-types, des circuits simplifiés ou des engagements de délais pourraient se différencier dès maintenant auprès des porteurs de projets, sans attendre les arbitrages de 2027.

    Aussi, le plan souligne que la valeur issue de la recherche française profite insuffisamment au territoire. Dans un contexte budgétaire contraint, la réponse pourrait passer moins par de nouveaux financements que par une meilleure articulation des dispositifs existants avec la localisation des activités. L’Allemagne explore cette voie en liant certains avantages tarifaires à la présence de R&D sur son sol. Les effets de cette approche restent à évaluer. Elle ouvre néanmoins une piste de réflexion pour les décideurs publics et les régions : examiner comment les aides, l’accès aux données ou la commande publique pourraient mieux soutenir l’ancrage territorial des innovations.

    Transfert de technologie : des délais qui tendent à s’allonger

    Selon l’association, la négociation entre offices de transfert de technologie (OTT) et PME dure en moyenne 11,5 mois, contre 8 mois en 2020. Pour les solutions d’IA issues de CHU ou de laboratoires, la licence peut porter sur des objets plus complexes qu’un brevet : algorithmes, poids de modèles, données d’entraînement. Les start-up ont intérêt à anticiper ces délais dans leur plan de financement. Pour les établissements, des contrats-types et des délais indicatifs pourraient constituer un atout d’attractivité.

    Trésorerie : un point de vigilance pour les acheteurs

    Le communiqué indique que 41 % des HealthTech se déclarent en tension de trésorerie. L’indicateur ne semble pas directement comparable à l’étude publiée par l’association en 2025, qui faisait état de 72 % d’entreprises rencontrant des difficultés de trésorerie, contre 63 % en 2024. Quelle que soit la mesure retenue, ces données invitent les directions des achats et les DSI hospitalières à porter une attention particulière aux clauses de réversibilité, de séquestre du code source et de portabilité des données. Il s’agit d’une bonne pratique de gestion du risque.

    Données de santé : un enjeu inscrit dans le calendrier européen

    La proposition sur l’accès « sécurisé et simplifié » aux données de santé reste formulée en termes généraux, et le document complet pourrait en préciser les contours. Elle s’inscrit dans un contexte structurant : le règlement sur l’espace européen des données de santé, entré en vigueur en mars 2025, prévoit une application de l’usage secondaire pour l’essentiel à partir de 2029. Les établissements dotés d’un entrepôt de données de santé peuvent dès à présent se préparer à leur futur rôle de détenteurs de données. Les start-up d’IA gagneront de leur côté à intégrer les délais d’accès dans leurs feuilles de route de validation.

    Commande publique : s’appuyer sur les outils existants

    Le plan appelle à mobiliser davantage la commande publique en faveur des innovations. Plusieurs leviers sont déjà disponibles : l’achat innovant sans mise en concurrence sous 100 000 € HT, le partenariat d’innovation et les centrales d’achat (RESAH, UniHA, CAIH). Leur usage progresse mais reste inégal. Cela s’explique notamment par la prudence des acheteurs face au risque et par la difficulté, pour les jeunes entreprises, d’objectiver une valeur médico-économique. Des démarches peuvent être engagées dès maintenant, en parallèle d’éventuelles évolutions.

    Des enseignements à tirer de l’Allemagne

    L’Allemagne a adopté en 2024 deux lois qui éclairent les pistes avancées par France Biotech. La première, sur l’usage des données de santé (GDNG), est en vigueur depuis le 26 mars 2024. Elle a créé un guichet central et fonde l’accès sur la finalité d’intérêt général de la demande plutôt que sur l’identité du demandeur. La seconde, sur la recherche médicale (MFG), ouvre jusqu’au 30 juin 2028 la possibilité de prix de remboursement confidentiels, en contrepartie d’une remise de 9 % et d’activités de recherche menées en Allemagne. Ce dispositif doit être évalué fin 2026, et ses effets restent donc à mesurer. Il illustre une manière de relier incitations et localisation de la R&D. La France dispose déjà de la convention unique pour les essais industriels à l’hôpital. S’inspirer de cette logique pour les licences des OTT pourrait constituer une piste à explorer.

    Les 11 propositions

    • Accélérer, harmoniser et sécuriser le transfert de technologies par les OTT.
    • Renforcer la culture économique et entrepreneuriale des chercheurs.
    • Développer les passerelles entre secteurs public et privé.
    • Clarifier et simplifier le rôle des acteurs de l’accompagnement.
    • Cibler et diversifier le financement des HealthTech.
    • Mieux valoriser les partenaires du développement non clinique et clinique.
    • Structurer l’accompagnement du développement industriel.
    • Faciliter un accès sécurisé et simplifié aux données de santé.
    • Instaurer une consultation précoce, intégrée et contradictoire de l’ANSM, de la HAS et du CEPS.
    • Mobiliser davantage la commande publique en faveur des innovations.
    • Anticiper la simplification des règlements européens MDR et IVDR.

    Source : France Biotech, communiqué « De la recherche à la création de valeur : France Biotech dévoile son Plan d’Accélération de l’Innovation en Santé » (11 septembre 2026) · fiabilité : officielle.

  • Glioblastome : Servier s’associe à la TechBio Cure51 pour un premier partenariat pharma

    Le groupe pharmaceutique indépendant Servier et la TechBio Cure51 ont annoncé le 14 septembre 2026 le lancement d’un programme de recherche conjoint destiné à identifier de nouvelles cibles thérapeutiques dans le glioblastome, la tumeur cérébrale primitive la plus fréquente et la plus agressive chez l’adulte, dont la survie médiane se situe entre 12 et 18 mois. Il s’agit du premier partenariat de recherche noué par Cure51 avec un groupe pharmaceutique depuis sa création. L’accord associe la cohorte mondiale de survivants exceptionnels constituée par Cure51, plus de 150 centres d’oncologie dans 38 pays, à l’expertise de Servier en développement de médicaments dans les cancers rares et en médecine de précision.

    Pourquoi cela compte : pour Cure51, cet accord vaut preuve de concept commerciale. C’est le premier contrat de la jeune TechBio avec un laboratoire pharmaceutique, jusqu’ici elle avait surtout noué des collaborations avec des hôpitaux et centres académiques (AP-HP, Unicancer, NHS), un signal de crédibilité scientifique qui peut faciliter de futures levées de fonds ou d’autres partenariats industriels. Pour Servier, l’intérêt est tout aussi concret : un accès exclusif, et à moindre risque, à une base de données clinique et moléculaire rare, construite sur des profils de patients atypiques difficiles à reconstituer en interne, dans une indication où les échecs cliniques restent nombreux et les besoins médicaux non couverts. Pour les autres HealthTech de la donnée de santé et pour les centres d’oncologie du réseau Cure51, l’opération illustre une voie de valorisation possible de cohortes de patients rares auprès de l’industrie pharmaceutique, un modèle que d’autres acteurs académiques ou territoriaux pourraient chercher à reproduire.

    Les modalités financières de l’accord n’ont pas été communiquées, une opacité fréquente pour ce type de collaboration de recherche en amont (upstream), et aucun calendrier de résultats n’est précisé à ce stade.

    Source : Servier et Cure51, communiqué de presse conjoint (14 septembre 2026) · fiabilité : officielle.

  • Inserm Transfert : 8 financements numériques sur 71 projets, un portefeuille resté pharma

    Inserm Transfert, filiale de valorisation de l’Inserm, a publié le 9 septembre son rapport d’activité 2025. Sur les 71 projets financés en prématuration et maturation dans l’année, 8 relèvent de la santé numérique ; près de 45 chercheurs sur les 809 rencontrés ont été accompagnés par la Cellule Numérique en Santé et Patients (CNSP), et 2 projets Inserm ont été retenus par le consortium COMS@N, le dispositif France 2030 de maturation en santé numérique dont Inserm Transfert est pourtant chef de file pour la prématuration.

    Pourquoi cela compte : l’Inserm est le premier gisement français de données cliniques et de cohortes, et l’État a confié à sa filiale le pilotage de la prématuration numérique nationale. Le rapport 2025 montre que ce gisement alimente d’abord un portefeuille thérapeutique. Pour les industriels du numérique en santé, l’Inserm est un partenaire de données et d’essais bien plus qu’une source de technologies à licencier.

    La part du numérique dans l'activité 2025 d'Inserm Transfert : 8 projets sur 71, 45 chercheurs sur 809, aucune ligne logicielle dans le pipeline
    La part du numérique dans les indicateurs 2025 d’Inserm Transfert. Source : rapport d’activité 2025, calculs HTI.

    Un portefeuille qui pèse et qui rapporte

    Le reste de l’activité est d’une autre échelle. En 2025, Inserm Transfert a généré 88,7 M€ de revenus pour l’Inserm et ses partenaires académiques, contre 61 M€ en 2024 et 67,4 M€ en 2023. Sur ce total, 57,2 M€ proviennent des partenariats industriels, dont plus de 70 % de licences (40,2 M€), et 31,5 M€ de financements de recherche collaborative, avec 4 projets européens lauréats représentant 57,7 M€ pour la recherche biomédicale européenne. Le portefeuille compte 2 568 familles de brevets actives, alimenté par 211 déclarations d’invention et 143 nouveaux dépôts dans l’année, 79 % des dépôts prioritaires étant réalisés en interne. Les 14 start-up créées en 2025 sur des actifs Inserm et les 152,6 M€ levés dans l’année par les sociétés issues de ses laboratoires prolongent une série de 198 entreprises et plus de 2,6 Md€ levés depuis 2010. La maturation elle-même se mesure : 29,4 M€ engagés depuis 2009 dans 514 projets ont contribué à 53,6 M€ de revenus de partenariats.

    Revenus générés par Inserm Transfert : 67,4 M€ en 2023, 61 M€ en 2024, 88,7 M€ en 2025 dont 40,2 M€ de licences
    Revenus générés par Inserm Transfert, 2023-2025, en millions d’euros. Sources : rapports d’activité 2023 et 2025, News Tank Éducation.

    Un pipeline entièrement thérapeutique

    Ce portefeuille est présenté sans aucune ligne logicielle : plus de 180 candidats médicaments, dont près de 90 en phase clinique, 13 en phase III ou pivot et une quarantaine en phase II ; 7 médicaments commercialisés, 30 solutions diagnostiques et 5 dispositifs médicaux sur le marché. L’opération de l’année, le rachat d’ImCheck Therapeutics par Ipsen pour 350 M€ à la signature, est une immunothérapie. Les 14 start-up de l’année portent, pour la plupart, des noms de biotechs : Apikal Therapeutics, GnRHope Therapeutics, Sitera Pharmaceuticals, Ventuno Biotech.

    La propriété intellectuelle suit la même pente. Le rapport agrège 143 « nouveaux dépôts de brevets et logiciels » sans ventiler ; en 2019, Inserm Transfert distinguait encore 157 familles de brevets et 13 logiciels sur 170 dépôts. Le classement 2025 de l’Office européen des brevets place l’Inserm premier déposant européen en pharmacie et troisième en biotechnologie.

    Ce que la cellule numérique couvre

    La CNSP, cellule transversale créée pour les technologies numériques, revendique un portefeuille couvrant l’aide au diagnostic par imagerie, le séquençage, les jumeaux numériques, la médecine prédictive, les applications mobiles et thérapies digitales, et la réalité augmentée. En 2025, cela représente 8 financements sur les 2 M€ engagés en maturation, soit un projet sur neuf, et 2 lauréats COMS@N. Ce consortium de 24 membres, doté de 8 M€ de France 2030 pour 2023-2028, est copiloté par Inserm Transfert et la SATT Sud-Est : l’organisme qui sélectionne les projets numériques du pays n’en fait remonter que deux de ses propres laboratoires.

    Ce que les industriels du numérique peuvent y chercher

    L’actif numérique de l’Inserm n’est pas dans le pipeline, il est dans les données : plus de 1,6 million de personnes suivies dans ses cohortes, 37 centres d’investigation clinique, 263 unités de recherche et 50 unités de service. Inserm Transfert indiquait fin 2023 avoir généré 50 M€ de revenus depuis 2010 sur des partenariats public-privé autour de cohortes et de bases de données, moins d’un dixième des 592,5 M€ tirés des partenariats industriels depuis 2010. Pour un éditeur, un fabricant de dispositif connecté ou un acteur de l’IA en santé, la voie d’entrée est un contrat de recherche collaborative ou un accès aux cohortes, pas une licence sur un algorithme.

    Source : Inserm Transfert, Rapport d’activité 2025 (https://www.inserm-transfert.fr/storage/2026/09/rapport-2025_Inserm-Transfert_sept-26.pdf), 9 septembre 2026 ; Inserm Transfert, rapport 2023 (https://www.inserm-transfert.fr/storage/2024/09/rapport-2023_Inserm-Transfert.pdf) et bilan 2019 (https://pro.inserm.fr/inserm-transfert-vingt-ans-de-valorisation-en-sante) ; News Tank Éducation, 12 février 2025 (61 M€ en 2024) ; ANR, fiche COMS@N ANR-21-MATP-0902 (https://anr.fr/ProjetIA-21-MATP-0902) ; Réseau C.U.R.I.E., chiffres clés Inserm Transfert au 31/12/2023 (https://www.curie.asso.fr/valorisation/la-promotion-de-la-valorisation/un-membre-a-l-honneur/inserm-transfert) · fiabilité : document officiel et sources institutionnelles

  • « Biomarkers days » rencontres technologiques & business à Montpellier – 14 & 15 juin 2017

    Les « Biomarkers days », rencontres scientifiques, technologiques et business des biomarqueurs en Occitanie auront lieu les 14 et 15 juin 2017 à Montpellier.

    Organisées par le pôle BioSanté Rabelais, Eurobiomed et l’Agence Régionale de l’Innovation Transferts dans le cadre de la stratégie régionale d’innovation (3S-SRI), ces deux journées visent à favoriser les collaborations entre chercheurs, cliniciens et entreprises.

    Elles s’articuleront autour de deux thèmes principaux :
    • les solutions technologiques au service du développement des biomarqueurs,
    • Cerveau et Biomarqueurs – Avancées et Perspectives.

    L’objectif de cet événement réside entre autres dans le fait de découvrir les derniers progrès réalisés en termes de biomarqueurs des maladies neurodégénératives et psychiatriques.

    Vous pouvez consulter le programme complet via le lien ci-contre : Programme
    Vous pouvez vous inscrire gratuitement via le lien ci-contre : Inscription