Acteur public

  • Évaluation de l’IA : l’Inria lance un programme France 2030 de 13,5 M€

    L’Inria a lancé le 22 septembre 2026, au Centre Inria de Paris, le programme Évaluation de l’IA, financé à hauteur de 13,5 millions d’euros par France 2030. Porté par l’Inria au titre de sa mission d’Agence de programmes dans le numérique et dirigé par Jean-Michel Loubes, il constitue la feuille de route scientifique de l’Institut national pour l’évaluation et la sécurité de l’IA (INESIA), piloté conjointement par le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) et la Direction générale des entreprises (DGE).

    Le programme couvre la recherche fondamentale, le développement de technologies logicielles et leur transfert. Il doit produire des méthodes pour caractériser le comportement des systèmes d’IA, identifier leurs vulnérabilités et anticiper leurs risques, au-delà de la mesure des performances.

    Les recherches portent sur trois axes :

    • Les risques systémiques liés aux capacités et aux comportements des systèmes d’IA et à leurs effets à grande échelle.
    • La sûreté de l’IA, soit les vulnérabilités et menaces propres à ces systèmes.
    • Et des méthodologies d’évaluation fiables, robustes et reproductibles.

    EVA, une plateforme pour des évaluations à grande échelle

    Le programme prévoit une plateforme, nommée EVA, pour orchestrer et suivre des expériences d’évaluation sur différents systèmes et scénarios. Selon une offre de recrutement d’Inria, la plateforme d’évaluation vise en particulier les systèmes fondés sur des grands modèles de langage (LLM), pour des campagnes de tests comparatifs (benchmarks) et des exercices d’attaque simulée (red teaming).

    Créé en 2025, l’INESIA réunit l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI), Inria, le Laboratoire national de métrologie et d’essais (LNE) et le Pôle d’expertise de la régulation numérique (PEReN). Sa feuille de route 2026-2027 s’articule autour de trois pôles : l’appui à la régulation de l’IA, les risques systémiques, et la performance et la fiabilité.

    Le programme n’est pas spécifique à la santé. Dans ce secteur, l’évaluation des IA médicales repose sur la normalisation, le marquage CE, l’expérimentation hospitalière et l’évaluation de la HAS.

    Sources : Inria, communiqué du 22 septembre 2026, mis à jour le 23 septembre ; SGDSN, page INESIA ; Inria, offre 2026-09968 (fiabilité : officielle).

  • Cartographie logiciels médicaux : 201 logiciels, mais l’IA reste peu présente en médecine de ville

    Un marché à deux vitesses, trois leaders face à une longue traîne d’éditeurs

    L’Annexe V du rapport « Le temps de travail des médecins » de l’Igas recense 133 éditeurs privés et 201 logiciels dédiés à l’optimisation du temps médical. Sur le papier, l’offre paraît abondante. Dans les faits, quelques noms reviennent partout. Doctolibdomine 5 des 6 grandes fonctionnalités cartographiées : 16 des 20 fonctionnalités de facturation, 17 des 23 de gestion d’agenda et de téléconsultation, 12 des 20 de gestion des dossiers patients, 18 des 32 de coordination entre professionnels. Cegedim Santé, avec ses quatre marques (Crossway, MonLogicielMédical, Médiclick, Médimust), le talonne sur presque tous ces segments.

    Cette domination se retrouve dans les usages réels : en 2025, Doctolib Médecin est utilisé par 19,5 % des médecins libéraux équipés d’un logiciel référencé Ségur, devant Weda (12,4 %) et Axisanté de CompuGroup Medical (8,1 %), à eux trois, 40 % du marché déclaré à la Cnam.

    Pourtant, passé ce trio, la part de chaque éditeur tombe sous les 8 %, et la catégorie « autres éditeurs » pèse encore 22,3 % des utilisateurs, plus que n’importe quel acteur isolé. Même constat côté télétransmission Sesam-Vitale : CompuGroup Medical (17,6 %) et Cegedim Santé (15,5 %) occupent le haut du classement, mais 46,3 % des parts restent dispersées entre de nombreux petits éditeurs, dont certains, Sofia Développement (8,5 %), CBA Informatique Libérale (7,3 %), ne sont pas référencés Ségur. Un marché où quelques leaders structurent l’offre fonctionnelle sans jamais l’unifier vraiment.

    La mission documente des écarts marqués entre spécialités : en 2025, 87,8 % des généralistes disposent d’un logiciel référencé Ségur, contre 54,7 % des psychiatres, 55,0 % des anesthésistes-réanimateurs et 44,0 % des ophtalmologues, ces deux dernières spécialités ne comptant même aucun praticien équipé d’un logiciel d’aide à la prescription certifié par la HAS, contre 89,6 % chez les généralistes. Plutôt qu’un désintérêt des praticiens, ces écarts peuvent surtout signaler une offre mal adaptée à ces pratiques cliniques, donc des segments non contestés pour un éditeur en quête d’un marché sans concurrent transverse déjà installé.

    Pourquoi cela compte : cette cartographie donne une indication de la place qu’occupe aujourd’hui l’IA dans les logiciels utilisés par les médecins de ville. Elle montre que l’IA s’est pour l’instant concentrée sur deux usages précis : l’assistance à la rédaction et l’aide au diagnostic en imagerie, avant de s’étendre probablement à d’autres spécialités et fonctionnalités dans les prochaines années. Pour les éditeurs comme pour les investisseurs, ce repère offre une base pour identifier les segments où l’offre reste à construire, à un moment où le secteur est encore en train de définir ses usages.

    Comment s’y retrouver quand on s’équipe ?

    Avec 133 éditeurs sur le marché, difficile de savoir vers quoi se tourner. Trois repères aident à faire le tri.

    • Le premier est le référencement Ségur numérique, un label délivré par l’Agence du numérique en santé en santé qui garantit qu’un logiciel respecte des règles techniques communes, un « cadre d’interopérabilité », lui permettant en théorie de dialoguer avec les services de l’État (carte Vitale, dossier médical partagé…) et avec les autres logiciels. Un second label, la « labellisation e-santé », complète cette vérification. Concrètement, disposer d’un logiciel référencé ou labellisé donne accès à une aide financière : la dotation numérique (DONUM), qui a remplacé au 1ᵉʳ janvier 2026 l’ancien « forfait structure », et peut atteindre jusqu’à 2 940 € par an pour un généraliste. En 2025, 87,8 % des généralistes libéraux et 63,2 % des spécialistes disposaient déjà d’un tel logiciel référencé.
    • Le deuxième repère concerne les logiciels d’aide à la prescription (LAP), les outils qui, au moment de rédiger une ordonnance, comparent automatiquement la prescription à une base de données de médicaments à jour, pour repérer une interaction dangereuse ou un dosage inadapté. Sur les 46 LAP recensés, seuls 35 sont certifiés par la Haute Autorité de santé, certification obligatoire pour ouvrir droit à l’aide financière. Un LAP non certifié fait donc perdre une partie du soutien de l’Assurance maladie.
    • Le troisième repère, plus technique mais utile à vérifier avant de s’équiper, est la compatibilité réelle avec le dossier médical partagé, l’espace numérique, accessible via « Mon espace santé », où sont censés être centralisés les documents de santé de chaque patient. Un logiciel « référencé Ségur » ne l’alimente pas forcément automatiquement : 26 solutions de ville recensées nécessitent l’ajout d’un module supplémentaire (« connecteur ») pour y parvenir. Le logo Ségur sur la fiche produit ne garantit donc pas, à lui seul, que les données remontent effectivement dans le dossier du patient, un point à demander explicitement à l’éditeur en démonstration.

    L’IA médicale : beaucoup de discours, peu de logiciels

    Malgré sa place centrale dans la communication des éditeurs, l’IA reste encore souvent marginale dans l’offre. Sur 50 logiciels d’automatisation documentaire recensés (les outils d’aide à la rédaction de comptes-rendus et courriers), seuls 5 proposent une IA « d’écoute ambiante », capable d’enregistrer la consultation et d’en générer une synthèse, et 3 seulement produisent un compte-rendu déjà structuré. Côté aide à la décision médicale, sur 117 logiciels, 2 seulement intègrent une IA au diagnostic, les deux réservés à l’imagerie radiologique. Un seul éditeur, revendique une IA dans un service de secrétariat virtuel, sur 6 éditeurs proposant du télésecrétariat.

    Sur les gains de temps réels, aucune étude académique française n’existe à ce jour. Les seuls chiffres disponibles viennent de la littérature scientifique américaine, avec des résultats plus modestes que certains argumentaires commerciaux. Une étude de 2024 menée auprès de 144 médecins américains (Rotenstein et al.) mesure une réduction moyenne de 5,6 minutes du temps passé dans le dossier par consultation grâce à un assistant de saisie. Une étude de 2025 (Olson et al.), menée pendant 30 jours, mesure un gain déclaré de 10,8 minutes par jour avec un outil de transcription par IA, associé à une baisse du taux de médecins se déclarant épuisés professionnellement (de 51,9 % à 38,8 %). Une étude menée auprès de 46 professionnels de santé de l’université de Pennsylvanie observe une réduction de 20,4 % du temps de rédaction des notes (de 10,3 à 8,2 minutes). Enfin, une étude à plus grande échelle (K. Pearlman, 2025, 125 médecins sur trois mois) mesure des gains plus modestes encore : 2 minutes par rendez-vous sur la tenue du dossier, 0,5 minute sur la prise de notes. Des études américaines, menées dans un système de santé différent du système français, ce qui explique en partie pourquoi la mission appelle à des travaux d’évaluation nationaux.

    Un État qui pose des règles, sans toujours fournir l’outil

    L’État n’est pas absent du numérique médical. Il a développé des briques essentielles : le dossier médical partagé (DMP), la carte Vitale dématérialisée, l’identité nationale de santé, la messagerie sécurisée MSSanté, ou l’infrastructure de télétransmission Sesam-Vitale. Mais sur deux des six fonctionnalités cartographiées, aucun équivalent public n’existe : ni pour la gestion de l’agenda et la téléconsultation, ni pour l’automatisation documentaire, où le rapport précise explicitement qu’« aucune solution publique n’existe ou n’est développée ».

    Cette répartition n’est pas un oubli mais une doctrine assumée depuis 2019, dite de l’« État-plateforme » : les pouvoirs publics se concentrent sur les référentiels techniques et les briques communes, tandis que les éditeurs privés développent les logiciels utilisés au quotidien. Un médecin (pour gérer son agenda ou rédiger ses comptes-rendus) passera par un éditeur privé, que l’État encadre via des règles d’interopérabilité et, depuis 2026, des pénalités financières en cas de non-conformité. Le DMP illustre les limites de cette approche : alimenté par seulement 20,6 % des consultations en moyenne en 2025, il reste sous-utilisé malgré vingt ans d’existence, signe qu’un cadre réglementaire, même complet, ne suffit pas toujours à changer les pratiques.

    Source : IGAS-IGF, annexe V (Les outils numériques d’optimisation du temps médical) du rapport : Le temps de travail des médecins (août 2026) · fiabilité : officielle.

     

  • GHT : un dialogue annuel avec les ARS pourrait renforcer le poids des coopérations territoriales dans l’allocation des ressources

    Une circulaire de juillet 2026, signée par la ministre de la Santé Stéphanie Rist, demande à chaque groupement hospitalier de territoire de transmettre un bilan de ses coopérations avant le 15 novembre 2026, à partir d’un cadre méthodologique de l’Anap, puis de le traduire en plan d’actions.

    L’objectif, repris d’un rapport IGF-Igas, est d’atteindre au moins quatre filières organisées en fédérations médicales interhospitalières, pôles interétablissements ou autres formes de coopération par GHT, en priorité dans sept spécialités : gériatrie, urgences, anesthésie-réanimation, gynécologie-obstétrique, imagerie, biologie et pharmacie.

    Les ARS sont par ailleurs invitées à organiser au moins un dialogue stratégique annuel avec chaque GHT, et à prendre davantage en compte les coopérations territoriales dans l’évaluation des chefs d’établissement et dans l’allocation de certaines ressources.

    En officialisant un rendez-vous annuel entre chaque GHT et son ARS, la circulaire installe un cadre de suivi régulier là où le dialogue pouvait auparavant rester ponctuel. Ce rendez-vous devient aussi le lieu où les ARS sont invitées à faire peser les coopérations territoriales dans l’évaluation des chefs d’établissement et dans l’allocation de certaines ressources, sans que le texte précise lesquelles. Le poids réel de ce critère dépendra donc de la manière dont chaque ARS choisira de l’appliquer, ce que la circulaire laisse à son appréciation.

    Le calendrier fixé est resserré : bilan à transmettre avant le 15 novembre 2026, puis plan d’actions à décliner d’ici janvier 2027.

    Le premier dialogue stratégique annuel avec les ARS pourrait donc s’appuyer directement sur ce bilan.

    Source : Bulletin officiel Santé-Solidarités, Circulaire n° DGOS/GOUV/2026/105 du 29 juillet 2026 relative aux groupements hospitaliers de territoire (NOR : SFHH2620985C), BO du 30/07/2026 · fiabilité : texte administratif officiel

  • Décret ARS : les porteurs de projets de prévention disposent désormais d’un interlocuteur identifié par département

    Publié au Journal officiel, le texte crée aussi un comité de l’accès aux soins de premier recours coprésidé avec les élus, et s’accompagne d’un second décret donnant au préfet un rôle dans le versement du fonds d’intervention régional des ARS.

    • Le décret n° 2026-722 du 1er août 2026, publié au Journal officiel, instaure dans chaque département un directeur départemental d’ARS aux missions élargies : prévention, offre médico-sociale, contrats locaux de santé et lutte contre les déserts médicaux. Le texte crée également un comité de l’accès aux soins de premier recours, coprésidé par ce directeur et les élus locaux.
    • Un second décret, n° 2026-649 du 22 juillet 2026, donne par ailleurs au préfet un rôle dans le versement du fonds d’intervention régional (FIR) des agences régionales de santé.

    Pour un porteur de projet de prévention ou de santé de proximité, ce décret clarifie l’interlocuteur local : un directeur départemental d’ARS identifié, une instance de débat territorial dédiée (le comité de l’accès aux soins), et des leviers réglementaires nommés (contrats locaux de santé, guichet unique, réseau France Santé).

    Cette clarification s’accompagne toutefois d’une gouvernance qui se complexifie. Le second décret, en donnant au préfet un rôle dans le versement du FIR, réintroduit l’échelon préfectoral dans le financement des ARS, aux côtés du nouveau directeur départemental et du conseil départemental, coprésident du comité de l’accès aux soins. Un porteur de projet doit donc désormais anticiper les articulations entre trois acteurs (ARS, préfet, conseil départemental) plutôt qu’un unique point d’entrée régional.

    Le texte du décret ne détaille pas, à ce stade, les modalités concrètes de coordination entre ces trois échelons, ce qui laisse ouverte la question de la répartition effective des décisions sur le terrain.

    Source : Journal officiel de la République française, JORF n°0170 du 23 juillet 2026, texte n°24 (NOR : SFHZ2615174D) · fiabilité : texte réglementaire officiel · Décret n° 2026-649 du 22 juillet 2026 relatif à l’intervention du préfet dans le versement du fonds d’intervention régional des agences régionales de santé

    Source : Journal officiel de la République française, JORF n°0179 du 2 août 2026, texte n°24 (NOR : SFHZ2615173D) · fiabilité : texte réglementaire officiel · Décret n° 2026-722 du 1er août 2026 relatif aux délégations départementales des agences régionales de santé