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  • IA et e-télépharmacie en Indonésie : la plateforme SETIA testée en milieu hospitalier

    Interactions médicamenteuses : un risque documenté en Indonésie

    Les interactions médicamenteuses potentielles (pDDI – potential drug-drug interactions) représentent un enjeu de sécurité pharmacothérapeutique hospitalière en Indonésie.

    Dans ce contexte, les systèmes classiques de prescription électronique restent souvent hétérogènes et insuffisamment intégrés aux outils d’aide à la décision clinique (CDSS).

    SETIA : une plateforme d’e-télépharmacie intégrée

    Développée par l’Université privée Pancasila, la plateforme SETIA (Pharmacist E-Telepharmacy System) combine intelligence artificielle et règles expertes pour améliorer le suivi thérapeutique hospitalier. Elle s’appuie sur des bases pharmacologiques internationales telles que Lexicomp, Micromedex et The Renal Drug Handbook.

    Le système automatise notamment :

    • la détection des interactions médicamenteuses ;
    • l’ajustement posologique selon la clairance de la créatinine ;
    • le calcul de l’IMC, du poids idéal et du débit de filtration glomérulaire.

    Une validation clinique prospective

    Une étude observationnelle prospective menée de juillet à septembre 2025 avec l’équipe de  l’hopital public national Rumah Sakit Umum Pusat Fatmawatil  auprès de 30 patients hospitalisés, publiée dans l’Asian Journal of Healthy and Science, a évalué la performance du système.

    • Concordance des interactions médicamenteuses : 53,3 %
    • Concordance des mécanismes pharmacologiques : 76,7 %
    • Concordance des recommandations posologiques : 86,7 %

    Les analyses statistiques (test de Student indépendant) n’ont montré aucune différence significative pour l’IMC, le poids idéal et la clairance rénale (p > 0,05).

    Perspectives de la santé numérique en Asie

    Le déploiement futur de SETIA prévoit des études longitudinales d’impact clinique, l’intégration d’algorithmes de machine learning et l’extension aux populations pédiatriques et gériatriques. La plateforme illustre la montée en puissance, en Asie, des solutions d’e-santé centrées sur la sécurité médicamenteuse et l’aide à la décision clinique.

     

  • Doctrine du numérique en santé 2026 : plus de 130 contributions et de nouveaux repères sur l’EEDS, la cybersécurité et les services nationaux

    La doctrine du numérique en santé 2026 est désormais accessible en ligne. Élaborée par la Délégation au numérique en santé, l’Agence du Numérique en Santé, l’Assurance Maladie et le GIE SESAM-Vitale, cette nouvelle version actualise le cadre de référence national qui organise le développement des services numériques en santé en France.

    Le document fixe les principes d’urbanisation et les règles communes destinés à soutenir des services interopérables, sécurisés et utilisables par les professionnels de santé.

    Plus de 130 contributions émanant d’acteurs publics et privés du numérique en santé ont été recueillies. Ces retours ont servi à enrichir et à actualiser les fiches de la doctrine, avec l’objectif de mieux refléter les enjeux actuels du secteur ainsi que les trajectoires des services numériques nationaux.

    @ANS : Doctrine du numérique en santé

    EEDS, cybersécurité, éthique … Les orientations mises en avant

    Cette nouvelle version précise plusieurs orientations pour 2026. Elle intègre d’abord l’impact de l’Espace européen de données de santé, en particulier sur le cadre réglementaire du numérique en santé et sur les futurs référentiels d’interopérabilité et de sécurité.

    Le texte revient aussi sur la sécurité du numérique en santé, en tenant compte des effets attendus de la régulation européenne en matière de cybersécurité. Sont notamment mentionnées la directive NIS2 et la directive sur la résilience des entités critiques, ainsi que les évolutions des référentiels d’identification électronique et leurs conséquences sur la politique générale de sécurité des systèmes d’information de santé. Autre axe mis en avant : l’éthique du numérique en santé. La doctrine annonce des travaux prévus en 2026, en particulier sur l’usage de l’intelligence artificielle.

    Le document fait également évoluer le volet consacré à l’identité numérique des professionnels. Pro Santé Connect s’ouvre à de nouveaux moyens d’identification. La doctrine acte la création de Pro Santé Identité afin de permettre l’enregistrement du personnel administratif. Elle mentionne en parallèle l’usage de l’application carte Vitale comme moyen d’identification électronique dans les services numériques en santé.

    La version 2026 actualise les trajectoires de plusieurs services nationaux. Mon espace santé est concerné, avec notamment la délégation d’accès à un proche ou à un aidant et des évolutions autour de la prévention personnalisée. La Messagerie Sécurisée de Santé figure aussi parmi les services appelés à évoluer, avec une mise à jour du cadre réglementaire de l’Espace de confiance MSSanté. La doctrine mentionne également l’ordonnance numérique, le Hub Santé et le portail SI-Samu. Elle intègre enfin un nouveau service national de partage d’images entre professionnels de santé et avec les patients : le réseau DRIM-M.

    Au-delà de l’actualisation réglementaire et technique, cette édition 2026 donne à voir les priorités des pouvoirs publics sur l’année à venir : articulation avec le cadre européen, renforcement des exigences de cybersécurité, évolution des dispositifs d’identité numérique, intégration de nouveaux usages et poursuite de la structuration des services nationaux.

  • Dessintey change de dimension avec l’acquisition de l’activité de rééducation d’Axinesis

    Déjà présente dans près de 30 pays et forte de près de 500 équipements IVS installés, la medtech stéphanoise a dépassé 10 M€ de chiffre d’affaires en 2025.

    Trois mois après l’entrée du fonds ARLANE à son capital, Dessintey annonce l’acquisition de l’activité rééducation de la société belge Axinesis. L’opération, dont le montant n’est pas communiqué, permet à l’entreprise française d’élargir son portefeuille technologique et de renforcer sa présence dans les centres de rééducation neurologique et orthopédique.

    Dessintey indique avoir un CA supérieur à 10 millions d’euros, en hausse de plus de 50 % par rapport à 2024. Cette acquisition constitue sa première opération de croissance externe.

    Dessintey construit une plateforme complète de rééducation

    Cette acquisition marque un changement de dimension pour Dessintey. Il ne s’agit pas seulement d’élargir un catalogue de dispositifs, mais de franchir une étape en passant à la croissance externe, quelques mois à peine après l’entrée du fonds ARLANE à son capital. En intégrant les technologies d’Axinesis, l’entreprise construit progressivement une plateforme de rééducation, capable de couvrir plusieurs étapes du parcours thérapeutique. Cette approche renforce sa valeur stratégique auprès des centres de soins, qui peuvent désormais s’appuyer sur une offre plus complète et intégrée.

    Partenaires depuis 2021, Dessintey et Axinesis avaient déjà déployé plus de 150 dispositifs dans des centres hospitaliers français. Désormais, Dessintey reprend l’ensemble de la gamme de rééducation développée par Axinesis (à savoir : REAplan, REAtouch et REAtouch Lite2)

    Ces dispositifs viennent compléter les technologies déjà développées par Dessintey : IVS (Intensive Visual Simulation), STIIMP (Stimulation Induite Implicite) et SRT Lab. L’objectif est de proposer un continuum de soins couvrant l’ensemble du parcours de rééducation neurologique et orthopédique.

    Sur le plan industriel, Axinesis continuera de produire les dispositifs REAplan et REAtouch pour le compte de Dessintey depuis son site d’assemblage en Belgique. De son côté, Dessintey maintiendra à Saint-Jean-Bonnefonds, ses activités de recherche et développement ainsi que l’assemblage de ses propres dispositifs.

    Dessintey structure son offre autour de trois parcours de soins :

    • ARM Lab pour la rééducation des membres supérieurs,
    • GAIT Lab pour les membres inférieurs et la marche,
    • et SRT Lab pour augmenter le temps d’activité des patients en séance collective et en auto-rééducation.

    L’entreprise explique pouvoir ainsi accompagner les patients depuis leur entrée en centre de rééducation jusqu’au retour à domicile, avec des outils ajustés à leur progression.

    Une accélération à l’international

    Dessintey prévoit de commercialiser directement les dispositifs REAplan, REAtouch et REAtouch Lite2 en France, en Allemagne, en Autriche et en Suisse. Dans les autres marchés, leur diffusion passera par son réseau de distributeurs.

    Cette opération s’inscrit dans une stratégie d’internationalisation plus large. L’entreprise cite notamment le programme « Rehab for Ukraine », destiné à renforcer les capacités locales de prise en charge des traumatismes liés au conflit. Selon Dessintey, 23 hôpitaux civils et militaires sont déjà équipés ou en cours d’équipement, avec un objectif de 45 établissements à mi-2026.

  • Etude : les LLM améliorent la compréhension des comptes rendus de radiologie pour les patients

    LLM et comptes rendus de radiologie : une méta-analyse de 38 études montre +87 % de compréhension perçue par les patients, avec 0,9 % d’erreurs cliniquement significatives

    Les LLM améliorent fortement la compréhension des comptes rendus

    Les comptes rendus de radiologie sont traditionnellement rédigés pour les cliniciens et utilisent un vocabulaire technique difficile à comprendre pour les patients. Une revue systématique avec méta-analyse publiée en février 2026 a évalué la capacité des grands modèles de langage à simplifier ces documents.

    L’étude a identifié 38 travaux publiés entre 2022 et 2025, représentant 12 922 comptes rendus simplifiés et 508 évaluateurs (387 personnes issues du public et 121 professionnels de santé). La majorité des études (92 %) utilisaient des modèles de la famille GPT.

    Les résultats montrent une amélioration nette de la compréhension perçue par les patients et les lecteurs non spécialistes. Les comptes rendus originaux rédigés par les radiologues obtenaient un score moyen de 2,16 sur 5, contre 4,04 sur 5 pour les versions simplifiées par LLM. La méta-analyse estime l’écart moyen à +2 points, soit une amélioration de 87 % de la compréhension perçue. Les patients déclarent également un niveau de satisfaction plus élevé avec les comptes rendus simplifiés.

    Des évaluations positives des cliniciens sur l’exactitude

    Les comptes rendus générés ou reformulés par les modèles de langage ont également été évalués par des professionnels de santé. Au total, 121 cliniciens, dont 80 radiologues, ont participé aux évaluations.

    Les notes attribuées aux rapports simplifiés sont globalement élevées :

    • Exactitude : 4,45 / 5
    • Complétude : 4,53 / 5
    • Simplicité : 4,32 / 5

    Les modèles GPT-4 obtiennent des scores d’exactitude supérieurs à ceux de GPT-3.5 dans les analyses de sensibilité. Les évaluateurs se montrent en revanche plus prudents concernant la diffusion directe aux patients et l’absence de risque clinique, avec des scores légèrement plus faibles (respectivement 3,93 et 3,79).

    Une amélioration marquée de la lisibilité des rapports

    Les analyses de lisibilité confirment l’effet des LLM sur la complexité linguistique des comptes rendus. Les scores Flesch-Kincaid Grade Level diminuent en moyenne de :

    • –6,20 points pour les scanners (CT)
    • –5,07 points pour les radiographies
    • –5 points pour les IRM

    Ces évolutions correspondent à un passage d’un niveau de lecture universitaire vers un niveau proche de celui d’un élève de 11 à 13 ans. Les scores Flesch Reading Ease augmentent parallèlement, indiquant un texte plus accessible. Les auteurs notent toutefois que les comptes rendus simplifiés deviennent souvent plus longs, les modèles ajoutant des explications ou des analogies pour clarifier les termes médicaux.

    Des erreurs rares mais non négligeables

    L’un des enjeux centraux reste la fiabilité des modèles. Parmi les études ayant analysé les erreurs, la méta-analyse estime :

    • 7,2 % d’erreurs au total (inexactitudes, omissions ou informations fabriquées)
    • 0,9 % d’erreurs cliniquement significatives

    Ces erreurs peuvent modifier l’interprétation d’un diagnostic ou la gravité d’une pathologie. Les auteurs considèrent donc qu’un contrôle humain reste nécessaire avant toute diffusion des rapports simplifiés.

    Des questions ouvertes sur l’intégration clinique

    L’introduction de comptes rendus simplifiés générés par IA soulève plusieurs questions organisationnelles.

    Les radiologues pourraient théoriquement valider les versions générées avant diffusion aux patients, mais ce modèle de supervision pourrait augmenter la charge de travail. La responsabilité de validation pourrait aussi être partagée avec les médecins prescripteurs, qui disposent d’une vision plus globale de la situation clinique.

    La question du moment de diffusion des résultats est également sensible. Une publication immédiate pourrait provoquer anxiété ou incompréhension chez les patients, tandis qu’un accès différé pourrait limiter la préparation des consultations.

    Vers des comptes rendus radiologiques plus centrés sur les patients

    Au-delà des performances techniques, les travaux inclus dans la revue montrent que les patients attendent des comptes rendus :

    • rédigés en langage clair
    • expliquant la signification clinique des résultats
    • indiquant les étapes suivantes du parcours de soins
    • accompagnés de glossaires ou d’aides visuelles

    Les auteurs soulignent que peu d’études ont intégré les patients dans la conception de ces formats, alors même qu’ils en sont les principaux utilisateurs.

    *Large language models for simplifying radiology reports: a systematic review and meta-analysis of patient, public, and clinician evaluations

  • IA et diagnostic en oncologie : Waiv lève 33M$ pour accélérer le développement de ses tests

    Un nouveau spin-out issu de l’écosystème Owkin

    La création de Waiv illustre la dynamique entrepreneuriale qui se développe autour de Owkin, acteur majeur de l’IA appliquée à la recherche biomédicale. À l’origine, l’activité était développée en interne – sous la forme d’une structure nommée “Owkin Dx” – comme une unité dédiée aux tests diagnostiques en oncologie, fondés sur l’analyse par intelligence artificielle d’images de pathologie numérique afin d’identifier certains biomarqueurs tumoraux. Ces tests visent notamment à mieux caractériser les tumeurs et à orienter les patients vers les traitements les plus adaptés. Au fil du temps, cette activité a gagné en autonomie technique et organisationnelle, jusqu’à être structurée comme une entreprise indépendante. Dans ce modèle de spin-out, l’activité quitte l’organisation d’origine pour devenir une société autonome, même si celle-ci conserve un rôle d’actionnaire minoritaire.

    Cette évolution s’inscrit dans un phénomène plus large observé dans les écosystèmes technologiques matures : la naissance de nouvelles startups issues d’entreprises pionnières. Après la création de Bioptimus en 2024, également issue de l’environnement d’Owkin, l’émergence de Waiv confirme la capacité de cet écosystème à générer une nouvelle génération d’entreprises spécialisées dans l’IA biomédicale.

    Positionnée à l’interface entre intelligence artificielle, pathologie numérique et médecine de précision, Waiv développe des algorithmes capables d’analyser des images microscopiques de tumeurs afin d’identifier des biomarqueurs et d’affiner la stratification des patients atteints de cancer.

    Exploiter la pathologie numérique pour améliorer la médecine de précision :

    Le cœur de la technologie de Waiv repose sur l’analyse d’images de pathologie numérique. Grâce à l’intelligence artificielle, ces images peuvent être exploitées pour détecter des signaux biologiques invisibles à l’œil humain et identifier certains biomarqueurs associés aux cancers.

    L’objectif est d’améliorer la stratification des patients, c’est-à-dire la capacité à orienter chaque patient vers la thérapie la plus adaptée à son profil biologique. Cette approche s’inscrit dans la transformation de l’oncologie vers une médecine de plus en plus personnalisée, où les décisions thérapeutiques reposent sur l’analyse combinée de multiples données biologiques et cliniques.

    33 millions d’euros pour diffuser ces nouveaux types de tests dans les laboratoires

    Avec ce nouveau financement, Waiv entend accélérer sur deux axes stratégiques :

    • le premier concerne la diffusion de ses tests diagnostiques dans les laboratoires de pathologie. L’enjeu consiste à produire davantage de données cliniques et de preuves d’efficacité afin de favoriser l’adoption de ces outils dans la pratique médicale.
    • le second axe vise à renforcer les collaborations avec l’industrie pharmaceutique. Les technologies développées par Waiv peuvent être utilisées pour identifier de nouveaux biomarqueurs, sélectionner les patients dans les essais cliniques ou améliorer le développement de nouvelles thérapies. L’entreprise travaille déjà avec plusieurs grands groupes pharmaceutiques, notamment Merck et AstraZeneca.

    Une stratégie portée vers l’international :

    Dès sa création, Waiv s’est positionnée sur un marché global. Les États-Unis et l’Europe constituent ses principaux marchés cibles, notamment en raison du développement rapide de la pathologie numérique et de la demande croissante pour des outils d’aide à la décision fondés sur l’IA.

    À plus long terme, l’enjeu pour l’entreprise sera de transformer ses technologies en solutions cliniques largement adoptées, capables de s’intégrer dans les parcours de diagnostic et de contribuer à une médecine oncologique plus précise et plus personnalisée.

  • Cancer colorectal : l’étude Artics explore le potentiel de l’IA pour réengager les patients éloignés du dépistage

    Un plafond de participation qui limite l’impact du dépistage

    Porté notamment par la Filière intelligence artificielle et cancers (Fiac) et Roche Diagnostics France, le projet explore une approche pragmatique : valoriser des examens biologiques de routine pour détecter précocement des profils à risque. L’enjeu d’ARTICS consiste ’à identifier de nouveaux points d’entrée pour atteindre les populations non participantes aux dépistages organisés.

    En effet, bien qu’il puisse être guéri dans 90 % des cas, s’il est détecté précocement, le cancer colorectal reste l’un des cancers les plus meurtriers en France, avec environ 17 000 décès chaque année.  Le principal frein reste la participation au dépistage organisé. En France, elle atteint environ 34 %, bien en dessous de l’objectif européen fixé à 45 %. Sur les 14,5 millions de personnes éligibles, plus de 10 millions ne participent pas au programme national.

    Permettre à près de 6 millions de Français d’être dépister :

    L’étude repose donc sur une idée simple : exploiter les données issues d’un hémogramme (numération sanguine), un examen fréquemment réalisé dans le cadre du suivi médical courant. En analysant les paramètres biologiques de cet examen, combinés à des variables démographiques comme l’âge et le sexe, un algorithme d’intelligence artificielle permet de générer un score de risque individuel de cancer colorectal.

    L’analyse des données du Système national des données de santé (SNDS) montre que 53 % des personnes qui ne participent pas au dépistage réalisent néanmoins un hémogramme chaque année pour d’autres raisons médicales.

    Selon les estimations issues de l’étude, 5,7 millions de Français pourraient ainsi être identifiés et réorientés vers un dépistage, à partir d’un examen déjà réalisé dans leur parcours de soins. Pour les promoteurs du projet, cette approche illustre une évolution plus large de la prévention : mobiliser les données déjà produites dans le système de santé pour détecter les risques plus tôt et de manière plus ciblée.

    Une adhésion plutôt favorable des patients :

    L’étude comporte également un volet comportemental visant à évaluer l’acceptabilité d’un tel dispositif.

    Les résultats suggèrent une adhésion majoritaire de la population cible :

    • 78 % des répondants accepteraient le calcul d’un score de risque basé sur leurs analyses biologiques,

    • 75 % déclarent qu’ils suivraient la recommandation de leur médecin de réaliser un test de dépistage en cas de score élevé.

    Ces résultats suggèrent que l’intégration de l’IA dans le parcours de soins peut être perçue comme un outil d’aide à la décision, à condition qu’elle reste encadrée par la relation médecin-patient.

    Un modèle reposant sur la complémentarité ville-laboratoire

    Pour passer du concept à la pratique, l’étude ARTICS propose un modèle organisationnel fondé sur la complémentarité entre les acteurs de ville.

    Dans ce schéma, les laboratoires de biologie médicale jouent un rôle de sentinelle technique, en calculant automatiquement le score de risque à partir des analyses réalisées. Le médecin traitant conserve le rôle central de décision et d’interprétation, en informant le patient et en l’orientant vers le dépistage si nécessaire. Cette organisation vise à intégrer l’IA dans les pratiques existantes sans bouleverser les parcours de soins.

    Vers une prévention plus personnalisée :

    Au-delà du cancer colorectal, l’étude ARTICS s’inscrit dans une évolution plus large des politiques de prévention : passer d’un modèle uniforme de dépistage à une approche plus personnalisée, fondée sur le niveau de risque individuel.

    Cette orientation rejoint les ambitions de la Institut national du cancer (Inca), qui encourage le développement de stratégies de dépistage plus ciblées. Pour les acteurs du projet, l’enjeu est désormais opérationnel : démontrer que ces approches peuvent être déployées à grande échelle, afin de transformer les données de routine en véritables leviers de santé publique.

  • AI Act : la Commission européenne précise les modalités d’évaluation et d’enquête sur les modèles d’IA

    Un cadre opérationnel pour évaluer les modèles d’IA

    L’AI Act confère à la Commission européenne un rôle central dans la supervision des modèles d’IA à usage général, notamment ceux susceptibles de présenter des risques systémiques. Le nouveau règlement vise à définir les modalités pratiques permettant de conduire ces évaluations.

    Concrètement, la Commission pourra demander un accès technique aux modèles concernés afin d’en examiner le fonctionnement. Cet accès pourra s’effectuer via différentes interfaces ou infrastructures techniques, comme des API, mais aussi, lorsque cela s’avère nécessaire, par un accès plus approfondi aux éléments internes du modèle, y compris certains composants techniques. L’objectif est de permettre aux autorités européennes de vérifier la conformité des systèmes d’IA avec les exigences de sécurité, de transparence et de gestion des risques prévues par le règlement.

    Le recours à des experts indépendants :

    Pour conduire ces évaluations techniques, la Commission pourra également s’appuyer sur des experts indépendants, sélectionnés via des procédures ouvertes et transparentes. Ces spécialistes devront garantir leur indépendance vis-à-vis des fournisseurs d’IA, notamment en l’absence de liens financiers, organisationnels ou contractuels récents avec les entreprises concernées.

    Ces experts seront soumis à des obligations strictes en matière de confidentialité et de protection des informations sensibles. Ce point est particulièrement crucial dans un domaine où l’accès aux modèles peut impliquer la manipulation de données techniques stratégiques ou de secrets industriels.

    Des procédures formalisées en cas de non-conformité =

    Le texte précise également les modalités d’ouverture et de conduite des procédures d’enquête lorsque la Commission suspecte une violation du règlement par un fournisseur de modèle d’IA.

    Avant toute décision finale, les entreprises concernées devront être informées des conclusions préliminaires et disposer d’un délai pour présenter leurs observations et fournir des éléments de défense. Ce mécanisme vise à garantir le respect du droit d’être entendu et la transparence des procédures.  La Commission pourra par ailleurs prendre des mesures provisoires en cas d’urgence, notamment lorsqu’un système d’IA présente un risque sérieux pour la sécurité, la santé ou l’intérêt public. Dans certains cas, cela pourrait conduire à restreindre temporairement la mise sur le marché d’un modèle.

    Un équilibre entre contrôle réglementaire et innovation

    Au-delà des aspects procéduraux, ce projet de règlement illustre la stratégie européenne consistant à structurer une gouvernance robuste de l’intelligence artificielle. L’objectif est double : garantir la confiance dans les technologies d’IA tout en maintenant un environnement propice à l’innovation.

    Cette initiative s’inscrit dans une phase clé de l’AI Act : celle de la mise en œuvre concrète du cadre réglementaire. Alors que les modèles d’IA évoluent rapidement et deviennent des infrastructures numériques critiques, la capacité des autorités publiques à les auditer et à en encadrer les usages apparaît comme un enjeu central pour l’écosystème européen.

    Une consultation ouverte pour les parties prenantes

    Dans ce contexte, la Commission européenne a ouvert une consultation publique afin de recueillir les contributions des acteurs concernés, tels que des entreprises technologiques, des chercheurs, des autorités publiques ou des organisations de la société civile, pour affiner les modalités d’application de ce nouveau dispositif. Pour y participer : cliquez sur ce lien.

  • Tests rapides CRAB et Candida auris : la FDA distingue l’innovation de NG Biotech

    Un fardeau mondial chiffré

    La résistance aux antimicrobiens (RAM) constitue une menace sanitaire majeure. Selon l’Organisation mondiale de la santé :

    • 1,14 million de décès directement attribuables à la RAM en 2021
    • • 4,71 millions de décès associés la même année

    À cela s’ajoutent :

    Les méthodes conventionnelles, telles que la culture, le PCR, ou la spectrométrie MALDI-TOF, requièrent 24 à 72 h et des infrastructures spécialisées, limitant la réactivité en contexte épidémique.

    Deux tests LFIA distingués par la FDA

    La Food and Drug Administration (FDA) a attribué la désignation « Breakthrough Device » aux tests NG-TEST® Candida auris et NG-TEST® Acineto-5®, développés par NG Biotech.

    Ces dispositifs à flux latéral reposent sur des anticorps monoclonaux spécifiques, sans amplification génique ni instrumentation dédiée.

    Ces tests possèdent plusieurs caractéristiques clés tels que :
    • Détection en 15 minutes à partir d’isolats cultivés
    • Identification de 5 familles de carbapénémases (OXA-23-like, OXA-24/143-like, OXA-58-like, VIM, NDM)
    • Lecture visuelle simple, adaptée au dépistage rapide

    Une validation analytique publiée :

    Une étude multicentrique in vitro publiée dans Frontiers in Microbiology rapporte une concordance de 100 % avec les méthodes de référence pour C. auris, confirmant la robustesse analytique du test. Distribués aux États-Unis à usage recherche, ces dispositifs visent la surveillance hospitalière et le contrôle des infections, dans l’attente d’une évaluation réglementaire complète.

  • Enquête de l’ANS sur la cybersécurité hospitalière : une prise de conscience forte mais des moyens encore limités

    7 grands enseignements à tirer de l’enquête

    Réalisée au printemps 2025 auprès de 719 dirigeants d’établissements publics et privés, cette étude apporte un éclairage inédit sur la manière dont la gouvernance hospitalière appréhende aujourd’hui le risque cyber.

    L’enquête conduite par l’Agence du numérique en santé, avec le cabinet Occurence, met en évidence sept grands enseignements sur la perception des menaces numériques dans les établissements de santé : un niveau d’incident encore limité mais révélateur de fragilités, une implication croissante des directions, une préparation encore insuffisante face aux attaques, des impacts perçus avant tout sur la continuité des soins, des marges de progression dans la formation et les exercices de crise, des moyens financiers jugés insuffisants et, enfin, un consensus fort en faveur de la mutualisation des expertises cyber à l’échelle territoriale.

    Des incidents encore limités mais révélateurs

    Premier enseignement : les cyber incidents ayant réellement perturbé l’activité hospitalière restent relativement rares. Depuis 2022, 15 % des établissements déclarent avoir subi un incident ayant affecté leur fonctionnement. Cependant, ces situations mettent en lumière un déficit de préparation.

    Même dans les établissements n’ayant pas connu d’incident, la confiance reste mesurée : seulement 13 % se jugent aujourd’hui pleinement préparés à faire face à une cyberattaque. Pour les décideurs hospitaliers, ces résultats confirment que la cybersécurité ne peut plus être considérée comme un simple enjeu technique, mais bien comme un risque opérationnel susceptible d’affecter directement l’activité de soins.

    Parmi les établissements ayant subi un incident, seuls 15 % estimaient être bien préparés avant l’attaque, tandis qu’un tiers considère rétrospectivement ne pas avoir été suffisamment armé - @ANS
    Parmi les établissements ayant subi un incident, seuls 15 % estimaient être bien préparés avant l’attaque, tandis qu’un tiers considère rétrospectivement ne pas avoir été suffisamment armé – @ANS

    Une implication croissante des directions

    L’étude montre toutefois une évolution importante dans la gouvernance de la cybersécurité. Dans près des deux tiers des établissements, les directeurs ont récemment échangé avec leurs équipes sur les enjeux cyber. 87 % déclarent connaître le plan de prévention cyber de leur établissement, et 72 % participent directement à son élaboration.

    Les directions sont également impliquées dans les exercices de gestion de crise : 86 % des établissements associent leur gouvernance à ces simulations. Cette implication traduit une transformation progressive de la cybersécurité en enjeu stratégique de pilotage, intégré à la gestion globale des risques hospitaliers.

    87% des directeurs d’établissement ont connaissance duplan de prévention; Les¾ interviennent personnellement dans l’élaboration du plan - @ANS
    87% des directeurs d’établissement ont connaissance duplan de prévention; Les¾ interviennent personnellement dans l’élaboration du plan – @ANS

    Continuité des soins et sécurité des patients en première ligne :

    Lorsqu’ils évaluent les conséquences potentielles d’une cyberattaque, les dirigeants hospitaliers placent la continuité des soins comme risque principal, devant les impacts financiers ou organisationnels. La sécurité des patients, mais aussi la qualité de vie au travail des professionnels, figurent également parmi les préoccupations majeures. Une cyberattaque est désormais perçue comme un événement susceptible de déstabiliser l’ensemble du fonctionnement d’un établissement.

    Dans ce contexte, les mesures jugées les plus accessibles pour renforcer la résilience restent la formation des équipes, les exercices de crise et l’amélioration des procédures internes.

    Les directeurs d'établissement perçoivent la continuité des soins comme impact le plus important en cas d'incident cyber - @ANS
    Les directeurs d’établissement perçoivent la continuité des soins comme impact le plus important en cas d’incident cyber – @ANS

    Mais des budgets qui restent encore contraints :

    Malgré cette prise de conscience, les moyens restent limités. Dans 60 % des établissements, la cybersécurité représente moins de 5 % des investissements informatiques, et plus de la moitié consacrent également moins de 5 % de leur budget de fonctionnement numérique à ces enjeux.

    Conséquence directe : 42 % des directeurs estiment ne pas disposer des ressources nécessaires pour mettre en œuvre un plan de prévention cyber au niveau requis.

  • DUI vague 2 : l’ANS dévoile les conditions du référencement des éditeurs de logiciel médico-sociaux

    De la diffusion des données à la structuration des usages

    La première vague du Ségur, engagée en juillet 2021, visait principalement à intégrer les services socles nationaux dans les logiciels métiers. Les éditeurs devaient notamment permettre l’alimentation du DMP au sein de Mon espace santé et faciliter les échanges entre professionnels via la messagerie sécurisée de santé (MSSanté).

    La deuxième vague franchit une étape supplémentaire. Elle ne se limite plus à connecter les logiciels aux services nationaux, mais cherche à renforcer l’usage effectif de ces fonctionnalités et à structurer davantage les systèmes d’information du médico-social.

    Le DUI, outil central de la coordination médico-sociale :

    Dans le secteur social et médico-social, le dossier usager informatisé constitue l’outil central de suivi et de coordination. Selon la définition publiée par l’Agence du numérique en santé, il permet de recueillir l’ensemble des données nécessaires pour décrire les besoins d’un usager, élaborer son plan personnalisé d’accompagnement et suivre sa mise en œuvre.

    La vague 2 introduit plusieurs objectifs pour renforcer ce rôle pivot :

    • systématiser l’alimentation du DMP et faciliter la consultation de l’information présente dans Mon espace santé directement depuis le DUI ;

    • simplifier l’intégration des documents reçus via MSSanté ;

    • renforcer la sécurité des systèmes d’information pour mieux protéger les données ;

    • faciliter la production d’indicateurs et leur transmission aux systèmes d’information nationaux, notamment dans le cadre des réformes tarifaires.

    Certaines exigences sont également spécifiques à certains champs. Dans le secteur du handicap, les éditeurs devront par exemple assurer l’interopérabilité entre les DUI et ViaTrajectoire Handicap, afin de fluidifier les échanges entre les maisons départementales des personnes handicapées et les établissements. Pour le secteur des personnes âgées, les solutions devront aussi être compatibles avec le service d’ordonnance numérique de l’Assurance maladie.

    Une prestation logicielle encadrée

    Pour être éligibles au dispositif, les solutions logicielles doivent répondre à un référentiel d’exigences techniques, fonctionnelles et ergonomiques. La prestation attendue des éditeurs ne se limite pas à la fourniture d’un logiciel.

    Elle comprend notamment :

    • l’octroi des droits d’utilisation de la solution ;

    • l’installation, la configuration et la qualification de l’outil ;

    • l’accompagnement à l’obtention d’un certificat logiciel auprès de l’autorité de certification ;

    • la maintenance de la solution ;

    • la formation des utilisateurs ;

    • la fourniture de la documentation associée ;

    • le suivi global du projet de déploiement.

    Le référencement, préalable au financement :

    Les éditeurs qui respectent ces exigences peuvent demander leur référencement auprès de l’Agence du numérique en santé. Cette étape est indispensable pour pouvoir ensuite solliciter un financement dans le cadre du dispositif SONS.

    Un calendrier étalé sur trois ans

    La mise en œuvre de la vague 2 s’inscrit dans un calendrier progressif :

    • 5 mars 2026 : publication de l’arrêté ministériel lançant officiellement la vague 2 ;

    • 1er octobre 2026 : date limite de dépôt du dossier administratif de référencement ;

    • 1er octobre 2027 : date limite pour transmettre les preuves complètes de conformité ;

    • 5 mars 2028 : fin des échanges entre éditeurs et ANS pour la validation des dossiers ;

    • 15 juin 2028 : clôture des demandes de financement et du versement des avances ;

    • 15 mars 2029 : fin de la période de réalisation des prestations Ségur par les fournisseurs.

    Avec cette seconde vague, les pouvoirs publics cherchent à ancrer durablement les usages numériques dans les établissements et services sociaux et médico-sociaux, en transformant les obligations techniques en pratiques opérationnelles au service de la coordination des parcours.