« Je quitte mes fonctions au Secrétariat général pour l’investissement pour prendre la direction du volet numérique du Ségur de la santé au ministère des Solidarités et de la Santé », annonce Olivier Clatz, ancien président de la société Therapixel (IA et radiologie) et responsable du Grand Défi national IA et santé, dans un message publié sur Linkedin le 20 juin 2021. Il indique aux innovateurs du numérique en santé que « des annonces importantes » leur seront adressées « dans les tous prochains jours ». Et précise que le Grand Défi IA et Santé qu’il pilote « se poursuit à travers l’action de David Sainati », directeur de projets au sein de la Délégation ministérielle du numérique en santé (DNS), notamment chargé du dispositif G_nius. Contacté par HTI, David Sainati précise que les actions du Grand Défi IA et Santé «sont déversées dans la ‘Stratégie d’accélération santé numérique’» qu’il coordonne au niveau interministériel mais qu’il reste pour sa part rattaché à la DNS.
Pour rappel, le Gouvernement a annoncé fin juillet 2020 une enveloppe globale de 2 milliards d’euros débloquée dans le cadre du Ségur pour « le rattrapage du retard sur le numérique en santé », avec notamment 600 millions d’euros dédiés au secteur médico-social.
Lors du Conseil du numérique en santé (CNS), qui s’est tenu le 18 juin 2021, Olivier Clatz a souligné que l’objectif principal du volet numérique du Ségur était de « généraliser le partage fluide et sécurisé de données de santé », à la fois entre professionnels de santé et avec l’usager, et ce grâce à un fonctionnement nouveau impliquant les éditeurs et fondé sur la « co-construction ».
Interrogé par Health & Tech Intelligence, Olivier Clatz insiste sur la nécessité d’impliquer à la fois les éditeurs, les professionnels de santé utilisateurs, les pouvoirs publics et les patients.
Le Ségur, un investissement « historique » pour le numérique en santé
Après un rendez-vous dans un cabinet médical, « 9 fois sur 10 [le patient] sort avec un bout de papier », a relevé Olivier Clatz lors du CNS du 18 juin : l’objectif du Ségur à l’horizon 2023 est qu’« une majorité » de ces documents « puissent transiter par le dossier médical (DMP) » et par la messagerie sécurisée de santé (MSSanté).
« On s’appuie sur un investissement qui est historique, souligne-t-il. Nous sommes parvenus à convaincre collectivement qu’il fallait y mettre les moyens. Ce sont 2 milliards d’euros dont 600 millions sur le médico-social [qui sont ainsi affectés au volet numérique du Ségur] : cela fait des années que je suis dans le numérique, je ne pensais pas qu’on arriverait à cela. »
Objectif : co-construire l’« histoire commune du numérique en santé »
Le processus du volet numérique concernera les métiers de la biologie, de la radiologie, de l’hôpital, les médecins de ville, le médico social et la pharmacie, « qui vient à peine de démarrer », avec l’objectif que « tout cet écosystème arrive à échanger », souligne Olivier Clatz.
« On va essayer vraiment de co-construire et d’engager l’ensemble des acteurs qui sont concernés [au sein de différentes] task forces », indique le directeur du volet numérique du Ségur de la santé, par opposition à la méthode « très top-down » suivie jusqu’ici. « Il s’agit d’écrire notre histoire commune du numérique en santé », synthétise-t-il.
« On espère la publication des textes réglementaires dès le mois prochain (juillet) »
« On dispose de deux leviers différents, portant l’un sur l’équipement/logiciel, l’autre sur les cibles d’usage, et de deux axes différents : les mesures incitatives et les mesures coercitives », détaille Olivier Clatz. L’objectif est de souligner que « le parcours de soins numérique n’est plus optionnel mais obligatoire », ajoute-t-il.
« Cela va démarrer très très vite : on espère la publication des textes réglementaires dès le mois prochain (juillet) », annonce-t-il.
Impliquer à la fois les éditeurs, les professionnels de santé, les pouvoirs publics et les patients
Contacté par Health & Tech Intelligence, Olivier Clatz indique que le « mot clé » sera « ensemble », avec la nécessité d’impliquer à la fois les éditeurs, les professionnels de santé utilisateurs, les pouvoirs publics et les patients.
Il faut « assumer que nous nous sommes un peu trompés à l’époque du DMP », constate-t-il, soulignant que « l’ordre de grandeur des logiciels de médecins qui contribuent à des envois au DMP tous les mois » est de « moins de 1 % ». « 70 % [de logiciels conformes], cela peut paraître modeste mais ce sera 70 fois plus qu’aujourd’hui », résume-t-il : il s’agit de « débloquer le système », explique le directeur du volet numérique du Ségur.
« Dans 9 cas sur 10, un patient ne possède pas de DMP » et quand il en possède un, « dans 9 cas sur 10 il n’y a pas d’informations dedans », relève-t-il par ailleurs. Quand Mon Espace Santé (ENS) sera ouvert à « l’essentiel de la population (sauf à ceux qui s’y opposent), on enclenchera un cercle vertueux », avance Olivier Clatz. « Nous avons besoin que tout le monde s’approprie le dispositif, et que chacun soit un petit maillon de cette réussite », insiste-t-il.
