En partenariat avec l’éditeur, les deux établissements hospitaliers figurent parmi les premiers en France à tester cette technologie, conçue pour assister la documentation clinique, fluidifier les prescriptions et enrichir la relation médecin-patient. Lors d’un échange organisé dans l’agora « Données, IA et sécurité », DSI, praticiens hospitaliers et représentants de Microsoft ont présenté les apports concrets de l’outil, les conditions de son déploiement, ainsi que les premiers enseignements tirés de cette phase de test en conditions réelles.
Participants :
- Philippe Boulogne – Hôpital FOCH – Directeur des Systèmes d’Information
- Jean Christophe CALVO – CHRU Nancy – Président du Collège des DSI de CHU
- Dr Marc Ladrière – CHRU Nancy – Néphrologue & VP du CME
- Sandra Logut – Microsoft – Customer Success Manager
- Dr Adrien Vidart – Hôpital Foch – Chirurgien Urologue
- Dr Arnaud Wilmet – Microsoft – Directeur Médical EMEA
Où en êtes-vous au niveau de l’implémentation de l’intelligence artificielle ?
Jean Christophe CALVO : Des expérimentations sont menées depuis quelques années sur l’imagerie médicale. On dresse une feuille de route à 3/5 ans des projets et des porteurs de projets. On veut passer de l’expérimentation à l’organisation et à la fédération de ces projets. On a beaucoup investi sur la reconnaissance vocale avec la solution Dragon et on a vu l’apport que ça pouvait avoir. On veut que l’IA puisse compiler les résultats pour que le professionnel n’ait qu’à relire et envoyer. Notre phase d’expérimentation va se poursuivre avec la solution Dragon Copilot. Pour commencer, on va aller chercher des utilisateurs plutôt technophiles pour voir si l’intelligence artificielle va leur rapporter un vrai gain de temps. On a des résultats plutôt satisfaisants. Sur Nancy, on veut aller plus loin et on s’attend à ce que les gens expriment les besoins et on veut dresser une feuille de route qui va être alimentée de ce qui a été déjà fait.
Plusieurs expérimentations ont été lancées au CHRU de Nancy afin de mettre à profit les données pour améliorer l’efficacité opérationnelle, vous qui participez au processus d’innovation, pourquoi avoir investi votre temps sur Dragon Copilot et quels bénéfices recherchez-vous ?
Dr Marc Ladrière : On va chercher en priorité du gain de temps, peu importe les usages qu’on a de l’IA. On a fait le choix d’avoir un panel très varié de médecins, de types de consultations car on sait bien que l’exercice varie d’un praticien à l’autre. Cette diversité d’usage est très importante à intégrer pour voir les performances de l’outil et voir comment s’adapter aux nouveaux outils. Il y a une diversité inter spécialités, inter médecins et inter patients donc il y a un vrai intérêt à participer le plus tôt possible à ces changements.
Pouvez-vous nous présenter l’outil et ses caractéristiques principales ?
Dr Arnaud Wilmet : Mon rôle est de faire venir les solutions qui existent déjà aux USA en France. Dragon Copilot c’est le Copilot pour les professionnels de santé, ça provient de la reconnaissance vocale et de la technologie ambiante. 25% des médecins en France utilisent la reconnaissance vocale. Trois rôles de l’outil : simplifier la documentation, automatisation des prescriptions et la recherche d’information dans le DPI. L’outil est mature et disponible aux USA, c’est plutôt une adaptation de l’outil au marché français. On a une phase de test in vivo pour travailler avec les médecins, pour avoir un retour d’information. L’IA responsable chez Microsoft, c’est des valeurs de sécurité et de fiabilité pour être sûr que le produit sera parfait pour les médecins pour éviter les hallucinations et sur la partie réglementaire. On veut un Dragon Copilot à terme intégré aux DPI.
Deux établissements sont parmi les premiers à tester la version adaptée au marché français de Dragon Copilot, pourquoi avez-vous décidé d’être un des pionniers à intégrer cette solution d’IA ?
Philippe Boulogne : On a un axe stratégique de développement de la recherche et d’innovation. On est habitué aux expérimentations, j’ai rencontré le VP Sales de Microsoft il y a un an qui nous a fait une présentation complète lors du dernier congrès HIMSS. À Foch, on s’est structuré avec une gouvernance de l’IA avec des médecins et des chercheurs. Ma première priorité c’est embarquer les médecins car personne ne vient aux réunions de formation donc il faut des sponsors pour convaincre les collègues de l’expérimentation. Les équipes Microsoft ont été très présentes avec des indicateurs de suivi. Une cinquantaine de médecins a répondu présent et on a enclenché l’expérimentation en vie réelle avec des patients.
Adrien Vidart : L’IA est une révolution industrielle, à court terme il y aura des établissements qui auront fait le virage et d’autres non. Concernant cet outil Microsoft, on a tout de suite adhéré au projet. Ma secrétaire m’a tout de suite dit : c’est génial, les courriers sont mieux structurés, c’est mieux que le DMO, je passe moins de temps à structurer les documents. Ça fait gagner du temps mais quel temps ? En moyenne un médecin écoute un patient pendant 11 secondes avec une consultation moyenne qui dure 15 minutes. Je me suis rendu compte qu’avec cet outil mon empathie a changé, je ne regarde plus mon écran. Mon eye contact a changé, je regarde le patient et je regarde son langage paraverbal. L’outil me permet de noter des informations sur le mode de vie du patient car l’outil capte des informations que je n’aurais pas captées et ces informations pourront être utiles pour mes collègues. Il y a toute cette exhaustivité. J’ai fini ma consultation à la même heure, je n’ai pas gagné de temps. Ça va être attractif pour mes collègues et je vais être plus exhaustif et empathique.
Quels ont été vos besoins en ce qui concerne le management du changement ?
Adrien Vidart : Il y a toujours des ambassadeurs, ceux qui s’y intéressent mais l’abandonnent et les opposants à toutes les nouvelles technologies. On a eu 50 inscrits et 20 utilisateurs actifs. Pourquoi les 30 autres ont-ils abandonné ? Il y a eu quelques erreurs techniques pour les enregistrements ou alors la présentation des informations est différente car l’outil qu’on utilise est à sa version junior. Quand vous êtes les premiers à vous positionner sur un projet, c’est important de pouvoir exprimer les besoins pour faire évoluer la solution.
Philippe Boulogne : En tant que DSI, quand on présente un outil en mode junior à des médecins, ils ne veulent pas l’utiliser car il y a des bugs. Or il faut comprendre que c’est une expérimentation qui ne demande qu’à s’améliorer mais pour cela il faut l’utiliser pour avoir des retours.
Demain le médecin n’aura plus besoin de clavier et il commandera tout à l’oral.
Quels ont été les impacts sur la manière dont a été reçu Dragon Copilot par les médecins en fonction de leur profil et de leur spécialité ?
Dr Ladrière : Même en ciblant des profils divers et variés, on a vu d’autres profils qui sont venus s’ajouter. On a un excellent retour pour les chirurgiens et les médecins internes et les sage-femmes. C’est vraiment une expérience qui s’alimente au fur et à mesure de l’avancée au sein d’une même spécialité. Par le partage d’expérience, on y trouve des intérêts qu’on n’aurait pas ciblés ou vus au départ.
Vous êtes spécialiste du management du changement, quelle démarche mettez-vous en place pour faire adopter ces outils auprès des médecins ?
Sandra Logut : Dès lors qu’il faut changer des habitudes, c’est compliqué. On a les premiers utilisateurs qui n’ont pas besoin de formation, ils sont suivis de ceux qui imitent, puis une grosse portion de ceux qu’il va falloir accompagner, puis il y aura les réfractaires. On savait qu’on allait demander plus aux médecins donc il fallait prendre le temps des feed-backs, faire de la pédagogie vis-à-vis de l’IA car il faut verbaliser et expliquer. On a mis en place une équipe projet particulière qui est associée à des chefs de projet sur site. Les formations sont individuelles et sont adaptées aux profils d’utilisateurs qu’on a. Formation très courte puis expérimentation à laquelle on assiste pour faire des retours et coacher le médecin.140 médecins utilisent la solution avec 2200 consultations réalisées avec l’outil et 3 sites actifs. 4 nouveaux sites vont nous rejoindre en juin. On a un effet boule de neige avec des médecins qui parlent de la solution à leurs collègues.