70% des jours d’hospitalisation NHS concernent des maladies chroniques.
Le modèle hospitalier actuel génère des surcoûts sans gains cliniques démontrés.
Le suivi à distance et l’hospitalisation à domicile sont au cœur des recommandations du think tank Re:State
Des équipes locales « SWAT » accompagneraient le changement organisationnel.
Une messagerie sécurisée clinicien-à-clinicien est préconisée à l’échelle nationale.
L’IA générative doit accélérer la localisation des experts NHS via un annuaire intelligent.
Un financement stable sur 5 ans des Virtual Wards est proposé.
Une logique post-guerre devenue inadaptée et coûteuse
Historiquement conçu pour traiter des pathologies aiguës et infectieuses, l’hôpital britannique concentre aujourd’hui des ressources lourdes dans des bâtiments qui peinent à répondre aux besoins des patients chroniques et polymorbides. Près de 70 % des jours d’hospitalisation concernent des pathologies chroniques. Le rapport analyse les tentatives actuelles de déplacement de soins spécialisés vers les communautés (consultations spécialisées en soins primaires, centres diagnostiques communautaires). Si ces modèles améliorent ponctuellement l’accès et la satisfaction des patients, ils génèrent des surcoûts (dédoublement des ressources, dilution des compétences, augmentation de la demande induite) sans gain cliniquement prouvés. Le modèle actuel coûte cher, dégrade la productivité.
70% des lits occupés par des soins chroniques : Re:State propose de décongestionner l’hôpital par le suivi virtuel
Le think tank britannique Re:State propose de redéfinir l’hôpital autour du soin à distance et du suivi virtuel, notamment dans un modèle plus adapté à la prise en charge des maladies chroniques. Pour Re:State, l’avenir réside dans une approche « Hopital of the future : Hospital as a service, not a building » s’appuyant sur les capacités numériques : suivis à distance, hospitalisation à domicile et monitoring continu permettent de délivrer des soins complexes sans mobiliser systématiquement le lit hospitalier. Le rapport “Hospital as a service, not a building”, publié en mai 2025 appelle à une refonte du NHS et propose plusieurs pistes.
21 mesures pour rediriger les ressources du NHS
Repenser les parcours : prioriser les soins de proximité assistés par le spécialiste
Réviser les parcours multimorbidité-fraîgilité : Les systèmes intégrés de soins (ICS) doivent conduire des revues cliniques de leurs parcours, sur le modèle du programme “Get It Right First Time”, afin de mieux articuler soins primaires, secondaires et sociaux. L’objectif : renforcer la capacité des médecins généralistes, avec un appui spécialiste à distance.
Identifier les soins compatibles avec le virtuel : Un audit national devrait distinguer les actes nécessitant une présence physique de ceux adaptables à une approche « virtual first », posant les bases d’une réorganisation des parcours.
Tester de nouveaux financements en soins primaires : Re:State propose des pilotes de trois ans où les GPs seraient rémunérés à l’acte pour certaines consultations spécialisées, avec un tarif prenant en compte la complexité des cas multimorbides.
Déployer des équipes locales de transformation : Chaque ICS pourrait mobiliser des équipes « SWAT » d’experts en conduite du changement, financées par le Department of Health (DHSC), pour accompagner la mise en œuvre des nouveaux parcours.
Miser sur la communication clinique en temps réel : Avis spécialisés sous 24h : l’atout d’un annuaire NHS boosté à l’IA générative
Un réseau national sécurisé clinicien-à-clinicien : Re:State recommande la création d’une plateforme de communication nationale, intégrant messagerie, visioconférence et partage de données en temps réel, opérant sous supervision du DHSC avec des exigences renforcées de cybersécurité.
Annuaire NHS dopé à l’IA : Un annuaire national adossé à de l’IA générative permettrait de localiser rapidement les experts pertinents dans l’ensemble du NHS, réduisant les délais d’avis spécialisé.
Incitations financières pour les avis à distance : Les ICS pourraient introduire des incitations (bonus ou pénalités) pour favoriser la participation des spécialistes à ces plateformes de conseil inter-cliniciens.
Structurer l’hôpital autour du soin à distance : un financement sécurisé sur 5 ans
Remote General Hospitals : premiers pilotes : Trois ICS fusionnés pourraient expérimenter des “hôpitaux généraux à distance”, avec urgences virtuelles, dermatologie, ophtalmologie et suivi ambulatoire à distance comme noyau initial. L’évaluation porterait sur les coûts, les résultats cliniques et l’expérience patient.
Former massivement les cliniciens à la télémédecine : Le NHS et les Collèges médicaux seraient chargés d’intégrer la téléconsultation et le monitoring à distance dans les curricula de formation initiale et continue.
Financement pluriannuel des Virtual Wards : Le DHSC devrait accorder une enveloppe sur 5 ans pour stabiliser le financement des hôpitaux à domicile, assortie d’objectifs de capacitaire mesurables.
Intégrer les EHPAD dans les Virtual Wards : Des incitations tarifaires pourraient encourager les maisons de retraite à participer activement au suivi hospitalier à domicile, notamment via le monitoring connecté.
Interopérabilité des dispositifs connectés : Le NHS devra édicter des standards techniques pour assurer l’interopérabilité des dispositifs de monitoring avec les dossiers patients électroniques.
Unification des données cliniques : Le Dossier Clinique Unifié (UCR) servirait de référentiel unique à tous les acteurs du NHS. Tous les EPR devront être compatibles UCR, facilitant le partage en temps réel et l’analyse populationnelle.
Standards nationaux de données et contrats EPR limités à 5 ans Le DHSC fixerait des standards obligatoires (codification, modèle de données, interopérabilité) et limiterait à 5 ans les contrats des fournisseurs de logiciels hospitaliers pour stimuler l’innovation et la compétition.
Virtual Ward de Cambridge : 85 patients suivis à distance pour un tiers du coût habituel
A Cambridge University Hospitals NHS Foundation Trust, le Virtual Ward est devenu un laboratoire du soin hospitalier à distance. Jusqu’à 85 patients peuvent y être pris en charge simultanément par une équipe réduite composée d’un consultant généraliste, d’un médecin junior et de 3 à 8 infirmiers. Basée dans un bureau au sein de l’hôpital Addenbrooke, l’équipe assure une surveillance continue via des dispositifs de monitoring à distance et une interface numérique de gestion des patients. Le coût moyen d’une journée d’hospitalisation virtuelle y est estimé à 90£, contre 300£ en hospitalisation conventionnelle. Surtout, les réadmissions à 30 jours y sont divisées par deux (6-10% contre 12% en hospitalisation classique). Ce modèle permet de décongestionner les lits physiques et de rediriger les ressources hospitalières vers des actes complexes non délocalisables.
Une stratégie exportable ?
L’approche de Re:State anticipe les mutations structurelles que connaîtront nombre de systèmes de santé sous la pression du vieillissement et des maladies chroniques. L’articulation entre soins de proximité renforcés, plateformisation des expertises et socle numérique interopérable dessine un modèle hôpital-hors-les-murs potentiellement exportable.
La CNIL publie ses recommandations pour encadrer le développement des systèmes d’IA utilisant des données personnelles
Les difficultés récurrentes liées à l’application du RGPD lors de l’entraînement des modèles d’intelligence artificielle ont conduit la CNIL à publier ses premières recommandations.
Encadrer l’utilisation des données personnelles par les IA en formation
L’utilisation de données personnelles expose les individus à des risques. La CNIL rappelle que le RGPD impose des conditions. Les recommandations s’appliquent aux systèmes d’IA fondés sur l’apprentissage automatique (machine learning), qu’ils soient conçus pour un usage défini ou pour des usages généraux (general purpose AI). Sont concernés aussi bien les systèmes dont l’apprentissage est statique que ceux qui s’adaptent en continu à partir de nouvelles données d’utilisation. La phase de développement uniquement est couverte par ces recommandations, incluant la conception du système, la constitution de la base de données et l’apprentissage. Le déploiement opérationnel n’en fait pas partie.
La CNIL souligne que ses recommandations tiennent compte du règlement européen sur l’intelligence artificielle, le RGPD et le règlement IA s’appliquant conjointement lorsque des données personnelles sont traitées. Ces recommandations viennent ainsi compléter le cadre européen en précisant les obligations en matière de protection des données.
Comment fixer la durée de conservation des données selon la CNIL ?
Les 7 étapes de conformité :
Définir l’objectif du système d’IA (finalité) : Les responsables doivent déterminer de manière précise et documentée la finalité poursuivie par le système d’IA. Cette définition doit être spécifique, explicite et légitime au regard du RGPD, afin de limiter les usages secondaires non prévus des données.
Déterminer les responsabilités des différents acteurs : La gouvernance du projet doit être clarifiée pour identifier qui, parmi les acteurs impliqués (fournisseurs de données, développeurs, commanditaires), est responsable de traitement, sous-traitant ou co-responsable de traitement, au sens du RGPD.
Identifier la base légale autorisant le traitement des données personnelles : Chaque traitement doit reposer sur une base juridique appropriée (consentement, intérêt légitime, obligation légale, exécution d’un contrat, intérêt vital ou mission d’intérêt public). Le choix de cette base doit être justifié et cohérent avec la finalité définie.
Vérifier la possibilité de réutiliser certaines données existantes : Avant de collecter de nouvelles données, les responsables doivent évaluer si des données déjà collectées peuvent être réutilisées dans le respect des principes de limitation de la finalité, de durée de conservation et de minimisation.
Limiter les données personnelles à celles strictement nécessaires : La constitution des bases d’apprentissage doit être guidée par le principe de minimisation des données. Seules les données pertinentes et indispensables à l’objectif doivent être intégrées, afin de réduire les risques d’exposition excessive des individus.
Fixer une durée de conservation des données : Les responsables doivent prévoir des durées de conservation limitées et justifiées en fonction des objectifs poursuivis et des obligations légales. Une fois la durée expirée, les données doivent être supprimées ou anonymisées.
Réaliser une analyse d’impact sur la protection des données (AIPD) : Lorsque le traitement est susceptible d’engendrer des risques élevés pour les droits et libertés des personnes, une AIPD doit être réalisée avant le démarrage du projet afin d’identifier, évaluer et réduire ces risques.
Des fiches à venir
La CNIL annonce la publication prochaine de nouvelles fiches abordant des thématiques spécifiques : collecte de données sur internet, recours à l’intérêt légitime comme base légale, exercice des droits des personnes concernées, ou encore recours à des licences ouvertes. Ces fiches feront l’objet d’une consultation publique.
Concepteur du cœur artificiel Aeson, Carmat annonce l’ouverture d’une campagne de dons, accessible à tout le monde. La société est dans une situation financière périlleuse. Son besoin de financement sur les douze prochains mois est estimé à 35 millions d’euros. Un financement supplémentaire de 4,5 millions d’euros sera nécessaire avant fin juillet 2025. Le reste des besoins de financement devrait être couvert au fil des mois suivants pour atteindre les 35 millions d’euros recherchés.
“Dans un environnement très dégradé, et malgré tous nos efforts, nous ne sommes pas parvenus à ce jour à sécuriser les financements nécessaires à la poursuite de notre mission“.
La société précise que cette campagne de dons vise à mobiliser la solidarité du public pour soutenir son activité et permettre de continuer à proposer une solution de suppléance cardiaque pour les patients en insuffisance cardiaque terminale. Le cœur artificiel d’Aeson est conçu comme une alternative à la transplantation cardiaque. Le dispositif est déjà utilisé chez certains patients dans le cadre d’autorisations d’utilisation ou d’études cliniques.
L’Association des directeurs d’hôpital (ADH), la Fédération hospitalière de France (FHF), la Fédération de l’hospitalisation privée (FHP), FIA-PRO et Unicancer publient une fiche méthodologique à destination des établissements de santé souhaitant déployer l’intelligence artificielle générative. Conçue à partir de retours d’expériences terrain, cette ressource détaille un parcours en sept étapes pour encadrer la mise en œuvre de ces technologies.
La méthodologie proposée vise à :
Structurer les projets avec une approche progressive.
Sécuriser les usages en conformité avec la réglementation.
Favoriser l’adhésion des professionnels de santé et des patients.
Optimiser les effets sur la qualité des soins et l’organisation hospitalière.
Les cas d’usage recommandés couvrent plusieurs domaines : aide au diagnostic, dépistage, chirurgie assistée …
Le cadrage préconise que le projet doit être piloté par un leader identifié, avec un temps dédié et des conditions favorables à sa mission. Un comité d’éthique multidisciplinaire (professionnels, patients, juristes) est prévu pour superviser l’usage responsable de ces technologies. La première étape opérationnelle consiste à analyser les besoins des différents services (cliniques, administratifs, formation), en consultant les équipes concernées. Des actions de formation initiale et continue sont recommandées, accompagnées d’ateliers pratiques. L’évaluation de l’infrastructure existante (interopérabilité, standardisation des données) et la planification des financements. Le choix des outils repose sur des critères de qualité et de performance : marquage CE, preuves d’efficacité pour les dispositifs médicaux, intégration au workflow existant, possibilité de co-développement avec industriels ou académiques, et indicateurs de performance. Le déploiement s’effectue par projets pilotes, dans des services volontaires. Un chef de projet opérationnel accompagne le leader stratégique. Par ailleurs, la montée en charge se fait par étapes avec retour d’expérience.
La conformité avec le RGPD, la CNIL et le marquage CE est exigée
La fiche propose une feuille de route articulée en sept étapes :
Cadrage stratégique : définition d’une gouvernance, désignation d’un leadership légitime et formulation d’un cadre éthique.
Évaluation initiale et préparation : analyse des besoins, mobilisation des équipes et audit de l’infrastructure.
Sélection et validation des outils : identification des cas d’usage pertinents et évaluation des solutions.
Déploiement progressif : mise en œuvre via des projets pilotes avec retour d’expérience.
Respect du cadre réglementaire : prise en compte de la sécurité des données et du consentement éclairé.
Suivi et amélioration continue : mesure des impacts et diffusion des apprentissages.
Vigilance éthique permanente : prévention des biais, maîtrise des limites et respect des valeurs du soin.
Un document à destination de l’ensemble des acteurs du secteur
La fiche est conçue pour répondre aux besoins de différents profils : directions d’établissements, professionnels de santé porteurs d’innovation, DSI hospitaliers, équipes pédagogiques et de recherche, ainsi que les industriels du numérique en santé. Elle ambitionne de favoriser une adoption responsable, adaptée aux spécificités du système hospitalier français.
Le CNOM refuse la téléconsultation déterritorialisée
Le rapport d’activité 2024 du Conseil national de l’Ordre des médecins souligne la montée en puissance des outils numériques dans la pratique médicale. Face à cette évolution, l’Ordre propose des ajustements pour garantir que les intérêts des patients et les principes déontologiques demeurent prioritaires.
Sur le plan interne, l’Ordre poursuit sa dématérialisation : inscriptions en ligne, bulletins numériques, et diffusion via ses newsletters et réseaux sociaux. Une économie de 1 million d’euros est dégagée sur les coûts d’impression. Mais l’essentiel du rapport se concentre sur l’encadrement de la transformation numérique de la pratique médicale. Sur la télémédecine, le CNOM réaffirme son opposition à l’exercice médical exclusivement à distance, sans ancrage territorial et sans connaissance préalable du patient. Les dispositifs commerciaux implantés dans des espaces publics sont explicitement visés. Le CNOM rappel qu’il a participé aux travaux de la Haute autorité de santé (HAS) pour définir les conditions d’exercice de ces pratiques.
Au-delà des aspects organisationnels, le rapport met en garde contre la financiarisation croissante de certains segments de l’offre de soins numériques. L’entrée de capitaux non médicaux dans les sociétés d’exercice libéral (SEL) médicales est identifiée comme un facteur de déstabilisation potentielle de l’indépendance professionnelle.
L’ordre veut intégrer l’IA dès les études médicales
L’intelligence artificielle (IA) fait l’objet d’une attention. Le Think Tank “IA et Santé” de l’Ordre a multiplié les travaux et les échanges institutionnels au fil de l’année. Plusieurs points de vigilance sont formulés.
Le premier concerne la responsabilité médicale. Pour l’Ordre, l’utilisation de systèmes d’aide à la décision fondés sur l’IA ne peut diminuer la responsabilité propre du médecin. L’accès aux données d’entraînement des algorithmes, la transparence sur les biais potentiels et les performances réelles des dispositifs sont jugés indispensables.
L’Ordre souligne aussi l’insuffisance actuelle de la formation initiale des médecins aux outils numériques. Il propose que la compétence dans l’utilisation critique des outils d’IA soit intégrée dans les cursus universitaires, afin d’éviter une dépendance passive aux solutions.
Sur le plan réglementaire, le CNOM a soumis en 2024 une révision du code de déontologie, incluant un nouvel article dédié aux pratiques numériques. Ce texte rappelle les obligations de vérification des outils par le médecin et la protection renforcée des données de santé des patients.
Au fil des pages du rapport, une ligne directrice se dégage : le numérique et l’IA sont appelés à transformer durablement la pratique médicale, mais sans que la responsabilité clinique et les garanties déontologiques soient affaiblies. Le CNOM entend poursuivre en 2025 son travail avec les pouvoirs publics pour stabiliser un cadre juridique adapté à ces nouvelles pratique.
PanDerm : une IA évaluée sur plus de 7 tâches cliniques en dermatologie
L’apprentissage profond a déjà largement montré des performances remarquables — égalant ou dépassant parfois les dermatologues — pour le diagnostic et la prise en charge des maladies de la peau. Mais, les modèles d’IA actuels en dermatologie restent limités à des tâches isolées, comme le diagnostic du cancer de la peau à partir d’images dermoscopiques. Autant dire que cela réduit leur utilité dans des contextes cliniques réels variés.
C’est pourquoi une équipe internationale dirigée par des chercheurs australiens de l’Université Monash ont développé PanDerm. C’est un outil qui a été évalué sur un large éventail de tâches cliniques : dépistage du cancer de la peau, prédiction du risque de récidive ou de propagation, évaluation du type de peau, comptage de grains de beauté, suivi de l’évolution des lésions, diagnostic d’un large éventail d’affections cutanées, et segmentation des lésions. « Les modèles précédents avaient du mal à intégrer et traiter différents types de données et méthodes d’imagerie, ce qui limitait leur utilité pour les médecins dans des contextes réels variés », explique le Pr associé Zongyuan Ge, expert en IA et vision par ordinateur à la Faculté des technologies de l’information de l’Université Monash et co-auteur principal de l’étude.
Un outil qui analyse différents types d’images
Entraîné sur plus de deux millions d’images cutanées, le modèle a utilisé des données issues de 11 institutions dans plusieurs pays, couvrant quatre types d’imagerie médicale (photos en gros plan, images dermoscopiques, lames pathologiques et photographies corporelles complètes).
PanDerm a été évalué sur différentes tâches :
le dépistage du cancer de la peau,
la stratification des risques,
le diagnostic différentiel d’affections cutanées courantes et rares,
la segmentation de lésions,
le suivi longitudinal,
la prédiction de métastases et le pronostic.
Les résultats de leur étude ont été publiés le 22 avril dans Nature Medicine.
Résultats : l’IA améliore le diagnostic de 11%
L’IA a permis de repérer des mélanomes précoces avec 10 % de succès en plus que les cliniciens, en comparant l’évolution des lésions dans le temps.
Panderm a aidé les dermatologues à poser un meilleur diagnostic de cancer de la peau, en améliorant leur précision de 11 % à partir d’images spécialisées.
Les médecins non spécialistes de la peau ont pu mieux reconnaître 128 maladies cutanées avec 16,5 % d’erreurs en moins sur des photos cliniques classiques.
« Comprendre les maladies cutanées comme les dermatologues »
Ces résultats mettent en évidence la plus-value apportée par cet outil. En effet, ces performances ont été obtenues en ayant recours à seulement 5 à 10 % des données annotées généralement requises. Toute la différence repose sur l’approche multimodale. « En entraînant PanDerm avec des données issues de différentes techniques d’imagerie, nous avons créé un système qui comprend les maladies cutanées comme le font les dermatologues : en synthétisant les informations issues de différentes sources visuelles, » indique le premier auteur de l’étude. Le Pr H. Peter Soyer, directeur du Dermatology Research Centre de l’Université du Queensland et co-auteur principal, ajoute que PanDerm « pourrait donc être particulièrement utile dans des contextes très sollicités ou à ressources limitées, ou en soins primaires où l’accès aux dermatologues est restreint. »
PanDerm n’est pas encore utilisé en routine dans les hôpitaux, il est en phase de test. Les chercheurs veulent s’assurer qu’il fonctionne bien dans la vraie vie, pas seulement en laboratoire. Les chercheurs prévoient par conséquent de l’évaluer sur davantage de maladies de peau, pas seulement les plus courantes comme le mélanome ou l’eczéma, de vérifier que l’IA donne des résultats fiables chez tous les patients, quel que soit leur âge, couleur de peau, ou leur origine géographique et qu’il fonctionne bien dans différents types d’hôpitaux, en ville ou en zone rurale.
* A multimodal vision foundation model for clinical dermatology
Yan, S., Yu, Z., Primiero, C. et al.Nat Med (2025).
L’élargissement progressif du paysage des acteurs, entre industriels établis, startups innovantes et nouveaux services numériques liés à Mon espace santé.
L’ancrage des usages numériques dans les pratiques professionnelles, notamment via l’application carte Vitale, l’ordonnance dématérialisée et l’intégration des services socles.
L’évolution des technologies et des enjeux d’interopérabilité au sein des outils métiers.
L’étude s’attache également à analyser les dynamiques économiques du secteur, le positionnement des fournisseurs de solutions pour les professionnels de santé libéraux et les établissements, ainsi que les perspectives à moyen terme.
Concentration du marché SESAM-Vitale, 85 % des professionnels équipés par 18 éditeurs
En 2024, le nombre de professionnels de santé qui utilisent la télétransmission SESAM-Vitale est de 414 816. Sur les 180 éditeurs de solutions de télétransmission SESAM-Vitale, 18 concentrent 85,42 % des parts de marché. Cette concentration s’explique par la capacité des leaders à intégrer rapidement les nouvelles obligations réglementaires et les attentes fonctionnelles des praticiens. Parmi eux :
Et Orisha Healthcare France (7,3 %) figurent parmi les plus importants fournisseurs pour les professionnels de santé libéraux.
Concernant le volume des feuilles de soins électroniques, Equasens (20 %), Everys (16 %) et CompuGroup Medical (11 %) se distinguent. Le marché des éditeurs reste donc concentré autour de quelques acteurs dominants.
Migration vers l’Addendum 8 : 91,6 % des professionnels équipés en un an
En un an, la migration vers l’Addendum 8 a franchi un cap important : de 45,7 % d’équipements conformes fin 2023, le taux bondit à 91,6 % fin 2024. Pharmaciens (97,3 %) et auxiliaires médicaux (95,9 %) ont largement achevé leur mise à niveau. Le retard des laboratoires, limités à 0,7 %, interroge cependant sur la capacité de certains segments à suivre le rythme imposé par les nouvelles versions du cahier des charges SESAM-Vitale.
L’intégration des services de l’Assurance Maladie progresse également dans les logiciels métiers. Près de 99,5 % des professionnels utilisent le téléservice ADRi pour vérifier en ligne les droits des patients. Le suivi des remboursements et des rejets en tiers payant est désormais standard (98,5 %). Quelques dispositifs plus récents restent encore à généraliser, à l’image de la contraception d’urgence (14,6 % de déploiement) ou du tiers payant IVG (72,1 %).
3 595 établissements et 33 000 transporteurs raccordés aux services de facturation SESAM-Vitale
Le marché ne se limite pas à la médecine de ville. Du côté hospitalier, 3 595 établissements sont équipés de logiciels de gestion administrative du patient (GAP), fournis par 31 éditeurs, dont Dedalus France ou Maincare Solutions. Côté transport, 33 423 acteurs (ambulanciers et taxis conventionnés) utilisent les services SESAM-Vitale pour la facturation, un segment dominé par LOMACO.
L’arrivée de l’appli carte Vitale pousse à l’adoption de lecteurs polyvalents. En janvier 2025, 58 modèles référencés par 14 fabricants sont disponibles, combinant lecture des QR codes, NFC et cartes physiques. Cette offre adaptée vise à répondre à la réduction des ports USB sur les postes de travail et à simplifier l’équipement des praticiens.
Accompagner la fin des TLA
Le retrait définitif du support des terminaux lecteurs applicatifs (TLA), prévu pour juillet 2025, oblige les éditeurs à proposer des alternatives mobiles. Aujourd’hui, 21 solutions mobiles SESAM-Vitale sont commercialisées par 15 éditeurs. Trois architectures se partagent le marché : solutions “online”, “réparties” et “compactes”. Les auxiliaires médicaux (96 % équipables), sages-femmes (75 %) et médecins généralistes (62 %) figurent parmi les premiers utilisateurs visés. En parallèle, les offres techniques d’intégrateurs permettent aux éditeurs de construire rapidement leurs solutions mobiles à partir de composants logiciels spécialisés.
SoFIA-Santé veut créer des ponts entre IA médicale, sciences humaines et éthique
La création de SoFIA-Santé a été officiellement annoncée le 18 juin 2025 à Dijon. Présidée par le Pr Patrick Callier, la nouvelle société rassemble une équipe pluridisciplinaire composée de professionnels de santé, chercheurs, juristes, experts en éthique, philosophes et patients, issus de plusieurs pays francophones.
Alors que l’IA transforme les pratiques médicales, SoFIA-Santé entend accompagner cette évolution en s’appuyant sur une démarche scientifique, éthique et éco-responsable. La société affiche plusieurs objectifs.
Promouvoir une IA respectueuse des droits fondamentaux des patients.
Accompagner les professionnels de santé dans l’adoption de ces technologies.
Soutenir la recherche et l’innovation dans les applications médicales de l’IA.
Créer des passerelles entre médecine, technologie et sciences humaines.
Sensibiliser patients et citoyens aux enjeux de l’IA en santé.
Participer à l’élaboration de cadres réglementaires protecteurs.
Encourager des pratiques d’IA durables et sobres sur le plan environnemental.
Structurée autour de cinq comités thématiques
Pour porter ses actions, SoFIA-Santé s’appuie sur cinq comités :
Éthique & Réglementaire
Recherche, Innovation & Data
Formation & Sensibilisation
Relations Internationales, Partenariats & Communication
Usages & Impacts Socio-Environnementaux de l’IA en Santé
Une gouvernance collégiale
Outre le Pr Patrick Callier à la présidence, l’équipe dirigeante rassemble Barbara Mathian (Secrétaire générale et Trésorière), Jean-Louis Fraysse et Dany Girard (Vice-présidents), ainsi que de nombreux membres du conseil d’administration dont Maria-Alice Bertolim, Fabrice Denis, Maxime Elbaz, David Gruson, Bénédicte Lelievre, Jimmy Siméon, Cécile Théard-Jallu ou Lionel Reichardt.
La France reste le deuxième marché pharmaceutique européen mais perd en attractivité pour les laboratoires : seuls 60 % des médicaments ayant obtenu une AMM européenne sont disponibles sur le territoire. L’accès aux nouveaux traitements y reste particulièrement lent :
523 jours sont nécessaires contre 50 jours en Allemagne.
Le Baromètre signale également une hausse de 7 % des arrêts de commercialisation, souvent liée à des déséquilibres économiques persistants.
La production locale est aussi en recul : seuls 9 % des nouveaux médicaments commercialisés en Europe sont fabriqués en France.
Sur le plan fiscal, 60 % du résultat d’exploitation des entreprises est prélevé par l’État, dont 88 % par des taxes spécifiques au secteur.
Conséquence directe : 64 % des dirigeants déclarent ne pas envisager d’investir en France dans les trois prochaines années.
Le Leem dénonce un modèle inadapté aux innovations thérapeutiques
Le Leem appelle à des mesures correctives urgentes pour relancer l’attractivité nationale. Le premier axe vise à simplifier l’accès aux traitements : harmonisation européenne des évaluations via la procédure HTA, accélération de l’accès aux vaccins, et révision du système de fixation des prix intégrant le bénéfice médico-économique des médicaments.
Attirer les essais cliniques passe par des délais réglementaires divisés par 3
Le deuxième axe cible l’innovation. Le Leem propose un fast track européen ramenant les délais d’autorisation des essais cliniques à 31 jours, des mesures pour retenir les essais en France, et un renforcement de la collaboration avec l’ANSM sur la revalorisation de molécules peu onéreuses pour des maladies graves.
La fixation des prix comme frein central à l’innovation
Enfin, pour renforcer la souveraineté industrielle, le Leem prône une politique européenne de fixation des prix harmonisée, des mesures de viabilité pour soutenir la production locale, des incitations fiscales pour les sites industriels, et l’intégration des investissements environnementaux dans la valorisation des prix. Le Leem demande qu’une loi de programmation en santé, dotée d’un pilotage interministériel stable, traduise ces orientations en engagements concrets pour le système de santé et la compétitivité nationale.
18,1% des adultes français touchés par l’obésité en France (plus de 9,5 millions de personnes).
33 200 décès cardio-neurovasculaires attribués à l’obésité en 2024.
12,7 milliards d’euros : coût socio-économique de l’obésité en France en 2024 (Asterès).
La stratégie française contre l’obésité bute sur un déficit de pilotage politique et un manque de données.
Les populations les plus exposées restent insuffisamment ciblées par les dispositifs de prévention et de prise en charge.
Le gouvernement prépare un plan global contre l’obésité pour septembre 2025.
2025 : The Lancet redéfinit l’obésité en 2 stades
L’OMS reconnaît l’obésité comme une maladie chronique caractérisée par une accumulation anormale ou excessive de tissu adipeux, susceptible de nuire à la santé. Chez l’adulte, le diagnostic repose essentiellement sur l’indice de masse corporelle (IMC), calculé en divisant le poids par le carré de la taille (kg/m²) :
IMC ≥ 25 : surpoids
IMC ≥ 30 : obésité
Pour les enfants et adolescents, l’obésité est définie en fonction des seuils dérivés des courbes de croissance de l’OMS, adaptés selon l’âge et le sexe. D’autres outils cliniques, comme le tour de taille, ou la bio-impédance permettent d’apprécier la répartition et la quantité de graisse corporelle. En 2025, la Commission de The Lancet sur l’obésité propose de distinguer deux stades cliniques qui élargissent et intègrent des dimensions métaboliques, structurelles et fonctionnelles :
Obésité pré-clinique : surcharge graisseuse sans dégradation d’organe.
Obésité clinique : surcharge associée à des dysfonctions organiques (métaboliques, cardiaques, hépatiques ou articulaires).
La reconnaissance de l’obésité comme maladie chronique est largement admise depuis plusieurs années, et intégrée dans les stratégies nationales internationales de santé.
68 000 décès par an en France attribués à l’excès de poids
L’obésité est une pathologie multifactorielle liée à des environnements obésogènes, des facteurs génétiques, psychosociaux ou médicaux. Les déterminants structurels incluent l’accès limité à une alimentation saine, l’inactivité physique due à un cadre urbain inadéquat, et l’absence de politiques réglementaires efficaces. Par ailleurs, les systèmes de santé peinent à détecter précocement les signes de surpoids et de stockage excessif de graisses. Les données épidémiologiques confirment le rôle de l’obésité dans la survenue de certains cancers, de maladies cardiovasculaires, de diabète, et de troubles psychologiques, avec un impact mesurable en termes de morbidité, de mortalité et de qualité de vie.
Maladies cardiovasculaires et métaboliques : l’obésité multiplie les risques de diabète de type 2, d’hypertension, d’apnée du sommeil, d’insuffisance cardiaque et de stéatose hépatique. Chez les obésités sévères (IMC ≥ 40), le diabète de type 2 est 12 fois plus fréquent et les apnées du sommeil 22 fois.
Troubles psychologiques : l’obésité est associée à la dépression, à une moindre estime de soi, à la stigmatisation sociale, à des troubles alimentaires et à un sentiment d’isolement.
Espérance de vie et santé cognitive : un IMC élevé est lié à une baisse de l’espérance de vie et à une accélération du vieillissement cérébral. D’autre part, le risque cardiovasculaire et métabolique persiste à l’âge adulte pour les enfants obèses.
Depuis 30 ans, l’obésité a plus que doublé en France
En France, la prévalence de l’obésité continue de progresser, atteignant approximativement 15 % chez les adultes âgés de 20 à 69 ans, selon les données de l’enquête EHIS exploitées par la DREES. À cela s’ajoutent 31 % de personnes en surpoids, soit près de la moitié de cette tranche d’âge concernée par un excès pondéral. Depuis les années 1990, la tendance est à la hausse constante, avec un doublement des cas d’obésité en deux décennies. Les personnes les plus touchées sont celles en situation de précarité économique, peu diplômées, ou âgées. L’activité physique régulière et un niveau d’études élevé apparaissent comme des facteurs de protection.
À l’échelle européenne, la France se situe dans la moyenne basse des pays de l’Union européenne à 27, loin derrière les pays d’Europe de l’Est où les taux d’obésité sont les plus élevés. Toutefois, la dynamique observée en France est comparable à celle du reste de l’Europe, avec une généralisation du phénomène à l’ensemble des catégories sociales. La DREES souligne que près d’un Européen sur deux est en surpoids ou obèse, et que la France n’échappe pas à cette évolution, en particulier parmi les jeunes et les populations défavorisées.
Surpoids et obésité : facteurs de risque et politiques de prévention en France et dans le monde Les dossiers de la DREES N° 118 Paru le 17/07/2024
12,7 milliards d’€ : le coût de l’obésité en France en 2024 (Asterès)
Une étude réalisée par Asterès estime à 12,7 milliards d’euros le coût socio-économique de l’obésité en France pour l’année 2024. Ce montant regroupe les dépenses médicales et les pertes de production économique induites par les absences et décès. L’obésité, qui touche 18,1% des adultes français (soit plus de 9,5 millions de personnes), serait responsable – durant l’année 2024 – de 7,2 millions de cas de maladies et de 68 000 décès.
Les complications associées à l’obésité concernent principalement :
Les maladies cardio-neurovasculaires (2 millions de cas).
Les affections ostéoarticulaires et musculaires (2 millions).
Maladies métaboliques (2 millions), les maladies respiratoires (900 000).
Les cancers (180 000).
Et d’autres pathologies (330 000).
L’analyse d’Asterès précise que les maladies cardio-neurovasculaires devraient être à l’origine de 33 200 décès en 2024, le diabète de 25 800 décès, les cancers de 8 900 décès et l’asthme d’une centaine. Sur les 12,7 milliards d’euros estimés, l’Assurance maladie supporterait 80% du coût (10,2 Mds€), soit près de 5% de l’ensemble de ses dépenses remboursées. Le reste serait pris en charge par les organismes complémentaires (OCAM, 1,5 Md€) et les entreprises (1 Md€).
Pour l’Assurance maladie, les trois principales sources de dépenses sont le diabète (38%), les maladies cardio-neurovasculaires (27%) et les cancers (13%). Côté OCAM, l’hypertension (21%), la lombalgie (18%) et le syndrome d’apnées du sommeil (14%) dominent les coûts. Les entreprises doivent surtout faire face aux pertes de production dues aux arrêts de travail (60% du coût pour elles) et aux décès prématurés (40%), les complications les plus coûteuses étant le diabète (25%), les lombalgies (15%) et les cancers (11%).
Entre 2020 et 2024, le coût de l’obésité a augmenté de 2 milliards d’euros, soit une progression annuelle moyenne de 4,5%, sous l’effet combiné de la hausse du nombre de patients et de l’enchérissement des soins. Asterès anticipe un ralentissement à 3,2% par an d’ici 2030, avec un coût prévisionnel de 15,4 milliards d’euros si aucune mesure supplémentaire n’est mise en œuvre.
Dans une étude publiée le 10 septembre 2024, Santé publique France dresse un bilan préoccupant de l’évolution du surpoids et de l’obésité chez les adultes français entre 1996 et 2017. D’après cette analyse fondée sur les déclarations de poids et de taille de plus de 124 000 adultes, l’obésité a presque doublé en deux décennies. L’agence sanitaire observe que la prévalence de l’obésité chez les hommes est passée de 7 % en 1996 à plus de 14 % en 2016, avant de redescendre à 13 % en 2017. Le surpoids masculin a augmenté de 40 % à 48 % entre 1996 et 2008, puis s’est stabilisé autour de 48-50 %. Chez les femmes, la progression est continue : le surpoids est passé de moins de 25 % en 1996 à 39 % en 2017. L’obésité féminine est passée de moins de 6 % à 14 % sur la même période. Santé publique France insiste sur les conséquences sanitaires du surpoids et de l’obésité, identifiés comme facteurs de risque pour les maladies cardiovasculaires, le diabète et certains cancers. Face à cette situation, l’agence appelle à une intensification des politiques de prévention. Elle souligne la nécessité d’un suivi précis et régulier de l’évolution de la corpulence des adultes afin d’ajuster les mesures de santé publique.
Lutte contre l’obésité : pub, sucre, étiquettes… 3 outils validés
Les politiques de prévention de l’obésité s’articulent principalement autour de deux leviers : l’amélioration de l’alimentation et la promotion de l’activité physique. Côté alimentation, les mesures incluent la promotion des fruits, légumes et céréales complètes, l’étiquetage nutritionnel obligatoire, la taxation des boissons sucrées et la régulation des publicités pour produits gras, salés ou sucrés (PGSS) destinées aux enfants. Certaines campagnes interdisent les jouets promotionnels associés à ces produits. Sur le versant de l’activité physique, les initiatives portent sur le soutien à la pratique régulière dès le plus jeune âge, avec des équipements dans les écoles, des formations spécifiques pour les enseignants, et des actions coordonnées avec les collectivités. Selon la DREES, les trois mesures jugées les plus efficaces sont l’interdiction des publicités pour PGSS ciblant les jeunes, l’étiquetage nutritionnel, et la taxation des boissons sucrées — potentiellement complétées par des aides ciblées comme les chèques alimentaires pour en renforcer l’impact social.
Feuille de route 2019-2022 : structurer une réponse coordonnée à l’obésité
Lancée sous l’égide de l’ancien ministre des Solidarités et de la Santé, Olivier Véran, et copilotée par le Pr Olivier Ziegler, la feuille de route 2019-2022 visait à renforcer la prévention, améliorer la prise en charge de l’obésité et structurer les parcours de soins.
« Prise en charge de l’obésité 2019-2022 »
Elle prévoyait :
Une meilleure information et orientation des personnes obèses et de leur entourage.
Une coordination renforcée entre professionnels de santé.
Un encadrement plus rigoureux des actes de chirurgie bariatrique, avec un suivi prolongé.
Le soutien aux centres spécialisés d’obésité (CSO) et le développement d’une offre de proximité.
La formation des professionnels aux dimensions diététique, psychologique et d’activité physique adaptée.
Cette feuille de route s’inscrivait dans un objectif plus large : la réduction de la prévalence de l’obésité de 15 % chez les adultes et de 20 % chez les enfants d’ici 2023, tel que fixé par le PNNS 4. Un comité de suivi multipartite a été mis en place pour en assurer la mise en œuvre à l’échelle des territoires.
3 consultations de prévention à renforcer à 25, 45 et 65 ans
Cibler prioritairement les populations les plus défavorisées.
Développer une offre de restauration scolaire attractive, surtout dans les quartiers prioritaires.
Interdire les publicités télévisées pour les produits à mauvaise qualité nutritionnelle aux horaires fréquentés par les enfants et adolescents.
Recueillir systématiquement le poids et la taille lors :
Des examens de santé de l’enfant.
Du Service National Universel (SNU).
Des visites de prévention, puis analyser ces données de manière anonymisée à des fins épidémiologiques.
Renforcer le dépistage de l’obésité dès le plus jeune âge.
Mieux former les professionnels de santé à la prise en charge de l’obésité.
Intégrer le repérage du surpoids et de l’obésité dans les nouvelles consultations de prévention à 25, 45 et 65 ans, en les valorisant comme des consultations longues.
Développer les cohortes de population pour mieux documenter l’évolution de l’obésité en France.
Créer des Domaines d’intérêt majeurs régionaux en obésité pour stimuler la recherche ciblée.
Accorder une priorité d’action aux régions ultramarines, particulièrement exposées aux facteurs de risque, en raison de conditions socio-économiques et d’accès aux soins plus difficiles.
La France évalue sa stratégie anti-obésité : une dynamique engagée mais encore à perfectionner
L’obésité progresse toujours
Malgré une politique structurée depuis 25 ans, les résultats français en matière de lutte contre l’obésité appellent à mieux cibler les populations les plus exposées et à renforcer la régulation de l’offre alimentaire. Depuis la fin des années 1990, la politique française de lutte contre l’obésité s’est construite par étapes, à l’initiative de coalitions d’experts en nutrition, de hauts fonctionnaires et de chercheurs, souvent organisés autour d’un programme d’action visant à instituer une “médecine de l’obésité”. Cette mobilisation repose sur trois piliers : un cadrage biomédical de l’obésité, une approche nutritionnelle fondée sur les preuves, et une action renforçant le rôle régulateur de l’État.
Ciblage des populations à risque : un axe à renforcer
L’étude compare les actions françaises aux politiques menées dans 30 pays européens à l’aide des frameworks du World Cancer Research Fund (NOURISHING et MOVING). Elle souligne que les stratégies européennes restent en moyenne “passables”, avec un score de 38,6/100 pour la lutte contre la surconsommation calorique et de 41,7/100 pour la sous-dépense énergétique. Les pays d’Europe de l’Ouest montrent des résultats plus encourageants, notamment sur la promotion de l’activité physique. La France figure parmi les pays dynamiques, mais le rapport identifie encore des lacunes, notamment en ce qui concerne l’adaptation des politiques aux déterminants sociaux (sexe, âge, classe sociale) et la régulation de l’offre alimentaire.
Article 51 : des expérimentations prometteuses
Dernier axe du rapport : les dispositifs expérimentaux mis en œuvre via l’article 51 de la LFSS 2018. Ces projets permettent de tester localement de nouveaux parcours de soins pour l’obésité, en dehors du droit commun mais dans une optique de généralisation. L’évaluation centralisée par la CNAM et le CSIS reste contraignante, mais ces initiatives offrent un levier pour orienter les politiques de santé publique en tenant compte des spécificités territoriales. Malgré des avancées et une structuration cohérente, la politique française gagnerait à mieux intégrer les normes sociales des groupes ciblés et à poursuivre l’effort d’articulation entre prévention comportementale et transformation de l’environnement alimentaire. Le rapport souligne l’intérêt d’approches multi-acteurs, contextualisées, et mieux alignées sur les réalités sociales des populations concernées.
Le gouvernement prépare un plan global contre l’obésité pour septembre 2025
Annoncé par le ministre délégué à la santé Yannick Neuder, le gouvernement français prévoit de lancer en septembre 2025 un « plan obésité » visant une prise en charge globale sur les volets éducatif, sanitaire, sportif et médicamenteux. Parmi les mesures envisagées figure l’élargissement de la prescription des médicaments antiobésité comme le Wegovy — non remboursé à ce jour — aux médecins généralistes. Ce traitement, produit à Chartres par Novo Nordisk, coûte actuellement entre 6 et 9 euros par jour pour les patients français.
Si aucune mesure renforcée n’est engagée, l’obésité continuera de peser sur la mortalité précoce, le système de santé et l’économie, avec une progression soutenue des coûts et des complications à l’horizon 2030.