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  • PLFSS 2026 : Vers un financement des logiciels d’aide à la prescription par l’Assurance maladie dès 202

    Les outils d’aide à la prescription intègrent le champ remboursable

    L’article 30 du PLFSS 2026 prévoit que l’Assurance maladie prendra en charge les logiciels d’aide à la prescription. Sont visés les systèmes d’aide à la décision médicale, conçus pour aider les prescripteurs, gagner du temps et améliorer l’efficacité du système de santé. Le texte souligne que le cadre actuel de la sécurité sociale ne permet pas de soutenir ces services. La mesure propose un financement innovant : les exploitants seront rémunérés en partie selon les économies réalisées grâce à leurs services. Ce financement suivra les priorités fixées par arrêté, notamment issues des 15 programmes de la dernière convention médicale.

    Réduction des dépenses de 30 à 50 % : les effets attendus des SADM 

    92,5 M€ d’économies attendues en 2028 grâce aux logiciels d’aide à la prescription

    L’étude d’impact chiffre les effets attendus à une réduction progressive des dépenses : 30 % la première année, 40 % la deuxième, 50 % la troisième, en fonction du rythme d’adoption des SADM par les professionnels de santé.

    Le dispositif de financement se déploiera en trois phases.

    • Lors de la première année, celle du conventionnement avec la Cnam, l’éditeur bénéficiera d’un forfait de démarrage.
    • La Cnam devra alors évaluer l’impact du SADM sur les pratiques et les dépenses évitées.
    • Si les résultats sont jugés satisfaisants, un tarif conditionnel sera fixé l’année suivante, fondé sur une part des économies nettes constatées, duquel sera déduit le forfait initial.
    • Les années suivantes, ce tarif pourra évoluer selon les résultats observés et le contexte d’usage.

    Marquage CE, interopérabilité, IA… les exigences pour financer les logiciels médicaux

    Jusqu’à 2,5 M€ d’intéressement pour les éditeurs selon les performances réalisées

    Les prévisions budgétaires annoncent un intéressement versé aux éditeurs de 500.000 euros en 2026, 1 million en 2027 et 2,5 millions en 2028. En parallèle, les économies nettes attendues s’élèvent à 18,5 millions en 2026, 50 millions en 2027 et 92,5 millions en 2028.

    Pour bénéficier de cette prise en charge, les SADM devront disposer d’un marquage CE, être conformes aux référentiels d’interopérabilité, de sécurité et d’éthique élaborés par l’Agence du numérique en santé (ANS), et obtenir un certificat de conformité. Un nouveau référentiel spécifique, à paraître par arrêté, viendra encadrer les exigences applicables à cette catégorie de dispositifs.

    Les SADM devront en particulier reposer sur un LAP certifié HAS V2 et une base de médicaments agréée, être conformes au règlement européen sur l’intelligence artificielle (systèmes à haut risque) dès août 2026, intégrer les dernières recommandations de la HAS et des sociétés savantes, et être en mesure d’exploiter les données cliniques pour formuler des recommandations pertinentes. Ils devront aussi être disponibles directement dans les logiciels métiers, proposer une interface facile à utiliser et démontrer leur contribution à l’amélioration des prescriptions, conformément à des objectifs définis par arrêté des ministres en charge de la santé et de la sécurité sociale.

    Le Snitem critique une logique budgétaire jugée défavorable à l’innovation

    Au global, le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2026 suscite de nombreuses critiques de la part des industriels du dispositif médical, qui dénoncent un abaissement du seuil de déclenchement de la clause de sauvegarde à 2,19 milliards d’euros, soit 70 millions de moins qu’en 2025, ainsi qu’un projet de radiation de plusieurs dispositifs de la liste en sus sans concertation ni données transparentes.

    Récemment, le Snitem a alerté sur les effets de ces décisions budgétaires unilatérales : un frein à l’innovation, une fragilisation des PME du secteur – représentant 70 % des entreprises concernées – et un risque pour l’accès des patients à des technologies de pointe utilisées en dernier recours. Il appelle les parlementaires à réviser en profondeur ces dispositions et à sortir les produits de santé de l’instabilité budgétaire, afin de préserver l’investissement, l’emploi et la qualité de l’offre de soins.

  • Santé numérique : l’ARS Pays de la Loire vise 80 % de DMP alimentés d’ici fin 2026

    L’Agence régionale de santé Pays de la Loire, en partenariat avec la CPAM de la Mayenne et le groupement e-santé régional, a présenté sa feuille de route du numérique en santé 2025-2026. Ce plan opérationnel territorial, adapté aux enjeux spécifiques de la Mayenne, s’inscrit dans la stratégie régionale 2025-2028. La fin annoncée du réseau cuivre, prévue pour le 26 janvier 2026, impose un basculement accéléré vers des outils de communication sécurisés. L’ARS intègre cet impératif dans une feuille de route construite avec les établissements de santé, les structures médico-sociales, les professionnels libéraux et les collectivités.

    Parmi les priorités locales : le développement d’un projet territorial de télésanté, soutenu par les centres hospitaliers de Laval, Nord-Mayenne et Haut-Anjou ; ainsi que l’accompagnement à l’usage des services nationaux comme le Dossier Médical Partagé (DMP), l’Identité Nationale de Santé (INS), Pro Santé Connect, la Messagerie Sécurisée de Santé (MSS) ou encore Mon Espace Santé.

    Messagerie sécurisée, télésanté, DMP : les priorités numériques 2025-2026 en Mayenne

    La feuille de route repose sur quatre orientations principales, assorties de cibles chiffrées :

    Faciliter l’adoption de Mon Espace Santé : Des campagnes de sensibilisation seront menées dans les lieux de soins, les établissements scolaires et les Espaces France Services. L’ARS vise 30 % d’activations de comptes.

    Accroître l’utilisation du DMP : Des formations sont prévues pour les professionnels, ainsi que la désignation d’ambassadeurs du DMP dans les établissements. Objectifs : 80 % d’alimentation des dossiers et 40 % de taux de consultation.

    Sécuriser les échanges professionnels :Le passage au « zéro fax » s’organise via la généralisation de la MSS et la qualification de l’INS. L’objectif est de 70 % d’usage de la MSS et 80 % de qualification de l’identité numérique.

    Structurer les parcours grâce au numérique : La télésanté sera étendue dans les établissements médico-sociaux et les EHPAD. Les professionnels libéraux seront accompagnés à l’usage d’outils comme l’ordonnance numérique ou l’annuaire de télésanté. Cibles affichées : 80 % de praticiens en téléconsultation ou téléexpertise, et 70 % d’ESMS équipés.

  • WhiteLab Genomics automatise les phases de R&D en thérapie génique avec l’IA

    WhiteLab Genomics réduit les délais de R&D en thérapie génique grâce à l’IA

    Créée en 2019 par David Del Bourgo, Julien Cottineau et Lucia Cinque, WhiteLab Genomics exploite l’intelligence artificielle pour transformer les processus de R&D dans les thérapies géniques. Constatant la lenteur et les coûts élevés – entre 15 à 20 ans et plusieurs milliards d’euros – nécessaires à la mise sur le marché de ces traitements, l’équipe a conçu une plateforme d’IA capable de réaliser les phases in silico, in vitro et in vivo, pour identifier et sélectionner plus rapidement les meilleures options thérapeutiques à tester cliniquement.

    L’approche permettrait de passer de plusieurs mois ou années de développement en laboratoire à quelques semaines de simulations, tout en réduisant les coûts de R&D et en améliorant le retour sur investissement pour les entreprises pharmaceutiques ou biotechnologiques.

    Une plateforme d’IA pour identifier plus vite les candidats thérapeutiques

    La technologie de WhiteLab Genomics permet d’identifier des cibles thérapeutiques et de concevoir des traitements fondés sur des profils génétiques individuels. Ce modèle s’inscrit dans une logique de médecine personnalisée, notamment en oncologie, en lien avec le développement de diagnostics compagnons. L’entreprise collabore actuellement avec Sanofi dans le cadre du consortium WIDGeT, afin d’accélérer plusieurs programmes, dont l’un vise à régénérer les cellules de la rétine pour restaurer la vision, et un autre à réparer des fonctions respiratoires ou neuronales.

    Après 10 M€ levés, WhiteLab Genomics prépare son entrée sur les marchés coréen, japonais et américain

    Après une levée de fonds de 10 millions d’euros réalisée en 2022 auprès d’Omnes Capital et de Debiopharm, WhiteLab Genomics prévoit de se développer sur des marchés stratégiques comme les États-Unis, la Corée du Sud ou le Japon. L’entreprise ambitionne également de concevoir ses propres actifs biologiques, afin de gagner en indépendance, tout en poursuivant le développement de nouveaux modèles d’IA et des partenariats industriels.

    Omnes Capital. Omnes Scope – N°44, printemps 2025. [PDF en ligne]. Disponible sur : https://scope.omnescapital.com/44/files/OMNES_SCOPE_FR_UK_N%C2%B044_05-22.pdf

  • Hologic automatise la détection moléculaire des pathogènes digestifs

    Gastro-entérite : Hologic réduit le délai diagnostique à quelques heures

    Hologic développe deux tests moléculaires automatisés à sa plateforme d’analyses multiplexes haute performance. Ces nouveaux tests détectent les principaux pathogènes digestifs (Salmonella, Shigella, Campylobacter, E. coli, Vibrio, Yersinia).

    La gastro-entérite infectieuse demeure l’une des principales causes de morbidité mondiale. Selon l’OMS, 1,7 milliards d’épisodes sont recensés chaque année, entraînant encore plus de 500 000 décès, principalement chez les jeunes enfants. Les approches diagnostiques classiques (culture, microscopie, tests biochimiques) restent lentes — entre 24 et 72 h — et peuvent manquer de sensibilité, notamment lorsque la charge bactérienne est faible. Ces limites retardent la prise en charge clinique et l’initiation d’un traitement ciblé.

    Automatiser la détection de 6 bactéries, résultats en 4 h (vs 72 h) avec la plateforme Panther Fusion

    La société américaine Hologic a conçu deux tests PCR en temps réel automatisés. Hébergés sur la plateforme Panther Fusion, ces nouveaux tests moléculaires exploitent une technologie de diagnostic multiplexe reposant sur :

    • Une PCR automatisée en temps réel sur système entièrement intégré.
    • La détection multipathogène ciblant jusqu’à 6 bactéries digestives majeures.
    • Des panels personnalisables selon le profil clinique du patient.

    Les performances cliniques : Les tests ont été validés aux États-Unis (FDA 510(k).) et en Europe (CE-IVDR) sur des cohortes cliniques représentatives. Les résultats démontrent :

    • Une sensibilité analytique : 100 % (64 souches évaluées).
    • Une spécificité : aucune interférence parmi 108 organismes non ciblés.
    • Un délai de résultat : < 4 heures contre plusieurs jours pour les méthodes conventionnelles.

    Les perspectives cliniques

    Les panels intégrés d’Hologic  renforcent la rapidité et la précision du diagnostic in vitro en gastro-entérite et favorisent une prescription antibiotique ciblée, contribuant à la lutte contre l’antibiorésistance. Compatibles avec d’autres panels Panther Fusion (respiratoire, viral, gynécologique), ils soutiennent la standardisation des flux de travail en microbiologie.

     

  • Santé publique : Incidence record du cancer en France, mais des causes encore mal identifiées (étude Lancet)

    389,4 cas pour 100 000 habitants : l’incidence du cancer atteint un pic inédit en France

    La France se retrouve au premier rang mondial pour l’incidence du cancer, selon une étude du Lancet publiée en septembre. Avec 389,4 cas pour 100 000 habitants, ce chiffre contraste fortement avec un taux de mortalité en baisse, passé de 184,7 décès pour 100 000 en 1990 à 136,8 en 2023. Si ces progrès traduisent l’efficacité du système de soins, la forte augmentation du nombre de diagnostics pose une question restée sans réponse.

    Un classement discuté, mais préoccupant

    Les résultats du Lancet, issus du Global Burden of Disease Study 2023, suscitent le débat : une autre étude menée par une agence de l’OMS basée à Lyon classe la France au 9e rang mondial. Ces écarts peuvent s’expliquer par des méthodologies différentes, notamment en matière de collecte des données. En France, le système repose encore sur des registres partiels, excluant certaines zones urbaines denses et des sites industriels sensibles (Seveso). Une loi votée en juin 2025 prévoit la création d’un registre national, mais le décret d’application tarde à être publié.

    Tabagisme, alcool, pesticides : des expositions préoccupantes dans l’analyse du cancer en France

    Contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’hypothèse d’un dépistage plus performant ne tient pas : la participation des Français aux campagnes de dépistage reste modeste. D’autres facteurs semblent contribuer à cette situation. Le tabagisme féminin en France (23 %) est le plus élevé d’Europe. La consommation d’alcool demeure également au-dessus de la moyenne européenne. S’y ajoutent des éléments moins étudiés : sédentarité, usage de la pilule contraceptive, ou encore exposition aux polluants environnementaux.

    La population française présente une imprégnation importante à certains agents cancérogènes, notamment le cadmium, contenu dans les engrais, et les pesticides, dont la France est l’un des plus gros utilisateurs mondiaux. Si ces liens sont documentés, leur contribution spécifique à l’incidence du cancer en France reste à démontrer.

    Un appel à une mobilisation scientifique

    Le signal d’alarme lancé par The Lancet, même s’il repose sur des estimations sujettes à caution, ne peut être ignoré. L’éditorial du Monde appelle à une mobilisation des instances scientifiques françaises, notamment l’Institut national du cancer, pour mener une enquête épidémiologique d’envergure.

    Objectif : identifier l’ensemble des facteurs impliqués dans cette situation singulière, alors que le cancer est la première cause de mortalité en France.

    Sources : The Lancet (GBD 2023), Le Monde, OMS/IARC.

  • PLFSS 2026 : Soins chroniques, maladies professionnelles, génériques.. La prévention mobilisée face à une trajectoire budgétaire resserrée

    Une trajectoire contrainte dans un contexte politique instable

    Déposé le 14 octobre 2025 à l’Assemblée nationale, le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 (PLFSS) intervient dans un contexte politique tendu, marqué par les démissions successives des gouvernements Bayrou et Lecornu. Le Premier ministre a exclu tout recours à l’article 49.3 et a annoncé le dépôt d’un amendement en novembre pour suspendre la réforme des retraites de 2023 jusqu’à l’élection présidentielle. Le texte sera débattu en séance publique à partir du 4 novembre.

    7,1 Md€ d’économies pour contenir l’Ondam à +1,6 %

    L’Objectif national de dépenses d’assurance maladie (Ondam) progressera de +1,6 % en 2026 (270,4 Md€), un taux inférieur à la dynamique naturelle des dépenses (+3,4 % en 2025). Cette modération repose sur 7,1 Md€ d’économies, articulées autour de plusieurs axes :

    • Réduction du plafond d’indemnisation pour certaines affections de longue durée non exonérantes (0,6 Md€).
    • Encadrement des prescriptions d’arrêts de travail : limitation de la première prescription en ville (15 jours) et à l’hôpital (30 jours), obligation de justification du motif.
    • Lutte contre les rentes dans certaines spécialités (radiothérapie, imagerie).
    • Baisse de la prise en charge des cures thermales.
    • Hausse des franchises médicales et des participations forfaitaires, par décret, pour un gain estimé à 2 Md€.

    Ces efforts impliquent à la fois les professionnels de santé, les industriels et les assurés. Toutefois, 18 millions de personnes (mineurs, femmes enceintes, bénéficiaires de la complémentaire santé solidaire) en seront exemptées. Le sous-Ondam hospitalier augmentera de 2,4 %, avec un effort interne de 700 M€, tandis que celui de la ville sera limité à +0,9 %.

    Un accent renouvelé sur la prévention et la santé publique

    La stratégie préventive se renforce à plusieurs niveaux :

    • Parcours de soins : Soins chroniques : le gouvernement veut structurer un suivi plus précoce et coordonné

    Le PLFSS 2026 entend renforcer les parcours de soins dans une logique préventive, en particulier pour les patients atteints de pathologies chroniques. L’objectif est de limiter l’aggravation de ces affections en favorisant un suivi coordonné, anticipé et adapté, permettant d’éviter des épisodes de décompensation ou des hospitalisations évitables. Ces parcours s’appuieront sur une meilleure articulation entre professionnels de santé, en ville comme à l’hôpital, et sur des outils de suivi médical permettant une détection précoce des évolutions à risque.

    • Coopérations renforcées entre médecine de ville et hôpital : 2,3 Md€ pour renforcer la coordination 

    Pour améliorer la continuité des soins et assurer une meilleure répartition de l’offre sur le territoire, le projet de loi promeut une intensification des coopérations entre hôpitaux et médecine de ville. Ces partenariats doivent permettre de fluidifier les parcours des patients, en particulier en sortie d’hospitalisation ou en cas de besoin non programmé. Le développement de ces coopérations passe notamment par la création de passerelles organisationnelles, la mutualisation de ressources et un appui aux structures de coordination existantes (CPTS, DAC). Les investissements en infrastructures hospitalières atteindront 2,3 Md€, notamment pour moderniser les établissements et renforcer les partenariats ville-hôpital.

    • Une reconnaissance élargie des maladies professionnelles : davantage de pathologies prises en compte en 2026

    Le texte prévoit également des avancées dans le champ de la santé au travail, avec un élargissement des critères de reconnaissance de certaines maladies professionnelles. Cette évolution vise à mieux prendre en compte l’impact de l’environnement professionnel sur la santé des actifs, en particulier dans les secteurs exposés à des risques spécifiques. En intégrant davantage de pathologies aux tableaux existants, l’objectif est de permettre un accès plus rapide aux droits pour les assurés concernés, mais aussi de renforcer les mesures de prévention en entreprise.

    • Génériques et biosimilaires au service de la régulation des dépenses

    La régulation des dépenses de médicaments reste un enjeu de maîtrise budgétaire. Le PLFSS 2026 prévoit de renforcer l’utilisation des médicaments génériques et biosimilaires, en s’appuyant sur des mesures incitatives et un encadrement plus strict des prescriptions. Le recours accru à ces alternatives, souvent moins coûteuses à efficacité équivalente, permettrait de dégager des économies tout en maintenant la qualité de la prise en charge. Le texte inscrit cette orientation dans une stratégie globale de rationalisation des dépenses de santé, visant à limiter les rentes économiques dans certaines filières et à recentrer les financements sur les innovations thérapeutiques réellement pertinentes.

    Un cadre légal pour les soins non programmés

    Le PLFSS 2026 introduit pour la première fois un cadre juridique pour les centres de soins non programmés (SNP), structures intermédiaires entre les cabinets de ville et les urgences hospitalières. Ces dispositifs de proximité, chargés de la prise en charge des soins non programmés de premier recours, feront désormais l’objet d’un financement forfaitaire spécifique par l’Assurance maladie. L’article 21 du projet de loi prévoit un cahier des charges défini par arrêté, fixant les règles d’organisation, les conditions d’accessibilité, les délais de prise en charge, les modalités d’orientation dans le parcours de soins, ainsi que les prestations minimales. Le gouvernement entend consolider une offre alternative aux urgences, après l’échec de l’inscription de cette mesure dans la LFSS 2025, censurée par le Conseil constitutionnel.

    Retraites : gel en 2026 et ajustements progressifs jusqu’en 2030

    En 2026, les pensions de retraite de base ne seront pas revalorisées, générant une économie immédiate. À compter de 2027, leur évolution sera minorée de 0,4 point par rapport à l’inflation, ce qui représenterait 6,1 Md€ d’économies en 2029. Le cumul emploi-retraite sera assoupli selon l’âge :

    • Avant 64 ans : pension écrêtée dès le premier euro d’activité.
    • De 64 à 67 ans : pension écrêtée à 50 % des revenus d’activité dépassant 7 000 €.
    • Après 67 ans : cumul intégral avec ouverture de nouveaux droits.

    Gel des prestations sociales, mais création d’un congé de naissance

    L’ensemble des prestations sociales (allocations familiales, minima sociaux) restera gelé en 2026, pour un gain budgétaire dans un contexte de faible inflation. L’objectif de dépenses de la branche famille est fixé à 59,4 Md€ (+0,1 %). Un nouveau congé de naissance, indemnisé par la Sécurité sociale, s’ajoutera aux congés existants. Chaque parent pourra bénéficier d’un ou deux mois de congé supplémentaire, en simultané ou en alternance. Le montant d’indemnisation sera précisé par décret.

    Nouvelles recettes : une taxe de 2,05 % sur les mutuelles pour générer 1 Md€

    Afin de mobiliser de nouvelles recettes :

    • Les mutuelles santé seront taxées à hauteur de 2,05 % de leurs cotisations, pour un rendement estimé à 1 Md€ en 2026.
    • Les contributions patronales sur les avantages en nature (titres-restaurants, chèques-vacances, indemnités de rupture, etc.) seront augmentées.

    Parallèlement, la réforme de la protection sociale complémentaire dans la fonction publique hospitalière est repoussée à janvier 2028.

    Accès aux soins et lutte contre les inégalités territoriales

    Pour renforcer l’accès aux soins dans les zones sous-dotées, le PLFSS 2026 crée un nouveau statut de praticien territorial de médecine ambulatoire. Ce dispositif vise à faciliter l’installation de médecins dans les territoires fragiles, en leur offrant un cadre d’exercice structuré, potentiellement assorti d’incitations financières ou logistiques. Il s’inscrit dans une logique d’offre organisée, complémentaire aux dispositifs existants comme les communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS). En parallèle, le texte prévoit un recours renforcé au conventionnement des professionnels de santé, en particulier dans les zones où les dépassements d’honoraires freinent l’accès aux soins. L’objectif est de limiter les pratiques tarifaires non encadrées.

    Des réactions critiques face à un budget perçu comme austéritaire

    Dans un avis rendu le 9 octobre, le Haut Conseil des finances publiques souligne que l’objectif d’économies repose sur une mise en œuvre rapide et intégrale des mesures. Il s’agit, selon l’institution, de l’effort de maîtrise le plus important depuis plusieurs années.

    Le PLFSS 2026 suscite de vives réactions de la part des fédérations hospitalières et des organisations professionnelles. Alors que le gouvernement prévoit 7,1 Md€ d’économies en santé et une progression de l’Ondam limitée à +1,6 %, plusieurs acteurs dénoncent une trajectoire jugée intenable au regard des besoins croissants du système. La Fédération hospitalière de France (FHF) chiffre à 1,1 Md€ les moyens manquants pour les hôpitaux, soit l’équivalent de 20 000 postes infirmiers non pourvus. Les représentants du médico-social évoquent, eux, un déficit de 500 M€, compromettant la création de places et d’emplois dans les EHPAD et les services à domicile.

    Le doublement des franchises médicales et des participations forfaitaires est également critiqué, perçu comme un transfert de charge vers les patients, en rupture avec les principes de solidarité. Plusieurs syndicats, dont le SNPI, alertent sur les risques de renoncement aux soins, d’épuisement des équipes, et d’aggravation des inégalités d’accès. Tous appellent à une trajectoire pluriannuelle fondée sur la prévention, la pertinence des soins, la coordination territoriale et des investissements ciblés, pour préserver la soutenabilité du système.

  • US : 250 hôpitaux déploient un système en temps réel pour orchestrer les soins

    Un logiciel temps réel pour prédire et gérer les ressources hospitalières

    Face à la complexité de la gestion hospitalière, environ 250 établissements de santé aux États-Unis, et au Canada utilisent désormais le logiciel Command Center de GE HealthCare. Déployé initialement en 2015 à l’hôpital Johns Hopkins, ce système d’aide à l’orchestration des soins en temps réel vient compléter les fonctionnalités des dossiers médicaux électroniques (DME) en apportant des capacités de prédiction, de coordination et d’optimisation des ressources. Le Command Center Software Platform (CCSP) s’interface avec les systèmes en place (DME, outils métier, etc.) pour actualiser ses données toutes les 30 secondes. Il se présente sous forme de « tuiles » (Tiles), configurables selon les besoins de l’établissement : gestion des lits, planification du bloc opératoire, flux aux urgences, prévision de charge en imagerie, etc. Ces tuiles permettent de visualiser des indicateurs opérationnels, de détecter les goulets d’étranglement, et de proposer des actions pour les anticiper.

    Certaines tuiles intègrent des algorithmes d’apprentissage automatique, comme ceux du Patient Manager Tile qui prédisent la date de sortie ou la disposition post-hospitalisation, ou encore ceux du Census Forecast Tile pour estimer l’occupation des lits sur 48 heures à 5 jours.

    Des usages multiples à tous les niveaux du système hospitalier

    La solution s’adresse aux unités cliniques, services support, et centres de commande hospitaliers. Elle est utilisée pour :

    • Coordonner les soins journaliers et les activités de sortie.
    • Faciliter les réunions de service (huddles).
    • Prioriser les files d’attente (imagerie, pharmacie, rééducation…).
    • Ajuster les ressources humaines selon les prévisions de charge.
    • Identifier les patients à risque de complications (chutes, infections…).

    Des modules spécialisés comme Risk of Harm, Lines and Drains ou Advanced Illness permettent également de renforcer la conformité aux protocoles et d’automatiser certaines tâches de surveillance clinique.

    Des algorithmes d’IA actifs dans les déploiements du Command Center

    @GE Healthcare – Why Command Center Software from GE HealthCare?

    23 % de réduction du temps d’attente aux urgences : les résultats du Command Center

    Des impacts mesurables sur l’organisation des soins

    Plusieurs hôpitaux ayant adopté la solution rapportent des résultats quantifiés :

    • Réduction de 23 % du temps d’attente aux urgences.
    • Diminution de 0,5 à 1 jour de la durée moyenne de séjour.
    • Amélioration de 58 % de la complétude de la documentation des sorties.
    • Economies estimées à 40 millions de dollars à Tampa General Hospital.
    • Retour sur investissement de 12 pour 1 selon GE HealthCare.

    Le Command Center s’inscrit dans une logique de Daily Operating System (DOS), c’est-à-dire un ensemble de pratiques quotidiennes permettant de faire progresser les patients tout au long de leur parcours. Il aide à standardiser les processus malgré les rotations d’effectifs, à faciliter l’intégration des nouveaux personnels, et à garantir la continuité des soins. L’écosystème Command Center regroupe des établissements utilisateurs, avec des forums de partage de pratiques, des événements annuels et des collaborations sur de nouvelles fonctionnalités.

  • IA générative : la HAS encadre son usage pour fiabiliser la revue de littérature

    Un projet IA pour fiabiliser et accélérer ses analyses documentaires

    La HAS utilise de nombreux documents textes dans ses travaux : publications scientifiques, retours d’expérience, rapports, courriels, etc. Ces revues regroupent plusieurs étapes : recherche, tri, analyse et synthèse d’articles. Alors que les outils d’IA générative impactent le traitement de l’information, la Haute Autorité de santé (HAS) engage un projet pour explorer les usages dans la revue de littérature scientifique. Cette activité mobilise des volumes importants de données textuelles. L’objectif affiché est de gagner en efficience sans compromettre l’exigence scientifique.

    L’intégration de l’IA dans les processus documentaires de la HAS prolonge une dynamique lancée dès 2022, avec des travaux sur la catégorisation automatique des événements indésirables graves (EIGS) et des verbatims e-Satis. L’évolution des IA génératives – notamment depuis la mise en service de ChatGPT – a conduit l’institution à initier, à partir de septembre 2023, une cartographie des cas d’usage potentiels.

    La revue de littérature constitue une cible prioritaire : elle combine recherche, sélection, extraction, synthèse et restitution d’informations, autant d’étapes susceptibles d’être automatisées ou assistées.

    Un réseau interne pour tester les outils d’IA documentaire

    Contrairement à des tâches de reformulation où le contenu source est connu, la revue de littérature mobilise des sources externes. Cela limite la capacité de vérification a priori, rendant tout biais ou erreur potentiellement dommageable pour la validité scientifique des travaux de la HAS. Le projet IA vise ainsi à outiller les agents tout en évaluant précisément la performance et la fiabilité des outils. Les technologies explorées combinent IA générative (ChatGPT, Perplexity AI, Consensus, Notebook LM) et apprentissage automatique supervisé (EPPI Reviewer, Rayyan, ASReview), en particulier pour la sélection et l’extraction d’informations.

    La HAS a mis en place une gouvernance dédiée intégrant les enjeux éthiques, réglementaires, organisationnels et environnementaux liés à l’IA. Un réseau interne rassemblant la mission data, le service documentation et différents services métiers permet d’identifier les besoins, partager les pratiques, tester les outils et capitaliser les résultats. Ce réseau fonctionne également comme guichet d’exploration : les agents sont encouragés à tester les outils sur leurs cas d’usage, dans le respect du cadre réglementaire. Les expérimentations suivent une démarche en trois temps : exploration ouverte, évaluation/validation, puis généralisation pour les usages pertinents.

    Le projet intègre aussi une dimension de veille collaborative. Une cartographie des initiatives internationales a été réalisée en janvier 2025. Elle met en lumière les démarches de l’ADEME, de l’INESS au Québec, de l’EMA, ou encore du Norwegian Institute of Public Health. La participation aux réseaux INAHTA et INSIA permet de suivre les expérimentations en cours et d’identifier les convergences d’intérêt pour le test, le développement ou l’acquisition d’outils.

    Deux cas d’usage priorisés pour 2025

    La HAS concentre ses premières expérimentations sur deux étapes critiques du processus documentaire :

    • La sélection priorisée de publications, soutenue par des outils d’apprentissage automatique.
    • L’extraction de données structurées, assistée par les grands modèles de langage.

    Ces travaux visent à consolider des jeux de données rétrospectifs pour évaluer les performances des solutions disponibles.

  • Etude : un nouvel outil pour tracer l’usage réel de l’IA médicale (arXiv)

    Un système qui enregistre chaque “acte” posé par une IA

    L’intelligence artificielle s’installe partout dans les hôpitaux : aide au diagnostic, rédaction de comptes rendus, tri des urgences, gestion des assurances… Mais une fois déployées, ces IA fonctionnent souvent sans supervision réelle. Aucune base de données ne permet de savoir comment elles sont utilisées, dans quelles conditions et avec quels résultats. Impossible, donc, de repérer leurs erreurs, d’en corriger les biais ou simplement d’évaluer leur utilité clinique.

    Pour combler ce vide, les chercheurs ont conçu MedLog, un système qui enregistre chaque “acte” posé par une IA médicale. Chaque fois qu’un modèle est utilisé — pour recommander un traitement, interpréter un examen ou rédiger un texte médical —, neuf informations clés sont automatiquement consignées. Parmi les principales, on trouve : qui l’a utilisé, dans quel contexte, quelles données ont été fournies, quel résultat a été produit et, quand c’est possible, ce qui s’est passé ensuite (décision médicale, retour du patient, correction par le clinicien).

    Ces “traces d’usage” formeraient une mémoire collective des IA hospitalières, utile pour comprendre leurs comportements et leurs effets réels sur la prise en charge. Un système de traçabilité complète, comparable à ce qu’est la boîte noire dans un avion. Ce prototype opérationnel a déjà été mis en ligne sur GitHub pour être testé par les hôpitaux.

    Des utilisations et des enseignements multiples

    L’équipe illustre le fonctionnement de MedLog à travers plusieurs situations concrètes. Dans un service d’oncologie, par exemple, chaque étape du recours à une IA — question du médecin, suggestion de traitement, décision finale et effets observés — est enregistrée. Ces données permettent, a posteriori, d’évaluer la pertinence des recommandations et d’identifier les contextes où le modèle est le plus fiable. Autre cas : un patient demande à une IA de lui résumer un formulaire de consentement pour une étude clinique. MedLog conserve à la fois la version résumée et la réaction du patient, ce qui aide les équipes à vérifier la clarté des outils numériques utilisés dans le parcours de soin. Autres exemples : une IA administrative estime la probabilité qu’un remboursement soit refusé par une assurance, tandis qu’en réanimation, une autre surveille les constantes vitales pour détecter précocement un risque de sepsis.

    Enfin, un exemple réel démontre tout l’intérêt de ce type de suivi. En Israël, le réseau de santé Clalit utilisait un modèle d’IA pour prédire le risque d’hospitalisation de ses patients. Au printemps 2023, l’équipe a remarqué que les résultats du modèle devenaient étrangement moins fiables. En cause ? Un simple changement de kit de test sanguin dans les laboratoires, qui modifiait légèrement la valeur d’un enzyme utilisé dans les calculs du LDH. Ces écarts, invisibles à l’œil nu, ont été détectés grâce à un système de surveillance automatique similaire à ce que propose MedLog. Les ingénieurs ont ainsi pu corriger le modèle avant que les erreurs ne se répercutent sur les décisions médicales.

    Le futur « standard mondial » ?

    Pour les auteurs, MedLog pourrait devenir un standard mondial de suivi des IA médicales, à la fois outil de contrôle, de comparaison et d’apprentissage.
    À terme, ce protocole permettrait de :

    • Détecter les dérives ou les biais avant qu’ils n’affectent les patients.
    • Mesurer la performance réelle des modèles selon les contextes et les populations.
    • Et rendre plus transparentes les décisions des algorithmes, vis-à-vis des soignants comme des patients.

    Les chercheurs appellent régulateurs, hôpitaux et industriels à s’emparer du projet pour éviter que l’intelligence artificielle ne devienne une “boîte noire médicale” impossible à auditer. « Sans un suivi systématique, l’intelligence artificielle médicale ne peut être sûre, équitable ni efficace. Avec un tel suivi, la médecine peut être refondée sur la transparence et la responsabilité », estiment les auteurs.

    *A global log for medical AI

    arXiv:2510.04033v1 [cs.AI] 5 Oct 2025

     

  • IA en soins infirmiers : l’Ordre publie 5 recommandations pour encadrer les usages

    Des outils déjà utilisés mais encore peu maîtrisés

    Une enquête menée en mai 2025 par le Conseil national de l’Ordre des infirmiers (CNOI) révèle une augmentation de usage de l’intelligence artificielle (IA) par les infirmiers, principalement pour des tâches administratives : rédaction de courriers, synthèse de dossiers, gestion de plannings ou comptes rendus. Près de 70 % des répondants estiment que ces outils leur permettent de gagner du temps. Mais cette adoption se heurte à un déficit de connaissances. 70 % des infirmiers sondés jugent leur niveau en IA faible ou très faible, 92 % déclarent n’avoir reçu aucune formation, tandis que 85 % expriment un besoin de montée en compétences. Aujourd’hui, seuls 29 % disent utiliser l’IA dans leur pratique quotidienne, avec une préférence pour les outils conversationnels.

    Pour accompagner cette évolution, le CNOI publie cinq recommandations préliminaires afin de garantir que ces technologies soient utilisées dans le respect des règles professionnelles, en particulier déontologiques.

    Protéger les données personnelles

    La première recommandation insiste sur la confidentialité des informations traitées. L’infirmier doit s’assurer que les données ne sont ni stockées, ni réutilisées par l’outil d’IA, en particulier à des fins d’entraînement, et que les échanges sont sécurisés. Ce principe s’inscrit dans le respect du secret professionnel, défini par l’article R4312-5 du Code de la santé publique.

    Informer le patient et obtenir son consentement

    Lorsqu’un outil d’IA est utilisé pour un acte de soin, le patient doit être informé de manière claire et compréhensible. L’infirmier doit être en mesure d’expliquer l’usage qui sera fait de l’IA, et de recueillir un consentement éclairé. Cette exigence renvoie à l’article R4312-14 du code de déontologie, qui impose le respect de la volonté du patient.

    Vérifier la fiabilité des sources

    Si l’IA est utilisée pour rechercher des informations, l’infirmier doit s’assurer de leur validité scientifique. Cela implique de vérifier les sources, leur actualité, et de croiser les données avec d’autres contenus fiables. L’IA ne doit pas se substituer à l’esprit critique du professionnel.

    Préserver la relation humaine

    L’outil d’IA doit rester une aide à la décision. Le jugement clinique de l’infirmier demeure central, notamment dans la relation avec le patient. L’Ordre rappelle que l’écoute et l’humanité doivent être préservées, en conformité avec les principes éthiques de la profession, cités à l’article R4312-5.

    Déployer une formation dédiée à l’IA

    L’Ordre appelle à structurer une formation adaptée aux usages de l’IA, intégrant :

    • Les fondamentaux de l’IA et ses usages en santé.
    • Les règles de protection des données.
    • Les aspects réglementaires et éthiques.
    • La compréhension des limites techniques des outils.
    • La capacité à interpréter et adapter les résultats fournis.
    • Les impacts environnementaux liés à l’IA.
    • L’accompagnement du patient dans l’appropriation de ces outils.*