Les échanges ont réuni notamment le professeur Pascal Staccini, PU-PH Santé numérique et IA au Centre Hospitalier Universitaire de Nice, ainsi que Stéphan Haaz, directeur général de Catel Accompagnement. Sonia Boulay, chargée de projet de la Fédération des CRT, est également intervenue pour présenter le rôle des centres de ressources territoriaux dans l’organisation des parcours gériatriques.
« Il ne s’agit plus de prouver aujourd’hui mais de construire »
La population âgée dépendante va fortement progresser dans les prochaines années, avec des situations médicales plus complexes à prendre en charge. Les établissements médico-sociaux doivent composer avec des difficultés : pénurie de professionnels, turnover élevé, hétérogénéité des organisations territoriales et contraintes économiques importantes. Selon les intervenants, près des trois quarts des EHPAD sont aujourd’hui en difficulté financière.
À ces fragilités s’ajoute une maturité numérique très variable selon les structures. Certaines disposent déjà d’outils avancés de coordination et de télémédecine ; d’autres restent peu numérisées, voire dépourvues d’infrastructures adaptées. Les intervenants évoquent une « dette technologique » qui complique la diffusion homogène des usages numériques sur les territoires.
Les CRT en position d’intermédiaires territoriaux
Créée il y a un peu plus d’un an, la Fédération des CRT fédère aujourd’hui environ 300 centres de ressources territoriaux, avec un objectif affiché de 500 structures à terme. Ces dispositifs sont appelés à jouer un rôle de coordination entre domicile, EHPAD, acteurs sanitaires et médico-sociaux.
Pour Sonia Boulay (chargée de mission à la Fédération des Centres de Ressources Territoriaux), le numérique devient progressivement indissociable des missions de coordination confiées à ces structures. L’évolution attendue du cahier des charges des CRT, annoncée pour septembre 2026, devrait renforcer cette dimension.
Les intervenants insistent toutefois sur un point : le sujet n’est plus la technologie elle-même, mais l’organisation des parcours. L’objectif consiste à structurer des coopérations territoriales capables de mobiliser rapidement les expertises médicales nécessaires autour des situations complexes rencontrées.
Une coordination encore fragmentée
Le professeur Pascal Staccini souligne les limites actuelles des systèmes d’information dans les parcours gériatriques. Selon lui, chaque résident arrive en EHPAD avec son propre historique médical, ses traitements, ses professionnels référents et ses outils de suivi, sans véritable continuité organisationnelle entre les systèmes utilisés en ville, à l’hôpital et dans le médico-social.
Cette fragmentation complique le travail des médecins coordonnateurs et des équipes soignantes, notamment dans des établissements confrontés à des effectifs réduits. Les participants rappellent également que les transferts vers l’hôpital peuvent représenter des facteurs de déstabilisation importants pour les personnes âgées dépendantes. Dans cette perspective, les outils de téléconsultation et les organisations territoriales qui permettent de maintenir la personne sur son lieu de vie apparaissent comme des leviers de prévention des ruptures de parcours.
Le numérique comme support d’une organisation territoriale
« On doit tenir compte que le niveau de maturité des acteurs peut être très varié. »
Les échanges ont mis en avant la nécessité de construire des dispositifs territoriaux capables d’articuler expertise médicale, logistique et coordination opérationnelle. Le modèle présenté repose sur plusieurs niveaux :
- Un recensement territorial des expertises disponibles.
- Des structures intermédiaires chargées de l’organisation opérationnelle.
- Des professionnels relais de proximité, notamment infirmiers, IPA ou paramédicaux.
- Un recours à la télémédecine lorsque l’expertise locale n’est pas disponible.
Les CRT sont identifiés comme des acteurs susceptibles d’assurer cette fonction de pivot territorial.
Les intervenants ont également insisté sur la nécessité de capitaliser les retours d’expérience, y compris les échecs de déploiement, afin d’éviter une multiplication de projets isolés difficilement reproductibles d’un territoire à l’autre.
Au-delà des infrastructures, plusieurs besoins ont été identifiés : formation des professionnels, acculturation au numérique, clarification réglementaire autour des délégations de tâches et élaboration de recommandations de bonnes pratiques.

La session « Du domicile à l’EHPAD, le développement des usages e-santé au service des personnes âgées en perte d’autonomie et des professionnels de santé : quelles stratégies et organisations à déployer pour généraliser les bonnes pratiques identifiées ? » s’est tenue le 21 mai 2026 à SantéExpo.





