Nabil

  • Grand âge : les CRT plaident pour une coordination territoriale appuyée sur la télémédecine et les relais de proximité (Santexpo 2026)

    Les échanges ont réuni notamment le professeur Pascal Staccini, PU-PH Santé numérique et IA au Centre Hospitalier Universitaire de Nice, ainsi que Stéphan Haaz, directeur général de Catel Accompagnement. Sonia Boulay, chargée de projet de la Fédération des CRT, est également intervenue pour présenter le rôle des centres de ressources territoriaux dans l’organisation des parcours gériatriques.

    « Il ne s’agit plus de prouver aujourd’hui mais de construire »

    La population âgée dépendante va fortement progresser dans les prochaines années, avec des situations médicales plus complexes à prendre en charge. Les établissements médico-sociaux doivent composer avec des difficultés : pénurie de professionnels, turnover élevé, hétérogénéité des organisations territoriales et contraintes économiques importantes. Selon les intervenants, près des trois quarts des EHPAD sont aujourd’hui en difficulté financière.

    À ces fragilités s’ajoute une maturité numérique très variable selon les structures. Certaines disposent déjà d’outils avancés de coordination et de télémédecine ; d’autres restent peu numérisées, voire dépourvues d’infrastructures adaptées. Les intervenants évoquent une « dette technologique » qui complique la diffusion homogène des usages numériques sur les territoires.

    Les CRT en position d’intermédiaires territoriaux

    Créée il y a un peu plus d’un an, la Fédération des CRT fédère aujourd’hui environ 300 centres de ressources territoriaux, avec un objectif affiché de 500 structures à terme. Ces dispositifs sont appelés à jouer un rôle de coordination entre domicile, EHPAD, acteurs sanitaires et médico-sociaux.

    Pour Sonia Boulay (chargée de mission à la Fédération des Centres de Ressources Territoriaux), le numérique devient progressivement indissociable des missions de coordination confiées à ces structures. L’évolution attendue du cahier des charges des CRT, annoncée pour septembre 2026, devrait renforcer cette dimension.

    Les intervenants insistent toutefois sur un point : le sujet n’est plus la technologie elle-même, mais l’organisation des parcours. L’objectif consiste à structurer des coopérations territoriales capables de mobiliser rapidement les expertises médicales nécessaires autour des situations complexes rencontrées.

    Une coordination encore fragmentée

    Le professeur Pascal Staccini souligne les limites actuelles des systèmes d’information dans les parcours gériatriques. Selon lui, chaque résident arrive en EHPAD avec son propre historique médical, ses traitements, ses professionnels référents et ses outils de suivi, sans véritable continuité organisationnelle entre les systèmes utilisés en ville, à l’hôpital et dans le médico-social.

    Cette fragmentation complique le travail des médecins coordonnateurs et des équipes soignantes, notamment dans des établissements confrontés à des effectifs réduits. Les participants rappellent également que les transferts vers l’hôpital peuvent représenter des facteurs de déstabilisation importants pour les personnes âgées dépendantes. Dans cette perspective, les outils de téléconsultation et les organisations territoriales qui permettent de maintenir la personne sur son lieu de vie apparaissent comme des leviers de prévention des ruptures de parcours.

    Le numérique comme support d’une organisation territoriale

    « On doit tenir compte que le niveau de maturité des acteurs peut être très varié. »

    Les échanges ont mis en avant la nécessité de construire des dispositifs territoriaux capables d’articuler expertise médicale, logistique et coordination opérationnelle. Le modèle présenté repose sur plusieurs niveaux :

    • Un recensement territorial des expertises disponibles.
    • Des structures intermédiaires chargées de l’organisation opérationnelle.
    • Des professionnels relais de proximité, notamment infirmiers, IPA ou paramédicaux.
    • Un recours à la télémédecine lorsque l’expertise locale n’est pas disponible.

    Les CRT sont identifiés comme des acteurs susceptibles d’assurer cette fonction de pivot territorial.

    Les intervenants ont également insisté sur la nécessité de capitaliser les retours d’expérience, y compris les échecs de déploiement, afin d’éviter une multiplication de projets isolés difficilement reproductibles d’un territoire à l’autre.

    Au-delà des infrastructures, plusieurs besoins ont été identifiés : formation des professionnels, acculturation au numérique, clarification réglementaire autour des délégations de tâches et élaboration de recommandations de bonnes pratiques.

    La session « Du domicile à l’EHPAD, le développement des usages e-santé au service des personnes âgées en perte d’autonomie et des professionnels de santé : quelles stratégies et organisations à déployer pour généraliser les bonnes pratiques identifiées ? » s’est tenue le 21 mai 2026 à SantéExpo.

  • Santé des soignants : le gouvernement lance un portail national, un numéro d’appel et un label pour les établissements engagés

    Un plan de prévention après plusieurs mois de concertation

    Le gouvernement a dévoilé, ce vendredi 22 mai, une première série de treize mesures destinées à améliorer la santé physique et mentale des professionnels de santé. Ce plan fait suite à un an de travaux réunissant ministère de la Santé, administrations, ordres professionnels, syndicats et représentants étudiants.

    Pour ce faire, l’exécutif s’appuie sur plusieurs indicateurs. Selon une étude réalisée en 2023, 46 % des soignants déclarent être tombés malades au cours des trois derniers mois, contre 27 % pour l’ensemble des salariés. Plus d’un professionnel sur deux rapporte un épisode d’épuisement professionnel, tandis que 29 % se disent en mauvaise santé mentale et 60 % souffrent de douleurs chroniques.

    D’autres données citées par le gouvernement montrent également une consommation plus fréquente d’alcool, de cannabis ou d’anxiolytiques parmi les soignants.

    Un portail national et un numéro d’appel

    Le ministère de la Santé prévoit la création d’un portail commun d’information accompagné d’un numéro d’appel gratuit. L’objectif est de centraliser les dispositifs d’accompagnement déjà existants, aujourd’hui dispersés entre établissements, territoires et acteurs institutionnels. Cette plateforme doit également référencer les initiatives locales, les dispositifs de soutien psychologique et les formations disponibles pour les professionnels de santé.

    Le gouvernement affirme vouloir renforcer la confidentialité des démarches de soins engagées par les soignants, notamment grâce à l’anonymisation des données de santé.

    Un label pour identifier les établissements engagés

    Parmi les mesures annoncées figure aussi la création d’un label national destiné aux structures de santé engagées dans la prévention et la santé au travail de leurs équipes.

    Ce label doit permettre aux médecins, infirmiers ou aides-soignants d’identifier les établissements investissant dans ces politiques lorsqu’ils recherchent un employeur.

    Le gouvernement souhaite également encourager la mise en place de « minutes de prévention » dans les établissements de santé. Ces temps courts de sensibilisation doivent favoriser l’adoption de réflexes simples liés à l’hydratation, au sommeil, aux pauses ou à la prévention des gestes à risque. Ces dispositifs ne seront pas obligatoires.

    Formation, recherche et suivi statistique

    Le plan prévoit aussi l’intégration d’un nouveau module intitulé « être acteur de sa propre santé » dans la formation initiale et continue des professionnels de santé.

    Un appel à projets de recherche sera lancé afin de mieux documenter les problématiques de santé des soignants. En parallèle, la Drees sera chargée de produire des bilans réguliers afin de disposer de données actualisées sur l’état de santé des professionnels du soin.

    Le gouvernement indique vouloir poursuivre les travaux sur plusieurs thématiques identifiées comme prioritaires, comme la parentalité, les conduites addictives et l’alimentation.

    Des mesures centrées sur les comportements individuels

    À ce stade, les annonces gouvernementales restent principalement orientées vers la prévention individuelle, les bonnes pratiques et la sensibilisation. Les questions liées à la charge de travail, aux effectifs ou à l’organisation des soins ne figurent pas dans cette première phase du plan.

  • États-Unis : l’IA ne suffira pas à compenser la pénurie médicale sans simplification administrative

    Dans une tribune, le médecin américain défend l’idée suivante : la crise des soins aux États-Unis relève moins d’un manque de médecins que d’un système difficilement capable de mobiliser efficacement ceux qui existent déjà. Un constat qui devrait modifier la manière dont l’IA est déployée dans le système de santé.

    Une IA orientée vers le mauvais problème

    Les débats sur l’IA en santé s’inscrivent dans un contexte de pénurie médicale. Les outils de documentation automatisée, de triage ou d’assistance clinique sont souvent présentés comme une réponse au déficit de professionnels. Le Dr Ayoub estime toutefois que ce diagnostic est incomplet. Selon lui, les États-Unis disposent déjà d’un nombre important de médecins formés et qualifiés, mais les obstacles administratifs ralentissent leur capacité à exercer, changer d’établissement, prendre des vacations supplémentaires ou participer à des activités de télésanté.

    Dans cette perspective, l’enjeu pour l’IA ne serait donc pas seulement d’augmenter la productivité clinique, mais de fluidifier l’organisation du travail médical.

    Le credentialing au cœur des frictions

    L’auteur s’appuie notamment sur une enquête Deloitte dans laquelle 64 % des médecins identifient le credentialing (processus de vérification des qualifications d’un professionnel de santé avant qu’il puisse exercer dans un établissement ou être remboursé par un assureur) parmi les principaux processus à améliorer, aux côtés des autorisations préalables et des échanges avec les pharmaciens.

    Il cite également des données McKinsey selon lesquelles 35 % des médecins envisagent de quitter leur poste dans les cinq prochaines années, dont près de 60 % pour sortir complètement de la pratique clinique.

    Pour le docteur, ces chiffres traduisent moins une insuffisance de formation qu’un épuisement lié aux contraintes administratives. L’IA pourrait avoir davantage d’impact si elle ciblait les workflows organisationnels plutôt que la seule assistance médicale.

    L’automatisation administrative comme piste prioritaire

    L’auteur souligne aussi qu’entre 40 et 50 % des médecins exerceraient une activité complémentaire en dehors de leur poste principal. Un signal qui montre qu’une capacité médicale existe déjà mais reste sous-utilisée.

    Cette lecture rejoint une partie des travaux récents sur les IA dites “scribes”, conçues pour automatiser la documentation clinique. Une étude publiée en janvier 2026 dans Health and Technology montre que ces outils réduisent la charge administrative et améliorent la qualité des notes médicales, mais qu’ils soulèvent aussi des inquiétudes sur les erreurs, la confidentialité des données et la responsabilité médico-légale.

    Les chercheurs y soulignent que ces technologies ne pourront être déployées massivement sans règles explicites.

    Au-delà de la question des outils, la tribune met en lumière un débat plus large sur la place de l’IA dans les systèmes de santé. Pour le Dr Ayoub, la technologie ne suffira pas à résoudre les tensions d’accès aux soins si les structures administratives continuent à ralentir la circulation des professionnels dans le système.

    Autrement dit, l’efficacité de l’IA dépendra moins de sa sophistication algorithmique que de sa capacité à supprimer les frictions qui éloignent aujourd’hui les médecins du soin.

     

  • L’Asinhpa appelle à consacrer 3 % du budget des établissements au numérique en santé

    Un manifeste centré sur la souveraineté

    Le 18 mai, l’Asinhpa a publié un manifeste intitulé « Faire du numérique souverain un levier stratégique pour l’avenir de notre système de santé», dans lequel la fédération défend une transformation numérique fondée sur trois principes : l’éthique, la souveraineté et l’usage.

    Le document dresse un constat de fragilité du système de santé français, vieillissement de la population, progression des maladies chroniques, tensions sur les effectifs médicaux, etc.

    Près de 20 millions de personnes vivaient avec une maladie chronique en 2024 et plus de 11 millions relevaient d’une affection de longue durée. Les ALD représentent environ 60 % des dépenses de l’Assurance maladie.

    L’Asinhpa rappelle que six Français sur dix ont déjà renoncé à un soin au cours des cinq dernières années, principalement en raison de délais trop longs ou de l’éloignement géographique.

    Un numérique « sous-exploité »

    Le manifeste estime que les investissements restent insuffisants. Seuls 1,7 % du budget hospitalier seraient aujourd’hui consacrés au numérique, alors que 19 % des postes de travail ont plus de sept ans et que 28 % des serveurs sont considérés comme obsolètes.

    L’Asinhpa pointe aussi le cloisonnement des systèmes d’information et la faible interopérabilité entre acteurs de santé, qui limitent l’exploitation des données à des fins de prévention, de coordination des parcours et de pilotage des politiques publiques. À cela s’ajoute une dépendance aux technologies extra-européennes.

    Les acteurs américains détiennent près de 70 % du marché européen du cloud.

    Dans ce contexte, la fédération appelle à considérer les données de santé comme une « infrastructure stratégique » et propose de systématiser les standards d’interopérabilité dans la commande publique hospitalière.

    Conditionner les financements à des indicateurs d’impact

    Parmi les recommandations avancées, l’Asinhpa souhaite que les financements publics soient conditionnés à des objectifs mesurables de retour sur investissement et à des critères harmonisés d’évaluation des projets numériques. La fédération demande également la mise en place de financements pérennes couvrant l’ensemble du cycle de vie des projets, de la R&D jusqu’au déploiement à grande échelle. Elle propose notamment :

    • Des forfaits d’amorçage pour les projets numériques.
    • Une enveloppe budgétaire sanctuarisée consacrée au numérique dans les établissements.
    • Un objectif minimal de 3 % du budget hospitalier alloué chaque année au numérique, avec une priorité donnée à la cybersécurité, à la maintenance et à l’interopérabilité.

    Le manifeste recommande un état des lieux annuel des investissements numériques et de l’état des systèmes d’information des établissements.

    Une mission IGAS pour clarifier la gouvernance ?

    Sur le volet gouvernance, l’Asinhpa estime que l’organisation actuelle du numérique en santé reste insuffisamment lisible malgré le rôle de la Délégation au numérique en santé et de l’Agence du numérique en santé.

    La fédération propose de diligenter une mission de l’Inspection générale des affaires sociales afin de clarifier les rôles des différents acteurs publics intervenant dans la gouvernance du numérique en santé. Elle recommande également une gouvernance territoriale dédiée aux données de santé, une structuration nationale et régionale de la gouvernance de l’intelligence artificielle, et des mécanismes de supervision humaine, d’audit et de traçabilité des systèmes d’IA.

    L’Asinhpa veut imposer plus de transparence sur les modèles économiques des IA médicales

    Le manifeste consacre un volet entier à l’IA. L’Asinhpa soutient l’intégration de solutions d’IA « labellisées en Garantie Humaine » et appelle à développer des dispositifs de supervision conformes à l’AI Act européen. La fédération souhaite aussi :

    • Créer un label européen de « souveraineté numérique en santé ».
    • Renforcer l’encadrement des IA génératives utilisées par les professionnels et les patients.
    • Imposer davantage de transparence sur les modèles économiques des outils d’IA.
    • Développer des corpus médicaux nationaux afin d’éviter l’importation de standards cliniques étrangers.

    L’Asinhpa alerte sur le développement d’usages de « shadow AI » dans les établissements de santé, c’est-à-dire le recours spontané à des outils d’IA générative grand public en dehors des logiciels certifiés.

    Enfin, le manifeste insiste sur les enjeux d’appropriation des outils numériques par les professionnels et les citoyens. L’association préconise des parcours certifiants en IA, cybersécurité et supervision humaine, ainsi que des dispositifs de sensibilisation intégrés aux appels à projets.

  • « Les enjeux de conformité deviennent aussi des enjeux business » : à SantExpo, Dipeeo appelle à intégrer la conformité dès la conception des IA

    « Le problème quand on ne réfléchit pas à la conformité en amont, c’est qu’on développe parfois des usages qu’on ne pourra finalement pas déployer. » 

    Selon François Lemarié (Dipeeo), les questions réglementaires doivent être intégrées dès les premières phases de design des projets d’IA. Les équipes doivent réfléchir en amont aux cas d’usage, aux données exploitées et aux risques associés afin d’éviter de développer des fonctionnalités impossibles à déployer par la suite.

    Cette logique de « privacy by design » vise à limiter les situations où certaines données se révèlent finalement incompatibles avec le cadre réglementaire. Les premières phases de test reposent souvent sur des données factices ou des usages internes avant toute ouverture plus large.

    Environ 80 % des risques liés à l’IA sont déjà couverts par le RGPD

    Un cadre réglementaire déjà structuré

    François Lemarié a rappelé que la majorité des problématiques liées à l’IA sont déjà couvertes par le RGPD. Les principaux risques concernent l’utilisation de données personnelles susceptibles d’affecter les droits et libertés des individus. Les obligations classiques restent donc centrales, registre des traitements, information des utilisateurs, accès aux droits des personnes et sécurisation des infrastructures.

    Le niveau de sécurité attendu dépend du niveau de risque de l’outil et des données manipulées. Hébergement, gestion des habilitations, stockage des données ou politiques de mots de passe font partie des points examinés.

    L’AI Act ajoute de nouvelles exigences

    François Lemarié a également souligné que l’AI Act européen introduit des obligations complémentaires, notamment sur la documentation des risques et la transparence des systèmes. Les entreprises devront démontrer leur capacité à encadrer les usages de leurs outils et à informer les utilisateurs sur les traitements réalisés.

    L’audit des fournisseurs devient incontournable

    « Dire à un client que les données sont hébergées en Europe est beaucoup plus simple que d’expliquer qu’elles partent aux États-Unis sans visibilité sur les traitements. »

    Autre point mis en avant : la dépendance aux grands modèles de langage fournis par des acteurs tiers. Les entreprises doivent désormais auditer précisément leurs prestataires afin de comprendre où sont stockées les données et comment elles sont utilisées.

    François Lemarié recommande notamment de privilégier des modèles européens, comme ceux développés par Mistral AI, afin de limiter les risques liés aux transferts de données hors Union européenne. L’enjeu est également commercial, car pouvoir garantir un hébergement des données en Europe devient un argument de confiance auprès des établissements de santé.

    Encadrer les usages internes de l’IA

    Le COO de Dipeeo a aussi alerté sur la multiplication des usages non contrôlés d’outils d’IA au sein des organisations. Les collaborateurs utilisent régulièrement des services gratuits pour résumer ou traiter des documents, parfois sans mesurer les risques de confidentialité associés. Pour limiter ces dérives, plusieurs leviers ont été évoqués :

    • Auditer les outils autorisés.
    • Vérifier les engagements contractuels des fournisseurs.
    • Former les équipes aux risques liés à l’IA.
    • Mettre en place une charte d’usage interne.

    La popularité d’un outil ne constitue pas une garantie suffisante de conformité.

     

  • SantExpo : Stéphanie Rist veut accélérer la téléexpertise pour rapprocher ville et hôpital

    6 milliards d’investissements

    Lors de l’ouverture de la 60e édition de SantExpo, la ministre de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées, Stéphanie Rist, a annoncé une enveloppe de 6 milliards d’euros destinée aux investissements hospitaliers pour la période 2026-2035.

    Cette enveloppe, présentée comme le relais du Ségur de la santé, doit soutenir les projets portés dans les territoires. Une instruction doit être publiée dans les prochains jours. Les décisions d’investissement resteront déconcentrées afin de s’appuyer sur les besoins identifiés localement.

    Mais cette annonce financière s’accompagne d’exigences adressées aux établissements de santé. La ministre a appelé le secteur hospitalier à renforcer ses coopérations et à améliorer son efficience. Elle souhaite accélérer les transformations organisationnelles avec le développement d’activités complémentaires ou alternatives à l’hospitalisation complète.

    Téléexpertise, ambulatoire, VAE … conditionner les nouveaux moyens des hôpitaux à des réorganisations

    Stéphanie Rist a défendu une logique de « donnant donnant », des moyens supplémentaires en contrepartie d’une évolution du fonctionnement des établissements. Le gouvernement entend favoriser une organisation plus coordonnée entre acteurs hospitaliers et médico-sociaux, ainsi qu’un recours aux prises en charge ambulatoires et aux alternatives à l’hospitalisation conventionnelle.

    La ministre a également renouvelé son intention de renforcer l’attractivité des métiers du soin et du lien. Un « cap politique » doit être défini avec Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail et des Solidarités, et Camille Galliard-Minier, ministre de l’Autonomie et des Personnes handicapées.

    Parmi les leviers évoqués figure le développement de la validation des acquis de l’expérience (VAE), encore jugée « insuffisante dans le champ de la santé, y compris pour les professions réglementées ». Une réforme du cadre de la formation continue est aussi annoncée.

    La ministre souhaite également renforcer l’ouverture de l’hôpital vers la médecine de ville en misant davantage sur les activités complémentaires, notamment la téléexpertise. Elle cite en exemple les avis spécialisés réalisés par des praticiens hospitaliers à la demande de médecins libéraux, avec l’objectif de fluidifier les parcours de soins et de limiter certains recours à l’hospitalisation.

    Sécurité des professionnels et protection sociale complémentaire

    Stéphanie Rist a indiqué vouloir concrétiser, « dès les prochaines semaines », l’application des mesures prévues par la loi du 9 juillet 2025 relative à la sécurité des professionnels de santé, dite loi Pradal. L’objectif est de permettre aux soignants de ne plus venir travailler « la boule au ventre ».

    La ministre a enfin remis sur la table le dossier de la protection sociale complémentaire (PSC) de la fonction publique hospitalière, qu’elle considère « en jachère depuis de trop nombreuses années », sans détailler à ce stade de calendrier de mise en œuvre.

  • Royaume-Uni : les médecins s’inquiètent du projet du NHS de réduire les recrutements au profit de l’IA

    Selon le Financial Times, le NHS England finalise un projet de plan de main-d’œuvre qui réduirait les ambitions de recrutement fixées par le précédent gouvernement conservateur. Le document aurait été préparé sous l’autorité de Wes Streeting avant sa démission la semaine dernière.

    Le nouveau ministre de la Santé, James Murray, devra décider s’il conserve cette orientation. Le texte pourrait être publié dans les prochaines semaines.

    L’IA envisagée pour remplacer certaines fonctions

    Le projet estime que les objectifs actuels constituent « une voie vers la ruine financière ». Il parie sur le développement des soins en ville et à domicile, appuyés par les technologies numériques pour limiter les besoins en personnel. L’IA pourrait remplacer certains rôles. Elle serait notamment utilisée pour structurer une consultation, signaler un niveau de risque ou identifier des informations importantes dans le dossier patient.

    Les hausses annuelles d’effectifs seraient ramenées à 1,1%-2%, contre 2,6%-2,9% dans le plan de 2023. Le projet affirme aussi que la hausse de 50% du nombre de médecins en dix ans n’a pas amélioré l’accès, l’expérience ou les résultats pour les citoyens.

    La BMA dénonce un « pari dangereux »

    La British Medical Association a vivement réagi. Son responsable des questions de main-d’œuvre, le Dr Amit Kochhar, juge « extrêmement décevant » que le gouvernement semble accepter le faible nombre de médecins comme une donnée durable. Il rappelle que les services d’urgences et les cabinets de médecine générale restent sous-dotés. Le Royaume-Uni compte 3,4 médecins pour 1 000 habitants, contre 4,6 en Allemagne.

    Pour la BMA, l’IA peut aider les médecins, mais ne peut pas les remplacer. Le syndicat met aussi en doute la capacité du NHS à déployer une telle technologie à grande échelle.

  • InterSystems obtient la première certification MDR européenne pour un DPI nativement conçu pour l’IA

    À l’occasion de SantExpo 2026, InterSystems annonce avoir obtenu la certification de classe IIa du règlement européen sur les dispositifs médicaux (MDR – règlement UE 2017/745) pour ses solutions de dossier patient informatisé. L’entreprise présente cette homologation comme une première dans l’Union européenne pour un DPI « entièrement unifié » et conçu nativement pour l’intelligence artificielle.

    Cette certification concerne à la fois InterSystems IntelliCare, présenté comme un DPI de nouvelle génération intégrant des capacités d’IA directement dans sa plateforme de données, et InterSystems TrakCare, déjà déployé dans de nombreux établissements de santé à l’international.

    Une IA intégrée au cœur du DPI

    InterSystems distingue son approche de celle reposant sur des briques d’IA ajoutées a posteriori sous forme d’applications tierces. Selon l’éditeur, les fonctionnalités d’intelligence artificielle sont intégrées directement dans l’architecture du DPI et dans les workflows cliniques.

    Parmi les usages mis en avant figurent :

    • la génération de synthèses instantanées des dossiers patients ;
    • la documentation clinique assistée par IA ;
    • des interfaces conversationnelles ;
    • des workflows intelligents avec validation humaine systématique (« human-in-the-loop ») ;
    • des fonctions d’orchestration clinique ambiante capables de capturer et structurer automatiquement les échanges cliniques en temps réel.

    Le système peut également suggérer des documentations médicales ou des prescriptions, soumises ensuite à validation du praticien. Cette certification fixe « un nouveau standard » pour l’intégration de l’IA dans les logiciels de santé.

    Un contexte réglementaire et clinique sous surveillance

    Cette annonce intervient alors que les usages d’IA générative et d’IA scribe dans les environnements cliniques se développent rapidement, mais restent confrontés à des interrogations sur la responsabilité médicale et la gouvernance des données.

    Une étude publiée début 2026 dans Health and Technology montrait que les IA scribes réduisent la charge administrative des médecins, mais font émerger des inquiétudes sur les erreurs possibles et les risques médico-légaux.

    Les chercheurs soulignaient notamment la nécessité de recommandations de bonnes pratiques, de mécanismes de validation humaine et d’un cadre de confiance avant un déploiement massif des outils d’IA clinique.

    Dans ce contexte, la certification MDR obtenue par InterSystems vise à répondre aux exigences européennes en matière de sécurité, de qualité et de supervision des dispositifs intégrant de l’intelligence artificielle.

    InterSystems indique par ailleurs qu’IntelliCare s’appuie sur les capacités historiques d’interopérabilité développées avec TrakCare afin de faciliter son intégration dans les systèmes d’information hospitaliers existants.

  • Une application (Ximi Family) pour coordonner aidants, familles et intervenants à domicile

    La coordination entre familles, intervenants et structures d’aide à domicile reste un point de tension pour le secteur du bien-vieillir. Avec Ximi Family, sa nouvelle application mobile, Xelya entend répondre à ce déficit d’information et de visibilité pour les proches accompagnants.

    Développée par Ximi, la branche de l’éditeur français spécialisée dans les logiciels métiers SaaS pour les services à domicile, l’application centralise les informations liées à l’accompagnement d’une personne aidée. Les aidants peuvent consulter les plannings d’intervention, recevoir des notifications en temps réel, suivre les demandes de modification ou encore échanger avec les professionnels via un cahier de liaison sécurisé.

    L’objectif est de limiter les incompréhensions et de simplifier les échanges entre les acteurs de l’accompagnement à domicile. L’application a également été pensée pour maintenir l’implication des proches à distance car les familles vivent fréquemment éloignées de leurs parents âgés.

    Cette application est présentée comme une manière de redonner une place plus active aux proches dans l’organisation du maintien à domicile.

    Repositionner les aidants dans le parcours d’accompagnement

    L’entreprise met en effet en avant une volonté de replacer les aidants au centre des échanges autour de la personne accompagnée.

    « Ce n’est pas juste une application, c’est un droit d’accès restitué à ceux qui portent le plus », déclare Sami El Kassouf, responsable de service Ximi Family. Cette approche s’inscrit dans une transformation plus large des usages numériques dans le médico-social, où les outils digitaux ne servent plus uniquement à la gestion administrative des structures, mais deviennent des supports de coordination et de communication entre professionnels et familles.

    Le lancement intervient dans un contexte marqué par les tensions sur les métiers du domicile et du grand âge. Les structures doivent composer avec des problématiques de coordination, des contraintes administratives et des besoins de réactivité vis-à-vis des familles.

    En intégrant l’application à son environnement logiciel existant, Ximi cherche à centraliser les données et à réduire la multiplication des canaux de communication.

    Les premiers retours d’utilisateurs mettent en avant une diminution des appels liés aux changements d’organisation et un gain de temps pour les équipes.

    « Dès qu’un planning change, les aidants sont informés en temps réel sur leur téléphone », explique Jérôme Raynaud, dirigeant de Val de Cher Services.

    Au-delà du lancement produit, Ximi Family illustre l’évolution des outils numériques dans les services à domicile, désormais positionnés comme des dispositifs de lien, de transparence et de continuité d’information entre les différents acteurs du prendre soin.

    En France, on compte entre 8 et 11 millions d’aidants.

  • Accès aux soins : 63 % des Français ont renoncé à prendre un rendez-vous médical en 2025, (étude Doctolib)

    Des délais toujours élevés selon les spécialités

    Près de deux tiers des Français ont renoncé à chercher un rendez-vous médical au cours des douze derniers mois, selon l’étude « Cartes de France de l’accès aux soins 2026 », publiée par Doctolib et la Fondation Jean-Jaurès. Réalisée à partir des données de plus de 80 000 professionnels de santé libéraux utilisateurs de la plateforme, l’analyse porte sur 234 millions de consultations effectuées en 2025.

    • La cardiologie reste la spécialité affichant les délais les plus longs, avec 42 jours d’attente en moyenne.
    • La dermatologie suit avec 32 jours.
    • Devant l’ophtalmologie (21 jours).
    • La gynécologie (19 jours).
    • Et la psychiatrie (15 jours).
    • Plus de 70 % des rendez-vous en cardiologie et en dermatologie sont obtenus au-delà de sept jours.

    Les professions de premier recours présentent des délais plus courts : trois jours pour les médecins généralistes, six jours pour les masseurs-kinésithérapeutes, huit jours pour les pédiatres et dix jours pour les chirurgiens-dentistes.

    Des écarts territoriaux marqués

    L’étude met en évidence des disparités importantes selon les départements. En cardiologie, le délai varie de 16 jours à Paris à 164 jours dans le Gers. En ophtalmologie, il oscille entre cinq jours en Seine-Saint-Denis et 153 jours dans le Gers. En dermatologie, les délais vont de sept jours en Savoie à 90 jours dans l’Aisne.

    Selon les auteurs, ces écarts dessinent des zones de tension spécifiques à chaque spécialité : un arc allant de l’Occitanie au sud du Massif central en cardiologie, une fracture ouest-centre en ophtalmologie ou encore des tensions dans le nord et le centre-est en dermatologie. L’Île-de-France conserve les délais les plus courts dans la majorité des spécialités.

    Une tension en dermatologie

    Le dermatologue Luc Sulimovic, président du Syndicat national des dermatologues-vénéréologues (SNDV) et membre du comité de pilotage de l’étude, souligne une baisse du nombre de praticiens. Selon lui, le nombre de dermatologues a diminué de 18 % entre 2016 et 2026. Le spécialiste attribue cette situation à une insuffisance durable dans la formation des internes. « Il y a une baisse globale du nombre de médecins, et particulièrement de dermatologues. On n’a pas formé assez de médecins et pas assez de dermatologues », explique-t-il.

    Face à cette situation, des dispositifs d’« équipes de soins spécialisés » sont expérimentés en Île-de-France. Des médecins généralistes transmettent des clichés de lésions suspectes à des dermatologues via des systèmes sécurisés de télé-expertise. Les spécialistes déterminent ensuite si une consultation rapide est nécessaire. Luc Sulimovic affirme que ce modèle permet désormais une prise en charge d’un mélanome en huit jours dans certains cas. Il plaide pour une extension du dispositif à d’autres spécialités médicales.

    Téléconsultation et réorganisation des parcours

    L’étude souligne également les effets de certaines réorganisations des soins. En ophtalmologie, le délai médian est passé de 43 jours en 2017 à 21 jours en 2025. Cette évolution est attribuée au développement du travail aidé et à la réorganisation de la filière visuelle.

    La téléconsultation contribue également à réduire certains délais. En médecine générale, le délai médian tombe à moins d’un jour pour les consultations à distance. En dermatologie, il descend à 3,8 jours. Ces usages restent toutefois marginaux dans la plupart des spécialités hors psychiatrie et médecine générale.

    Un renoncement aux soins qui dépasse les publics précaires

    L’étude indique que 63 % des répondants ont renoncé à chercher un rendez-vous médical au cours des douze derniers mois. Les principales raisons évoquées sont l’absence de créneau compatible (45 %) et l’absence de rendez-vous disponible (35 %). Le renoncement concerne particulièrement les cadres (71 %) et les 25-34 ans (75 %), devant les ouvriers et les personnes sans activité. Un patient sur quatre déclare par ailleurs s’être rendu aux urgences faute de rendez-vous accessible en ligne.

    L’étude précise enfin que les délais analysés reposent uniquement sur les rendez-vous effectivement réalisés via Doctolib. Les recherches infructueuses, les refus de nouveaux patients ou les renoncements aux soins ne sont pas intégrés dans les calculs.

    Doctolib ; Fondation Jean-Jaurès. Cartes de France de l’accès aux soins 2026. Étude réalisée à partir de 234 millions de consultations effectuées en 2025 auprès de 80 000 professionnels de santé libéraux utilisateurs de Doctolib, publiée le 19 mai 2026. Réseau ICI / Radio France.