Prévenir la dépression chez les jeunes adultes à risque élevé
La santé mentale des adolescents et des jeunes adultes est devenue une préoccupation majeure en matière de santé publique. La dépression par exemple, touche un nombre croissant de jeunes. Une tendance observée à la fois en Europe et dans le monde. Selon Santé publique France, 20,8 % des 18-24 ans présentaient des symptômes dépressifs, une prévalence en augmentation. Face à cette problématique, les dispositifs numériques comme les applications mobiles suscitent un intérêt en raison de leur accessibilité et de leur capacité à toucher un large public. Toutefois, peu d’entre elles ont fait l’objet d’essais approfondis sur le long terme.
L’étude EcoWeb PREVENT, financée par la Commission européenne, a évalué l’efficacité de trois types d’applications mobiles dans la prévention des symptômes dépressifs chez les jeunes de 16 à 22 ans. Les participants, issus de plusieurs pays européens (Allemagne, Belgique, Espagne et Royaume-Uni), ont été répartis aléatoirement pour tester :
- Une application d’auto-assistance en compétences émotionnelles ;
- Une application d’auto-assistance basée sur la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) ;
- Une application d’auto-surveillance.
Résultats de l’étude : la TCC comme outil temporairement efficace
L’essai, publié dans The Lancet Digital Health, a inclus 1 262 jeunes présentant une vulnérabilité accrue à la dépression, mais sans antécédents d’épisodes dépressifs caractérisés. Après trois mois, l’application basée sur la thérapie cognitivo-comportementale a permis de ralentir la progression des symptômes dépressifs par rapport à l’application d’auto-surveillance. Une différence significative de -1,2 point a été observée sur le score PHQ-9, utilisé pour mesurer la sévérité de la dépression. Cet écart n’était plus significatif après un an de suivi. Les deux autres applications, y compris celle dédiée aux compétences émotionnelles, n’ont pas démontré d’efficacité significative, que ce soit sur la prévention des symptômes dépressifs ou sur d’autres critères secondaires tels que l’anxiété, le bien-être mental ou la qualité de vie.
Applications numériques : limites et perspectives
L’étude met en lumière plusieurs enjeux concernant les outils numériques en santé mentale :
- Efficacité limitée à court terme : Bien que prometteuse, l’application de TCC n’a pas montré de bénéfices durables après un an.
- Faible validation scientifique des applications disponibles : Parmi les applications en santé mentale recensées, peu ont été rigoureusement évaluées dans des essais cliniques de grande envergure.
Ces constats soulignent la nécessité de développer des interventions numériques mieux adaptées, personnalisées et soutenues par des données probantes. Les chercheurs estiment toutefois que l’impact potentiel de la TCC via une application reste intéressant, notamment en raison de sa facilité de déploiement et de son coût réduit.
Bien-être mental chez les jeunes en bonne santé : résultats mitigés
Une étude parallèle, EcoWeb PROMOTE, a évalué les mêmes outils auprès de 2 532 jeunes en bonne santé. Après trois mois, aucune des applications n’a montré de bénéfices significatifs sur le score WEMWBS, une échelle mesurant le bien-être mental. Ces résultats confirment les limites des interventions numériques généralistes pour améliorer de manière mesurable le bien-être mental des jeunes en l’absence de vulnérabilité spécifique. Les chercheurs appellent à des travaux supplémentaires pour identifier des approches plus efficaces et mieux ciblées.







